TRAITEMENT DES MALADIES PAR L'EAU FROIDE
. L'eau froide fut, de tous temps, considérée comme un excellent moyen hygiénique pour forfier le corps et le prémunir contre les vicissitudes atmosphériques. Les anciens législateurs avaient fait une recommandation spéciale de l’usage de - l'eau froide ; C'est pourquoi les Grecs et les Romains allaient retremper, dans les eaux de l'Eurotas, de l'Alphée et du Tibre, leurs corps fa-
tigués par lesexereices du gymnase ou les marches: militaires. Mais à mesure que les mœurs se relà-.
chèrent, ces habitudes se perdirent; les enfants
ne furent plus plongés dans l’eau des fleuves, el les femmes des cités trouvèrent qu’un bain froid était beaucoup moins agréable qu’un bain chaud; c’est ainsi que ces derniers prévalurent : vers les derniers temps de la décadence romaine, les bains chauds s'étaient multipliés d’une façon si prodigieuse, qu’on ne rencontrait pas de village, de hameau qui n’eût ses thermes.
La médecine ancienne et moderne s'est toujours servie de l’eau froide en bains, affusions et | aspersions pour tonifier les constitutions débilitées, | mais modérément et avec prudence , dans la : crainte qu'un refroidissement subit de la peau ne donnât lieu à un refoulement du sang, à des consestions organiques funestes.
Pour exciter la sueur, les médecins ordonnent des boissons sudorifiques, des bains d’eau chaude, des bains de vapeur, et n’osent administrer l’eau froide, l’eau glacée à l'intérieur comme à l’extérieur, redoutant les effets d’une réaction incomplète. Le traitement à l’eau froide n'avait donc
= AMÈTE = Jamais été entrepris et continué d’une manière absolue, lorsqu'il y à quelque vingt ans un agri- ‘eulteur de Silésie, nommé Priessnitz, atteint depuis longtemps d’une affection rhumatismale , contre laquelle avaient échoué tous les efforts des médecins les plus éclairés de l'Allemagne, eut la lumineuse idée de demander à l’eau froide la guérison d’une maladie jugée incurable. Il se livra aussitôt avec confiance à Ce nouveau traitement et réussit au delà de ses espérances.
À la suite de cette cure presque miraculeuse, Priessnitz fonda un établissement hydrothérapique à Grœffemberg, où il traita et guérit des maladies aussi incurables que la sienne. De ce moment il ne fut bruit en Allemagne que des eureès merveilleuses opérées par la méthode de Priessnitz, et le monde médical s’empressa d'étudier la question, — La mode, cette puissance à laquelle rien ne résiste, accueillit avec enthousiasme le traitement par l’eau froide; la publicité en grossit les succès, et bientôt la foule accourut aux bains de Groëffenberg, comme au siècle passé elle accourait autour des baquets de Mesmer. D'autres établissements hydrothérapiques ne tardèrent pas à s’éle-
ver en Allemagne et en Prusse, pour faire concur=. rence à celui de Priessnitz, el réussirent aussi à aturer une nombreuse clientèle. — La France n'est pas restée en arrière sur ce point, elle pos-… sède plusieurs établissements hydrothérapiques. parfaitement installés et dirigés par d’habiles médecins ; nous citerons entre autres celui du docteur Baldou, situé à Chaillot, qui se fait remarquer pars le perfectionnement des divers ustensiles, par la | commodité des appartements, par la belle distri=. bution et la fraicheur des eaux, enfin par les superbes jardins qui l'entourent.
Un assez grand nombre de médecins françaisu sont allésen Allemagne pour y étudier l’hydrothérapie, et ont été frappés des merveilleux résultatsu dus à celte méthode, qui est assurément un des grands .moyens de la thérapeutique. Tous s’accordent à reconnaitre sa puissante action sur l’économie et les nombreux succès qu’elle obüent chaque jour sur les maladies chroniques rebelles aux traitements ordinaires; ils concluent unanimement que l’hydrothérapie est appelée à rendre de plus importants services lorsque, ces-" sant d'être empirique, elle sera devenue l’instru-
ment d’une méthode rationnelle. Néanmoins, ils ajoutent que les malades, avant de se soumettre à ce genre de traitement, doivent consulter un homme de l'art.
Nous consignerons ici les réflexions du docteur Thouvenel sur l'hydrothérapie.
