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la vapeur et les parfums étaient prodigués pour compléter le bien-être des baigneurs. Les imitiés aux mystères d’Isis, après les terribles secousses de l'initiation, y trouvaient un doux repos nécessaire à la réparation de leurs forces épuisées.
Ulysse, racontant ses aventures dans le palais enchanté de la magicienne Circé, s’exprimait ainsi :
« J'entrai dans une salle recouverte de marbres précieux, où j'éprouvai une délicieuse’ chaleur. Une nymphe, ravissante de beauté, épancha de l’eau chaude sur ma tête, et m’arrosa d’essences. Lorsque, enivré de parfums, je sentis mon corps et mon esprit libres de toute lassitude, elle me couvrit d’une fine tunique de laine, et m’invita à me cou-
cher sur un lit de repos. »
Strabon et Baccius racontent que Minerve prépara un bain de vapeur à Hercule pour le délasser de ses pénibles travaux. Hérodote, Platon, Aristote, parlent de ces sortes de bains comme d’un usage très-fréquent chez les Asiatiques, et qui se serait répandu en Grèce après la guerre de Troie. Les Laconiens s’attribuaient cette découverte, et donhaient à leurs étuves le nom de laconicum. Les
Athéniens et les Messéniens apportèrent des améliorations progressives dans la construction de leurs bains de vapeur, et Platon proposa de régir ces établissements publies par des lois particulières. Les. colonies grecques construisirent des étuves à l'in= star de la mère patrie, et y firent plusieurs importantes modifications. Les Romains ne tardèrent pas à adopter le bam de vapeur, et surpassèrent, comme nous l’avons démontré, tous les peuples du monde par la magnificence de leurs constructions en ce genre. Alors ces bains devinrent une ressource pour le traitement d’une foule de maladies, et les médecins, à l'exemple d'Hippocrate, se servirent désormais du bain de transpiration comme d’un - puissant moyen thérapeutique. Les Romains dotèrent de leurs étuves tous les peuples qu'ils soumirent à leur domination : l'Espagne. les Gaules, la Germanie, les îles Britanniques, eurent des bains de vapeur comme ceux de la métropole; et les 1m menses vestiges que nous voyons encore aujour: d’hui témoignent de la haute importance que ces peuples attachaient aux bains de vapeur.
Les villes d'Orient, sous les empereurs comme sous les sultans offrirent toujours un grand luxe de
bains par le nombre et la richesse des constructions. Les Musulmans usent exclusivement de ces Sortes de bains et ne les négligent jamais, car c’est pour eux un précepte de religion. Les hommés doivent aller au bain une fois par semaine, les femmes deux fois au moins, sans compter les abluüons quotidiennes répétées autant de fois que le cas lexige ; excellent précepte qui entretient chez ces peuples la propreté inséparable de la santé.
Les bains tures sont composés de quatre pièces carrées et voûtées, bien blanchies et d’une propreté remarquable La première pièce, à l'entrée, sert de vestiaire aux baigneurs ; la seconde est jonchée de nattes, de jones et de tapis, selon l’élégance du bain et le rang des personnes qui le fréquentent ; dans la troisième pièce se trouvent également quelques tapis et des peaux de moutons avec leur toison d’une blancheur éblouissante, pour servir de matelas à ceux qui désirent se cou- Cher ; la quatrième pièce, la plus reculée, est le bain proprement dit ou l’étuve. Son dallage, en marbres de diverses couleurs, imite ordinairement une mosaique d'une irréprochable symétrie. Les parois des murs sont revêtues de marbres jusqu’à
une hauteur de quatre pieds ; des bouches de chaleur s'ouvrent de tous côtés. Quelques ouvertures communiquant avec l'air extérieur sont ménagées dans l’épaisseur des murs; on les ouvre, on les ferme à volonté pour élever ou baisser la température. Des robinets scellés dans la muraille fournissent abondamment de l’eau chaude et de l'eau froide, selon les besoins. Enfin, au-dessous du dallage, existe une pièce souterraine où se trouvent les fourneaux, les chaudières et le combustible.
