HYGIENE DE LA VUE
Par arrêté du i*' juin 1881, une Commission , composée de MM. Gariel , Gauthier-Viilars,Gavarret,G. Hachette, E. Javai, G. Masson, de Montmahou, Panas et M. Perrin, avait été chargée de rechercher les causes du progrès constant de la myopie parmi les écoliers et d'indiquer les remèdes aune situation qui va empirant de jour en joar. Le rapport, rédigé par M. Gariel au nom de cette Commission, a soulevé en France des protestations assez vives dont il importait d^examiner d'autant plus sérieusement la portée qu'elles émanaient de maîtres d'écriture et de fonctionnaires de l'enseignement primaire, tandis que la Conmiission avait été composée en grande majorité de médecins et d'éditeurs. D'autre part, les nombreux emprunts faits à ce rapport par les Commissions analogues qui ont été instituées depuis dans plusieurs pays et la notoriété spéciale des membres de la commission de 1881 autorisaient la 3* Sous-Commission à prendre pour base de ses travaux le rapport de M. Gariel.
La présence, dans la Sous-Commission, de MM. Brouard,.Creu(zer, Cuissart, Gréard, Jacoulet, Lenient, de Montmahou, M"" Delabrousse et M^^ Flenry, en même temps que celle de la plupart des membres de la Commission du 1*' juin 1881, a permis d'établir un sérieux débat contradictoire entre les intérêts de l'hygiène oculaire et ceux de la pédagogie. Il s'est établi finalement un accord unanime d'autant plus remarquable qu'il était inespéré; en somme, la Sous-Conmiission de l'hygiène de la vue n'a guère modifié les conclusions de la Commission spéciale de 1881; elle a donné sur les cartes murales et sur l'enseignement simultané de la lecture et de l'écriture quelques indications nouvelles qui seront reproduites plus loin.
11 faut admettre tout d'abord que la myopie se déclare le plus souvent en dehors de toute prédisposition héréditaire et qu'elle est, au moins dans une certaine mesure, la conséquence des conditions du travail dans les écoles. Cette proposition fondamentale a été vivement contestée par plusieurs membres de la Sous-Commission. Pour les convaincre, M. le docteur Bertrand, directeur adjoint du laboratoire d'ophtalmologie de l'Ecole
des hautes éludes, a bien voulu examiner sommairement plus de cinq cents élèves en présence de deux membres de la Commission ; tous les cloutes furent levés aussitôt. En effet, parmi cent six élèves de la première année du cours élémentaire, il ne se rencontra pas un seul myope , tandis .qu'il y en avait onze parmi soixante-six élèves du cours supérieur.
Ce qui fait croire à Texistence de la myopie chez les jeunes enfants, c'est qu'un grand nombre se tiennent très près du livre ou du cahier, comme s'ils ne pouvaient pas voir assez en s'éloignant. Pour tous les élèves du cours élémentaire qui étaient dans ce cas, M. Bertrand fit faire un essai de lecture à bout de bras; sans aucune exception, les enfants purent lire couramment à cette distance. Ce n'est donc pas la myopie qui est cause de la mauvaise attitude des enfants.
Au contraire, cest la mauvaise attitude prolongée qui cause la myopie. Les recherches faites par ordre de la Sous-Commission ont permis de constater des myopes d'autant plus nombreux que l'examen portait sur des classes plus avancées. Cela était prévu, mais une nouvelle confirmation a été nécessaire pour entraîner l'opinion de tous les. membres et pour démontrer que la myopie se produit souvent après la première année du séjour à racole.
Etant démontré que la myopie prend naissance, chez les enfants prédisposés, quand ils ont pris l'habitude de regarder de près leurs livres et leurs cahiers, il importe de combattre les causes qui amènent cette habitude, et dont les principales sont un éclairage défectueux, un mobilier scolaire mal disposé, des méthodes d'écriture incompatibles avec une bonne attitude de l'écriyain, l'emploi de livres imprimés trop fin. La distance des yeux aux livres ne devra jamais dépasser 25 ceniimèties à V école maternelle et 33 centimètres a V école primaire.