«Je ne considère l’hydrosudopathie, dit cet éminent hygiéniste , que comme moyen hygiénique; ses effets thérapeutiques ont dû être singulièrement exagérés, je n’en donne pour preuve que les pnéumonies et les pleurésies qu'elle à guéries au bout de trois ou quatre jours ; ici commence celte croyance fiévreuse, cette foi robuste qui ne raisonnent plus. Nous avons le spécilique de ces maladies, la saignée. Notre thérapeutique est assez pauvre, ne lui enlevons pas ce qu'elle possède, mais donnons-lui au contraire ce qu'elle n’a pas ; et, malheureusement, le nombre des maladies qu’elle ne peut guérir est assez grand pour occuper la vie entière d'un homme de génie. Dans ce cas on doitemployer tous les moyens rationnels, et la méthode hydrothérapique mérite l'attention des médecins, ils doivent l'infirmer ou la confirmer par des expériences bien faites. »
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C’est ici occasion de dire que les physiologistes et médecins hygiénistes ont fait observation suivante : Plusune personne craint l’eau froide, moins | elle est vigoureuse, et plus elle est sujette aux enrouements, aux rhumes et aux diverses affections qui reconnaissent pour cause le refroidissement de la peau. Les personnes faibles, délicates, qui ont pris l’habitude de se charger de vêtements de flanelle , se débilitent par une wranspiration continuelle et ne peuvent plus supporter l'impression de l’air frais. Priessnitz avait été frappé des mauvais effets du bain chaud, qui affaiblissait la peau de ces personnes et les rendait d’une excessive sensibilité aux influences extérieures. Il racontait qu’une dame, à force d’éviter le grand air et l’eau froide, ne pouvait plus sortir de son appartement sans être prise d’un rhume de cerveau ou de poitrine. Priessnitz la soumit au régime hydrothérapique, et, quatre jours après, cette dame pouvait sorüir impunément, braver le froid et la pluie. Il existe à Paris beaucoup de femmes semblables à celle dont nous venons de parler et qui sont trèsimpressionnables au froid, au vent, à l'humidité, qui s’enrhument ou sont endolories au moindre
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courant d'air. Si nous ne craignions d’être accusé de barbarie, nous leur conseillerions le régime hydrothérapique, et, pour les personnes dont les occupations ne le permettraient pas, nous les soumettrions aux affusions et aspersions d’eau froide, puis aux frictions vigoureuses avec la brosse de flanelle ou de crin, sur toute la surface du corps. Soumise pendant quelque temps à ces pratiques, la peau acquerrait bientôt la vitalité et le ton nécessaire pour résister aux influences almosphériques, et ces dames si pâles, si délicates, seraient désormais à l'abri des rhumes, des refroidissements et des douleurs.
Le cadre resserré de cet ouvrage ne nous permettant pas de traiter avec détail un sujet sur lequel il existe, d’ailleurs, des ouvrages spéciaux, nous nous bornerons à donner une idée générale de la méthode hydrothérapique, et à indiquer rapidement, dans leur ordre de succession, les di- ‘verses manœuvres en usage et les phénomènes qui en sont la suite.
Le traitement hydrothérapique se compose :
1° du régime ; 2° de l'application de l’eau froide à
l'extérieur ; 3° de l’administration de l’eau froide à à l'intérieur; 4° de la sudation; 3° de l’exercice physique.
Voici, en abrégé, le détail de ces manœuvres :
1° Enveloppement du corps entier avec un drap À mouillé d’eau froide ;
2° Immersion du corps entier dans un grand bain froid ; |
5° Bain partiel froid, douches froides, douches en arrosoir, grosses douches ; :
4 Ceinture humide ;
5° Frictions avec des serviettes mouillées d’eau froide ;
6” Bain de siége froid ;
7° Bain de pieds froid ;
8° Lavements et autres injections d’eau froide ;
9 Eau froide en boisson, de quinze à vingtcinq verres par jour ;
10° Promenades et exercices physiques.
Ces diverses manœuvres sont faites à des intervalles réglés,
Pour donner au lecteur une idée très-exacte des phénomènes que produisent sur léconomie humaine les manœuvres hydrothérapiques, nous ne saurions mieux faire que de rapporter succinctement la description qu’en fait le docteur Constantin Jame, d’après les expériences auxquelles 1l s'est soumis lui-même dans l'établissement du docteur Hallmann, à Marienberg.
