‹ Hygiène des écoles primaires et des écoles maternellesChapitre 56 sur 58 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

La question de ralimeatatioa est une des plus graves parmi celles que soulève f étude de Thygiène de l-enfance; on sait quelle importance elle a dans la première enfance et pendant la période de rallaitemeoL Le professeur Parrot a tracé de main de maître le tableau de cetle maladie de la nutrition qui constitue Yathrepsie; ses travaux plus récents et les travaux du docteur Tarnier ont permis de poser les bases d'un allaitement artificiel dans les cas malheureux où rallaîtement notatemel est impossible.

Dans la période qui nous occupe , cVst-à-dire à partir du ndoment où Tenfiint peut avec avantage être soumis à une alimentation plus complexe où la viande commence à jouer son rôle, le régii^e alimentaire a aussi une grande valeur. Le développement physique est rapide; il faat, pooi y pourvoir, que Talimentation soit complète et que la dose alimentaire soit efficace pour la réparation des pertes incessantes et pour les besoins incessants de Taccroissement.

« Les œufs, le bon lait, les viandes, les fromages frais, les bons fruits, interviennent toujours utilement dans cette alimentation » , ^^^ dit le professeur Bouchardat. Il faut y ajouter les corps gras, sur la néc:essité desquels le savant hygiéniste ne manque pas d^insister, et dont il a de nouveau exposé futilité au cours des séances où cette question a é(é étudiée par la 5* Sous-Comniission.

Ajoutons que ces repas ne doivent pas être trop éloignés les uns des autres.

Mais si toutes ces conditions sont aisées a remplir pour Tenfant élevî dans sa famille, constamment surveillé, entouré de la sollicitude tOQ* jou!^ éveillée de la mère, avec les conseils quasi-joomalicrs du médecin, il faut convenir qu il en va tout autrement quand il s*agit des enfants des écoles maternelles. Peut-être n aurcHit-ils pas, en arrivant à récole, pris un repas suffisant; peut-être n apportent-ils pas les provisions uécoî^iKÙres pour celui qu ils doivent prmdre à midi. B faut compter au5^^ que beaucoup resteront a Técole après 4 heures du soir, jusqu'à

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6 ou 7 heures si la mère travaille hors de chez elle, et qu*il est nécessaire de songer au goûter.

Cest ici que les municipalités, les caisses des écoles, les associations charitables, les dames patronnesses, peuvent intervenir et s'ingéniera trouver et à créer des ressources. La réglementation est dans ce cas impuissante; elle ne doit rien préciser par crainte de verser dans Tutopie; tout au plus doit-elle, au point de vue de Thygiène de Tenfant, laissant la porte ouverte à tous les bons vouloirs, poser quelques principes qui seront des jalons pour la munificence des municipalités ou des particuliers.

Cçst là ce que la 5* Sous-Commission a tenté de faire.

Actuellement les enfants, en arrivant à Técole maternelle, sont censés avoir pris chez eux un premier repas. Cela toutefois n'est pas certain, mais on peut, en quelque sorte, le présumer par Tinspection du petit panier de provisions que l'enfant apporte avec lui pour son repas du midi, et au besoin par de discrètes interrogations. Les femmes excellent à deviner la misère, et les directrices des écoles maternelles ont une expérience qui vient encore en aide à cette faculté divinatrice des cœurs charitables. En tout cas, il est bon de visiter le panier de l'enfant. Ainsi le veut d'ailleurs le règlement actuel (art. 5) et la Sous-Commission a pensé qu'il serait sage que le règlement futur ne manquât pas d'indiquer que la directrice doit toujours se rendre compte du contenu des paniers.

Dans plusieurs écoles maternelles, on a imaginé de demander aux parents une cotisation quotidienne de lo centimes par enfant, et d'après les renseignements fournis à la Sous-Conmiission, on aurait trouvé là des ressources à peu près suffisantes. Quand l'école maternelle fait partie d'un groupe, et qu'il existe une cantine scolaire, le problème est relativement facile à résoudre. En tout cas, que le système des cotisations soit mis en usage, ou qu'on fasse fond sur les petites provisions apportées par les élèves, ou bien encore qu'on puisse compter sur les subventions municipales ou sur le concours d'œuvres philanthropiques, il serait nécessaire que les aliments pris au repas de midi fussent des aliments chauds, et c'est ce que la Sous-Commission entend formuler par la pro* position suivante :

Le repas de midi comprendra nécessairement des aliments chauds , fournis soit par la famille, soit par ï école.

Au point de vue de 1^ constitution dd ces repas, la Sous-Commission, tenant compte des principes relatés plus haut, propose de dite :

Il est désirable que les enfants aient chaque jour, au repas de midi, dw soupe grasse ou maigre, ou au lait, et un plat chaud de viande ou de légumes.