Eclairage des classes. — Parmi les causes de myopie, la plus anciennement ^signalée est l'éclairage défectueux des locaux scolaires. On accepte partout aujourd'hui le principe évident qui, par une étrange aberration, n'avait pas été posé avant i88o, et d'après lequel le problème de réclairage d'une classe est résolu quand il fait suffisamment clair à la place la plus sombre. Toutes les personnes compétentes admettent aussi actuellement qu'on ne peut compter sur l'éclairage de reflet
envoyé par les murs du vis-à-vig. La discussion ne porte plus que sur retendue de ciel la plus petite dont on puisse se contenter; et après avoir examiné les possibilités, nous nous réduisons à demander qu un œil placé au niveau de la table à la place la moins favorisée puisse voif directement le ciel dans une étendue verticale de 30 centimètres, au moins, comptée à partir de la partie supérieure des fenêtres. Dans l* application de cette règle, il ne faut pas tracer f épure d'après F état actuel, mais en admettant que le propriétaire d'en face use de son droit en construisant à la hauteur admise par les règlements dans les villes, ou par Vusage dans les communes rurales. •
La Commission n'a point à iotervenir dans la discussion sur les mérites de V éclairage unilatéral ou bilatéral; tout en préférant le second, Taccord s'est fait à peu près unanime pour accepter Tunilatéral, mais alors seulement qu il permet de donner un éclairage bien supérieur au minimum eiigé ci-dessus ou quand ii est impossible de prendre des jours par deux faces du bâtiment» Le bilatéral peut toujours se transformer en unilatéral , tandis que le contraire est généralement impossible. Le système qui admet des fenêtres à la fois à gauche des élèves et derrière eux est appliqué depuis bientôt vingt ans dans un grand nombre d'écoles autrichiennes et ne donne lieu à aucune plainte; bien qu'il ne soit pas agréable pour les maîtres, on ne saurait le proscrire. Quand les jours pris derrière les élèves sont hauts, ils sont utiles, et la gène pour les maîtres doit être d'autant plus négligeable que Tinsti tuteur n'a guère à séjourner dans sa chaire.
En théorie et en pratique, V éclairage par un plafond vitré est le meilleur; les constructeurs d'écoles trouveront auprès des ingénieurs les indications pour établir cette disposition en évitant les inconvénients des vitrages ordinaires, lesquels sont absolument intolérables en temps déneige et surtout en été. Cet éclairage est particulièrement recommandàble pour les écoles maternelles, où la question de la quantité de lumière est seule en jeu ; dans ces écoles, V éclairage unilatéral doit être proscrit sans hésitation.
Il n'y a pas lieu d'appliquer l'éclairage différentiel, transa*ction entre l'unilatéral et le bilatéral qui consiste à mettre des fenêtres plus étroites à la droite qu'à la gauche des élèves. Quand Iqs enfants les plus éluigués des fenêtres de gauche ne sont pas assez éclairés, il n'y a pas de raison
pour ne mettre que des fenêtres étroites à leur droite , de manière à laisser dans Tomhre ceux qui sont entre ces fenêtres. Cependant, quand F éclairage sera forcément inégal, on s'arrangera de manière que la lumière la plus abondante vienne de gauche. Quand il est insuffisant, on peut, diaprés la proposition de D. Bpewster, l'améliorer par l'emploi de vitres dépolies.
Il ne faut pas pousser à l'extrême la réduction de k largeur des trumeaux, qui a pour effet de rendre la salle beaucoup trop sensible aux effets de la température extérieure, surtout quand les vitres sont en verre mince; ce n'est pas la largeur, mais la hauteur des baies qui donne la lumière. La largeur des trumeaux prise précisément égale à celle des fenêtres est très convenable pour la manœuvre des persieones. Il n'y aurait aucun inconvénient à monter le mur plein jusqu'à 2™,5o ou 3 mètres au-dessus du parquet; l'essentiel est de réduire au minimum la hauteur des linteaux.
Il parait préférable d'éviter les stores en étoffe rayée. Quand on ne sera pas arrêté par la dépense d'entretien, on les posera extérieurement, pour mieux arrêter la cbaleur, et nous signalons comme très avantageuse la disposition dans laquelle le rouleau du store est placé à la partie inférieure ou médiane de la fenêtre. -
Quant k Y éclairage de nuit, quoi qu'on fasse, il péchera toujours par insuffisance; les évaluations les plus modérées estiment l'éclairage solaire à cent mille bougies distantes d'un mètre. On ne peut pas espérer obtenir, la nuit, plus de trois ou quatre bougies. C'est une raison de plus pour ne pas surcharger les enfants de travaux à faire à domicile.
La loi de décroissance proportionnelle au carré des distances enseigne que, pour obtenir un éclairage passable sans une dépense formidable de luminaire, le mieux serait de donner à chaque élève une lampe basse qu'on munirait d'un abat-jour, mais une installation de ce genre ne pourrait guère être acceptée à cause de sa complication.
