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VOIES ET MOYENS. - INSPECTION HYGIÉNIQUE

Nous ne pensons pas que notre tâche doive se borner à formuler des desiderata, tâche ingrate si nous en jugeons d'après ce qui a eu lieu pour la Commission de Thygiène de la vue, dont les vœux, restés sans effet en France, sont entrés dans le domaine de la pratique précisément chez les peuples quii nous importe plutôt de devancer que de renseigner. La présence parmi nous d'administrateurs et de fonctionnaires expérinienlés nous autorise à nous occuper des voies et moyens à employer pour faire entrer dans la pratique les idées que nous avons mises en avant.

Pour la plupart de nos propositions, relatives à des modifications de règlements, nous ne doutons pas du succès de nos efforts, car nos demandes sont modérées et donnent plutôt lieu à des économies qu'à des dépenses nouvelles. La mise en pratique des règles de Thygiène, rarement coûteuse, est une source de richesses par Tallègement qu'elle apporte aux charges des services d'assistance publique, par l'augmentation du nombre des journées de travail de la population, par la conservation de l'existence de milliers de citoyens dont la mort serait une perte sèche pour le pays. En particulier, une bonue hygiène scolaire aura nécessairement pour résultat d'augmenter le niveau intellectuel , et, par cooséqueut, la richesse et la force de la nation.

Pour confisquer au profit de l'hygiène une partie des millions qui , si l'on n'y prend garde, passeront en pierres de taille et en motifs d'ornementation, il importe, comme nous l'avons dit, de ralentir dans une certaine mesure la construction d'écoles rurales et de mettre ce temps d'arrêt à profit pour créer un personnel technique capable de faire des enquêtes surplace avant l'adoption de chaque projet. Il faut, en d'autres termes, constituer un corps JT ingénieurs sanitaires.

Il n'y a pas à craindre que ce personnel ne devienne une chai^ inutile; quand la grande œuvre de construction des écoles sera plus avancée.

ces hommes techniques seront tout prêts pour constituer les cadres d'un organisme indispensable, qui existe dans tous Jes autres pays civilisés, sous le nom d'administration de la santé publique.

Il faudra sans doute quelque temps pour aplanir les difficultés qui s'opposent à la création en France d'une direction de la santé -publique et qui consistent dans la dissémination entre plusieurs ministères de bureaux qu'il importe de réunir sous une direction unique.

Tant que cette unification n'aura pas été faite, il serait chimérique d'organiser l'inspection hygiénique des écoles : ce rouage coûteux ne fonctionnerait pas utilement si Ton n*organisait pas simultanément le mécanisme général dont il doit faire partie. A l'appui de cette opinion , nous nous bornons à citer deux exemples. Dans un pays bien oi^anisé, dès qu'un cas de variole se produit dans une famille, l'administration sanitaire en est prévenue aussitôt et interdit à cette famille d'envoyer ses enfants à l'école. Inversement, s'il y a dans une école des cas de diphthérie, les enfants suspectés sont aussitôt renvoyés chez leurs parents dont Tbabitation est mise en interdit si le mal se déclare. Ces échanges de précautions entre la ville et Técole, ces services mutuels dont TefFet est de diminuer très notablement la mortalité dans les pays qui en ont senti le prix, ne peuvent avoir lieu s'il n'existe pas un lien entre la surveillance hygiénique des écoles et l'administration sanitaire générale.

Notre proposition n'est pas une utopie : ce qui se fait dans la plupart des pays, depuis la Serbie jusqu'à l'État américain de Milwaukee ou à la République Argentine, peut bien s'adapter à la France, à condition de tenir compte de nos institutions et de nos mœurs.

D'après l'étude extrêmement complète que le docteur A.-J. Martin va publier sur a l'administration sanitaire civile a l'étranger « et dont nous avons les bonnes feuilles sous les yeux :

1° Il existe aujourd'hui, dans tous les pays, un conseil d'hygiène possédant un droit régulier d'initiative.

