M. LE DR LE ROY DE MÉRIGOURT
MÉDECIN EN CHEF DK LA MARINE DIRECTEUR DES ARCHIVES DE MÉDECINE NAVAL1 MEMBRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE COMMANDEUR DE LA LÉGION D’HONNEUR.
Je mets ce livre qui s’est souvent inspiré de vos travaux à l’abri de votre nom ,
M. NIELLY
INTRODUCTION
1. Les définitions des climats, proposées par les médecins, ne diffèrent pas seulement par les termes, elles se séparent en outre, les unes des autres, par la surface qu’elles accordent au sujet dont elles annoncent l’étude. D’après telles d’entre elles, le climat n’est pas constitué exclusivement par les éléments météorologiques ; la météorologie, d’après telles autres, caractérise seule le climat et gouverne seule ses influences.
Yirey, Foissac, J. Rochard, Bouchardat et quelques autres hygiénistes moins autorisés caractérisent les climats dans le sens le plus étendu ; Fonssagrives s’est placé résolument dans l’autre camp, estimant que la climatologie n’est qu’une partie de la topographie médicale, que son domaine est purement météorologique et qu’elle « ne saurait en sortir sans compliquer, par la réunion d’in-
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fluences, diverses un problème biologique et thérapeutique déjà suffisamment complexe (1) ».
Les climats, dit encore cet hygiéniste éminent, sont ces modificateurs complexes de la vie dans lesquels interviennent « la chaleur, l’humidité, la pression et les mouvements de l’air, la lumière, l’électricité atmosphérique, l’ozone, engagés dans des combinaisons d’une variété en quelque sorte infinie (2) ».
Cette dernière définition est, à notre sens, trop exclusive, et la conception hippocratique du climat, que les autres auteurs que j’ai cités prennent pour point de départ, me paraît beaucoup plus satisfaisante au point de vue pratique, auquel je tiens à me placer dans ce livre. Changer de climat, émigrer vers un pays nouveau, explorer des régions nouvelles, coloniser sous des latitudes différentes du pays d’origine, c’est subir des influences inconnues à l’organisme et de toute nature, c’est s’exposer à des causes multiples agissant sur l’état de la santé ou pouvant provoquer des maladies, c’est affronter l’action, jusqu’alors inéprouvée, de météores plus actifs, d’un sol autrement constitué que celui du pays natal, d’une alimentation nouvelle, d’une faune et d’une flore différentes, de mœurs même et d’habitudes d’un milieu social nouveau. Comment isoler d’ailleurs
(1) Fonssagrives, art. Climat du Dict. encycl. des sc. médicales.
(2) Fonssagrives, article cité.
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la température de l’air de sa pureté, et celle-ci de la composition du sol et des mœurs hygiéniques des races? Le climat, que l’on a très justement nommé tellurique, est tout autant le climat que le météorologique ; je dirais presque qu’il l’est davantage, car dans certaines zones géographiques de la zone torride, la composition du sol, dans les régions sans altitudes surtout, influe beaucoup plus puissamment sur l’état de la santé que les éléments météorologiques. Comment encore ne pas tenir compte, parmi les influences cardinales des climats, de celles que peut avoir un régime alimentaire dont la qualité n’est plus la même, et n’y a-t-il pas d’ailleurs un trait d’union hygiénique de premier ordre entre la température de l’air, élément météorologique qui restreint si rapidement le besoin de réparation organique, et la quantité, ainsi que la nature, des aliments destinés à cette réparation ?
