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ASIE TORRIDE

§ 1. — Arabie.

Aucune condition de climat ne s’oppose, dans les altitudes de l’Arabie, à l’acclimatement de l’Européen : le peuple qui y prospère depuis un temps immémo rial, constitue l’un des groupes de la race blanche, le groupe arabe, qui appartient au rameau sémite. Mais le paludisme, ce grand ennemi de l’adaptation au climat, pour toutes les races, règne en maître dans deux régions importantes du littoral, les rivages de la mer Rouge, en face de l’Égypte, et ceux qui bordent le golfe Persique. Dans ces deux régions, les Arabes et les Européens qui passent ou qui séjournent, se trouvent dans les conditions détestables qui sont la cause de l’insalubrité d’un grand nombre de rivages torrides.

L’Arabie est, en effet, « une Afrique torride liée à l’Asie » (O. Reclus). Vue d’ensemble, c’est un vaste plateau dont le centre est constitué par les altitudes fertiles du Nedjed, les régions nord et sud par de vastes déserts sablonneux qui reçoivent, celui de Syrie, le vent du Nord sec et chaud qui a traversé la Syrie et la Mésopotamie, celui du Sud, les vents torrides de la mer des Indes et de l’Afrique ; par les montagnes de 1 Hedjaz et de l’Yemen à l’ouest et celles du pays d’Haça et d’Oman près du golfe Persique. Toutes ces régions exemptes d’infectieux naturels, sont, sauf les déserts, peuplées et salubres : les deux déserts, traversés par les caravanes, ne font subir au voyageur

d’autre influence que celle qui découle des hautes températures, de la poussière, de la réverbération lumineuse intense.

Tout autre est le climat des bords de la mer Rouge et du golfe Persique, de l’Hedjaz et de l’Yemen à l’ouest, du pays d’Haçasurle golfe Persique. Dans ces rayons basses, la malaria sévit avec une telle intensité qu’elle rend très difficile, pour les Européens, l’habitation des villes de Médine, de Yambo, de la Mecque, de Lobeia, d’Hodeida. Le littoral sud n’est pas dans le même cas : il est en général salubre, parce qu’il n’est que torride, sans être palustre. A Aden, on constate rarement la fièvre intermittente : on y souffre de la chaleur, de la lumière, de la privation d’eau et de vivres frais ; mais non d’infectieux locaux : le choléra, la dengue, ont visité sa garnison, mais c’était là de l’importation.

Si on ajoute aux causes d’insalubrité que j’ai signalées pour les rivages latéraux de la Péninsule, la fréquente apparition du choléra parmi les pèlerins qui se rendent aux villes saintes, le développement possible de peste spontanée, comme cela a eu lieu en 1874 dans le pays d’Assÿr, entre l’Hedjaz et l’Yemen, au sud de Djeddab et de la Mecque, et de la peste transmise par les caravanes venant de l’Irak-Arabie (1), les atteintes possibles de plaie de l’Yemen, de bouton d’Alep, des ténias, de la filaire dragonneau, parasite si commun, de l’Arabie au Sénégal, en passant par le Soudan ; de la gale, des opbtbalmies aiguës, des insolations, de la variole, de la dysenterie, de la diarrhée, de l’hépatite, on se rendra un compte assez exact des obstacles qu’ont rencontrés jusqu’à ce jour, pour l’ac-

(!) Partie sud de la Mésopotamie, Tour du Monde, 1867.

climatement individuel comme pour celui de la race, les explorateurs de la Péninsule et les colons étrangers fixés sur le littoral. Ces derniers ont dû le plus souvent avoir recours au rapatriement pour combattre l’anémie essentielle ou morbide développée sous les influences du climat arabique.

§ 2. — Mésopotamie.

C’est la plaine elliptique du Tigre et de l’Euphrate, fleuves qui, descendant des monts d’Arménie, parcourent du nord au sud toute la région mésopotamienne pour se jeter dans le golfe Persique après s’être réunis en un seul cours d’eau, le Ghatt-el-Arab. D’après Le- Jean, cette triste contrée jadis si florissante représente « un immense désert jauni, couvert de monticules de ruines, sillonné en tous sens de canaux desséchés : quelques pauvres villages de fellahs, semés le long des fleuves ; de loin en loin quelques groupes de tentes noires habitées par des Arabes, tous plus squalides et plus maraudeurs les uns que les autres : voilà ce qu’est aujourd’hui l’héritage de Sémiramis. Les canaux obstrués, l’Euphrate a répandu l’excédant de ses crues annuelles sur les plaines de l’ouest, qui se sont couvertes de lagunes empestées. » On trouve en Mésopotamie toutes les influences climatiques des régions basses et fluviatiles, aggravées par une moyenne thermique élevée. A Bagdad, au mois d’août, la température atteint le chiffre moyen de 34°, 5 : c’est l’époque des maladies palustres, de la dysenterie et de l’hépatite ; il est vrai que ces conditions morbides disparaissent à peu près complètement pendant l’hiver, dont la moyenne thermique est, à Bagdad, de 7 degrés. Les ophthalmies, les ulcères atoniques, les insolations s’y

observent comme en Arabie; mais en outre, la peste y trouve, dans la misérable Irak-Arabie, un foyer plus actif, et le choléra, venant tantôt de l’Inde, tantôt de la Perse, menace continuellement la contrée, soit par les caravanes, soit par les pèlerinages.

