PRATIQUES ACCESSOIRES AUX BAINS
Il était d'usage, chez les anciens, et cet usage subsiste encore aujourd’hui chez les Orientaux, de faire suivre les bains de certaines pratiques, telles que frictions, massage, onctions, etc., dans le but de nettoyer, d’adoueir la peau, d'éviter l’excès de transpiration, de rendre souple, alerte, et enfin pour obtenir un bien-être que le bain seul ne saurait donner. |
Des onctions.
L'aliptique, ou art d’onétionner, était très-répandu chez les Grecs et les Romains. Les athlètes
et les champions du Cirque se faisaient onctionner d'huile avant de se livrer à leurs exercices. On avait observé que les sujets soumis à des onctions étaient plus souples, plus robustes. La médecine mit bientôt ce moyen à profit, et recommanda les onctions dans plusieurs maladies. L'usage des onctions se généralisa ; les Romains s'empressèrent d’imiter les Grecs, et, dans les bains publics comme dans les bains particuliers, il y eut des esclaves dont les fonctions spéciales étaient d’oncuonner Le corps, soit avec des huiles simples, soit avec des huiles parfumées. |
La civilisation moderne a réservé les onctions aux diverses affections du ressort de la médecine et de la chirurgie; aujourd’hui, les onctions ne sont employées que comme moyen thérapeutique. On a peut-être eu tort de les abandonner si com-. plétement, car il est indubitable que les onctions s'opposent à une trop grande perte par la transpiration, qu’elles assouplissent la peau, rendent le corps plus agile, et qu’elles peuvent introduire dans notre économie des substances douées de propriétés bienfaisantes.
BPes frictions,
Les frictions étaient autrefois un auxiliaire obligé du bain, comme double moyen de propreté et de santé, Et, en effet, les frictions, les frottements et ie massage sont absolument nécessaires
pour enlever la couche onctueuse que la transpiration incessante dépose à la surface de la peau ;
le lecteur peut en juger lui-même en se faisant frictionner, brosser et masser en sortant du bain. … Les frictions se pratiquent de différentes manières : : avec un gant de peau, d'étoffe de laine ou de crin; avec une brosse de flanelle, de erin ou de ‘chiendent, avec un balai de bouleau, comme en Russie. Bien pratiquées, les frictions nettoient | parfaitement la peau, ouvrent les pores, favorisent les fonctions exhalantes et absorbantes, appellent, par leur stimulation, un afflux de sang vers l’organe cutané, accélèrent la circulation capillaire, augmentent l'absorption intcrstitielle, la nutrition des tissus, et développent à la périphérie du corps une chaleur qui combat avantageusement le froid € l'humidité. Les effets des frictions ne se bornent
pas au système cutané seulement, elles favorisen: encore les sécrétions et la circulation générale! elles donnent de la souplesse aux muscles, facil: tent le jeu des articulations, et, par leur retentis! sement sur les organes inférieurs, entretiennen! l'harmonie des forces vitales. |
Nous avons déjà dit que chez les anciens peuples. aux temps où la gymnastique était en honneur les athlètes et tous les jeunes gens qui fréquen: laient les gymnases, procédaient à leurs exercices par des frictions et des onctions. Les frictions nu sont pas une pratique simplement hygiénique ; cas la médecine emprunte leur secours et en obtien d'excellents résultats dans les douleurs rhumatismales, les engorgements lymphatiques, les embarras de la circulation, l’atonie, la faiblesse des ussus et dans tous les cas où 1l est nécessaire de sümuler la vitalité de la peau et de provoquer unc excitation salutaire.
Les personnes délicates qui mènent une vie sédentaire, celles qui éprouvent de la faiblesse dans les membres, de la gène, des fatigues dans les arliculations, des tiraillements, des crampes dans les tendons, se trouvent généralement soulagées
par l'usage répété des frictions avec une étoffe de . Jaine, une brosse de crin ou de flanelle, mais il . faut continuer ces frictions pendant 20 à 50 mi- - nutes jusqu'à ce que la peau soit rouge et sen- . sible. de Galien rapporte que deux médecins célèbres de
l'antiquité, Antiochus et Telephus, durent la longévité à laquelle ils parvinrent à l'usage des bains et des frictions. |
Boerhaave, Hufeland et Buchan, ces trois grands médecins hygiénistes des temps modernes, considèrent les frictions comme partie essentielle du bain et des plus favorables à la santé.
Les frictions sont très-propres à stimuler, à mo- difier le système nerveux ; la chaleur et la vitalité de la peau étant fables chez les enfants et les vieillards, c'est à ces deux extrêmes de la vie que conviennent particulièrement les frictions. Les enfants lymphatiques auraient surtout besoin d’être frictionnés chaque jour, et les mères qui sont prodigues de caresses à leurs enfants devraient, plusieurs fois par jour, promener leurs mains sur leurs petits corps et imprimer à leurs caresses le mouvement des frictions ; elles en re-
lireraient de grands avantages pour la santé de leurs enfants.
