‹ Hygiène des écoles primaires et des écoles maternellesChapitre 10 sur 58 · AUDITION ET PHONATION · texte numérisé non relu

AUDITION ET PHONATION

La 4* Sous-Conuiiission, oe comptant pas d'auriste parmi ses membres, a fait appel aux lumières du docteur Gellé, qui a fourni des explications verbales et une note.

Le nombre des élèves qui entendent mal est beaucoup plus grand qu'on ne pourrait Timaginer : les médecins de divers pays qui ont fait des recherches à cet égard s'accordent à constater des imperfections de Touïe chez jftrès du quart des écoliers. Il va sans dire que ces défauts de Toreille ne sont généralement pas assez marqués pour être mne entrave sérieuse, mais on peut admettre que, dans chaque classe, plusieurs enfants sont î^ellement, par suite de mauvaise audition, dans un état d'infériorité dont ni eux ni le maître ne soupçonnent la cause réelle* Il est à remarquer qu'un certain nombre de sourds gardent habituellement la bouche ouverte, mais ce signe peut manquer. Chez les enfants qui ne répondent pas quand ils sont interpellés, au lieu d'accuser la distraction , il faut soupçonner une mauvaise audi^on. De même, quand pendant la dictée un élève regarde habituellement sur le cahier du voisin , avant de le réprimander, il faut contrôler l'état de son audition.

Le meilleur moyen d'examiner r acuité auditive des enfants consiste à leur faire une dictée en pariant assez bas et se tenant à grande distance. Ceux qui entendent mal commettent des fautes tout à fait caractéristiques qui portent sur certaines consonnes et sur les diphtongues : quand un enfant écrit entière pour rentière, connaissance pour reconnaissance, cause pour clause i noyer pour loyer, honde pour monde, ï indépendance pour la dépendance, etc., on peut être assuré qu'il entend mal. — Il nous semble qu'une dictée d'épreuve pourrait être faite dans chaque classe, et que le mieux serait qu'elle fût composée de mots isolés pour que la devination ne vint pas corriger les imperfections auditives qu'il s'agit de découvrir.

Il n'est pas impossible que la misanthropie qui accompagne si souvent la surdité ne tire son origine des punitions injustes infligées dès l'école à des enfants qui passent pour obstinés ou distraits, alors qu'au contraire

ils s'appliquent consciencieusement. En tout cas, un maître soigneux, une fois prévenu de la fréquence de la surdité et des moyens de la découvrir, aura soin ^e placer aux premiers bancs les enfants qui entendent mal, et, dans leurs fautes, saura faire la part de leur imperfection physique.

La malpropreté, les accidents, les défauts congénitaux, les névralgies dentaires, apportent leur contingent dans la statistique de la surdité, mais la cause habituelle, bieu plus ft*équente que toutes les autres réunies, c*est le catarrhe de la trompe d'Eustache, et cet accident, qui est souvent Taccompagnement d'un rhume, est fréquemment attribuable aux mauvaises dispositions prises pour la ventilation , dont VetPei est de soumettre quelques élèves au régime pernicieux de la douche d'air froide sur la tête. Nous avons consacré un chapitre entier k la ventilation i nous n^avons ici qu*à signaler ce fait que les vasistas sont cause d'un granéCnomhre de maux d* oreilles le plus souvent incurables,

Cest ici le lieu de contredire le préjugé, si commode pour les maîtres de chant, d'après lequel beaucoup d'enfants auraient l'oreille trop fausse pour pouvoir apprendre la musique. Loin de lli, même parmi ceux qui ont l'ouïe dure, on ne rencontre que très exceptionnellement des organisations absolument rebelles à Tétude de la musique. Ce fait incontestable a été mis en lumière une fois de plus par une expérience faite à l'école normaled'Auteuilet à son école annexe pendant le second semestre de Tannée 1682-1 883* un enseignement méthodique a suffi pour amener rapidement les élèves les moins doués au mên^e point que les autres.

La présence probable d'un ou plusieurs enfants mal-entendants dans chaque classe est une raison de plus pour surveiller et corriger avec soin T articulation des élèves-maîtres dans les écoles normales. En somme, la parole <ist l'outil principal de l'instituteur, et c'est par uq étrange oubli que les progranunes ne contiennent aucune indication sur l'étude de rémission de la voiy , sauf en ce qui concerne le commandement militaire.