Le gaz ne présente aucun inconvénient lorsqu'on fait usage de becs circulaires munis de cheminées de verre et de régulateurs maintenant la flanune à une hauteur constante. Si Ion ne peut donner un foyer à chaque élève; les becs devront être placés au moins à i",8o au-dessus du sol, pour éviter de chauffer par radiation directe la tête des jeunes gens. Il faut an bec par six élèves, au minimum. Si la ventilation générale de la salle ne se fait pas par des orifices voisins du plafond, il
faut ménager au-dessus de chaque bec un tuyau pour Tévacuation des produits de la combustion , comme dans les becs Siemens.
L'éclairage électrique par incandescence évite certainement en totalité Tinconvénient provenant de la viciation de Tair et diminue dans une notable mesure réchauffement. Il semble, autant que Ton peut en juger après des observations dont la durée n'est pas encore bien longue, que ce mode d'éclairage ne présente, à clarté égale, aucun inconvénient pour la vue.
Mobilier. — Depuis les recherches faites en Suisse par Guillaume et par Fahrner, on sait qu'il faut construire le mobilier de manière h rendre possible une attitude correcte pendant l'acte d'écrire, et que ce résultat ne peut être obtenu qu'en observant les conditions suivantes : Il faut d'abord que le mobilier soit à distance négative, c'est-à-dire que la table surplombe le banc, tandis que les vieux mobiliers sont tous à distance positive pour permettre aux élèves de se lever sans être gênés par la tablette. Si l'on ne donne pas de mobilité soit au banc, soit à la tablette, cette condition conduit à n'employer que des mobiliers à une ou à deux places. La seconde condition consiste à établir, entre la tablette et le siège, une différence de hauteur telle que l'avant-bras vienne se poser horizontalement sur la tablette quand on laisse pendre le bras sans eObrt. Dans les mobiliers anciens, la tablette est généralement beaucoup trop haute, ce qui oblige les jeunes enfants à écarter le coude en écrivant. La troisième condition consiste à établir un dossier assez voisin de la table et assez droit pour que l'élève puisse y prendre un point d'appui pendant qu'il écrit. La quatrième condition est de mesurer la distance entre le siège et le sol ou la barre d'appui , de telle sorte que les pieds soient posés à plat. Les trois dernières conditions ont pour conséquence fâcheuse l'obligation d'adapter le mobilier à la taille des élèves, soit au moyen de pièces mobiles, soit en disposant d'un certain nombre de types qu'on puisse distribuer entre les élèves, selon leur taille. Enfin une cinquième condition est de donner une certaine pente aa pupitre»
Après avoir ainsi énuméré les conditions nécessaires et suffisantes pour qu'un mobilier scolaire permette aux enfants de se tenir facilement diroits en écrivant, nous nous hâtons d'ajouter que la très grande majo^
nié des élèves se tiennent mal dans les écoles de Paris, malgré* toutes les admonestations des maîtres les plus soigneux. Le mobilier parisien étant passable, cela prouve qu'il faut chercher ailleurs la cause des mauvaises attitudes et de la myopie : on verra tout a Theure qu elle réside surtout dans les mauvaises méthodes d'écriture.
Prenant pour base la division de Técole maternelle en trois sections, demandée par la 5* Sous-Commission (p. 77), la 3* et la 5* Sous-Commission, dans la conclusion n° 58» posent des limites à V exercice prématuré de la lecture et de récriture.
II est difficile de savoir si, en somme, Tintroduction de tables dans les classes a été un bien. La myopie est k peu près inconnue chez les talebs orientaux:, qui écrivent accroupis en tenant le cahier dans la main gauche, et nous voyous peu de myopes parmi les générations qui ont reçu renseignement secondaire dans des classes dépourvues de tables. Tant que les enfants n ont pas à employer de papier, le mieux est de ne pas leur donner de tables pour écrire et pour dessiner * c'est le moyen le plus certain de les empêcher de regarder de trop près. Les tables Frœbel ne doivent jamais servir pour écrire.
C'est ici le lieu de dire que la 2* Sous-Cammission a élé saisie par son président, M. le professeur M. Perrin, de l'exameii d'un appareil imaginé par lui et destiné à empêcher l'élève de prendre une position défectueuse. Il se compose d'une baguette de bois horizontale soutenue par des montants et qui doit servir d'avertisseur automatique^ chaque fois que l'élève vient à pencher sa tête il se heurte à la baguette^ qui l'empêche ainsi de se placer à une dislance trop faible. Il est entendu que si l'élève est déjk myope, il a été pourvu de lunettes lui permettant de lire sans efforts et sans fatigue à la distance nornaale. L'appareil a fonctionné à Técole normale du boulevard des Batignollesi aucune des élèves ne s'en est trouvée gênée, et les membres de la 4* Sotts- Commission qui ont assisté à ces expériences sont unanime» à le constater. Il serait possible d'introduire dans chaque école quelques appareils de ce genre; les élèves qui ont une tenue défectueuse seraient seuls placés à ces bancs jusqu'à ce qu'ils se soient habitués à une position correcte et régulière. Depuis que ces expériences ont été faites, on nous a signalé un appareil analogue construit à très bas prix par la maison Soennecken (de Bonn].
