MORTALITÉ DES ENFANTS POUR
ANGLETERRE moyenne de 29 années (1838-1866)
PRÉSIDENCE DD BENGALE 1 an (1870)
Au-dessous de 5 ans . ...
De 5 à 10 ans
De 10 à 15 ans
Les obstacles à l’acclimatement pour les adultes, sont les maladies palustres qui, au Bengale, figurent pour 26,8 p. 100 dans la mortalité générale, la dysenterie qui entre pour près d’un tiers dans le chiffre total des décès des troupes anglaises, l’hépatite qui est très commune à Calcutta, la phthisie qui tue rapidement les gens prédisposés à la tuberculose (J. Rochard, Ewarts, Weldson), les anémies essentielles ou symptomatiques, dont le dévevoppement n’est jamais qu’une question de temps, l’alcoolisme qu’on peut toutefois éviter par une hygiène bien entendue. Le choléra, les insolations ne sont en général que des accidents : le premier ne frappe et ne décime guère que les natifs, les secondes sont des événements de cause météorologique dont on peut se garantir le plus souvent.
En descendant la côte de Coromandel, Yanaon situé entre le 16e et le 17e degré de latitude, sur le bras le plus large du Godavery, subit, dans des proportions moins sévères, les influences saisonnières et telluriques des rivages orientaux de l’Hindoustan.
Il en est de même de Madras : si la moyenne ther-
inique annuelle de cette ville qui est de 29°, 6 détermine fréquemment, comme à Pondichéry, l’anémie essentielle qui oblige au rapatriement, elle ne se combine pas, comme à Calcutta, avec des influences de foyers endémiques palustre ou cholérique, de sorte que la mortalité des troupes blanches anglaises qui est de 7,38 p. 100 à Calcutta, tombe à Madras à 3,87 p. 100.
Les mêmes conditions de faible mortalité relative se retrouvent à Pondichéry et semblent y permettre l’acclimatement de l’Européen. Pondichéry est situé sur une plage droite de la côte de Coromandel, par 11°, 53 de latitude nord, c’est-à-dire à la même distance de l’équateur que Saigon. Sa température moyenne annuelle, qui a atteint 28°, 55 en l’année 1877 (1) (Follet), est de 28,34, d’après les recherches de Huillet (2), pour 10 années : c’est un des points les plus chauds de l’Inde : c’est, après la Basse-Cochinchine, notre colonie la plus chaude. La température la plus basse de l’année s’observe le plus souvent en janvier, 20° en 1877, et la plus élevée en juillet, 29° pour cette même année. La pression barométrique moyenne est, d’après Huillet, de 756,4 : c’est l’une des plus basses moyennes de pression que l’on constate dans nos possessions coloniales torrides, lesquelles d’ailleurs ne présentent entr’elles, à ce point de vue, qu’un faible écart. Les saisons, à Pondichéry, sont influencées et caractérisées surtout par les vents réguliers, les moussons, celle du S. -O. soufflant de mars ou avril à octobre et apportant avec elle les hautes températures et les orages, celle du N.-E. régnant de novembre à
(1) Follet, Considérations sur V état sanitaire de Pondichéry pendant l'année 1877. Arch. de Méd. nav., 1880, lGr semestre.
(2) Huillet, Topographie médicale de Pondichéry. Arch. de Méd. nav., 18G7. 2e semestre.
