OU BAIN DE PROPRETÉ, — BAIN DOMESTIQUE
Nous commencerons notre description balnéographique par le bain tiède, comme étant le plus fréquemment usité, soit dans les établissements publics, soit dans les maisons particulières. Nous entrerons dans quelques détails sur sa nécessité, parce que, lié à l'hygiène privée, 1l nous semble que son usage n’est point aussi général, en France, qu’il devrait l’être, et que la sollicitude gouvernementale devrait lui donner toute l'extension possible.
Nous indiquerons plus loin le moyen d’abaisser
le prix. du bain dans les grandes villes, et d’en multiplier l’usage,
Nécessité du bain de propreté.
Le bain tiède, les demi-bains, les bains partiels ou ablutions quotidiennes, sont tellement indispensables à la propreté du corps, et par conséquent au maintien de la santé, qu'un médecin philosophe qualifie de monstrueuse la personne malpropre par insouciance ou paresse. Les anciens législateurs avaient parfaitement compris toute l'importance des bains tièdes généraux et partiels. Ce fut dans un but d'hygiène publique et privée qu'ils inculquèrent de bonne heure dans l’esprit du peuple cette maxime, que pour être sain et robuste il fallait user du bain ; et ils firent comprendre aux femmes que pour être belles, fécondes et adorées des hommes, elles devaient se baigner souvent.
À Athènes, il existait une loi qui non-seulément obligeait les femmes à se baigner et à s’ablutionner, mais qui les forçait encore à se peigner, à s’épiler, à se parer, à se rendre belles et attrayantes. Des commissaires, nommés gynécocosmes, faisaient
chaque matin leur ronde dans toutes les maisons indistinctement, et les femmes qu'ils trouvaient malpropres, ou même négligées dans leur toilette, recevaient une verte réprimande pour la première fois : à la seconde infraction, leurs noms étaient inscrits sur une tablette, et exposés, en place publique, aux veux de tous les citoyens; de plus, on les frappait d’une amende énorme : cinq cents drachmes pour être mal coiffée; mille drachmes lorsqu'à la négligence de la coiffure s’ajoutait celle des vêtements. On n’admettait point d’excuses : celte loi s’appliquait aux plébéiennes comme aux aristocrates. La femme dont le nom était ainsi exposé sur la place était à jamais perdue dans Pesprit des Grecs. Aussi, de tout temps et partout, les Athéniennes eurent une grande réputation de beauté; les différents peuples des deux Grèces les elaient comme modèles d'élégance et de propreté.
C’est à l'usage fréquent des baïns et aux ablutions journalières que les femmes turques et mauresques doivent une peau saine, exempte de toutes ces maladies qui enlaidissent les femmes peu soigneuses de leur corps.
Température pu BAIN mène. — La température de
a OU ur
ce bain est relative aux tempéraments, aux sai-. sons el à l’état atmosphérique. En été le bain tiède : varie de 20 à 28 degrés; en hiver de 28 à 34 de-: grés; au-dessus ou au-dessous de ces limites, le: bain rentre dans la catégorie des bains chauds ou: des bains frais. — Quant aux tempéraments et à) l'état de santé de l'individu, tel bain qui semblera: trop chaud à une personne sanguine ou nerveuse, | paraitra beaucoup trop froid à une personne lym-: phatique ou mal portante. On comprend, d’après: cela, que la température des bains doit être réglée: sur le tempérament et les saisons. C’est ordinaire: ment entre le 15° et le 18° degré du thermomètre: que le corps humain se trouve en équilibre avec l'air atmosphérique; alors il n’éprouve ni chaud. ni froid ; si la chaleur monte de quelques degrés, on éprouve la sensation de chaleur; si, au contraire, la chaleur du bain s’abaisse de quelques degrés au-dessous du 15°, alors c’est la sensation de froid qu’on éprouve, et qui va toujours en augmentant, jusqu'à ce qu’on sorte du bain ou qu’on y ajoute de l’eau chaude.
Les effets du bain üède sur notre économie sont spéciaux et généraux.
