‹ Hygiène des baigneursChapitre 34 sur 57 · DESCRIPTION DES BAINS EN USAGE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET MODERNES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES BAINS EN USAGE CHEZ LES PEUPLES ANCIENS ET MODERNES

Bains romains.

Les Romains déployèrent un grand luxe dans la construction de leurs bains publics. Ils en multiplièrent le nombre de manière que chaque quarüer, chaque rue, en possédât au moins un. L’étendue de ces édifices était si considérable, que l'historien A. Marcellin les compare à des villages, à des villes. On y voyait des rues, des jardins, des

places, des portiques, où s'exerçaient les athlètes ; des Jeux de boules, de paume, de ballons : des bi- | blicthèques, des étangs d'eau vive, d'immenses avenues d'arbres, des bosquets, des terrasses et une si prodigieuse quantité de corps de bâtiment, d'appartements et de corridors, qu'il fallait avoir une longue habitude pour ne point s’y perdre. Les plus considérables, comme aussi les plus magnifiques de ces édifices, étaient les bains de Caracalla, d’Agrippine, d'Hadrien et de Dioclétien. Ces derniers contenaient trois mille baignoires et rois vastes piscines dans lesquelles on pouvait nager. On peut se figurer l'immense étendue de ces derniers par le nombre des ouvriers qui y travaillèrent pendant cinq ans : l'historien Baronius en porte le nombre à quarante mille.

Le bâtiment propre aux bains se divisait en huit pièces : 1° l'Aquarium, salle au milieu de laquelle était creusé un vaste bassin alimenté d’eau par divers canaux ; 2 Vusarium, autre salle contenant plusieurs vases d'airain de large dimension et remplis d’eau à diverses températures : 3° Caldarium vel Laconicum, salle voûtée ou étuve sèche; 4° Tepidarium. vel Vaporarium , ou étuve humide :

9° Hypocaustum, vaste four dont la voûte s’étendait sous le dallage des étuves ; 6° Frigidarium, local destiné aux aspersions et ablutions froides ; 7° Elwophesiüm , salle où se pratiquaient le massage et les onctions d'huile naturelle ou parfumée ; S° enfin l’Apodyterium , ou salle servant de vestiaire. De nombreux conduits distribuaient la chaleur dans l’étuve sèche, tandis que d’autres lançaient la vapeur aqueuse dans l’étuve humide. Quelques établissements possédaient un plancher de marbre sur lequel on jetait de l’eau lorsque les dalles avaient été chauffées jusqu’à l'incandescence. Ce mode de produire la vapeur humide est celui dont se servent encore les Russes, à quelque différence près. La voûte des étuves était percée de deux ouvertures, dont l'une, vitrée, laissait passer la lumière, et l’autre, fermée par un bouclier d’airain qu'on soulevait à volonté, laissait ‘échapper l’excès de calorique et renouvelait l’air de l’étuve,

Les Romains entraient d’abord soit dans l’étuve sèche , soit dans l’étuve humide, où ils restaient de cinq à huit minutes, et en sortaient pour entrer dans le tepidarium où ils se faisaient asperger d’eau chaude, tiède ou froide, selon les goûts.

Quelques-uns se plongeaient dans des bassins d’eau tiède, d’autres quittaient l’étuve pour se rendre au frigidarium, où 1ls étaient arrosés d’eau froide. Dans le nombre des baigneurs, on en voyait qui, dédaignant l'aspersion froide, couraient tout en sueur se précipiter dans la piscina naturalis, vaste bassin d’eau froide, où ils nageaient quelques inslants et en sortaient pour rentrer dans l’étuve. La piscine des Bains de Dioclétien était revêtue de marbres, et son immense circonférence permettait à cent baigneurs d’y nager à leur aise. Le bain terminé, chaque baigneur passait dans la salle aux onctions , où il se faisait frictionner, et de là au vestiaire pour reprendre ses vêtements.