Nielly. 10
mars et correspondant à une saison fraîche mais pluvieuse et très humide. Mars et octobre sont deux saisons de transition qui participent, pour chacune d’elles, de la saison qui les a précédées. L’humidité est considérable à Pondichéry, surtout pendant la saison fraîche, avons-nous dit ; mais, si on compare sa moyenne annuelle à celle de nos autres possessions torrides, on constate que notre colonie de l’Inde est, sauf le Sénégal, la moins humide de toutes celles que nous habitons. « La ville blanche, dit Huillet, séduit le nouvel arrivant par l’aspect riant et agréable de ses habitations et de ses jardins, par son cachet moitié européen et moitié oriental, par la régularité et l’ampleur de ses voies de communication, son exquise propreté, et surtout sa séparation complète de la ville noire, disposition exceptionnelle dans l’Inde, avantage immense que lui envient les Anglais et qui lui fait, à la
fois, sa beauté et sa salubrité A partir des sables de
la côte, le sol est bas et plat, quelquefois au même niveau que la mer, comme dans les anciennes salines, où il est détrempé durant la saison des pluies, et rempli de mares stagnantes, à émanations paludéennes : pendant l’été, une couche blanchâtre d’efflorescences salines recouvre presque complètement cette partie. Le terrain ne commence à s’exhausser un peu qu’à une certaine distance de la ville : de là, se relevant progressivement, il arrive à constituer une série de petits monticules qui forment le coteau. Cette éminence située dans le N. -O. de Pondichéry, à une lieue et demie de la ville, est un délicieux endroit, où pendant les mois de décembre, janvier et février, on jouit d’une grande fraîcheur que donne sa légère altitude et l’évaporation des eaux du Grand-Étang. Des riantes villas qui couronnent ses hauteurs, on découvre une
jolie perspective : à ses pieds, le lac tantôt calme et dormant, tantôt roulant sous l’impulsion de la brise ses petites vagues irritées ; à l’est, les vertes campagnes des environs de la ville, puis la ville elle-même, plus loin la rade et la haute mer : à l’ouest, une vaste plaine, terminée à l’horizon, par les montagnes de Gingy Pondichéry est un des endroits les plus pri-
vilégiés, non seulement de l’Inde, mais encore de beaucoup d’autres pays, sous le rapport de l’excellence de ses eaux potables. »
En résumé, température élevée, mais humidité faible relativement aux autres colonies, ville Blanche isolée, terrain marécageux par places, mais ne paraissant pas produire une malaria très active, vents du N.-E. venant de la mer pendant la saison fraîche, vents du S. -O. n’arrivant à Pondichéry qu’après avoir passé sur le plateau salubre du Dekkan et s’y être purifiés pendant la saison chaude ; voies urbaines larges, habitations spacieuses des blancs, eaux potables de bonne qualité, telles sont les conditions de salubrité relative qui distinguent Pondichéry de plusieurs de nos possessions coloniales sous la zone torride, et qui font qu’à part l’anémie, qui est la conséquence des hautes températures qu’on y subit, la pathologie de cette colonie n’est pas très sévère. Aussi la mortalité des Européens est-elle très inférieure à celle que l’on constate au Sénégal, dans l’Inde anglaise, en Cochinchine (1), à la Guyane et aux Antilles. De 1856 à 1865, en effet, elle n’a été que de 3,14 p. 100; en outre, si on compare le chiffre des naissances à celui des décès de 1856 à 1864, on trouve 300 naissances pour 246 décès dans la population blanche. En 1856 et 1866, on a
(1) Pendant les premières années de l’occupation de cette colonie.
