SUR LE CHAUFFAGE ET LA VENTILATION DES LOCAUX SCOLAIRES
(commission D'HTGIÈNE. . — SÉANCE DU 29 JANTIER l883.)
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Le chauffage et la ventilation artiBcieile des locaux sont deux choses qui ne doivent pas être confondues, Ce sont deux sujets quil fautiraiter simultanément, c'est vrai, mais qui ne restent pias moins distincts.
Ce point de vue a été mis en lumière par M. Emile Trélat, à qui Ton doit beaucoup aussi comme déductions logiques -qui en découlent.
Pour les locaux scolaires ou analogues, la ventilation naturelle est incomparablement supérieure à la ventilation produite artificiellement; et même en hiver, il faut s'efforcer le plus qu'on peut de recourir aux orifices d'aération directe.
Non pas qu'on doive se dispenser de ventilation artificielle, mais je considère qu'un système de chauffage et de ventilation est d'autant meilleur qu'il se concilie avec le jeu des ouvertures d'aération naturelle ; voilà même déjà un guide pour l'appréciation comparative des divers systèmes de chauffage et de ventilation.
C'est ainsi par exemple que, contrairement à bien des admirateurs, on est amené à regarder comme défectueux certains appareils très usités en Angleterre, appareils dont le fonctionnement comporte une émission d'air chaud près du plafond. On comprend en effet qu^une pareille disposition se concilie mal avec l'ouverture, même limitée, du plus petit orifice d'aération directe.
C'est maintenant le cas d'insister sur ce fait que, si lè^ murs étaient chauds, on n'aurait plus besoin que de chauffer très peu l'air de ventilation. Les meilleures conditions d'utilisation de cet air seraient aussi qu'il fût introduit, sans courants sensibles, dans la région occupée par les individus, pour de là se mouvoir naturellement de bas en haut, et être ëvacué en même temps que les produits de la respiration par des gaines s'ouvrant au plafond des salles, traversant les étages et débouchant au-dessus des toits. '
Si, en fait, ces conditions ne sont pas facilement réalisables d^one manière complète, au moins convient-ii de s'en rapprocher le plus possible.
L'hypothèse des murs chauffés est, d'autre part, favorable aussi à ia suppression des courants desceotionnels froids et insupportables qui se manifestent près des parties vitrées surtout, et d'autant plus éaergique* ment que la salie observée est plus habitée.
Eh bien, avec les simples données qui précèdent prises pour guide, on peut apprécier la valeur relative des divers modes de chaafi[age par poêles, calorifères à air chaud, eau chaude ou vapeur.
Voyons les poêles et ce qu'on peut en dire :
Est-il possible d'en tirer un bon parti? Je n hésite pas à répondre « oui «, sous certaines conditions.
Je m'explique. Peut-on songer à ces grands poêles en briques et fsuence usités dans certains pays du Nord ? Évidemment non. Nous n avons ni les murs creux, ni fenêtres doubles ; et nous voulons ventiler, et nous voulons ouvrir les fenêtres ! Que faire alors P Recourir aux poêles métalliques qui rougissent, soit en fonte, soit en fer? Pas davantage évidemment.
On voit déjà que si l'emploi du poêle est simple et s'impose même dans les petites écoles, il n'est pas facile, somme toute, d'en tirer on parti répondant convenablement aux données principales du problème.
Voici cependant un dispositif qui donne d'excellents résultats. Il consiste à transformer le poêle en un simple fourneau réfractaire placé près de l'estrade du maître, dans l'angle formé avec la face d'éclaircmteut, et à utiliser comme appareil de chauffage pour ainsi dire le iuyau*de fumée dudit foyer seulement.
A cet etfet, ce tuyau de fumée, partant du foyer, longe horizontalement le mur froid, un peu au-dessus du sol, en contre-bas de la partie vitrée; puis, après une course de 7 à 8 mètres, se relève verticalement pour former la cheminée nécessaire au tirage. Mettez une porte de pompe d'Opel au pied de cette cheminée, et vous avez un appareil de chauffage complet.
En exécutioa, bien, entendu, il y a des détails complémentaires qoi s'ajoutent à cette installation principale.