On entre dans létuve avec des espèces de ga:
loches de bois aux pieds, car les pieds nus ne pourraient endurer la chaleur brülante des dalles ; la chaleur s’y élève de 40 à 60 degrés. On s’assied sur des tabourets de bois, ou bien lon se couche sur des planches recouvertes de nattes el de tapis: Afin que le lecteur puisse parfaitement saisir la manière dont se donnent les bains en Orient, je: ferai la narration abrégée d’un bain que je pris à:
Smyrne.
Un quart d'heure après mon entrée dans l’étuve, |
un Téleck (masseur) s’empara de ma personne el: se mit en devoir de me masser. Voici comment 1l}
Opéra :
J'étais debout sur un tabouret, la sueur ruisselait à grosses gouttes de tous mes pores ; le téleck m’essuya rapidement avec une éponge et me fit étendre sur des tapis dans une position horizontale. Alors, la main armée d’un gant de peau épaisse et molle, il me frotta le corps doucement, ensuite un peu plus fort ; la friction arriva par degrés jusqu'à son plus haut point, et, quand mon épiderme fut rouge comme une cerise, il jeta son gant pour me malaxer la chair à mains nues, tan- Lt à droite, tantôt à gauche, avec mesure et symétrie. Cela fait, il me tira les membres, et fit craquer Si violemment les surfaces articulaires, qu'à chaque instant je craignais une dislocation.
Le téleck s’évertua ainsi sur mon corps pendant quinze à vingt minutes, au bout desquelles il procéda au savonnage. Je m'assis sur le tabouret : il im oignit les cheveux et le corps d’un savon parfumé demi-consistant, puis se mit à me frotter avec les deux mains. Ces nouvelles frictions étaient tout à fait différentes des premières : ses mains glissaient rapidement sur mes reins, tournaient Sur Ma poitrine, descendaient, remontaient de nouveau, embrassaient mes membres, et ecla avec
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une adresse qui doit exiger une longue habitude. Bientôt Je fus couvert de mousse de savon de la tête aux pieds ; les frictions continuèrent encore quelque temps en augmentant de vitesse. J'étais aveuglé, les yeux me cuisaient, j'allais crier merci, lorsque je me sentis tout d’un coup arrosé d’une pluie fine d’eau chaude. On me fit ensuite passer’ sous un large robinet où je fus lavé à grande eau. Après cette opération, le téleck m’enveloppa d’un drap de laine, m'ouvrit la porte et me conduisit dans la pièce attenante, dont la température se trouvait d’une vingtaine de degrés plus basse que celle d’où je sortais. Un garçon de bain arriva pour me relrér le drap et m'en donner un autre; quand il m'eut bien essuyé et soigneusement enveloppé, il poussa une porte, et j'entrai dans une uroisième pièce encore d’une température inférieure à la seconde. Là je me couchai sur un divan en compagnie de plusieurs Turcs qui fumaient silencieusement leurs longues chibouques et buvaient de temps à autre, par petites gorgées, un café délicieux. On me donna aussi une tasse, une pipe, et j'imitai de mon mieux mes graves compa-
ynons,
Ues sortes de bains sont les seuls en usage parmi les Orientaux ; ils nettoient parfaitement la peau, assouplissent le corps et facilitent le jeu des articulations. Tous les Européens qui en ont pris s'accordent à dire qu'à la suite du massage ils Se sont trouvés dans un état de bien être inexprimable.
Dans les riches établissements de bains, la deuxième pièce est remarquable par son luxe oriental. Un large bassin de marbre, d’où jaillit une gerbe d’eau, existe au milieu de la salle ; des caisses de fleurs rares et suaves sont rangées autour du bassin, et de somptueux tapis jonchent le sol. Quelquefois la voüte se termine en élégante. coupole garnie d'un vitrage de couleur qui ne laisse pénétrer qu'un demi-jour.