constaté, il est vrai, un résultat bien différent, 28 naissances pour 34 décès en 1865 et 25 naissances pour 40 décès en 1866, mais ces fâcheuses circonstances ont été attribuées par Huillet à la disette de l’année précédente et à une émigration plus grande que de coutume, vers nos autres colonies. En résumé l’acclimatement y est-il possible? Oui, quant à l’acclimatement individuel qui a été souvent obtenu ; non, quant à celui de la race. Si, en effet, on compare avec Godineau le chiffre de la population blanche de 1824 qui était de 783 habitants, à celui de 1856, qui n’a atteint que celui de 790, bien que dans cet espace de trente et un ans, un grand nombre d’immigrants européens soient venus remplir les vides des départs, et des décès, on ne peut admettre l’acclimatement de la race à Pondichéry. Là encore malgré le paludisme relativement faible, l’organisme d*e l’Européen ne peut lutter contre l’ensemble des influences torrides réunies, et le blanc qui résiste pendant un nombre variable d’années ne peut y faire souche. L’établissement sur les altitudes, s’il avait été possible au début de l’occupation, eût tout sauvé, race et individus. A 100 kilomètres environ au sud de Pondichéry est Karikal, second établissement français dans l’Inde situé par 10°, 35 de latitude nord, sur une des branches du Cavery. C’est un des points les plus chauds de la côte. « Les observations faites pendant trois ans par le Dr Godineau, à la maison de santé de Karikal, lui ont donné les résultats suivants : moyenne annuelle 29°, 6 ; moyenne du mois le plus froid, décembre 23,3 ; du mois le plus chaud, juin, 32°, etc. ; température la plus basse observée, 20° ; la plus haute 40°, 5 (J. Rochard), On retrouve à Karikal, malgré cette chaleur torride, les conditions de salubrité relative que nous avons
constatées à Pondichéry; car, d’après Godineau (1), la mortalité des troupes blanches n’y a pas dépassé le chiffre de 3,57 p. 100 pendant la période comprise entre 1851 et 1856. Mais ces proportions ne représentent que l’acclimatement individuel que nous croyons possible. Si nous cherchons, en revanche, ce que devient la race blanche, nous constatons qu’à Karikal, on a compté 15 naissances et 22 décès, de 1849 à 1856, dans cette population. Le croisement avec des nouveaux immigrants et mieux avec la race indigène serait le seul remède à un pareil état de choses, le séjour des blancs sur le littoral n’étant pas compatible avec leur acclimatement.
Il s’en faut de beaucoup que les conditions d’existence soient aussi fâcheuses à Mahé, pour l’Européen. Cette ville, située à l’embouchure de la petite rivière navigable de Mahé, que l’on peut remonter en canot jusqu’à la hauteur de 13 milles en traversant de riants paysages, « occupe une colline qui finit en angle aigu sur l’ouest, c’est-à-dire du côté de la mer, et dont les autres versants ont, à leurs pieds, au nord, quelques contours de la rivière coulant de l’est à l’ouest, tandis que du côté oriental, cette colline semble limitée par une dépression du terrain, audessus de laquelle s’élève, à perte de vue, des forêts
de cocotiers La colline de Mahé, dans la partie
qui est occupée par le chef-lieu, représente un véritable bois de cocotiers, sillonné de rues ou chemins percées généralement en lignes, sinon bien droites, du moins régulières (2). » (Chanot.) Ces rues sont en
(1) Godineau, Etudes médico-hygiéniques sur rétablissement français de Karikal. Revue coloniale , 1857, t. XVIII. Tirage à part, Paris, J. -B. Baillière, 1857.
(2) Chanot, Note sur Mahé. Arch. de Méd. nav., 1872, 2e sera.