Les effets spéciaux se manifestent amsi : l’eau pénètre, ramollit la peau, la détrempe et fait tomber toutes les pellicules épidermiques qui en ternissent l’éclat, la débarrasse de toutes les 1mpuretés que la transpiration a déposées à sa surface, et prévient ainsi une foule d’affections cutanées. En effet, la peau étant le principal organe par lequel le corps absorbe, exerète et se purifie, on conçoit combien il importe de l’entretenir incessamment dans un état de propreté qui favorise ses forctions ; ‘il n'est personne qui ne sache que la transpiration est un des meilleurs moyens d’élimination que la nature emploie pour rejeter de notre corps les humeurs excrémentitielles et entretenir le parfait équilibre de nos fonctions. Or, sans une peau saine et bien nettoyée, point d'équilibre parfait, point de restauration complète. La propreté étant une vertu domestique nécessaire à la santé de la famille, l'usage du bain est donc indispensable.
Les effets généraux du bain tiède sont mieux sentis ét plus bienfaisants encore. L’eau, par la double action de son contact et de ses molécules absorbées, relàche les parties trop tendues, éteint
“D ee l'éréthisme nerveux, ralentit la circulation, détend les fibres musculaires, restitue aux fonctions leur liberté, dégage les forcesorganiques enchainées par le spasme, ouvre passage aux sécrétions, assouphit les solides et entretient la fluidité des liquides. Vers la fin du bain, un sentiment général de bien-être gagne le corps entier; les paupières s’appesantissent : on se sent mollement entrainé au sommeil. Les femmes ardentes et nerveuses s’y trouvent rafraichies et calmées; les personnes fatiguées y voient disparaitre leur lassitude, et, après en être sorties, conservent pendant des heures entières une souplesse et une légèreté qui annoncent le hbre exercice des fonctions vitales.
Les médecins hygiénistes regardent le bain tiède comme un des plus puissants moyens pour apaiser les mouvements orageux qui tourmentent la machine humaine, pour dissiper les inquiétudes musculaires, rafraichir les organes et rendre le calme au système entier. Enlin, pour parler le langage médical, le bain tiède est émollient, calmant, rafraichissant, délayant, apériuf et diurétique ; il favorise les effets des divers médicaments donnés à l’intérieur el tempère la violence de quelques-uns.
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Ce bain, ainsi que nous l'avons déjà dit, convient aux tempéraments billeux et nerveux; il produit de bons effets dans une foule de maladies, telles que l’hystérie, l'hypochondrie, les vapeurs, les convulsions, les fatigues morales; les toux nerveuses, la dysménorrhée, les obstructions du foie, du mésentère, les affections de l’utérus, de la vessie, dans presque toutes les maladies cutanées, etc. ete, etc.
Précautions à prendre pour le baïn tiède, relatives à l'hygiène et à la propreté.
Tout le monde sait que les bains se prennent avant le repas, et que leur durée varie d'une demiheure à une heure.
1° On attendra donc que la digestion des aliments soil faite, c’est-à-dire quatre ou cinq heures après le dernier repas, selon la force digestive de l'estomac, parce que, l’activité vitale se dirigeant sur l’estomac pendant le travail de la digestion, le bain la détournerait de cet organe pour la porter sur la peau, ce qui causerait très-probablement an trouble dans cette fonction.
D + Pt 2° S'assurer de la propreté de la baignoire et de la température de l'eau. DE
3° Lorsqu'on s’est assis dans le bain, veiller à ce que le cou et les épaules ne soient point à l'air.
4 N'y rester qu’une demi-heure ou trois quarts d'heure, au plus, pour les bains de propreté. Si l’on doit y rester plus longtemps, par ordonnance de médecin, ajouter de l’eau chaude lorsque la tem- pérature du bain commence à baisser.
5° Vers la fin du bain, se frictionner le Corps et les membres avec les mains. Les frictions et le massage faits par un aide enlèvent beaucoup mieux les matières impures que la transpiration a déposées sur la peau, ;
6° Il est expressément recommandé d'éviter, en sortant du bain, toute variation de température froide ou humide, car la peau se trouvant alors beaucoup plus impressionnable à l'air, la moindre sensation de froid serait vivement perçue, et porterait Le trouble dans les fonctions transpiratoires ; ce trouble est toujours fâcheux. Il est rationnel, après le bain, de se reposer quelques instants, avant de vaquer aux affaires extérieures.