Il en est de la parole comme de tous les autres actes matériels : le but de l'exercice raisonné doit être d'assurer l'obtention du résultat désiré en se bornant au moindre effort. Un premier point à obtenir, c'est que hsjêunes maîtres parlent le plus bas possible. Nous demandons aux professeurs de

renseignement supérieur, aux avocats, k toutes les personnes qui ont à parler en public, s'ils croient possible de parier trente heures par seniaine, k moins d*une expérience consommée dans Tart de ménager sa voix; nous demandons aux inspecteurs de l'enseignement si nombre de maîtres, et des meilleurs, ne sont pas obligés de renoncera la carrière par impossibilité de soutenir un pareil effort. C'est au directeur de l'école annexe et au directeur de l'école normale qu^il appartient de modérer cette fougue juvénile qui entraîne le mettre novice à parler de plus en plus fort à mesure qu'il s'anime au cours de la leçon.

Au surplus, J'h^itude de parler bas est peut-être h meillqur moyen d'obtenir Iç «ilçocc) parfait de$ enfants et de se faire enteudre* Le maître, étourdi p^r le soudç ^*v6ix, ne discerne pf^s les l^ruit» légers de^ coq-» yersations particulières ou çhercbi^ à les don^iuer; celui qui ne parie que précisément sur 1q ton ^uffis^u^t entend tout ce qui ae pa^SQ et il conserve la ressource d'élçvçr la voix, soit pour réprimandert ftPit pour attirer l'attention sur quelquç point important de U leçon.

Mais il ne sulÇt pas de parier bas, il faut encore ponctuer et surtout parler nettement. Un ççrtaiu nombre de SOUS (les voyelles, le§ sifBantes^ etc.) 'éclatent toujours as^ez; c'est sur les £tutres que doit se porter l'effort de prononciation. Nous u'avops trquvé nuJle part de règles précises à cet égard, ménae dans la Grammaire d^e Içl parole ^ de J. Lefort (Paris, Didot, 1878) ; mais en observant les per^QUneç habituées à parier avec les sourds, il nous semble que, pour étrç çntçuduep, elles parrient lentement, articulent biçn les consonnes, prQPQQCeut, fQrtçuieat les diphtongues et évitent dç crier Içs vpyçlles.

L'enseignement du chant mérite à 1ou5 éçards d'éfrç çpcoiiragé : c'est une gymnastique des poumons, et c'e§t aussi im de ces mouvements rythmés dont l'influence est certainement salutaire. Mais tandis que la gymnastique est tout particulièrement utile aux adolescents, l'enseignement du chant est d'autant plus proGtable qu'il est donné plus tôt, et est plus nécessaire encore aux filles qu'aux garçons ; car dans les pays où les mères chantent en berçant les enfants, on ne voit plus surgir de générations antimusicales. Outre son influence favorable sur les organes respiratoires, le ebant nous parah devoir agir très utilement comme diversion aux autres études. On n'a jamais hésité à donn^ au ehant

une place importante dans l'emploi du temps des écoles maternelles, et nous voyons avec grand plaisir les chants servir d'accompagnement aux mouvements et aux jeux. Le claquoir et le sifflet ne nous paraissent pas indispensables pour en marquer la mesure. .

Noire point de vue, nécessairement borné, nous engage à demander qu'au moins pour le cours élémentaire et le cours moyen l'enseigne* ment du chant ne soit généralement pas confié à des maîtres spéciaux, et cela pour deux raisons.

La première est que les artistes ne résistent pas k la tendance de faire passer la théorie avant la pratique , si bien qu'avec eux la leçon de musique devient un trayail; tandis que nous tenons à en faire une sorte de récréation. De même qu'on apprend à parler, à lire et à écrire avant d'étudier la syntaxe, les enfants doivent chanter, lire et écrire la musique avant d'apprendre les chinoiseries de la théorie musicale.

La seconde raison pour laquelle il importe de confier l'enseignement du chant à l'instituteur, c'est qu'il est utile de ne consacrer au chant que des séances extrêmement courtes, mais très nomhreuses , et quil serait difficile de faire venir un maitre du dehors pour donner des leçons dont la durée ne devrait pas excéder dix, quinze ou vingt minutes suivant l'âge des élèves, et qu'il faut faire aussi fréquentes que possible (nous voudrions au moins une leçon par jour pour les élèves du cours élémentaire). L'exécution d'un chœur, intercalée entre deux exercices demandant plus d'attention, nous parait être un repos excellent, ianàîs qu'une leçon de chant d'une demi-heure est pernicieuse pour la voix si l'on chante sans interruption, et n'est plus une détente de l'attention si une partie du temps est consacrée à la théorie.

Les conclusions 86, 87 et 88 indiquent les aptitudes musicales qu'il faudrait exiger chez le personnel des écoles maternelles.