général larges et bien aérées, les immondices n’y séjournent pas, de nombreux corbeaux les enlevant à toute heure du jour; les eaux potables de puits et de source y sont nombreuses. Le sol est perméable et ne conserve pas les eaux pluviales à l’état stagnant. Comme dans tout l’Indoustan, les saisons principales correspondent aux moussons. La mousson de S. -O. correspond à notre été et règne d’avril à septembre : c’est l’hivernage, saison chaude et humide, car la brise a passé par l’atmosphère torride de la mer des Indes. La mousson de N.-E. règne pendant le cours de notre hiver ; c’est une saison sèche que caractérisent des brises fraîches, descendant des pics élevés des Ghattes occidentales. Dans ces conditions diverses, le climat de Mahé est incontestablement très salubre, si on le compare à ceux que nous avons étudiés jusqu’ici dans l’Indoustan. Permet-il l’acclimatement de la race blanche ? D’après Ghanot, la population de Mahé croît rapidement, et c’est ainsi qu’en 1868, 172 naissances ont remplacé 109 décès. Si ces chiffres se rapportaient exclusivement à la race blanche, l’acclimatement de celle-ci ne pourrait faire l’objet d’un doute; mais, en fait, il représente le mouvement d’ensemble de la population de Mahé, blancs, métis et indiens : il ne se rapporte en outre qu’à une seule période de temps, l’année 1868. Des renseignements plus étendus seraient donc nécessaires pour se prononcer en toute connaissance de cause : s’il est possible de les recueillir, il est bien probable que l’acclimatement de la race blanche à Mahé en ressortira comme un fait acquis, et que ce résultat sera la conséquence de la faible influence du paludisme, dans ce climat partiel, sur la santé des Européens,
ACCLIMATEMENT DANS LES CLIMATS PARTIELS, 17o
Goa, située comme Mahé sur la côte du Malabar, se trouve placée par 15°, 30 de latitude nord, à 75 lieues au sud de Bombay, et bâtie sur une langue de terre comprise entre deux rivières. La capitale actuelle, Pangin ou Nova-Goa, est assise, dit le commandant Guillain, à deux milles en dedans de la barre qui ferme l’embouchure de la Mandovi, sur un terrain marécageux. Elle aurait gagné beaucoup en agrément et en salubrité, si elle avait été construite sur le plateau même de la colline qui la domine (1). La hauteur barométrique moyenne de l’année est, à Goa, de 751,46, la température moyenne de 27,88, le minimum étant en décembre et le maximum au mois de mai ; l’humidité y atteint le chiffre de 73 centièmes, les pluies y sont abondantes, le sol palustre. — Il suit de là que la pathologie de Goa est représentée par toutes les endémies les plus meurtrières de la zone torride — à l’exception de la fièvre jaune toutefois — et que les Portugais, malgré leur adaptation facile aux influences météorologiques excessives, n’ont jamais pu s’acclimater dans cette région.
A Bombay, par 18°, 56 de latitude nord, la salubrité est plus grande que celle de Calcutta et de Goa, mais moindre que celle de Madras, de Pondichéry et de Karikal; elle est surtout très inférieure à celle de Mahé. A Bombay, en effet, la mortalité des troupes européennes atteint le chiffre de 5,07 p. 100. C’est l’endémie palustre qui domine la pathologie de cette présidence; très sévère, à Bombay même et dans les îles voisines de cette capitale, elle fend, dans l’état de choses, tout acclimatement impossible pour l’Euro-
(1) Guillain, capitaine de vaisseau, Relation du voyage d’exploration à la côte orientale d'Afrique en 1846, 47, 48. Madagascar, mer des Indes, Goa, etc., t. I, p. 322,
péen. Les Anglais, les Portugais et les Français n’ont jamais fait souche à Bombay.
Geylan, par 6°, 10 de latitude nord, contient en petit toutes les influences salubres et insalubres de la zone torride. Ses rivages maritimes, ses lagunes du nord et de l’est de l’île sont des régions chaudes et le plus souvent malsaines. A Colombo, dans l’ouest de Geylan, la température moyenne de l’année est de 27° ; à Trinquemalé, dans le nord-est, elle atteint 27,4. Le massif central de Geylan, qui couvre à peu près la sixième partie de l’île, est, suivant les régions, chaud ou tempéré, jamais torride. A Kandy, la moyenne thermique annuelle est très inférieure à celle de la côte de cette région ; l’acclimatement y serait assuré pour la race blanche. Le contraste des influences de la côte et des hauteurs centrales de l’île est donc très accusé à Geylan, comme dans beaucoup de climats partiels de la zone torride. Sur les rivages, pas d’adaptation possible ; dans les altitudes, existence assurée pour la race blanche. Hâtons- nous d’ajouter cependant que Pointede-Galles, point de relâche des paquebots de l’Extrême- Orient, situé dans le sud de File, fait exception, au point de vue de la salubrité, si on le compare aux autres stations des rivages maritimes de Geylan.
