DE LA DOUCHE
DE SON MODE D'ACTION SUR LES TISSUS, ET DES MODIFICATIONS QU'ELLE LEUR FAIT ÉPROUVER.
On a donné le nom de douche à une colonne d’eau de cinq à dix lignes de diamètre, quelque-
fois plus, quelquefois moins, tombant de diverses hauteurs.
Toutes les parties du corps, le ventre excepté, peuvent être soumises à l’action de la douche. La durée varie de 10, 20 à 25 minutes; l'expérience à prouvé qu’une douche plus longtemps prolongée, non-seulement ne produirait plus les effets désirés mais qu'elle donnerait des résultats contraires. La douche peut se prendre avec ou sans bain; dans le premier cas, elle doit toujours précéder limmersion du corps. La douche thermale agit triplement : !° par le calorique, 2” par le poids de la colonne d’eau, qui produit un éhranlement dans les tissus, 3° par les gaz, sels et autres substances que l’eau tient en dissolution.
Ces trois forces, agissant simultanément, portent leur énergique excitation sur le lacis vasculaire et nerveux cutané, augmentent la force de la circulation capillaire ainsi que la chaleur locale, et modilient la vitalité de la peau et des tissus sous-jacents.
Après ces premiers phénomènes, l’action spéciale de la douche accroît les sécrétions et excrétions cutanées, et favorise la résorption interstitielle.
Alors les vaisseaux blancs engorgés se désobstruënt, la circulation normale se rétablit dans les vaisseaux microscopiques ; les fluides arrêtés ou retardés reprennent leur cours naturel, les principes . morbides sont expulsés par les sueurs, et, plus tard, sous la puissante activité des fonctions sécrétoire et résorbante, les tumeurs et engorgements s’affaissent, les plaies, les ulcères se cicatrisent, et les douleurs disparaissent.
On distingue trois espèces de douches :
1° à jet, 2° en arrosoir, 9° à gouttes.
Doucne À ser. — Le malade est placé dans une baignoire contenant de l’eau tiède jnsqu’au-dessous du genou. Il prend la position la plus convenable pour recevoir la douche, et, de temps en temps, il imprime un mouvement de va-et-vient à la partie afin que le jet ne tombe pas toujours sur le même point. La température de la douche est réglée par le médecin; elle varie de 28 à 55 degrés. — Le diamètre de la douche et sa hauteur sont subordonnés à la sensibilité de la partie. On préserve
le visage des éclaboussures de la douche au moyen
d'un écran.—Lorsque la douche a été reçue pendant quelques minutes, on plonge le corps dans le bain et on le fait brosser; on ressort de nouveau du -bain pour recevoir la douche et s’y replonger encore ; puis, enveloppé dans un peignoir delaine, on se jette sur un lit de repos.
Doucxe EN arrosoir.— La personne se place dans une baignoire à moitié pleine d’eau chaude: elle reçoit sur le corps la pluie froide de la douche, pendant quelques secondes seulement, et se plonge dans l’eau du bain. Une minute après, elle se lève et reçoit de nouveau l’arrosement d’eau froide, et loujours ainsi jusqu’à ce qu’on ait reçu toute la douche prescrite; on términe par des frictions avec une brosse.
La douche en arrosoir est trop négligée, car elle est un excellent moyen de guérison de beaucoup de maladies ; elle convient surtout aux constitutions délicates et nerveuses dont la trop grande susceptibilité de la peau constitue une disposition habituelle aux refroidissements, aux rhumatismes, aux Catarrhes, etc. Ce genre de douche est reconnu pour être un excellent tonique, un excitant exté-
rieur qui, loin de déplaire, finit par devenir agréable.
La poucae À Gourres se donne à la température chaude ou froide; on expose la partie souffrante à la goutte d’eau qui tombe incessamment; de temps en terips on soustrait la partie et on la replace : sous la douche. Ce moyen est ordonné dans les cas où la sensibilité locale trop grande ne pourrait supporter la douche à jet. On vante beaucoup la douche froide à gouttes contre certaines affections où les tissus sont atoniques, et particulièrement contre la faiblesse des organes génitaux de l’homme.
Régime alimentaire du buveur d’eau et du | baigneur.
La manière de vivre est de la plus haute importance pendant qu’on prend les eaux. La tempé-* rance dans le boire et le manger est de rigueur, car, sans elle, les forces de la nature sont enrayées etles remèdes les plus puissants deviennent stériles.
On ne surchargera jamais son estomac, parce que les digestions laborieuses neutralisent les effets des eaux.
On rejettera de son régime tout ce qui est gras, coriace, aigre, échauffant, flatulent, comme, par
exemple, les farineux gras et lourds, les beurrées.
les pâtisseries, le pain frais où mal euit, les pois,
les lentilles, les haricots, les viandes à la vinaigrette et toutes celles qui sont grasses et difficiles à digérer, comme l’oie, le pore, certains poissons. Tous les mets préparés aux sauces grasses et piquantes doivent être proscrits.