Il faut éviter défaire chanter les enfants pendant les exercices gymnastiques violents et pendant la course ; ces pratiques iraient directement à rencontre d'un bon enseignement du chant, dont l'une des difficultés est d'enseigner aux élèves à ménager leur voix et à respirer à propos.

Il faut également s'abstenir de faire chanter les garçons pendant la mue de la voix.

Noos devons faire des réserves quant k Tétude des instmments à vent dans les écoles normales ; nous craignons les inconvénients qui peuvent en résulter pour de jeunes poitrines et nous ne voyons pas sans appréhension renvahissement du clairon dont nous menace Tutile institution des bataillons scolaires.

Les ménagements dus à la voix des instituteurs nous conduisent à poser certaines règles qui devraient être suivies dans la construction des maisons d*école. Les lois de Tacoustique des lieux de réunion ne sont pas aussi inconnues qu*on le prétend généralement.

Le minimum d'effort pour parler à une personne éloignée s*obtient en reliant par un tube acoustique la bouche de Torateur et Toreille de Tauditeur. Cette simple remarque nous conduit à demander qu'on rédui au minimum le cube d'air à mettre en mouvement par la parole. C'est ainsi que, dans les classes, la hauteur de. plafond ne devra pas excéder A mètres et demi: telle est du moins l'opinion des auteurs compétents; de plus , dans une salle nue, il se fait sur le mur du fond une réflexion du son, à trop courte distance pour produire un écho distinct, mais assez forte pour causer une confusion désagréable si Ton par le vite et haut. Il faut garnir ce mur d'objets flottants , tels que des cartes géographiques , et si cela ne suflit pas^ former des pans coupés dans les angles : une large planche dans chacun des coins, montant jusqu'au plafond, suffit souvent pour améliorer très notablement la situation.

Dans les amphithéâtres, tels que ceux destinés à recevoir k la fois tous les élèves d'une école normale, si l'on ne peut décider l'architecte à éviter une hauteur de plafond nuisible, il faut tout au moins que le vide au-dessus de r orateur soit le plus réduit possible. La disposition eontraire, tellequ'on peut l'étudier dans la salle des séances de l'Académie de médecine, produit l'effet acoustique le plus déplorable.

Il faut éviter de placer derrière l'orateur des surfaces lisses et réfléchissantes; c'est aiosi qu'on a dû recouvrir les marbres rares dont l'architecte avait revêtu le grand mur intérieur de la Chambre des députés C'est par la réflexion du son contre une surface creuse, calculée précisément comme si l'on avait voulu produire un écho au niveau des premières loges, que la salle du Trocadéro est devenue le type de ce qu'il ne faut pas faire : les auditeurs des premières loges entendent la' caco-

pbooîe idéale qu'on obtiendrait en doublant chaque note après an intervalle constant d'environ un quart de «econde^ Un défaut de ce genre peut être atténué considérablement au moyen de draperies. Quant aux résonances k qui sont toute autre obose* «li tendant de mètre en mètre^ en travers de la salle et dans les deux sens près du plafond^ des fils de coton assez minces, on est presque certain de les faire disparaître. Cette remarque a été faite en Angleterre, dit-on, où Ton a pu ainsi remettre en bon état Tacoustique d une salle devenuid détestable à la suite d'un nettoyage qui avait fait disparintre da nombreuses toiles d'araignées.

La disposition des gradins n'est pas indifférente : regardée un professeur expérimenté parler dajas le grand amphitéàtre de la Sorbonne ; il répète chaque pensée sous deux formes différentes et se tourne successivement à droite et à gauche pour être sûr d'être compris par tons les assistants* Pour voir quelle fovme il faut donner à une salle de ce genre, il suffît d observer dans quel ordre les assistants-viennent garâir les gra*dins» Le public s'ébage à peu près suivant an seetear de 9Q degrés dont le 'professeur occuperait le sommet : telle est aussi la forme qu'il faut donner aux amphithéâtres; dans la disposition usuelle, les places latérales sont mauvaises pour la vision et l'audition ; les assistants ne les occupent que faute de mieux et la partie du public qui s'y trouve échappe aux regards du msutrék On trouvera dans l'ouvrage de Lâchés ^^) des indications sur le sujet que nous venons de traiter*

(^^ Aôoustlijuë etoptiqVbé des salleé derévunion, 2* édition, Parîs, 18794 cbet l'auteur, 1 i3 , ruS LafayetlCk •*- Voit* aussi plus loin, j). 1 16 et 1 17.

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