Nous avons jusqu’à présent parcouru, en faisant le tour de la grande péninsule indienne, les points les plus insalubres de cette région géographique ; mais si, laissant maintenant de côté ces zones maritimes si généralement malsaines, ainsi que toutes les plaines du bas Indus, du Gange et du Brahmapoutre, nous cherchons, sur la vaste surface de l’Inde, des régions où l’acclimatement de l’Européen est possible, nous les trouvons aisément dans les altitudes nombreuses dont cette grande presqu’île est couverte. Ges régions
élevées sont autant de sanatoria qui jouent actuellement un grand rôle dans l’adaptation passagère des Européens au climat de l’Inde. Les hommes de race blanche, énervés par les chaleurs torrides du bas Punjab, vont se réfugier pendant quelques semaines dans les montagnes qui séparent ce pays de l’Afghanistan, les monts Suleyman ; les Européens de la présidence de Calcutta se rendent sur les pentes méridionales de l’Himalaya, à Katmandou dans le Népaul, à Simla, à Darjeling, à Murree, à Landoux, à Sanauer, à Nyncetal, à Almora, et gravissent ainsi des hauteurs qui varient entre 8 et 5,000 pieds anglais. De Bombay, on peut gagner le sanatorium de Punah, à 600 mètres d’altitude, celui de Malcompett, à 1,500 mètres, dans les Ghattes occidentales. Les Européens de la côte de Coromandel se réfugient sur divers points du plateau de Nilgerrhis, dans les Ghattes orientales; à Ceylan, ils gagnent les altitudes de 1,900 mètres où se trouve le sanatorium de Neuera-Allia. Mais ce ne sont là que des lieux de passage, des régions d’acclimatement individuel : l’acclimatement de la race n’est possible que sur le plateau du Dekkan, c’est-à-dire sur cette vaste terrasse que limitent les trois chaînes intérieures de l’Hindoustan, région des altitudes moyennes, des chaleurs tempérées, des pluies beaucoup plus rares que partout ailleurs dans l’Inde, zone où une atmosphère sans humidité se trouve en contact avec un sol sans paludisme.
§ 4. — Indo-Chine.
Politiquement, l’Indo-Chine comprend cinq régions :
1° A l’ouest, la Birmanie indépendante, capitale Mandai aï, et la Birmanie anglaise, dont Rangoon, dans le delta de l’Irraouady, est la ville la plus importante.
2° Au centre, le royaume de Siam, capitale Bangkok, qui se prolonge au sud par la longue et étroite presqu’île de Malacca. Les Anglais se sont assuré la possession du détroit important qui sépare l’Indo-Gliine de Sumatra et ouvre les mers de l’Océanie, par l’île de Poulo-Pinang qui en commande l’entrée, par celle de Malacca qui en occupe la partie moyenne et par celle de Singapore. Ce dernier port constitue, à la sortie du détroit, un centre important de commerce maritime avec 1 Inde, la Chine, l’Indo-Chine et les grands archipels de l’Océanie.
3° A l’est, l’empire d’Annam, capitale Hué, longue bande de terre étendue de la Cochinchine auTonquin.
4° Au sud, le royaume du Cambodge, capitale Oudong, qui a accepté le protectorat de la France et dont la partie méridionale, delta du Cambodge et du Donnai”, constitue :
5° La Cochinchine française, avec Saigon pour capitale.
Physiquement, l’Indo-Chine est une grande péninsule bordée de larges échancrures et constituée par des bassins allongés qui coulent du nord au sud et que séparent des chaînes montagneuses de direction analogue dont les altitudes méridionales, d’une hauteur moyenne de 2 à 3,000 mètres, sont seules bien connues, pendant que les pics voisins de la Chine qui atteignent vraisemblablement une grande hauteur restent complètement à explorer.