2** Dans la plupart des pays (sauf en Prusse, dans le Mec)^iembourg- ■ Schwerin et en Danemark), l'administraliou sanitaire forme une direction autonome dépendant du Ministère de l'intérieur.

i"" Dans presque tous les pays, les pouvoirs locaux sont assistés obligatoirement de iboctionnaires sanitaires spéciaux.

k^ Dans beaucoup de grandes villes» les choses sont organisées de sorte que, pour tout cas d'aOection contagieuse, la prophylaxie soit in-stituée dans les vingt-quatre heures qui suivent sa constatation.

5° Les fonctionnaires administratifs locaux (analogues à nos préfets et sous-préfets) sont généralement assistés d'agents sanitaires spéciaux.

6^ Dans plusieurs pays, il existe un enseignement approprié à ladminislration sanitaire et les fonctionnaires sanitaires sont choisis à la suite d'examens spéciaux.

Sauf au Havre, à «Reims, à Nancy et à Marseille, où des mesures sont prises contre les maladies contagieuses,. rien de ce que nous venons d'énumérer n'existe en France. Quant aux conseils d'hygiène fonctionnant réellement dans les départements, il en est jusqu'à trois que nous pourrions nommer.

Nous sortirions trop de notre sujet en dressant un projet complet d'or- ' ganisation de la médecine publique; ce qui nous importe cest que cette organisation soit promptemen^ réalisée et nous fournisse le rouage dont nous avons besoin pour Tinspection hygiénique des écoles et des écoliers.

Nous pensons qu'il nous appartient cependant de donner une indication relative au recrutement du personnel nécessaire pour le bon fonc* tionnement des services qui nous intéressent, caron aurait grande chance de passer à côté du but en opérant le recrutement parmi les médecins» même au moyen d'examens spéciaux. En effet, depuis qu'on a eu la malencontreuse idée de créer un baccalauréat es sciences restreint à l'usage des étudiants en médecine, la profession médicale se recrute en très grande partie parmi les jeunes gens trop indolents ou trop peu intelligents pour subir les petites épreuves mathématiques du baccalauréat complet. Or l'hygiène se fondant sur les sciences exactes , on ne peut recruter le personnel dont nous avons besoin parmi des hommes qui n'ont pas su franchir les premiers degrés de ces sciences.

D'autre part, nous ne concevons pas un hygiéniste qui ne soit pas absolument en possession d'au moins deux langues vivantes, indispensables pour se tenir au courant des progrès quotidiens de sa profession tant par les publications qu'au moyen de voyages assez fréquents.

Nous ne voyons qu'une solution au problème : créer, sur le modèle des écoles d'application [mines, ponts, génie, etc.), une école d'hygiène où l'Etat ferait entrer tous les ans quelques jeunes gens pourvus d'une bonne édu-

cation scientifique générale. Uexamen d'entrée porterait sur les sciences mathématiques, physiques, chimiques et sur ime langue vivante. Un diplôme d'élève des écoles polytechnique ou centrale pourrait exempter de l'examen. Gonmie dans les autres écoles d'application, trois ans suffiraient amplement pour donner à ces jeunes gens les notions médicales, administratives et technologiques nécessaires. Comme cela existe de temps immémorial pour les élèves des mines, il serait fait au cours* de Tannée des excursions sous la direction de professeurs, et les vacances, extrêmement longues, seraient occupées par des voyages à l'étranger. Quand cette école aurait fourni au recrutement d'une centaine d'ingénieurs sanitaires qui sont nécessaires toutd'abord pour surveiller les constructions scolaires, puis pour faire des hygiépistes départementaux et pour assurer les services dans les grandes villes, on pourrait en ouvrir Taccès à des élèves externe qui auraient subi un examen préalable; ce serait la pépinière des sanitairiens que les municipalités ne tarderont pas à réclamer et un grand nombre d'entre eux trouveraient leur emploi dans les industries qui se créeront rapidement pour appliquer les données de l'hygiène à la construction des habitations privées.

L'école dont nous parlons devrait évidemment ressortir au Ministère de l'intérieur, auquel incombe naturellement la responsabilité du service sanitaire.

En attendant la réalisation de l'oi^anisation sanitaire générale, noos recommandons la mise en pratique immédiate d'un certain nombre de mesures urgentes dont l'indication est disséminée tout le long de ce rapport , et dont les plus importantes sont rappelées dans nos conclusions.

D' Emile JAVAL.

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