5 A). Sn Recommandations relatives aux bains partiels,
Il ne faut jamais se laver le visage, les mains et les pieds dans une eau trop chaude ou trop froide ; l’eau à ces températures gâte, durcit la peau, la ride et la racornit. — Ne jamais plonger ces parties dans l’eau froide lorsqu'elles sont en moiteur, car 1l peut en résulter de dangereuses répercussions. — Se servir d’eau tiède ou simplement dégourdie en hiver et à la température ordinaire en été. — Se laver régulièrement les mains après avoir travaillé ou touché divers objets qui ont pu laisser sur la peau des molécules nuisibles, irritantes, contagieuses. Îl est reconnu que beaucoup de rougeurs, de boutons, de démangeaisons, de dartres et autres maladies, se développant tout à coup au visage, sans cause connue, proviennent de ce qu’on y a porté les mains après avoir touché des corps impurs.
En résumé, on ne saurait trop recommander l'usage du bain tiède ou domestique et desablutions quotidiennes ; les uns et les autres sont indispensables à la propreté et au maintien de la santé. Vivre sans se baigner, oublier de se laver, c’est entraver
<'HDe les importantes fonctions de la peau. L'aspect dégoûtant de ces individus appartenant aux classes infimes de la société, l'odeur repoussante qu'ils exhalent et les hideuses maladies qui les rongent n'existaient-point chez les peuples anciens, et, de nos jours, la loi religieuse qui oblige les Orientaux au bain et aux ablutions les soustrait aux hideuses affections cutanées qui se développeraient infailliblement parmi les peuples des climats brûlants. Chez les Occidentaux, le christianisme, en exaltant la spiritualité, a trop perdu de vue ces conditions de la santé physique. Pour y obvier, il est nécessaire de se pénétrer de la haute influence que la propreté du corps a sur la santé individuelle et générale; les bains et les ablutions sont, à ce utre, les plus puissants moyens que l'hygiène ait à sa disposition. Le célèbre Hufeland était profondément pénétré de celte vérité, lorsqu'il disait : « Les bains écartent une foule de maladies externes et internes ; ils assainissent à la fois l'âme et le corps, forüfient les constitutions débiles et facilitent aux convalescents le retour à la santé ; enfin, ils peuvent prolonger la vie. »
En France, malgré les immenses progrès de
RS l'hygiène, les bains publics sont encore trop rares, et les bains particuliers ne se rencontrent presque nulle part, à l'exception de quelques maisons immensément riches qui dérogent à la règle commune, tandis que, dans l'Inde ou en Orient, partout où il y a une mosquée on rencontre un bain public, dont le prix modique permet l'entrée à tout le monde. Le gouvernement français devrait non-seulement favoriser et encourager ces sortes d'établissements, mais encore leur allouer des sommes, afin que, dans les villes et villages, le prolétaire et le pauvre pussent, à lFexemple du peuple romain, jouir gratuitement des bienfaits du bain. El
I est triste pour une nation comme la nôtre d’avouer que l'habitant des campagnes ignore généralement ce que c’est qu'un bain de propreté ; ilne se lave guère que le visage, les mains et les pieds, et encore faut-il qu’il y soit forcé par les épaisses souillures provenant de ses travaux : il croit qu’un bain de corps ne s’administre qu’en cas de maladie, de même qu'on administre un remède. De là vient l'aversion qu'ont les paysans pour cette sage mesure de propreté, et, lorsque
Ed le médecin l’ordonne, le bain est presque toujours administré d'une manière incomplète, attendu qu’il est très-rare de trouver une baignoire dans un village. Cette privation du bain entretient la malpropreté dans les campagnes, et cette malpropreté, quelquefois repoussante chez le paysans , engendre une foule de maladies qui se perpéluent dans les familles, et qu'il serait cependant si facile de prévenir.
Nous dirons, à la louange de plusieurs villes de France, et surtout de la capitale, que, depuis plusieurs années, les bains publics s’y multiplient d’une manière tout à fait orientale ; plusieurs de ces établissements sont construits avec un luxe et des commodités qui ne laissent rien à désirer. On touve à Paris toutes les variétés de bains connus : bains naturels, bains d’eaux minérales artificielles, bains d’eau de mer, bains de vapeur, bains orientaux, bains russes, etc. Les fhermophores, ou bains à domicile, ont surtout contribué à répandre l’usage du bain dans les familles ; mais le prix en est encore beaucoup trop élevé pour la classe pauvre. Ce serait au gouvernement à prendre des mesures pour faire jouir la classe laborieuse de la capitale