Dans ces bassins coulent, à l’ouest, l’Irraouady et le Salouen, fleuves birmans tous deux; le premier finit au sud par un delta dont la ville de Rangoon occupe une des branches ; le second se rend à la mer par une seule embouchure. Au centre coule le Meïnam, fleuve siamois qui finit dans le golfe de Siam ; à l’est, descend
pl .m
le grand et beau fleuve Mékong ou Cambodge, dont le delta ouvre ses embouchures dans la merde Chine, en Basse-Cochinchine, après avoir traversé les royaumes de Siam et du Cambodge et la Cochinchine française ; plus à l’ouest encore coulent les deux Vaïco et le Donnai', lequel peut être considéré comme formé par la réunion des deux rivières de Saigon et de Bien-Hoa.
Au point de vue de l’acclimatement, l’Indo-Chine est, sans aucun doute, très supérieure à l’Inde. Comme cette dernière péninsule, elle a ses altitudes salubres dans la Birmanie indépendante, les Laos siamois et birman, et ses rivages insalubres dans la Birmanie anglaise, sur les rivages du détroit de Malacca, du golfe de Siam, de la Basse-Cochinchine, de la longue bande maritime qui constitue l’empire d’Annam et sur les rivages du Tonquin. Rangoon, Bangkok, Singapore, ont cepend ant supérieurs comme salubrité à la pluspart des villes de la côte orientale de l’Hindoustan, et Saigon, ainsi que la plupart des postes de la Cochinchine française, ont acquis dans ces derniers temps et grâce à une hygiène bien comprise, une salubrité supérieure à celle delà plupart de nos colonies torrides. En somme, comme nous allons le voir à propos de la Cochinchine et du Tonquin, pays de l’Extrême-Orient sur lesquels nous concentrerons tout l’intérêt de la question de l’acclimatement des Européens dans la presqu’île indo-chinoise, notre situation, dans cette région de l’Asie, est satisfaisante à plusieurs points de vue.
1. Cochinchine française . — Cette colonie importante, comprise entre 8°, 30 et 11°, 40 de latitude nord, et 102°, 10 et 10o°,30 de longitude orientale, se trouve située à la pointe méridionale de cette partie de l’Indo- Chine qu’occupent les Toyaumes de Siam et du Cam-
bodge et l’empire d’Annam. Le royaume du Cambodge, actuellement protégé, la limite à l’ouest; à l’est, elle confine à l’empire d’Annam ; au midi et à l’ouest, elle est baignée par les eaux du golfe de Siam et de la mer de Chine. Si on ajoute à sa surface propre, celle des Iles Poulo-Condore et Phu-Quoc, on constate que la France s’est annexée par la conquête de la Cochinchine, 5 à 6 millions d’hectares et 1 million d’habitants.
Nous avons déjà vu plus haut que le Meï-Kong ou Cambodge, descendu des montagnes qui continuent en Chine la grande chaîne de l’Himalaya, traversait d’abord les deux Laos birman et siamois, puis le pays de Siam et enfin le Cambodge et la Cochinchine, où il finit par plusieurs deltas; dans ce parcours, de trop nombreuses cataractes ont fait perdre l’espoir de se servir de ce beau fleuve pour le commerce avec le pays des Laos et la Chine méridionale.
