‹ Hygiène des écoles primaires et des écoles maternellesChapitre 7 sur 58 · DE LA SITUATION ET DE L'ORIENTATION · texte numérisé non relu

DE LA SITUATION ET DE L'ORIENTATION

On est assez d'accord pour vouloir construire les écoles « en bon air », mais la seule prescription que nous trouvions à cet égard dans les règlements consiste à exiger qu*on s'éloigne à 100 mètres au moins des cimetières actuels. Cette règle, étant emprjantée à la loi du 7 mars 1808, doit être observée, bien que la nocuité du voisinage des cimetières soit loin d'être démontrée. S'il en résulte quelque difficulté pour donner à l'école une position «centrale» demandée par le règlement, nous n'y voyons pas grand mal. Les municipalités ont la passion des positions cen* traies, tandis que nous préférerions souvent une position éloignée du groupe des habitations. ■ Je voudrais l'école au milieu des prés et des . bois », dit M. Félix Hément* Quand une école dessert des habitations éparses, il convient de lui donner une position centrale, cela va sans dire, et il appartient à l'Administration de résister au conseil municipal €[ui voudra toujours choisir le centre de l'agglomération principale. Qu'en se place au S.-O, pour ne pas recevoir habituellement l'air qui a passé sur le village et qu'on s'éloigoe même des dernières habitations ; nous n'y verrions que des avantages. Peu importe, à nos yeux, que les enfants aient à parcourir quelques centaines de mètres pour gagner l'école ; quand on adoptera franchement cette solution, on pourra sans grande dépense prendre un vaste terrain se prêtant aux agrandissements de l'avenir et comportant des préaux découverts assez étendus pour permettre d'y planter, sans nuire à l'éclairage des classes, des arbres qui donneront un agréable ombrage en été. On ne reculera pas non plus devant la création d'un jardin aussi vaste que possible, dont une partie serait réservée à l'instituteur et dont le reste serait cultivé par les élèves ; il est très facile, avec un peu de goût, de leur jaire tenir un jardin botanique. En résumé, on ne devra pas sacrifier à la recherche d'une position centrale l'observation des précautions plus importantes d'aération et d'hygiène.

Si les positions centrales nous paraissent un mal souvent nécessaire pour les écoles urbaines ordinaires, leur adoption nous semble condam nable à tous égards pour les internats. Qu'on mette les écoles normales

autant que possible en dehors des villes; nous tenons à cette condition qui nous parait la meilleure garantie de bonne aération. L'économie sur le prix d'acquisition du terrain se chiffrera par des sommes suffisantes pour donner satisfaction à d^autres prescriptions hygiéniques qui se présenteront successivement à notre attention. Pour obliger les communes et les départements à choisir des terrains conformes à nos désirs, la première mesure à prendre est de déclarer qn^aname suhverUion de rEtat ne sera applicable à l'acquisition de terrains pour la eonstraction Jt écoles quelconques, et d'exiger un minimum de 5oo mètres, par exemple, pour les écoles primaires, et d'un hectare pour les écoles normales. Par ce procédé, les conseilleurs deviendront les payeurs, et ils y regarderont à deux fois avant de se lancer dans des dépenses d^expropriation au lieu de choisir un terrain qui leur coûtera moins cher précisément parce qu'il sera plus loin.

On nous a objecté que l'éloignement de la ville générait pour recruter l'école annexe. C'est une erreur. Qu'on s'éloigne assez pour gagner la proximité d'un petit village : il y aura moyen alors de faire une école annexe à une seule classe, préférable peut-être à une grosse école pour l'instruction pédagogique des élèves-maitres; quand l'école normale est dans une ville on toutes les écoles sont à six classes, le recrutement de l'école annexe peut être compromis.

Il est entendu qu'on devra rester assez près de la ville pour être à la portée des maîtres de l'enseignement secondaire, auxquels il est si important de confier certains cours, et pour communiquer aisément avec la préfecture et l'inspection académique. Il est à remarquer d'ailleurs que les fonctionnaires qui demandent qu'on mette les écoles normales en ville sont précisément ceux qui ont obtenu récemment l'expulsion des maîtres de l'enseignement secondaire dont l'élévation d'esprit était médiocrement goûtée par une partie du personnel de l'enseignement primaire.