Li question des boissons n'est pas indifférente; si l'on peut à partir de deux ans donner à Fenfant du vin ou d'autres boissons fermentées, c'est à la condition que ces boissons soient étendues d'*eau. Les hygiénistes s'accordent sur ce point.

L'eau entrera donc pour une large part dans la boisson des enfants, et la Sous-Commission a considéré qu'il y aurait toutd'abdt-d lieu dédire que :

L'eau bue pendant le séjour à t école sera filtrée.

C'est là une prescription importante ; c'est en effet surtout par l'eau des boissons que s'introduisent le 5 œufs des ascarides lorabricoïdes et des autres helminthes et ces œufs ne traversent guère les filtres ordinaires. Aussi voit-on bien plus rarement les maladies vermineuses à la ville où l'eau est filtrée qu'à la campagne où le filtre est d'un rare usage. Cette prescription trouverait ainsi une application particulièrement utile daos les écoles de la campagne.

La boisson des repas pourra, suivant les pays, se composer d*eau avec une petite quantité de vin , de cidre ou de bière.

Entre les repas, pendant les récréations et surtout en été, il faut évidemnaent mettre aussi une boisson saine à la disposition des enfants. Les décoctions de gentiane, de houblon, de coques de cacao, de réglisse, etc., ont toutes cette qualité commune que l'eau qui sert à leur préparation a dû subir une ébullition préalable qui tue les germes nocifs qu'elle peut contenir; on pourrait les recommander toutes indifféremment. M. le professeur Bouchardat proposerait volontiers une dissolution de 5o centigrammes de glycyrrhizate d'ammoniaque par litre deau préalablement bouillie.

La Sous-Commission a cru devoir formuler comme il suit son opinion sur la question :

Il serait désirable que la boisson donnée aux repas se composât, suivanl les localités, de vin, de bière ou de cidre plus ou moins étendu d'eau.

Entre les repas, la boisson devrait être composée d* une décoction de houllon ou de réglisse,

La Sous-Commission a de plus voté la disposition suivante :

Le repas sera précédé âHune évolution dans le préau ou dans la cour,

y RÉCRÉATION ET SOMMEIL.

La nécessité de Texercice corporel pour le jeune enfant n'est plus à démontrer. Il y a longtemps en tout cas qu'on a constaté ce besoin de mouvements multipliés dès fâge où Tenfant est le maître de ses actes musculaires. 11 lui faut des mouvements, bons ou mauvais, salutaires ou dangereux , car, comme l'avait observé Platon ^^^ , ce n'est pas la qualité qu'il recherche, mais la quantité.

• Si l'adulte se conserve par l'exercice régulier, dit Bouchardat ^^\ l'enfant se conserve et s'accroît surtout , pour ce qui a trait aux organes delà vie de relation, par l'exercice progressif de ces organes. Il y a pour lui une double nécessité de mouvement. » Et le savant maître de l'hygiène en France, qui sait s'inspirer de l'opinion des grands penseurs de tous les temps, rappelle que Bacon avait dit déjà, avec raison, que l'exercice de l'enfance est la meilleure provision de santé pour l'âge adulte.

C'est vraiment grand'pitié de voir que, dans les villes et à Paris surtout, les mères, éloignées de leurs enfants par leurs travaux ou leurs plaisirs, les laissent s'étioler dans des chambres étroites où ils prennent, avec l'habitude des jeux tranquilles, une faiblesse et une pâleur excessives , une passi\ ité à subir toutes les influences climatériques et toutes les maladies de l'enfance.

Il n'y a ni loi ni règlement qui puissent remédier à la triste insouciance de certaines mères; mais pour celles que le travail retient loin du logis, l'école maternelle offre un asile où elles doivent pouvoir en toute sûreté laisser leur enfant, et où l'on doit veiller, autant et plus qu'on ne ferait dans la famille, à l'exercice convenable et régulier.

Les jeux librement pris au grand air ou dans le préau tiennent ici le premier rang; et c'est afi'aire aux directrices de trouver la variété dési-

^*^ Lois, livre II.

<*J Hygiène, p. 5o5.

rabfe, de surveiller autant ceux que le jeu échaufTe ou énerve à l'excès que les pauvres lymphatiques timides qui restent volontiers» sioo ne les en tire, dans une regrettable inmiobilité, ne voulant ni n'osant se mêler aux jeux des autres.

