HYGIÈNE DU MAITRE
Aux prescriptions hygiéniques qui concernent les élèves, il a paru qu'il ne serait pas superflu d'ajouter quelques recommandations à l'usage des maîtres et des maitressses.
La profession d'instituteur est pénible: plus qu'aucune autre peut-être, elle use et épuise rapidement les forces; elle peut devenir meurtrière, si ceux qui la suivent ne se conforment pas, dès leurs débuts dans la carrière, aux règles générales de l'hygiène et à certaines règles spéciales au genre de vie qu'ils mènent. C'est sur ces dernières qu'il importe surtout d'appeler leur attention.
Si les instituteurs ont à cœur de mettre en pratique les prescriptions relatives à la propreté, à l'aération, au chauffage, en un mot, à la bonne tenue des locaux scolaires, s'ils prennent pour eux et appliquent à leur profit la plupart des recommandations hygiéniques qu'ils sont tenus de faire observer à leurs élèves, s'ils prêchent d'exemple, en un mot, ils seront les premiers à recueillir les fruits de leur prévoyance et de leur sollicitude.
Enseignant dans une classe saine , respirant un air pur, entourés d'objets qui plaisent aux yeux par leur extrême propreté,, ils vivront en quelque sorte dans une atmosphère de santé qui exercera la plus salutaire influence sur leur corps et sur leur esprit.
Si, avec cela, ils prennent soin de ménager leurs forces, ils supporteront sans trop de peine les fatigues de renseignement.
Ménager se^ forces, pour on iostitntear, consiste à bien préparer ses leçons, car toute classe qui n^est pas préparée cause une double fatî§^e ; — à être maître de soi, car un maître qui ne se possède pas ne parvient pas à discipliner sa classe, et, luttant contre sa propre nature et contre ses élèves, ils^épuise bien vite en efforts stériles; — à apporter de l'entrain et de la bonne humeur dans son enseignement , car la bonne humeur et Tentrain rendent toute tache facile; — à parier enfin avec calme, à ne pas élever inutilement la voix, car le bruit engendre le bruit et, dan^ une école, le maître qu^on entend le moins est celui qui crie le plus fort. La pédagogie, non moins que ITiygiène, recommande cette méthode.
Ménager ses forces, pour un instituteur, consiste encore à ne pas se surcharger de leçons particulières ou de travaux en dehors de ceux de sa profession , à se réserver chaque jour une heure ou deux pour se li\Ter à un exercice r^^ulier, changer le cours de ses pensées , respirer le grand air et reposer son esprit en imposant à son corps une salutaire fatigue.
Cela consiste enfin à r^er exactement sa vie, à se coucher tôt et à se lever de bonne heure, à avoir, non pas une table recherchée, — il serait presque cruel de le conseiller à des instituteurs, — mais un régime alimentaire sain et suffisamment abondant.
C'est aux institutrices que s'adressent plus spécialement ces derniers conseils, parce que, moins fortes, plus ardentes et plus nerveuses que les hommes, elles résistent moins bien aux fatigues de renseignement, et aussi parce que ce sont elles qui ont le moins de souci de leur santé et que souvent personne n'en prend souci pour elles.
Un maître ou une maîtresse qui ne soigne pas sa santé est coupable non seulement envers soi et envers les siens, mais encore envers ses élèves, qui ont droit à ce qu'il entretienne et augmente ses forces, en vue de les dépenser tout entières pour eux,