Des dispositions de ce genre, si bonnes Soient-elles, ne peuvent pas être l'objet d'une recommandation expresse de la part de TAdministration. Il nous suffit de signaler Texistence de moyens simples et sûrs grâce auxquels les maîtres pourront obtenir que les enfants se tiennent droits et ne soient pas exposés k contracter la myopie et la scoliose (déviation de la colonne vertébrale).
H faut rejeter tous les systèmes de tablettes inclinées pour supporter les livres pendant la lecture. Quand le jour est insuffisant, surtout dans les classes éclairées unilatéralement, il faut autoriser les enfants à tenir le litre à la main pour qu'ils paissent le tourner, leur tête étant à Fopposé de la fenêtre, et éclairer ainsi en plein la page qu ils lisent.
EcrfïTURE. — Cette question est une de celles qui ont le plus appelé l'attention de la 3* Sous-Commission. Les conclusions de la Commission de 1881 étaient trop en contradiction avec les habitudes actuelles pour n'avoir pas été fortement discutées. La Sous-Commission a donc pensé qu'il convenait de s'entourer de renseignements de toute provenance. Malgré la présence dans son sein de membres d'une hante compétence pédagogique, elle a demandé l'avis de maîtres d'écriture renommés, MM. Régnier et Taiclet, et M. Flament est venu lui soumettre ses idées.
La myopie et certaines déviations de la colonne vertébrale ont pour causes déterminantes les mauvaises attitudes des enfants en écrivant. Le bon éclairage, la bo/ine proportion des bancs, les admonestations per^ pétuellesdes maîtres, ne suffisent pas pour empêcher les enfants de se tenir de travers et de se pencher en avant quand ils écrivent l'anglaise, tandis qu'une bonne attitude se concilie plus aisément avec le tracé d'une écriture droite. Pour l'indication détaillée des motifs de notre préférence, voir le rapport fait en 1881 par M. Thorens au nom de la Société de médecine publique, à la suite d'une communication faite à cette même société par M. Daily. Tout bien considéré, nous n'hésitons pas à nous approprier la formule de M"* Sand, adoptée par la Commission de 1881 : Ecriture droite sur papier droit, corps droit.
Cette disposition satisfait aux conditions qoe l'on peut déduire des recherches du professeur Berlin, qui a trouvé que la ligne des yeux est toujours perpendiculaire à la direction des pleins de l'écriture. Si les ob-
servations de cet oculiste sont exactes, récriture droite est la seule qui permette de tenir la t^te symétriquement, ce qui est une condition très avantageuse à tous égarAs.
L'étude des préceptes recommandés par les maîtres d'écriture a montré que leur adoption est incompatible avec la position symétrique, à laquelle il faut tenir absolument; à cet égard il existe des différences très grandes entre les diverses méthodes, et il semble qu'il y ait une réaction qui se manifeste maintenant contre les écritures trop penchées.
Tout bien pesé, rien ne s'oppose à l'adoption de l'écriture droite, au moins pour l'enseignement. Les seules objectiotis qui aient été formulées sont, d'une part, la moindre rapidité de l'écriture droite, et, d'autre part, le fait que, dans le commerce, on veut que les employés aient une écriture anglaise.
Nous ne pensons pas qu'il soit fâcheux d'adopter un genre d'écriture qui contrarie une tendance naturelle aux jeunes enfants, celle d'écrire trop vite : la rapidité n'est désirable qu'à l'âge où les élèves arrivent à faire de nombreux devoirs. Mais, comime il a été remarqué dans le rapport de 1881 , pour passer de l'écriture droite à Técriture penchée, il suflit d'incliner le papier vers la gauche. Cette disposition devrait être adoptée par les employés de commerce, si l'écriture penchée continuait à être réclamée par les commerçants.
Au surplus, depuis quelques années, la cause de l'écriture droite commence à recruter des partisans, La méthode d'écriture ronde à main posée, éditée à Bonn par Soennecken en 1875, a dépassé depuis longtemps sa centième édition. Nous devons citer avec éloge la méthode d'écriture de Dierckx, qui parait avoir obtenu un grand succès en Belgique. Nous avons également sous les yeux, mais seulemient à l'état de manuscrit, les cahiers d'écriture française droite de M. A. Bussereau, professeur au cours normal d'institutrices delà Gironde : chez cet auteur, les conseils de tenue du corps laissent peu à désirer.