€ SIX HEURES DU MATIN, — En sortant du hit, le corps tout moite, on m'enveloppe d’un drap imbibé d’eau très-froide ; par-dessus ce drap, deux couvertures de laine sont roulées; je suis littéralement emmaillotté. Le froid m'a saisi, Je frissonne, je tremble, Au bout de quelques minutes, le froid disparaît et je sens la chaleur revenir.
« SIX HEURES ET DEMIE, — La chaleur augmente, « Sept heures — Je suis brülant.
« SEPT HEURES ET DEMIE. — Mon visage est très-
coloré, la transpiration s'établit. Je m’assoupis légèrement. La sueur se développe au trone, aux jambes, aux bras, enfin au visage et aux pieds. La respiration et les battements du cœur sont réguliers, | | 40.
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« Huir neures. — Il me semble que toui mon corps entre en ébullition; la sueur ruisselle de" tous côtés et m'inonde. Alors on m'enlève la pre mière couverture; je m’assieds dans un fauteuil” et l'on me descend dans la salle des bains. Là, Je suis débarrassé de la seconde couverture ainsi que du drap mouillé; et, tout en sueur, je me jette | dans un bassin d’eau froide. Le saisissement n’a pas été aussi pénible que je le craignais. En peu de temps ma peau redevient chaude, mon visage » s'anime; la réaction recommence. Je ne reste qu’une minute dans l’eau; lorsque j'en sors, les contact de l'air me semble délicieux, tout mon. corps fume comme un tison brülant plongé dans l'eau et retiré subitement. Au sortir du bain, on mé Jette par-dessus la tête un drap sec, en grosse toile, qui me retombe jusqu'aux pieds, et dont on se sert pour me frictionner rudement. Ma peau rougit, ses papilles se hérissent ; elle devient écarlate. Les frictions terminées, je remonte dans ma chambre et je n'habille. Je descends ensuite dans le pare, où je fais une délicieuse promenade. Je me trouve leste, dispos, plein d’ardeur; mon corps est souple et doué d’une indicible énergie.
Je bois plusieurs verres d’eau froide à des fontaines disposées de distance en distance pour lusage des malades.
« Neur meurs. — Déjeuner composé de pain bis, de beurre et de lait froid. Promenade à la suite du déjeuner.
« ONZE HEURES, —- Je redescends dans Ja salle des bains ; on m’enveloppe d’un drap mouillé froid et on me frictionne. La réaction est prompte, la sueur s'établit presque aussitôt. Après cinq minutes de sueur, on m'essuie avec un drap sec; je m'habille et redescends au parc pour me promener de nouveau.
« Minr. — Douches froides en arrosoir et en gros jet : la durée de ces douches est de sept à dix minutes.
« Une neue. — Diner composé d'un plat de viande, d’un plat de légumes et de quelques fruits de la saison. De l’eau pour boisson. A Pissue du diner, promenade d’une ou deux heures, selon les forces du sujet.
« Cno neurEes. — Bain de siége froid ; nouvelle promenade.
« Six neures. — Bain de pieds froid de dix minutes. À peine mes pieds sont hors de l’eau que la réaction commence. Je vais me promener, et, toute la soirée mes pieds sont brûlants *.
« SEPT HEURES. — Souper frugal avec de l'eau pour boisson.
« Dix BEurEs. — Je me couche sans être plus.
fatigué qu’à l'ordinaire ; je dors d’un profond sommeil, et ne me réveille que le lendemain à cinq. heures. »
Telle est à peu près la méthode hydrothérapique, sauf quelques légères modifications selon l'état physique de l'individu et le genre de maladie dont il est affecté.