On choisira pour aliments les viandes rôties de bœuf, de mouton, de veau; les volailles, les poissons à chairs blanches ; et, parmi les légumes, les épinards, les asperges, les artichauts, les haricots verts, etc., accommodés avec peu de beurre. On pourra, en outre, user de fruits bien mûrs et choisir parmi les-compotes de prunes, de pommes, de poires, d’abricots, ete. Pour boisson, un vin léger coupé d’eau : du reste, l’instinet de l'estomac fait bientôt apercevoir les aliments qui conviennent ou qui sont à rejeter, par le temps que cet organe emploie à les digérer.
Entre les repas, on devra s'abstenir de manger et de boire, même quand on se sentirait de l'appétence. L’habitude de prendre du café, de la bière, des limonades ou autres boissons semblables nuit à l'efficacité du traitement.
Le thé est nuisible à toutes les personnes qui ont le système nerveux irritable ; il doit être sévèrement proscrit.
Les personnes qui n’ont point d’appétit à l’heure du déjeuner pourront prendre un bouillon, ou un peu de café au lait, en y trempant une biscotte.
Toutes les boissons échauffantes et stimulantes sont nuisibles ; le punch, les liqueurs, les fruits à l’eau-de-vie, etc., sont strictement défendus.
HyGiène moraze. — Rien ne s'oppose plus énergiquement aux bons effets des eaux et ne nuit plus à la santé que les passions tristes, les mouvements concentrés de l’âme ; il est donc indispensable de les éviter, de les combattre et de chercher à les dissiper par de douces distractions.
On doit également renoncer aux méditations et contentions d'esprit, incompatibles avec le but de guérison quon se propose; on chassera de sa pensée les occupations d’affaires, les souvenirs désagréables, les soucis, enfin, toutes les préoccupations sérieuses , et l’on recherchera tous les amusements, toutes les occasions qui peuvent procurer d’agréables distractions.
La danse modérée, l'équitation, les parties de
plaisir dans un beau site à quelque distance des bains, la lecture de livres qui réunissent l’agréable à l’utile, les petites sociétés de personnes choisies, les conversations gaies, etc., ete., sont de puissants auxiliaires au traitement par les eaux minérales.
Pour ce qui concerne le sommeil et la veille. nous répéterons avec tous les physiologistes que le sommeil avant minuit est le plus salutaire ; que le jour est fait pour veiller, pour agir ; que la nuit est faite pour dormir : se coucher entre dix et onze. heures, se lever à cinq ou six heures, c’est suivre l’ordre naturel. Six à sept heures de sommeil sont généralement la mesure la plus convenable. Trop de sommeil rend lourd au physique et au moral.
Quant au sommeil après le repas, nous croyons que dans nos climats tempérés c’est une habitude Superflue et souvent nuisible, à moins de durs tra: Vaux physiques et de grandes fatigues. Si ce qu'on nomme communément faire la sieste, la méridienne, n’est pas devenu une habitude indispensable, il est sage de s’en priver. Beaucoup de médecins ont observé que le sommeil après le repas avait une influence pernicieuse sur les maux de
tête, de gorge et de poitrine. Ainsi, toutes les personnes atteintes de ces maux et celles qui ont une! prédisposition aux congestions pulmonaires et cérébrales doivent fuir ce sommeil trompeur et faire de l’exercice pour le chasser; car les personnes qui s’y livrent éprouvent à leur réveil des palpitations de cœur, des oppressions de poitrine, des étourdissements, un malaise général. C’est pour prévenir les accidents que peuvent amener ces symptômes que nous proscrivons le sommeil après le diner. |
Nous dirons, en terminant, que les eaux minérales et thermales les plus fréquentées se trouvent en France, en Italie, en Suisse et en Allemagne. Ce sont de véritables lieux de plaisance où, pendant la saison des bains, afflue une foule de personnes de tout sexe, de tout âge et de toute condition. Les unes y viennent chercher la santé, les autres le plaisir. Le voyage qu’il faut faire pour se rendre à ces établissements ; le séjour à la cam: pagne, l'air pur qu’on y respire, les sites pittoresques, les délicieuses promenades sur les coteaux et dans les vallées, les cercles aimables, les distractions, les amusements nombreux et variés,
impriment aux fonctions organiques une activité très-favorable à la santé du corps et de l’âme. Là, on oublie les affaires, les soucis de la vie du monde pour se livrer aux plaisirs de la cam- -pagne; là, on entend le chant des oiseaux, le frôlement des brises à travers le feuillage et le doux murmure des ruisseaux ; on jouit du spectacle d'un magnifique lever de soleil, d’une tiède soirée, d’une nuit calme et embaumée de parfums. Alors les heures s’enfuient douces et légères, les jour: nées se succèdent rapidement au milieu des impressions délicieuses que fait naître une belle nature. Ce sont toutes ces circonstances réunies qui font recommander par hygiène et la médecine le voyage aux eaux minérales. Aussi voit-on le plus grand nombre des baigneurs, qui étaient arrivés pâles, maigres, taciturnes, s’en retourner, à la fin de la saison, gras, frais, contents, et se promettant bien d'y revenir.
SECTION III