§ 3. — Hindoustan.

La principale chaîne du groupe montagneux central de l’Asie, l’Himalaya, renferme les pics les plus élevés du globe : ses contreforts, du côté de l’Indu s, ne font qu’un court trajet dans les plaines de l’Indus et du Gange, tandis qu’ils parcourent, d’une extrémité à l’autre, la vaste surface de l’Indo-Ghine. Vue d’ensemble, de l’Himalaya au cap Comorin, l’Inde anglaise est un vaste triangle péninsulaire dont les régions appar tiennent à des climats différents, la Penjab, le Népaul et le Boutan, sur le court versant de l’Himalaya, jouissant d’une température à peine chaude, pendant que le reste de la surface de l’Hindoustan, appartient, sauf les altitudes, à la zone torride.

Les régions brûlantes de l’Inde sont limitées à l’ouest par la mer d’Oman, à l’est, par le golfe du Bengale. Près de leurs côtes surplombent deux chaînes de montagnes parallèles aux rivages ; les Ghattes occidentales, dont les altitudes dominant la côte de Malabar dépassent 1,500 mètres, et les Chattes orientales, dont les pics beaucoup moins élevés, sont plus éloignés des rivages maritimes. Ces deux chaînes constituent les deux côtés d’un triangle intérieur à l’Inde, dont les monts Windhya, hauts de 2 à 3,000 mètres, placés transversalement au centre de l’Hindoustan, constituent la base. Entre l’Himalaya et les monts Windhya, aui ont une direction à peu près transversale comme

lui, s’étend la grande plaine de l’Hindoustan, exposée à des chaleurs torrides, foyer de malaria que traversent le bas Indus, le Gange et le Brahmapoutre. En revanche, au sud des monts Windhya, dans l’aire du triangle montagneux intérieur, se place le plateau du Dekhan, haut de 600 à 1,000 mètres, beaucoup moins chaud que l’Inde gangétique, région de l’acclimatement facile, comme le sont les Ghattes, les Windhya et les contreforts indiens de l’Himalaya.

On le voit déjà, par ce rapide coup d’œil, l’acclimatement de l’Européen obtenu ici sans effort, lui sera impitoyablement refusé là. L’Inde en effet a tous les climats : polaire dans le haut Himalaya, elle est couverte, dans les altitudes moyennes de celte chaîne, ainsi que dans celles des Ghattes, de lieux de convalescence, de sanatoria ; tropicale dans la présidence du Bengale, dans la vallée de l’Indus inférieur, et sur tout le littoral maritime, elle est chaude ou tempérée sur le plateau du Dekkan. Par malheur, dans l’Inde, comme dans la plupart des régions torrides, l’Européen trop confiant dans ce printemps éternel qui lui était promis de loin, a fixé sa résidence et placé ses intérêts sur les rivages maritimes, à l’embouchure et sur le parcours des fleuves : l’hygiène et les résultats des tentatives d’acclimatement lui démontrent aujourd’hui que la plupart du temps il a fait fausse route, au point de vue de l’adaptation de sa race. L’étude que nous allons faire de quelques climats partiels de l’Inde, en faisant le tour de la Péninsule, nous éclairera plus complètement sur ce sujet si important pour l’avenir de la race blanche dans cette région torride.

Calcutta, située par 22°, 35' de latitude nord, a été bâtie sur l’Hoougly, l’une des branches du Delta gangétique, à 80 lieues de son embouchure, à la place

d’un marais désert. Dans cette immense ville sont concentrés 450,000 habitants, dont 9 à 10,000 Européens, les natifs occupant des quartiers infects, les hommes de race blanche vivant dans des habitations confortables, parfois splendides, mais dans lesquelles rien ne peut protéger cependant contre la malaria et toutes les influences des climats torrides insalubres. Le sol de la ville est dépourvu de pente, la température de l’année y est de 26°, 3, 19°, 5 au mois de décembre, 31°, 4 au mois de mai. Deux saisons principales, avec de courtes périodes intermédiaires, s’y partagent l’année ; l’hivernage s’étend de mai à octobre ; c’est la saison torride, celle du vent de terre ou mousson du S. -O. ; la saison fraîche, de novembre à avril, doit sa température supportable à la mousson du N.-E. Il tombe à Calcutta 1928 millimètres de pluie par année, à Endomètre, mais si ce chiffre est inférieur à celui que l’on enregistre pour les provinces du N.-E., limitrophes de la Birmanie, l’hygromètre, en revanche, accuse à Calcutta, une humidité considérable. Sol alluvionnaire, chaleur torride, humidité intense, tels sont les caractères dominants de ce climat qui brise, en quelques années, les ressorts de là santé, et refuse tout acclimatement à l’Européen, si celui-ci ne lutte contre ces influences par des séjours fréquents dans l’atmosphère des sanatoria ou par des voyages en Europe.

Voici, en effet, des chiffres trop éloquents, relatifs à la mortalité des enfants européens dans l’Inde et recueillis, pour la présidence du Bengale, parle DrFayrer.

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