Avec ces jeux ce sont les mouvements rythmés par le chant qui ont la plus favorable influence et qui satisfont le mieux au besoin de mouvement des enfants. C'est là une gymnastique utile et inoffensive. Quant d la gymnastique proprement dite , tandis que le colonel Amauros la recom mande dès Tâge de deux ans, Michel Lévy insiste pour qu'elle ne soil commencée qu'à cinq ans seulement. U y a là une question de sage mesure à garder.

La 5" Sous-Commission ne voulait pas aborder de trop près cette question de la gymnastique qu'une commission spéciale étudie. Elle tient à rappeler seulement qu'une gymnastique rationnelle, composée de simples mouvements , doit avoir pour but unique de développer cbei l'enfant, dans une mesure égale, toutes les parties du squelette et tous les muscles.

Actuellement on constate avec regret que les enfants venus à 7 heures et demie ou 8 heures ou 8 heures et demie restent immobiles., assis dans le préau sur des bancs mal commodes et dans des attitudes vicieuses jusqu'à l'heure de l'entrée en classe.

C'est là une condition déplorable que la Sous-Commission a voulu éviter. Elle a émis le vœu que les enfants soient, pendant l'avant-elasse, mis en liberté dans la cour ou dans le préau, à la condition qu'oti les laisse au repos un peu avant l'entrée en classe.

La 5® Sous- Commission a d'ailleurs formulé sa pensée dans les propositions suivantes :

Aa far et a mesure de leur entrée a V école, les enfants seront mis en, liberté dans la cour, ou, quand le temps ne le permettra pas, tenus au préau, occupés a des marches d'ensemble, des évolutions ou autres exercices récréatifs.

Une demi-heure avant l'entrée en classe, ils seront conduits aux privés tt maintenus au repos.

Les récréations de 10 heures et demie à il heures et de 3 heures et démit à U heures seront consacrées à des marches avec chants dans la cour ou dans le préau.

Dans la récréation qui suivra le repas de midi, les enfants seront en

liberté dans la cour oa dans le préau; des jeux variés autant que possible seront mis à leur disposition; on choisira de préférence les jeux qui développent la force et V adresse.

Relativement au sommeil, il n'a pas paru à la 5* Sous-Commission qu'ion pût réglementairement en fixer les heures ni la durée ; ce sont là des besoins absolument individuels, et il y aurait péril à vouloir les restreindre ou leur imposer un moment précis. Ce -qui imparte au contraire, au point de vue de Thygiène, cest d'éviter Tusage «de matelas on de couvertures servant à plusieurs enfants et pouvant devenir une cause de transmission d'affections contagieuses. Il y aurait avantage à employer des matelas de moleskine faciles à laver à Téponge, ou plus simplement un plan incliné de bois ciré. C'est pourquoi la Sous-Conmiission propose de décider que :

Les lits de camp sur lesquels seront couchés les enfants seront en bois ciré, et essuyés avec soin chaque fois quon lèvera un enfant.

Relativement au vêtement, on a pensé aussi qu'il y aurait inconvénient à entrer dans la voie d'une réglementation trop sévère. L'application d'un tel règlement serait d'ailleurs difficile. Il est bon de rappeler que le vêtement de l'enfant doit être chaud, ample et ne pas gêner ses mouvements. La recommandation suivante pourrait, en tout cas, être utilement introduite dans les instructions officielles :

On devra veiller à ce que le vêtement des enfants soit, autant que possible, mis en rapport avec la température et les exercices»

Une question très délicate est celle de la fourniture de vêtements aux enfants nécessiteux ; autrefois les comités de patronage avaient une allocation qui, avec les dons des dames patronnesses, permettait de faire face aux besoins. Les caisses des écoles pourraient faire quelque chose sans doute si elles n'avaient à présent des charges énormes et si elles ne s'occupaient, surtout en ce moment, de favoriser la fréquentation des écoles primaires par les enfants. La distribution de vêtements, d'où qu'ils viennent, doit, en tout cas, être faite sans ostentation blessante. — Il y a lieu de considérer aussi que les vêtements fournis par la bienfaisance privée peuvent être plus ou moins suspects; et la Sous-Commissîon estime qu'ils devraient toujours subir une désinfection préalable. C'est une mesure de sage hygiène qui a été prise en Belgique par

VŒuvre des vieux vêlements, œuvre qui pourrait être iostitoée chanm si les comités de patronage, réorganisés et composés de personnes uke). voulaient y donner la main.

Ce sont là des vœux que la SousO)nmiission a formulés dans les propositions suivantes :

/{ serait nécessaire que les comités de patronage soient réorgani$ét, pcrtiealièrement en vue i améliorer T alimentation et le vêtement des enfatùi iu écoles maternelles.

Les vêtements fournis par la bienfaisance privée ne seront mtSish, iU ont déjà servi, qu'après avoir été préalablement désinfectés,

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