Nous n'attribuons pas une importance excessive à la situation en bon air et nous savons qu'on peut se porter fort bien même au centre des plus grandes villes; mais quand on peut placer en pleine campagne des internats dont la population n'est pas acclimatée en ville) et tel est le cas des écoles normales), nous ne voulons pas qu'on dépense plus d'argent pour les mettre dans une situation moins aérée.

Nous désirons aussi qu'on évite les courettes couvertes où Tair se renouvelle mal et, pour la situation générale, les fonds de vallée, où il se produit, pendant les temps calmes de Tbiver, de vrais lacs d'air humide et glacé dont Faction est bien connue dea vignerons et des propriétaires de vei^rs.

Dans quelques cas la nature du sol ou du sous-sol sera d'une impor** tance décisive pour le choix de remplacement. Il arrive ^ par exemple, que dans certains terrains sablonneux les variations de hauteur de Ja nappe souterraine ont pour effet de mettre à sec, à différents niveaux , des dépôts oi^aniques plus ou moins nuisibles, si bien que, d'après un célèbre mémoire de Pettenkofer, les variations des épidémies de choléra à Munich ont été toujours sous la dépendance des variations du niveau général de Teau. Il faut éviter de hâtip sur un terrain sableux situé en con^ tre-bas d'une colline argileuse couverte d'habitations: c'est en partie à une situation de ce genre qu'a été due la terrible épidémie de fièvre typhoïde de l'école normale d^Âuteuii.

Il va sans dire qu'on évitera autant que possible de bâtir sur un terrain humide. En tout cas, après avoir construit les fondations en matériaux durs et en ciment, il faut placer une assise imperméable entre le sol et le niveau da parquet; cette, assise pourra être en briques vitrifiées ou en feutre bitumé. Le sol sera convenablement disposé pour F écoulement des eanm de lasurface et, s'il est humide , assaini par un drainage.

Dans le cas d'un groupe scolaire , il serait désirable que F école maternelle fût isolée. Quand elle fera partie d'un groupe scolaire, on évitera de la placer entre V école des gardons et T école des filles, et Von prendra des dispositions pour que les écoles soient garanties du bruit de t école maternelle^

Si Ton ne pense pas souvent à orienter convenablement les édifices scolaires, cela tient d'abord à ce que les auteurs des règlements sont des architectes, et n'ont généralement pas l'occasion de séjourner longuement dans les locaux qu'ils ont construits , lorsque les b&timents ont reçu la population à laquelle ils sont destinés. Ce n'est donc pas à eux, mais aux instituteurs, que nous avons dû demander des renseignements, et les réponses sont assez concordantes pour que l'on puisse se former une opinion.

Une seconde raison de la lacune que nous signalons dans les rè^le-

ments est attribuable à cette circonstance que les auteurs sont Parisiens. Le haut prix des terrains dans les grandes villes ne permet généralement pas de' tenir compte* des orientations : c'est à peine si, en s'aQranchissant de cette question , il est possible d'assurer un emplacement suffisant à tous les services d'une école urbaine. Aussi ne prétendons-nous pas rédiger, quant à Torientation , des prescriptions applicables dans tous les cas. Nous poserons des principes; dans les villes, on ne pourra pas toujours s'y conformer, mais nos indications resteront applicables an& trois quarts des constructions qui sont encore à faire en France.

Dans un bâtiment ordinaire, isolé, il est désirable que les quatre faces reçoivent successivement le soleil, non seulement pour bannir l'humidité des murs, mais parce que l'insolation a pour effet d'oxyder les matières oi^aniques qui se produisent en si grande abondance dans leis locaux fortement peuplés. Un proverbe italien dit : « Dove va il sole non va il medico. » Si donc un bâtiment carré devait contenir des classes en façade de tous les côtés, il faudrait poser les diagonales suivant les points cardinaux, pour éviter d'avoir une face au nord; du même coup on éviterait le plein midi, qui est trop chaud en été.

Mais, en générai, les bâtiments scolaires isolés affectent une forme rectangulaire plutôt que carrée, et même, quand il y a plusieurs dasses et qu'on n'est pas limité par l'espace, le plus simple est de les disposer à la suite les unes des autres, sans se mettre en frais d'imagination pour faire plus mal. Les classes occupent alors un rectangle très long et la question d'orientation est relativement simple, car lorsqu'elle est résolue pour l'une des classes, elle l'est pour toutes. De plus, avec un bâtiment tout en longueur il est permis de ne plus s'inquiéter de l'orientation des pignons.