C'est dans cette deuxième pièce, sorte de FE vette entourée de moelleux divans, que les Turcs viennent fumer, boire le café, causer d’affaires ou se reposer. De cette pièce on passe dans la première, où les habits brossés et parfumés attendent le baigneur.
Les femmes turques appartenant à des maitres aisés fréquentent les bains une et deux fois par se-
maine ; les jours de bains sont de véritables jours de plaisir : elles y vont enveloppées de la tête aux pieds d’un immense voile blanc qui les dérobe aux regards des passants; de plus, elles sont accompagnées d’un gardien armé qui les précède, et d’un second qui les suit.
Arrivées au bain, les femmes turques laissent aussitôt tomber leur voile et se montrent aux autres femmes qui s’y trouvent dans le brillant éciat de leur parure, car elles ont épuisé toutes Îles ressources de la coquetterie et du luxe pour leur toilette. Elles sont couvertes de magnifiques étoffes brochées d'or ; leur tête est entourée d’un foulard des Indes maintenu par des agrafes de diamants, et des guirlandes de sequins de Venise sont entremêlées aux tresses de leurs cheveux. Un superbe cachemire leur sert de ceinture : de larges pantalons chamarrés de broderies, de coquettes babourches dé velours cramoisi brodé d’or, et ornées de perles, complètent leur mise brillante.
Plus passionnées que les hommes pour les parfums, les femmes prodiguent dans leur toilette du bain les essences, les eaux de rose ou de jasmin; divers parfums, brülant inéessamment dans des
cassolettes, laissent échapper des flots de fumée odorante. Après l'épilation, de rigueur parmi les Orientales, des esclaves coiffeuses peignent les cheveux de leurs maitresses, les arrosent d’essences et les roulent en tresses autour de la tête. Pendant ce long travail de la toilette, d’autres esclaves exécutent des danses voluptueuses qu'accompagnent les sons de la mandoline. C'est ainsi que les femmes égyptiennes et turques cherchent à adoucir les amertumes de leur perpétuelle réclusion en s'étourdissant de parures, de danses et de parfums,
Bains russes,
Le bain russe estle bain de vapeur dans sa simplicité primitive, tel que le pratiquaient les Seythes au temps du jeune Anacharsis. Il se compose d’une seule pièce garnie de banquettes disposées en amphithéâtre, rembourrées de paille : c’est sur ces banquettes que se couchent les baigneurs, qui, montant de gradin en gradin, arrivent à la chaleur qui leur convient, Dans un des angles de Ja salle est un large fourneau muni d’un gril à l’in-
térieur ; ce gril est chargé de cailloux plats qu'un feu ardent tient toujours à l’état incandescent.
Des hommes attachés au bain versent, de temps à autre, de l’eau sur les cailloux rougis, et l’étuve, sèche d’abord, devient alors étuve humide : une vapeur épaisse, ardente, s'élève dans Ja salle, et bientôt la sueur ruisselle en abondance du corps des baigneurs. Les personnes qui ne sont point habituées à ces sortes de bains ne peuvent supporter leur chaleur intense : la chaleur s’y élève de 50 à 70 degrés. Sur la fin du bain, les vrais Russes se font rigoureusement fouetter avec des verges de bouleau, pour appeler une violente excitation à la peau, et, lorsque tout le corps est rouge comme une écrevisse, on l’arrose avec de l’eau savonneuse qui à la propriété de diminuer la sueur, puis on le lave à l’eau tiède, enfin à l’eau froide. A défaut d’eau froide dans l'établissement, les Russes vont se plonger dans un ruisseau ou un. étang voisin; si c'est en hiver, ils se roulent dans la neige et rentrent dans l’étuve, où ils ne restent que le temps nécessaire pour se nettoyer. Le seigneur russe, après avoir reçu les douches d’eau froide, avale une boisson composée de bière an-
glaise, de vin blane, de tranches de citron et de sucre ; ensuite il s'étend et s’endort sur un bon lit. Le mougick ou esclave, qui vient de se rouler dans la neige, boit un ou deux verres d’eau-de-vie de grains, etretourneimmédiatement à ses travaux.