Dans les écoles maternelles, nous voudrions voir tracer souvent et avec soin des lettres capitales romaines de grande dimension pour faire partie des exercices de dessin qui précèdent l'enseignement de l'écriture. Nous verrions avec plaisir le même exercice introduit dans les écoles primaires, et on pourrait le faire suivre du tracé de ces noiinuscules typographiques, improprement uonmiées elzéviriennes, qui sont la copie des plus belles
minuscules manuscrites italiennes de la Renaissance; dans nos conclusions, nous entrons dans quelques détails sur le premier enseignement de Vécritare.
Nous devons protester de toutes nos forces contre renseignement prématuré de récriture, qui gagne du terrain tous les jours sous la pression de Tamour-propre des maîtres et de la hâte des parents. L'enfant peut apprendre à lire, à chanter, à calculer, à dessiner même, avant d'écrire. Le dessin et le tracé des chiffres sont moins nuisibles pour les attitudes et pour la vue que l'écriture proprement dite.
Dans toutes les écoles, il y a lieu d'interdire les cahiers dits à Vitalienne, la longueur des lignes est trop grande et conduit l'élève à des positions qu'il faut éviter.
Il serait bon que les crayons et les porte-plumes fussent prismatiques, de manière à ne pas tourner entre les doigts. Il faut éviter remploi des crayons durs qui donnent des traits trop fins et habituent l'enfant à déployer une force superflue en écrivant. Il faut abandonner pour les mêmes raisons le crayon d^ardoise ordinaire. Plusieurs maîtres font Téloge des ardoises factices blanches qui ont fait récemment leur apparition dans le conmierce. Quand on n*est pas arrêté par la dépense, le mieux est de supprimer l'ardoise et de lui substituer le papier.
C'est une grande erreur de faire tracer des lettres trop grandes aux commençants ; il faut que le corps des lettres courtes ne dépasse jamais 5 millimètres, les lettres longues ne devant pas dépasser par en haut ou par en bas d'une quantité supérieure au corps de la lettre. Des dimensions plus grandes seraient tout à fait hors de proportion avec les mouve^ ments possibles à exécuter par les petits doigts des enfants; il ne faut cependant pas descendre au-dessous de 3 millimètres et demi: l'écriture entière, du haut des lettres longues supérieures au bas des lettres longues inférieures, serait alors comprise dans une hauteur d^un centimètre.
Cette hauteur d'un centimètre pourrait être conservée au cours com^ plet des études : les lettres courtes diminueraient successivement de hauteur, sans pourtant devenir inférieures à 3 millimètres pour les exercices d'écriture. La réglure en doubles lignes est utile.
Comme moyen d'obtenir une écriture lisible, nous recommandons le système de ïécriture h temps comptés, déjà adoptée dans plusieurs écoles. A notre point de vue, cette méthode, qui oblige tous les enfants
à écrire préciscment avec la même vitesse, a pour effet de combattre à la fois la tendance à la précipitation et celle à la flânerie : nous la recommandons au même titre que les exercices rythmés du chant et de la gymnastique, doot nous indiquerons au chapitre V Tinfluence salutaire, et qui inculquent aux enfants Thabitude de se hâter lentement.
Renseignement simultané de la lectare et de [écriture présente « au point de vue de la vision» des inconvénients que la Commission de 1881 a signalés avec une certaine vivacité. La 3" Sous-Commissîon avait l'avantage de compter parmi ses membres Fauteur d^une des meilleures méthodes d'enseignement simultané, et les fonctionnaires éminentsqui en faisaient partie n ont pas manqué de faire ressortir les raisons pédagogiques qui ont inspiré Tarticle 17 du décret du 2 août 1881 (règlement général pour f établissement des écoles maternelles) , où il est dit: «La lecture et f écriture seront, autant que possible, enseignées sîmul tanément » D'autre part, postérieurement à la rédaction du travail de la Sous-Commission» lauteur du présent rapport a pu voir fonctionner en Autriche renseignement simultané et en constater les inconvénients.
Tout bien considéré, nous pensons qu'il serait convenable de n'autoriser l'enseignement simultané qu'en prévenant les maîtres des inconvénients qu^il comporte.