Les voûtes des différentes salles de bains, véritables chefs-d'œuvre d'architecture, s’appuyaient sur des colonnes d’ordre ionique. De riches mosaïques couvraient le sol. Les murs étaient partout festonnés de délicates sculptures et tapissés de peintures magnifiques. Une profusion de statues et de reliefs décoraient le vestiaire et les vestibules. On jugera de la richesse et de la valeur des pièces qui décoraient les thermes romains par ce passage de Pline : « On avait, raconte-til, placé dans les

thermes d’Agrippa la statue d’un baïigneur qui se frottait avec la strigile. Cette statue, ouvrage de Lysippe, était d’un si beau travail, que l’empereur Tibère, la jugeant supérieure -à toutes celles qui existaient dans Rome, la fit transporter dans sa chambre à coucher. Mais le peuple, ne pouvant supporter cette privation , S'ameula devant son palais et força Tibère à la faire remettre à son ancienne place.

Les baignoires, vases, ustensiles et autres objets propres aux bains répondaient à cette magnilicence. Les baignoires étaient en marbre précieux, en granit égyptien, en porphyre, etc. [y en avait de fixes et de mobiles. Parmi ces dernières, plusieurs se trouvaient suspendues à des chaines, de telle sorte qu’en leur imprimant une impulsion, le baigneur y était balancé comme dans une escarpolette.

Une foule d’esclaves étaient attachés au service des bains. Parmi eux, on comptait les Aquarü, qui distribuaient les eaux ; Fornicatores, esclaves employés à chauffer l’hypocaustum; latraliptes, ayant fonction d’essuyer avec des peaux de cygne; Fricatores, ou frictionneurs , dont le soin était de

frictionner le corps du baigneur et de le gratter avec des strigiles; Tractatores, espèce de masseurs qui pétrissaient les muscles, tiraient et faisaient craquer les articulations ; Alipilarü ou épileurs, . dont l'adresse était merveilleuse pour arracher les poils sans douleur ; Dropacistes, nettoyeurs de cors et dé durillons; Unctores, esclaves chargés de verser des parfums et des essences sur le corps de celui qui sortait du bain, et de l’onctionner d'huile et de graisse; Paratiltres ou nettoyeurs et nettoyeuses des diverses ouvertures du corps : Picutrices ou peigneurs, qui étaient chargés de peigner, de parfumer les cheveux et la barbe.

L'ouverture des bains publics était annoncée au son d’un timbre ou espèce de cloche. Le peuple y accourait en foule pour S'y exercer aux jeux et y réparer ses forces épuisées. Sous les portiques, sur les places, dans les avenues et les salles dépendant des bains, on entendait des chanteurs, des musiciens, des rhéteurs, des poëtes, etc.; on y vendait aussi une grande variété d'objets d'art et de toilette. C'était comme un immense bazar où chacun venait chercher des distractions.

Le gouvernement allouait des sommes considé-

rables à entretien des bains publics. Le prix ne dépassait jamais un quadrans (2 centimes). Les soldats et les pauvres pouvaient entrer gratis dans les bains que les empereurs entretenaient à leurs frais. Là eessait toute distinction entre le peuple et l'aristocratie : Titus, Adrien, Mare Aurèle, Vespasien, Alexandre Sévère , aimaient à s’y baigner au milieu de la foule, et on ne les distingaait des autres baigneurs qu'à leur manteau de pourpre.

Les Romains, ainsi que nous l’avons dit, commençaient le bain par l’eau chaude, et le terminaient par l’eau froide, c’est-à-dire qu'ils se soumettaient à des douches en arrosoir dont la lempérature, diminuant par degrés, arrivait à son état naturel. Afin de mieux se nettoyer la peau et de la débarrasser de toute malpropreté, ils se faisaient racler le corps avec de petits couteaux en buis, nommés strigiles. Les riches se servaient de couteaux d’ivoire, de dent d’hippopotame ou autre substance précieuse. On raconte à ce sujet qu’un vieux soldat, n’ayant pas le moyen de se procurer un racleur, se frottait le dos contre le mur ; l’empereur Adrien, qui se baignait à peu de distance, lui demanda pourquoi il se frottait ainsi ? C’est, lui répondit le

soldat, parce que je ne puis payer un valet. L’empereur, au même instant , lui envoya trois esclaves, qui le raclèrent de la tête aux pieds. Le lendemain, vingt autres soldats, encouragés par la libéralité de l’empereur, vinrent se frotter contre des colonnes, en face de lui ; mais, cette fois, Adrien leur fit seulement distribuer des strigiles, afin qu’ils pussent alternativement se gratter à leur aise.

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