Pendant son trajet à travers le Cambodge, le fleuve Meï-Kong se partage, à la hauteur de Pnem-Penh, en trois branches : « 1° celle du Grand Lac, véritable soupape de sûreté par où se déversent les eaux au moment de la crue; 2° le fleuve postérieur ou branche occidentale, bras de Chandoc, et, 3° le fleuve antérieur ou branche orientale, bras de Yin-Luong et de My-tho, qui se jettent à la mer par sept embouchures larges et profondes, mais obstruées par des barres ou soulèvements limoneux qui en rendent l’accès difficile et dangereux. La basse Cochinchine est ainsi divisée en deux parties, dont l’une, la plus grande, située au nord et à l’est du bas Meï-Kong, comprend d’immenses étendues de terres composées d’humus alluvionnaire et de sable argileux que des cours d’eau sans nombre transforment en boueuses et fécondes rizières. » Cette région nord-
est de la Cochinchine est, en effet, arrosée parles deux Vaïco et le Donnai', confluent des deux rivières de Saigon et de Bien-Hoa; les deux Vaïco et le Donnai se jettent tous trois dans les mers de Chine, après avoir communiqué, sur le sol de la Cochinchine, par un nombre considérable de cours d’eau secondaires ou arroyos. A 1 ouest du fleuve Cambodge, la province d’Hatien, moins alluvionnaire que celle des deltas, est arrosée par le canal d’Hatien et le Rach-gra qui dépendent tous deux du fleuve postérieur ou bras de Chandoc. En résumé, la Cochinchine française est un vaste delta limoneux que surmontent, à l’est et au nord de Saigon seulement, quelques terres hautes, quelques collines couvertes de forêts, auxquelles il est impossible de donner le nom trop ambitieux de montagnes. Son sol est formé « d’alluvions argileuses et rouges, recevant, dans le voisinage des cours d’eau, des couches de limon qui en exhaussent continuellement la surface ; au-dessous on trouve une couche de sable et une couche de galets dans lesquelles se rencontre de l’eau (1) ». Ces terres « sont couvertes de rizières, d immenses marais et de forêts de palétuviers n’ayant pas plus de deux à trois mètres de hauteur. Les terrains plus élevés et situés à gauche du Donnai, sont composés d’une couche métamorphique, espèce de poudingue très chargé de fer, appelé pierre de Bien- Hoa. Cette pierre rouge se décompose en une argile qui couvre toutes les routes (2). »
La Cochinchine est torride sur toute sa surface, ce qui tient, d une part, a sa latitude, et, d’autre part, à l’absence d’altitude. A Saigon, la moyenne thermique
(1) Le Roy.de Méricourt et Layet. - Cochinchine, Dict. enci/d. des sciences médicales.
(2) Candé, De la mortalité des Européens en Cochinchine.
Nielly. a a
annuelle atteint 28°, 66 d’après les observations faites en 1866 par Lalluyeaux d’Ormay; d’après les recherches de Candé, elle est plutôt comprise entre 27 et 28 degrés. C’est donc un climat torride qui rappelle, par sa température, celle des rivages arabiques et abyssiniens de la mer Rouge, celle du haut Sénégal et de la côte de Coromandel. En outre, les écarts thermiques sont peu considérables en Cochinchine, la température moyenne des mois d’hivernage étant à peu près égale à celle des mois de la saison sèche, ce qui donne à notre colonie le caractère d’un climat constant.
Deux saisons principales et deux courtes périodes de transition s’y partagent l’année : la saison sèche correspond, comme dans l’Inde, à la mousson de N.-E. et coïncide à peu près avec notre hiver: elle règne de décembre à avril; la saison pluvieuse est caractérisée par la mousson du S. -O. Les mois d’avril et de novembre sont des périodes de transition pendant lesquelles ont lieu, en général, les changements de mousson; « c’est généralement pendant cette période intercalaire que la santé des Européens court le plus de dangers (1) » ; cela s’explique : c’est, en effet, pendant le mois de mars et la première moitié d’avril, que la température de l’air acquiert son maximum, ce qui tient à ce que le sol, absolument desséché, n’est rafraîchi par aucune évaporation. En novembre et en décembre, le sol imprégné des pluies de l'hivernage se refroidit sans doute par l’évaporation, mais les vapeurs qui encombrent l’atmosphère sont chargées d’émanations telluriques et engendrent la malaria : les Européens ont donc à craindre les influences thermo-mé-
(I) Candé, / oc , cit.
ACCLIMATEMENT DANS LES CLIMATS PARTIELS, d 83
téorologiques à la fin de la saison sèche et l’influence palustre au déclin de l’hivernage. Il résulte de ces conditions saisonnières fâcheuses que le moment le plus favorable à l’arrivée des Européens en Indo-Chine, est le milieu de la saison sèche, janvier et février. Mars doit être évité: c’est le mois du choléra.