L'expérience démontre que si fon veut enseigner à un enfant, dans la même séance, à écrire une lettre, nouvelle pour lui, en tenant convenablement son crayon .et en donnant de la pente à son écriture , son attention et cdle de son maître sont absorbées par trop «d'autres soins pour qu'il soit possible d'eispérer qu'il se tienne bien. Nous demandons que, pour renseignement de récriture» on procède du simple au a»nposé.
On pourrait diviser les difficultés. Quand on enseigne aux enfants à tracer des dessins sur l'ardoise quadrillée, ils n'ont pas d'autre préoccupation que celle de la forme ; les mouvements se font avec ie bras et il n'y a rien d'abstrait dans toute lopération : à ce moment on peut surveiller les attitudes. Supposons que les élèves tracent ensuite, toujours avec des mouvements de bras, des lettres capitales d'après des modèles ou même de mémoire , il sera encore possible de les faire bien tenir. L^empioi des lettres mobiles (Thollois, etc«) et celui de lattes nous paraissent excellents pour créer» avec encore plus de sécurité, le lien
abstrait qui relie le nom d'une lettre à sa forme. Put un pit)eédé, quel qu*il soit, il faut dissocier le travail mental de la connaissance des lettres et le travail si difficile de l'assouplissement des doigts» Alors seulement que Félève connaît ses lettres, on pourrait lui enseigner à employer les mouvements des doigts pour écrire sans pente des lettres ordinaires et isolées. Après tous ces préliminaires, lorsqu'on mettra ^ des plumes entre les mains des élèves, il deviendra possible de les habituer rapidement à les poser convenablement sur le papier, à ne pas crisper les doigts et à conserver une attitude correcte. Et encore faudra* t-il^ pendant longtemps, Continuer l'emploi d'une écriture droite tracée au moyen de plumes à bec très large. Beaucoup plus tard, si Ton veut enseigner aux enfants lîn type d'écriture qui puisse rester lisible malgré la plus grande rapidité d'exécution , on leur apprendra l'emploi des mouvements du poignet et on leur fera incliner le papier, ce qui produira une écriture penchée.
Mais combien de maîtresses pourront prendre tant de soins pour arriver à enseigner l'écriture aux petits enfants des écoles maternelles ? Sauront^elies seulement l'importance qu'il faut attacher à la bonne tenue du corps en écrivant? Qu*on revienne aux idées de Froèbel, telles qu'il les expose lui-même, et qu'on retarde le plus possible l'enseignement de l'écriture. Nous reviendrons sur ce sujet au chapitre VIII (p. 80).
Typographie. — Sur la question des livres scolaires^ les propositioné de la Conmoission de 1881 n'ont soulevé aucune objection des parties intéressées ; nous les reproduisons sans modifications :
A l'aveniri les livres d'enseignement devront être imprimés sur papier blanc, ou mieux sur un papier présentant une ieinXejaunâtrêt Les teintes tirant vers le bleu doivent être évitées.
Sauf pour les livres de physique et de mathématiques, qui exigent l'en^iloi de formules qu'il y aurait un inconvénient réel à diviser en deux lignes^ h longueur dn lignes ne devra pas dépasser 8 centimètres^
LeA livres classiques ne doivent pas être imprimés plut fin qu'en huit interligné d'an point; Une doit pas y avoir plus de sept lettres par centimètre courant de téoste. Des caractères moindres ne sont admissibles que par e&ception et pour des notes de peu d^étendue« Pour les dioiionnaites , tout
en conservant la condition des' sept lettres par centimètre, on admettrait du sept interligné d'un point. Tel est du moins Tavis de la 3* Soas-Gommission.
Les conditions que nous venons d'exposer sont indispensables, mais elles pourraient n'être pas suffisantes si le tirage était fait sans soin, avec des caractères usés, etc. Gomme il ne parait pas possible de caractériser ces éléments par une évaluation précise ,. il faut définir par une épreuve d ensemble la lisibilité des ouvrages qui pourront être acceptés; on devrait refuser tout livre qui, tenu verticalement et éclairé par une bougie placée à une distance d'un mètre , ne resterait pas parfaitement lisible pour une bonne vue à la distance d'au moins 80 centimètres.
Nous pensons qu'ans circulaire pourrait engager les inspecteurs d'académie à soumettre les livres à cette épreuve £icile et rapide lorsqu'ils mettent à exécution l'article 3 de l'arrêté du 1 6 juin i88o : il suffirait de l'existence de cette circulaire pour que les éditeurs se confonuassent aux indications ci^dessus.
Nous ne pouvons quitter ce sujet sans faire remarquer la sévérité bien plus grande des conditions proposées par le docteur Hermann Gohn dans son dernier livre {Die Hygiène des Auges in den Schulen, Wien und Leipzig, i883). L'initiative de la réforme de la typographie des livres classiques s'est produite en France, et il parait actuellement probable que les effets s'en feront d'abord sentir en Allemagne.