Tout d'abord un eoSrage en tôle perforée , enveloppant le tube de cbauflage pour éviter qu'on ne se brûle à son contact; puis dans les écoles où ce syslème est installé, à Paris notamment, on ajoute des vases dévapofation d'eau. Également au sortir du foyer, là où le métal est susceptible de rougir, il faut une double enveloppe avec interposition d'une matière telle que la laine de scorie de bonne qualité. Enfin la surface de cbauETe elle-même ne peut pas être un «impie tuyau de poêle. . . etc.; mais ce sont là des détails de construction dans lesquels il n'y a pas lieu d'entrer ici.
L'appareil de cbauSage proprement dit est donc ainsi complet, et peut chauEfer la salle par rayonnement et contact, sans qu'on ait besoin de faire intervenir aucune émission d'air chaud.
Il y a lieu cependant d'indiquer maintenant comment l'air de ventilation est introduit, comment il s'échauffe et se distribue, et enfin conmient se fait révacuation d'air vidé.
Tout cela est réalisé, sinon d'une manière parfaite, tout ou moins suffisamment et simplement
Au moyen d'ouvertures pratiquées dans le mur, en contre-bas de la partie vitrée, on fait arriver l'air pur directement dans le coffrage ajouré qui enveloppe le tuyau de fumée surface de chauffe. Ce coffrage, qui affecte la forme d'une banquette creuse, peu saillante, et qui se développe sur toute la longueur de la classe, permet d'introduire de l'air sur toute cette longueur, c'est-à-dire dans les meilleures conditions de distribution ; d'autant que cet air chauffé se mélange naturellement avec Tair froid que rien ne peut empêcher d'entrer par les fissures des fenêtres.
Avec le cas du chauffage d'une salle par un poêle, même rationnellement disposé conune il vient d'être dit, on doit cependant éviter l'évacuation de l'air vicié par le haut, sauf à l'heure où les appareils d'éclairage fonctionnent. Il ne serait guère possible, en effet, d'éviter que des veines d'air pur et chaud ne s'échappassent sans profit; et d'autre part, en faisant dans le jour un appel par le bas de la salle, on favorise la distribution de l'air chauffé dans toute l'étendue du local, et cela à quelque endroit que l'appel soit provoqué; si bien qu'on se trouve amené à établir la gaine d'appel autour du tuyau de fumée, dans sa partie verticale formant cheminée, et aussi du côté de la face d'éclairement, comme tout Tappàreil de chauffage, mais au fond de la salle, côté des élèves.
Le dispositif qui vient d'être indiqué fonctionne entre autres dans plusieurs écoles de Paris récentes, et tend à se généraliser.
A défaut de ce dispositif remarquablement efficace, mais qu^on ne peut pas supposer voir adopter partout, et dans Thypothèse d^ poêles simples, encore ne faut-il pas négliger les observations générales présentées plus haut, tant pour la place à assigner aux poêles qu'au sujet de riniérét qu'on a d'éviter l'inconvénient habituel des émissions d'air par des sections insuffisantes, et à des températures nécessairemeot élevées.
Pour une classe de trente à quarante élèves, il convient de donner aux grilles de prise d'air extérieur une section libre d'environ 12 a i5 décimètres carrés, débit équivalent pour les bouches d'émission dans la salle; et enfin autant encore pour l'évacuation.
On ne peut pas terminer ce chapitre sans remarquer que le chauffage, à raison d'un poêle par classe, s'effectue naturellement mieux dans une salle éclairée unilatéralement que dans une classe à deux faces vitrées. Cependant, avec des bouches d'évacuation près du sol, l'inconvénient est moindre qu'on ne serait tenté de le croire. On ne saurait néanmoins nier qu'il existe dans une certaine mesure, et, qui plus est, on doit se résigner à l'accepter tel quel, car le remède consistant à employer deui poêles par salle parait difficile à faire admetti-e. C'est déjà bien assez d'un, et trop même pour les grands établissements.
Le chauffage par circulation de vapeur est beaucoup plus parfait à oe point de vue comme à d'autres, ainsi que nous espérons le démontrer.
Mais longtemps encore, dans les écoles communales, on continuera à se servir de poêles, avec raison d'ailleurs.