L’humidité est extrême en Cochinchine, elle est représentée par le chiffre moyen de 84,0; les pluies y sont très abondantes, car « le pluviomètre marqua 3m,197 en 1864, 2m,564 en 1866 et 2m,438 en 1871 ; ce qui fait 4 à 5 fois plus de pluie qu’en France, où la moyenne annuelle est de 0,665 d’après Boudin (1). »
Dans ces conditions extrêmes de climat, on ne peut s’étonner que l’acclimatement n’ait pas encore été obtenu en Cochinchine. Les Européens y subissent, en effet, bien que les choses aillent en s’améliorant depuis l’occupation, une forte mortalité qu’ils doivent, par ordre de gravité décroissante, à la dysenterie, aux formes graves de l’endémie palustre, au choléra, à la diarrhée, à l’anémie, à l’hépatite, à l’évolution rapide de la tuberculose pulmonaire, à l’insolation. Au dire de Candé, la dysenterie est la plus redoutable des endémies de la Cochinchine: elle fournit à elle seule près des 2/5 de la mortalité générale. D’après l’auteur, l’aggravation des cas existants de dysenterie et l’éclosion des épidémies de cette maladie coïncident le plus souvent avec les chaleurs excessives et le dessèchement du sol, c’est-à-dire avec l’imprégnation aérienne par des miasmes telluriques. J’y vois plutôt les effets désastreux ordinaires de la chaleur torride sur les fonctions digestives, soit directement par les troubles qu’elle apporte dans l’énergie de l’appétit et de la di-
(1) Candé, loc. cit.
gestion , soit indirectement par les variations thermiques nycthémérales qu elle provoque, et qui influencent si profondément, dans les climats brûlants, les sécrétions intestinales.
Il n’en est pas de même des fièvres palustres graves qui viennent après la dysenterie comme cause fréquente de décès; ici, l’origine tellurique n’est pas plus discutable que la coïncidence des manifestations morbides avec l’abaissement de la nappe d’eau souterraine, le dessèchement du sol, et la présence, dans l’atmosphère, de molécules malariennes, quelle que soit leur nature, détachées des terrains inondés préalablement.
Le choléra vient au troisième rang; il est surtout fréquent en mars, en avril et en mai, c’est donc l’époque que l’on doit surtout éviter pour le renouvellement des garnisons.
La diarrhée, l’hépatite, l’anémie tropicale, la phthisie pulmonaire fournissent des chiffres de moins en moins élevés dans l’évaluation de la mortalité générale.
Quelle est donc cette mortalité? Au début de l’occupation, elle a été terrible. Dans le cours de l’année 1861 , c’est-à dire pendant'les expéditions de Ki-hoa, de Mytho, de Bien-Hoa, de Baria, 6,291 malades du corps expéditionnaire et des navires qui l’avaient transporté en Gochinchine, fournirent 347 décès dans la colonie même, et 73 à l’hôpital de Macao; mais ce n’est pas là toute la mortalité, car on n’a pas tenu compte d’un certain nombre de décès qui ont certainement eu lieu parmi les nombreux rapatriés en Europe. C’est donc néanmoins une mortalité de 12 pour 100, quant à ce qui a pu être enregistré. En 1863, d’après Lalluyeaux d’Ormay, 8, 000 hommes d’effectif ont fourni 735 décès, c est-à-dire 9 pour 100 de mortalité, chiffre encore in-
férieur à la réalité, car les décès consécutifs ail rapatriement n’y figurent pas.
Toutefois ces chiffres désastreux ne donnent pas la mesure de l’inacclimatement, car ils correspondent b des années, d’expéditions militaires et maritimes, à une époque d’inexpérience des effets du climat, de nécessités d’un premier établissement en pays conquis. Pour se rendre un compte plus exact des atteintes que porte à la santé des Européens le climat de la Cochinchine, il convient de comparer le présent au passé, et d’interpréter le tableau statistique si consolant et si instructif dressé par notre collègue le Dr Gandé, et que nous reproduisons.
Tableau général
De la mortalité des Européens en Cochinchine (1).