Le texte qui accompagne souvent les allas doit satisfaire aux prescriptions relatives aux livres scolaires.
Pour les ailas de géographie, le fond plus ou moins sombre produit par le coloriage et l'orographie oblige à se restreindre à une épreuve générale de lisibilité analogue à celle que nous venons d'indiquer. Âpres avoir étudié un assez grand nombre d'atlas français et étrangei*s, nous avons fait un lot de ceux qui ont paru acceptables, et nous avons trouvé que ces cartes présentaient au moins les conditions de lisibilité demandées par la Gommission de x88i. Nous demandons donc que tous les noms d'une carte, posée verticalement à un mètre de distance d'une bougie, puissent être lus sans hésitation par une bonne vue à la distance de iO centimètres.
Enfin nous pensons qu'on abuse des yeux et du temps des enfants en leur faisant faire des cartes trop finies et trop détaillées au lieu des
croquis recommandés par les personnes les plus compétentes- en enseignement géographique.
En Tabsence de toute donnée à cet égard, la 3* Sous-Commission a étudié par elle-même les conditions de lisibilité des cartes murales. Aucune des cartes qui sont en usage dans les écoles ne présente de noms qui puissent être vus par une classe entière ; sauf pour quelques mots écrits en très gros caractères (noms des contrées, des mers), on peut dire que, d*une manière générale, rien ne peut être lu au delà de 3 ou 4 mètres. Dans ces conditions, la plupart des noms, tout à fait inutiles pour les élèves, ont pour effet fâcheux de nuire considérablement à la netteté générale de la carte. Si Ton ne veut absolument pas se contenter des cartes muettes, nous serions disposés à proposer le parti, tout nouveau, d^admettre deux catégories de noms. Les uns, peu nombreux», seraient assez gros pour être vus aisément à plus de 4 mètres; les autres, très fins, ne seraient lisibles qu'à un mètre tout au plus et seraient utilisés seulement par le professeur ou par les rares élèves qui, entre les classes, voudraient spontanément examiner de près quelque région de la carte*
Nous attachons de Fimportance à ce que tous les noms destinés à être vus de loin soient dUgale lisibilité. Nous avons la satisfaction de soumettre à votre appréciation une carte de France de M. Levasseur où les noms ont été inscrits conformément à nos indications. Si vous la comparez au tirage ordinaire de la même carte, vous n'hésiterez pas à donner la préférence à celle que nous avons fait préparer. Vous voudrez bien remarquer que, malgré la diversité suffisante des caractères, si vous vous éloignez peu à peu, tout devient illisiUe du même coup. Nous avons également calculé Tépaisseur à donner aux traits qui représentent les chemins de fer, les rivières, etc., et donné des indications pour la grosseur des points qui figurent les villes, si bien que la carte présente ce double avantage d'être peu chargée et de cesser d'être lisible à la fois dans toutes ses parties.
L'introduction de cartes de ce genre dans les écoles, mieux qu'aucune inspection médicale, signalera immédiatement tous les enfants dont la vue sera affaiblie, soit par de la myopie commençante, soit par toute autre cause* Dès qu'un enfant aura un défaut de vue, se tenant à même distance de la carte que ses camarades « il sera dans l'impossibilité com-
plète dt suivre la leçon et le mattre sQra, par là même, mis en de^
poieure d'averlir qui de droit.
Il est possible de faire d'après ce procédé une carte de Franee au i,6oo,OQo' portant en caractères lisibles les noms des départements, des chefsJieux et dés cbefs-lieux d'arrondissement. Mais cette carte se peut guère étrQ vue au dçlà de 4 ou 5 mètres ; il n^est pas praticable de faire une carte d'une superficie quadruple, ce qui serait nécessaire pour obtenir la visibilité à 8 ou lo mètres. Si donc les conditions des classes ne permettent pas aux élèves de s'approcher au moins à 4 mètres pendant la leçon, il conviendrait d^employer de» cartes muettes, à moins qu^l ne soit possible d'établir dans la tfalie deux cartes identiques tellement placées qu'aucun élève ne se trouve à. plus de 4 mètres de L'une d'elles.