1 On rencontre beaucoup de personnes, surtout parmi les femmes, qui, en hiver, ont toujours les pieds froids, glacés. Cet état vicieux qui, dans bien des circonstances, peut compromettre la santé, cède facilement au moyen suivant : On plonge vivement les pieds dans un baquet d'eau froide et on les retire aussitôt, puis on les essuie avec un linge rude. Le froid subit et les frictions qu'on pratique, en essuyant, détermment une réaction énergique, le sang afflue aux pieds et avec le sang arrive la chaleur, Cette simple opération répétée chaque matin, du-
rant une semaine, est un moyen infaillible contre le froid des pieds,
Une circonstance, qui doit être considérée comme preuve convaincante des vertus de l'eau froide, c’est que tous les médecins qui sont allés en Allemagne pour observer les résultats de lhydrothérapie sont restés d’accord sur Pefficacité de cette méthode. L'un d’eux, M. le docteur Scoutetten, chirurgien en chef de l'hôpital d'instruction de Strasbourg, adressa, de Græffenberg, au ministre de la guerre, les conclusions suivantes :
«1° L’hydrothérapie ne peut être présentée comme un remède universel ; il y a des maladies où elle est inutile, et d’autres où elle peut être nuisible ;
« 2 Cependant les guérisons nombreuses el durables, opérées sur une foule d’hommes intelligents et impartiaux, recommandent sérieusement ce moyen à l’attention publique; = «3° L'hydrothérapie exerce sur lPhygiène publique, en Allemagne, une influence incontestable ;
« 4 Il serait désirable, dans l’intérêt de l’humanité et des progrès des sciences médicales, que la démonstration des formes et des ressources de
— ÀT8 — l’hydrothérapie fût faite à Paris, en présence de médecins habiles. »
L’hydrothérapie, comme on à pu s’en convaincre, est une ressource de plus que la médecine peut utiliser contre les affections rebelles aux autres moyens thérapeutiques. Mille cures, et jamais un accident, ont désormais constaté que ce genre de traitement pouvait être suivi sans crainte et sans danger.
De 1840 à nos jours, plusieurs établissements hydratiques se sont ouverts en France : à Pontà-Mousson, à Auteuil, à Neuilly, aux Thernes, à Tivoli, aux Néothermes, etc. Ges divers établissements sont dirigés par des praticiens consommés dans l’art hydrothérapique, et les malades peuvent en toute sécurité se confier à leurs soins.
Si, comme l’assurent les hommes de l’art, le succès du traitement hydrothérapique dépend de la situation du local dans un lieu sain, agréable, d’un air vif, des eaux fraiches et-impides, etc., l'établissement du docteur Baldou, situé à Chaillot, réunit toutes les conditions de succès, et offre aux habitants de Paris toutes les commodités
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désirables. Cet habile médecin a traité dans un ouvrage remarquable la question hydrothérapique dans ses curieux détails, et a prouvé que ce traitement, modifié selon la force organique de l’individu, $’accorde parfaitement avec les lois physiologiques et les prescriptions médicales. Dix années d'expériences et d'observations lui ont fait acquérir une certitude presque mathématique des effets produits par l’hydrothérapie, qu'il a classés dans l’ordre suivant :
1° Effet éliminateur, dépuratif ;
2° Effet stupéfiant, sédatif, calmant, untiphlo- (istique ;
4 Effet tonique, excitant, irritant ;
4° Effet double : tonique et calmant à la fois : 9° Effet dérivatif; |
6" Effet résolutif et fondant :
Effet vomitif et purgatif :
8" Effet diurétique :
J° Effet sur le moral.
Ces différents effets, dont le docteur Baldou
donne l’explication physiologique, sont d’une exactitude rigoureuse. Nous ne saurions trop engager les personnes qui désirent s’éclairer sur lhydrothérapie à aller visiter l'établissement de ce savant hydropathe.
Nous ne terminerons point sans faire Savoir que la méthode hydrothérapique peut s'appliquer avec succès même aux organisations les plus délicates; il ne s’agit que de savoir bien le diriger. On cite plusieurs de ces petites-maitresses grêles et chétives, que fait évanouir le moindre souffle, de ces. femmes étiolées par l’opulence et l’inactivité, qui, à force de précautions et de soins outrés, étaient descendues au point de ne pouvoir plus sortir de leurs appartements, jonchés de moelleux tapis, sans courir les risques de s’enrhumer, d'avoir des maux de gorge, des gerçures, ete.; on cite, disons-nous, plusieurs de ces femmelettes qui, ayant eu assez de volonté et d'énergie pour subir un traitement hydrothérapique, ont eu la vive satisfaction de voir s’opérer en elles une complète métamorphose. Sans altérer la finesse et la blancheur de leur peau, l’eau froide lui a donné le degré de Lonicité qui lui manquait pour résister aux influen-
ces atmosphériques, et leur santé robuste et florissante ne craint plus désormais l’intempérie des saisons. Enfin, l’hydrothérapie convient par excellence aux personnes molles et lymphatiques, en ce qu’elle possède le précieux avantage de dégorger les tissus par des sueurs abondantes et de donner du ton aux divers systèmes ; la peau, resserrée par l’eau froide, se débarrasse des liquides sous-jacents et revient sur elle-même; la constitution se fortifie, et les formes, qui péchaient par leur mollesse, acquièrent cette élastique fermeté qui en fait le charme.