Le peuple russe est passionné pour ces sortes de bains, qui, à cause de la rigueur du climat, paraissent lui être fort salutaires. On. trouve dans presque toutes les localités de l'empire des bains semblables. Dans les villages, le bain est commun aux hommes et aux femmes : tout le monde, sans distinction d'âge et de sexe, s’y baigne péle-mêle. Dans les villes, les bains pour chaque sexe sont séparés .
On s’est autrefois beaucoup étonné de ce que les Russes pussent passer brusquement d’une trèshaute température à une température glacée sans inconvénient pour la santé. Aujourd’hui, cet étonnement a cessé. Plusieurs savants, après avoir expérimenté sur eux-mêmes, ont démontré que, lorsqu'il y à un grand mouvement du centre à la circonférence, et que ce mouvement a lieu sur la totalité du corps, le froid extérieur ne fait aucune impression pendant quelque temps. Le médecin
anglais Fordyce étant sortit d’une étuve russe à 65 degrés, passa dans une pièce dont la température n'était que de 3 degrés, et où 1l resta vingt minutes pour s'habiller; pendant ce temps, il n’éprouva aucune sensation de froid ni aucun mal. aise. Cette expérience prouve qu'au moment où le sang circule à la surface du corps avec une vitesse double et triple de la vitesse ordinaire, le froid extérieur le plus intense ne peut être perçu.
L'usage des étuves humides ou bains de vapeurs est indiqué dans toutes les circonstances où il s'agit :
1° D’exciter une grande révulsion cutanée chez : les tempéraments Iymphatiques affectés de rhumalisme, de goutte, de scrofules, de paralysie, ete.
2° Lorsqu'une crise désirée ne saurait être produite que par une abondante transpiration.
Les bains de vapeurs sont contre-indiqués pour les sujets qui ont une disposition aux congestions cérébrales et pulmonaires, dans les crachements de sang, les anévrismes, et pendant la grossesse.
ANT Mode d'administration de l'étuve,
Après s'être déshabillé et rendu dans l'étuve, on s’informe du degré de chaleur.
Pour obtenir le passage graduel d’une chaleur moindre à une plus élevée, on commence par se . faire laver le corps à l'eau chaude au premier
banc.
On se place ensuite sur le second bane, où la température est plus élevée; là on est de nouveau lavé et frotté avec une éponge. Beaucoup de personnes se font frapper avee des branches de bouleau. Ensuite viennent les affusions d’eau froide sur tout le corps.
Si l’on avait froid après ces affusions, on monterait au troisième banc, où la chaleur est beaucoup plus forte.
Le bain terminé, on est de nouveau lavé avec - de l’eau tiède sur le bane inférieur, et frotté vivement avec une grosse éponge.
Après avoir été bien essuyé, on s’enveloppe d'une couverture, et l’on va se coucher sur un lit
dans la salle attenante, afin de suer encore pendant une demi-heure.
Si l’on craignait une congestion vers la tête, on la détournerait en appliquant sur le crâne une éponge imbibée d’eau froide. Si l’on craignait pour la poitrine, une semblable-éponge serait appliquée devant la bouche et le nez; de cette manière, l'air chaud de l'étuve est modifié avant d'arriver au poumon. |
C’est une erreur de croire que les étuves sont dangereuses si l’on n’en à contracté l'habitude dès l'enfance ; qu’elles exigent une forte constitution. et le climat de la Russie.
Les affusions d’eau froide sur le corps ne sont pas aussi désagréables que nous le croyons; le premier saisissement passé, on désire de nouvelles aspersions. Du reste, les personnes qui craindraient trop l’eau froide peuvent se faire asperger avec de l’eau légèrement tiède.