Faut-il indiquer ici qu'il faut se conformer à l'usage d^employer le romain pour les noms de la géographie politique et italique pour ceux de la géographie physique } que tes pren^iers doivent être toujours écrits horizontalement et les seconds autant que possible dans d^autres directions ? Rappellerons-nous qu'il existe un théorème mathématique d^après lequel quntre couleurs suffisent pour le coloriage, sans que jamais deux régions qui se touchent soient couvertes de la même teinte et qu'il faut proscrire les couleurs fragiles telles que les laques roses } que pour les cartes qui servent à la lumière artificielle, il faut éviter d'employer le jaune qui se confond avec le blanc, et ne pas prendre de bleu, qui doit être réservé pour les eaux, et qui, le soir, se confond aveo le vert ?
Pour les cartes géographiques, les toMeana: noirs, etc. « ii f|LUt éviter autant que possible les surfaees vernies.
Les tableaux quadrillés ne doivent pas être à compartiments trop petits. Il conviendrait de ne pas descendre au-dessous de d centimètres pour les tableaux, d^un centimètre pour ies ardoises et de & millimètres pour les cahiers.
Pour les tableaux, le quadrillage devra être très marqué; il faut éviter le blanc qui finit par se confondre avec le gris du fond; la couleur jaune paraît préférable aux autres.
Afin d'éviter que les tableaux quadrillés ne produisant, par Tabsence de points de repère, une tendance au strabisme cliez quelques enfimts,
on pôut recomiDander Tempi^i d'un cadre nettement accentué, et, par exemple aussi, Tadoption d'un point un peu fort au centre du tablean. Le daltonisme ou dyschromatopsie est une affection bien plus fré* quente, dit-on, chee les garçons que chez les filles. Certains auteurs prétendent que, par l'exercice, on peut empêcher ce défaut dis vue de se produire et on a même créé tout un matériel pour servir à des leçons spéciales de sens des couleurs et dont Temploi est obligatoire dan^ l'Etat de Massachutfets. Nous pensons que, dans le doute, ii est au moins prématuré d'introduire ainsi une matière de plus dans les pro^ granomes, mais une maîtresse d'école maternelle avisée, dans les leçons de choses données avec le secours d'objets colorés, ne manquera pas d'in^ sister sur les questions relatives aux couleurs des choses qui font la ma* tière de la leçon. Quand un enfant se trompera plus souvent au sujet des couleurs que du nombre, etc., elle devra suspecter Texistence de la dyschromatopsie, répéter ses interrc^ations en insistant plus particulier rement sur la reconnaissance d'objets rouges et verts, car o^ sont ces deux couleurs que les daltonistes confondent le plus souvent, et enfin, si les erreurs persistent, elle ne manquera pas d'aviser le médecin scolaire.
Pour terminer ce chapitre, nous ajouterons quelques indications pratiques qui devraient être présentes à l'esprit de tous les instituteurs.
Pour éviter la production de la myopie, il suffit en général que les élèves des écoles maiernelles ne lisent ni n'écrivent jamais à une distance inférieure à 25 centimètres et que ceux des écoles primaires observent une distance minima de 33 centimètres. Il faut faciliter l'observation de ces règles en limitant aux heures où il fait suffisamment clair les exercices qui demandent l'application de la vue, en choisissant des livres imprimés en gros, en obligeant les enfants, jusques et y compris le cours moyen, à écrire droit sur papier droit, enfin en faisant améliorer le mobilier scolaire s'il est trop défectueux.
Mais il se trouvera quelquefois des cas de myopie soit congénitale, soit acquise par les enfants dans une école mal surveillée. On s'en apercevra aussitôt, non point à l'attitude des enfants pendant le travail, mais à l'impossibilité pour eux de lire les cartes géographiques d'aussi loin que leurs camarades. Ces enfants seront placés aux premiers hapcs, on ac-
ceptera de leur part une écriture incorrecte, on surveillera leur attitude avec une patiente sévérité; s*ils ont besoin de verres concaves, on leur conséiUera de les prendre aussi faibles que possible et montés dans cette espèce de lorgnon à madche^ nommé face à main, qu'ils devront ne jamais tenir que de la main gaiicfae pour voir momentanément au loio , la main qui tient le lorgnon devant se rabattre sur le papier pour le tenir dès qu'il faut se mettre à écrire^ Vemploi permaûent des verres doit être formeîlement interdit, sauf le cas où ils auraient été prescrits par un médecin compétent.
Les imperfections de la vue des enfants doivent être signdées aussitôt aux parents et surtout au médecin scolaire , s'il en existe d'attaché à l'école.
Il faut également signaler au médecin les affections inflammatoires, car, pour éviter la contagion, tout enfant atteint d'ophtakoie granuleuse doit être aussitôt rendu à sa famille jusqu'à guérison; un médecin expérimenté peut seul décider si une maladie des yeux est ou non contagieuse.