J’estime donc, avec Foissac, que le climat oomprend l’ensemble des circonstances physiques propres à chaque localité ; avec J. Rochard, que les climats sont ces différentes parties de la surface du globe qui présentent les mêmes conditions dhysiques et qui réagissent de la même manière sur la santé de leurs habitants ; et surtout avec Yirey, dont la définition contient tout le programme de l’étude pratique du climat, que cette dernière a pour objet « l’observation de toutes
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les altérations que notre corps éprouve de la part de l’air, des eaux, des lieux, dans les différents pays, selon les saisons, les vents, les degrés de chaleur ou de froideur habituelles, l’exposition, l’élévation ou la dépression des terrains, leur sécheresse ou leur humidité, leur fertilité ou leur stérilité, et suivant la nature des aliments qu’ils produisent, des eaux qui en sourdent, enfin tout ce que la diversité de ces circonstances physiques apporte de particulier dans le genre de vie, la santé, la disposition aux maladies des peuples de chaque contrée. »
En langage moins prolixe et plus moderne, le climat prend ses influences dans l’air, dans le sol, dans la faune et la flore d’une région géographique, ainsi que dans le sein des races qui l’habitent.
2. 11 existe deux grandes espèces de climats : les climats généraux, étendus sur de grandes surfaces terrestres, et les climats partiels ou de localité. En fait, et pour les besoins pressants de la science, on a commencé par où on aurait dû finir, et on a étudié d’abord les climats généraux, quoique la connaissance des climats partiels répondît seule aux besoins de la pratique. L’exposition synthétique des grandes zones climatiques a sa raison d’être, car dans la même surface géographique, certains éléments du climat, la température, par exemple, ont un caractère d’uni-
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versalité qu’il est intéressant de faire ressortir; mais les modifications qu’apportent, dans les caractères des climats généraux, tous les éléments hygiéniques d’une localité, ont une importance bien plus directe au point de vue de la santé humaine, et contiennent la solution des problèmes pratiques à résoudre. Ce qu’il nous importe de savoir, pour la bonne issue de nos voyages, de nos essais de colonisation, des expéditions militaires lointaines, des campagnes maritimes, des grands travaux d’art entrepris loin de nous, ce sont évidemment les influences hygiéniques de chaque climat local. C’est dans cet ordre d’idées que nous donnerons, dans cet ouvrage, une grande importance à l’étude des climats partiels, tant au point de vue de leurs caractères, qu’à propos des résultats acquis par la race blanche, pour l’acclimatement, dans chacun d’eux ; et que nous nous bornerons, à cette place, à choisir parmi les classifications des climats généraux, celle qui nous permettra de délimiter le mieux la surface torride du globe, seule en cause dans ce livre.
Humboldt, Michel Lévy, Fleury, divisent les climats de la terre en chauds, tempérés et froids ; mais cette classification confond dans la même zone des régions géographiques dont les latitudes sont très éloignées, et dont les températures moyennes sont trop différentes pour que les influences hygiéniques qui en dérivent puissent
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être rapprochées dans une même étude. Nous verrons plus loin comment J. Rochard a su remédier à ce vice de classification.
Motard partage le globe terrestre en régions dont chacune comprend 60 degrés de longitude pris sur l’équateur terrestre. La première région est comprise entre 30 degrés de longitude ouest et 30 degrés de longitude est, c’est-à-dire qu’elle s’étend du milieu de l’Atlantique au méridien qui passe par Pétersbourg. La seconde région va du 30e au 90e degré de longitude orientale, et ainsi de suite en faisant le tour de la sphère, ce qui constitue six régions géographiques ayant leur plus grande largeur — 60° de longitude pris sur l’équateur terrestre — et finissant en angle aigu à l’un et l’autre pôle. Chacune de ces six grandes surfaces subit, en outre, la division classique de liumboldt, et comprend par suite cinq climats, un climat chaud, immédiatement au nord et au sud de l’équateur, deux climats tempérés, l’un boréal, l’autre austral, et deux climats froids confinant aux deux pôles de la sphère.
Cette classification n’a aucun avantage spécial : elle maintient la trilogie insuffisante des climats de Humboldt : c’est un sectionnement de la surface terrestre et rien de plus.
J. Rochard a procédé autrement et dans un sens météorologique et hygiénique plus en rapport avec les faits. La ligne isotherme, dite Équateur ther-