On s'étonne, après tout le bien que nous venons d'en dire, que les frictions soient aujourd’hui si généralement oubliées , et que la plupart de nos dames, si soigneuses de leurs personnes , se plongent dans le bain et en ressortent comme elles y étaient entrées, c’est-à-dire avec la peau recouverte de cette couche onctueuse que la transpiralion a déposé sur sa surface. Qu’elles se pénètrent bien de cette vérité, que le bain d’eau tiède, sans frictions n1 massage, est tout à fait impuissant à nettoyer la peau et à lui donner cette souplesse, celte fraicheur, ce poli qu'on remarque chez les femmes orientales.
Massage.
Cette expression dérive d’un mot arabe qui signilie pétrir. En effet, le massage est une espèce de pétrissement de la peau et des muscles sousjacents, au moyen de pressions, de malaxations habiement graduées. Très-bon stimulant du sys- (ème cutané, le massage agit plus énergiquement
que les frictions et modifie les mauvais effets de la vie sédeniaire, du repos prolongé ; il active les fonctions exhalantes, absorbantes et digestives ; enfin 1l répand le bien-être par tout le corps. La pratique du massage offre des différences selon les peuples qui lemploient : le mode le plus avantageux est celui que nous.allons décrire.
Après quelques minutes d’étuve, lorsque la . sueur ruisselle sur tout le corps du baigneur, l’artiste masseur s'empare de lui, le fait coucher sur une natte et commence par exercer de fortes pressions sur les épaules et sur la poitrine, puis il malaxe les membres, les allonge, les tiraille métho- - diquement et leur fait exécuter des mouvements «le flexion et d'extension suivis de craquements des surfaces articulaires. Le dos, les reins, le bassin, le ventre sont foulés à leur tour avec une adresse remarquable; tantôt ce sont de simples
attouchements semblables à des caresses, et tantôt de rapides frictions, des malaxations graduées depuis la pression légère jusqu’à la pression forte, énergique, agissant sur les faisceaux musculaires superliciels.
Après l'opération du massage , le baigneur se
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croit un être nouveau; toute espèce de gêne ou. de fatigue à disparu ; les mouvements articulaires s’exécutent avec une étonnante facilité; doué d’une souplesse, d’une légèreté inaccoutumée, il se croit rajeuni et1l éprouve un bien-être général difficile à exprimer. |
Cet exposé des sensations que fait éprouver le massage et des bienfaits qui en résultent, explique assez pourquoi les Orientaux considèrent le bain comme une source de plaisir et de santé. |
Les plus éminents thérapeutistes et entre autres MM. Trousseau et Pidoux, recommandent expressément le massage comme un moyen hygiénique autant que médical, et font des vœux pour que cette pratique trouve désormaisen France une application plus générale et plus fréquente dans le traitement de certaines maladies. Les médecins n’ignorent pas que la iatraleptique’, ou traitement par les frictions, était en grande répu- {ation dans l'antiquité, et que certains charlatans des siècles derniers, qualifiés de toucheurs, opéralent réellement des cures prodigieuses par une méthode d’attouchements semblable à celle du massage. De nos jours, les magnétiseurs guérissent
| LAB également beaucoup de maladies contre lesquelles toutes les prescriptions médicales avaient échoué. M. Dupotet, notre infatigable et célèbre magnétiseur, opère des guérisons vraiment extraordipaires, et les plus incrédules peuvent aller près de … lui pour s’en convaincre. Enfin, les balnéographes . Les plus distingués s'accordent à regarder le massage comme devant être rangé au nombre des . moyens hygiéniques et médicaux les plus effi-
| caces.
Fiagellation.
Gette opération, très-fréquemment pratiquée … chez les peuples anciens et aujourd’hui par les Russes, se fait avee un balai de jeunes branches de bouleau souples, légères et séchées dans une . étuve. La flagellation s'applique sur toutes les par- | ties du corps, hormis le ventre ; mais ses endroits . d'élection sont le dos, les lombes, les membres et surtout la région fessière.
La flagellation stimule énergiquement l'organe . cutané; le sang arrive en plus grande abondance et cireule plus rapidement dans le réseau vaseu-
laire de la peau, qui s’échauffe et rougit ; la stimulation gagne la moelle épinière et de R retentit sur les organes de la génération. Cette turgescence de la peau est un excellent moyen de dérivation contre une foule d’affections chroniques, telles que goutte, rbumatismes, atrophie ou empâtement des tissus, embarras de la circulation, paralysie, etc. C’est surtout dans l’anaphrodisie, l’impuissance et la stérilité par cause d’atonie génitale, que la flagel: lation est employée avec succès.
Nous nous bornons à ce qui vient d’être dit sur celte question, et renvoyons le lecteur qui désirerait connaitre la curieuse histoire de la flagellation et de la secte des Flagellants, à notre Hvaèxe nu MARIAGE Où Histoire naturelle de l'homme et de la femme mariés (5° édition). — Chez Jules Masson, libraire, rue de l’Ancienne-Comédie, 26, à Paris,