Supposons d'abord que nos classes soient toutes à éclairage umlaiéral; dans ce cas, ilfaat interdire F exposition da nord, absolument intolérable au rez-de-chaussée pendant une grande partie de l'année, même dans le midi de la France. Dans nos climats, on évitera le sud et le S^-O., trop chauds en été, et on donnera la préférence au N.-E. et à Vest, pour avoir le soleil avant l'entrée des classes ^^K

(^) Dans le midi et en Algérie, on se trouve bien, dit-on, de Torientatloq plein sud, parce qu*à midi le soleil est assez haut pour ne pas envoyer de rayons directement dans les salles.

Dans le cas, plus habituel, de réclairage bilatéral, une tradition trop ancienne pour que nous ayons pu eu retrouver Torigine a fait poser souvent Taxe du bâtiment du nord au' sud, et les classes ainsi disposées sont très agréables à habiter.

Peut-être serait-il mieux encore de placer Taxe suivant une ligne allant du N.-E. au S.-O. Nous y verrions l'avantage d'éviter en été la chaleur de l'ouest, de n'avoir pas de pignon plein nord et de nous défiler des vents régnants, de manière à pouvoir tenir les fenêtres ouvertes en été, même en temps de pluie. Dans cette disposition, les élèves seraient assis face au N.-E., pour n'avoir jamais le soleil dans les yeux. On placerait les privés contre le pignon N.-E., c'est-à-dire exactement sous le vent dominant. Le préau découvert et les portes d'entrée des filles seraient le long de la façade S.-E., et par conséquent à l'abri des vents froids.

Rien n'empêcherait d'ajouter un abri couvert et même clos le long de toute cette façade, en le faisant assez bas pour ne pas nuire à l'éclairage et à la ventilation, qui auraient lieu par une rangée d'impostes situées à la droite des élèves quand ils sont assis en classe, les fenêtres étant à leur gauche.

La disposition eu longueur, adoptée dans plusieurs départements, se prête facilement à l'augmentation de l'école: on la prolonge tout simplement à mesure qu'on a besoin d'une classe de plus. Le logement de l'instituteur peut se placer à l'étage ou à l'une des extrémités : M. JoTst nous a signalé cette dernière disposition qui a déjà été recommandée par le Ministère et qui a pour elle la sanction de l'expérience.

Nous ne voudrions pas qu'on prescrivit l'adoption du type que nous venons de décrire , car il peut en exister de meilleurs sans que nous le sachions, mais nous dirons que dans le cas de l'éclairage bilatéral, taxe du bâtiment sera dirigé de préférence da N.-E. au 5.-0. La direction de Vest à l'ouest est interdite.

Nous savons fort bien que l'exécution de ces prescriptions rencontrera de vives résistances de la part des architectes et des municipalités, d'accord pour sacrifier tout à l'aspect extérieur. Si des considérations de ce genre devaient nous arrêter, il serait inutile de nous réunir pour fixer les règles de l'hygiène scolaire.

Quant à l'objection si souvent répétée que les mesures hygiéniques coûtent cher, elle ne s'applique pas ici. Nous avons demandé tout à

Thenre que les écoles raralcs fussent bâties en dehors des agglomérations; dans ces conditions, une maison bien orientée au milieu d^un vaste terrain coûtera moins cher que Fécole sans préau découvert et sans jardin, développant sa façade le long de la principale rue du village.

Si quelques architectes étaient blessés du manque de symétrie qui sera souvent la conséquence d*une bonne orientation , nous leur répondrions qu'il y a précisément là une occasion pour eux de faire preuve de goât. Faute de mieux, un ou deux bouquets d^arbres conve* nablement placés suffisent toujours pour satisfaire To^il, même dans le cas le plus défavorable.

Pour bien insister sur Timportance d'une bonne orientation, nous demandons que tout plan d'école porte une légende explicative relative à Torientation des différents services. Actuellement beaucoup de projets importants ne portent même pas de flèche indiquant le nord.

Enfin nous venons de recevoir des documents très intéressants sur les emplacements Schreber (de Leipzig), et Tidée d'avoir de vastes espaces réservés aux écoliers, aménagés pour leurs jeux et bordés de jardinets pour les parents, qui peuvent y établir des tonnelles, paraîtrait utopique si la pratique n'était pas venue démontrer la possibilité de succès d'une pareille entreprise, dont la première idée date de 186 1 et la mise en pratique de i865.

Page 1