‹ Hygiène des Européens dans les pays intertropicauxChapitre 28 sur 41 · OCÉANIE TORRIDE · texte numérisé non relu

OCÉANIE TORRIDE

1° Malaisie, Nouvelle-Guinée, nord de l’Australie.

a. Malaisie.

Sumatra. — Grande île à direction générale du N. -O. au S.-E., située entre 5° de latitude nord et 5° de latitude sud et entre 95°, 16' et 106°, 3' de longitude orientale. Elle a 1,500 kilomètres de long sur 350 environ de large. Une longue chaîne de montagnes, dont quelques pics atteignent4, 500 mètres, la parcourtdans le sens de son grand axe.

Java. — Cette île prolonge en quelque sorte Sumatra, au sud-est de laquelle elle se trouve placée. Elle présente, avec des altitudes un peu moindres, une disposition orographique analogue.

Bali, Lombok, Sumbawa, Florès , Ombaï, Welter , Sumba, Timor. — Toutes à l’est de Java. Les plus importantes sont Bali, qui mesure 625,000 hectares, et commence la chaîne de cet Archipel, et Timor, beaucoup plus étendue, qui la termine, entre le 8e et le 11e degré de latitude sud.

Bornéo. — Grande île qui occupe le centre de la Malaisie ; c’est la plus grande du monde entier après l’Australie, car elle a plus de 5,000 kilomètres de rivages et 73 millions d’hectares. Son plateau intérieur, incomplètement inconnu, offre des altitudes de 2 et 3,000 mètres.

Célèbes. — Ile bizarre découpée en grands golfes et en étroites presqu’îles. Elle est située à l’est de Bor-

néo, et en est séparée par le détroit de Macassar. Ses pics intérieurs sont moins élevés que ceux de Bornéo et semblent appartenir au même système.

Moluques (Ceram, Gilolo, Amboine, Termate, Tidor, etc.). — Située à l’est de Célèbes ; rivages très palustres ; altitudes et plateaux intérieurs.

Philippines. — (Un millier d’îles dont les plus importantes sont Luçon et Mindanao). La latitude plus septentionale de ces îles contribue à en rendre le climat beaucoup moins sévère que celui des archipels qui précèdent.

b. Nouvelle-Guinée ou Papouasie. — Ile presque aussi étendue que Bornéo, montueuse, fertile, mais torride et palustre à un très haut degré sur ses rivages.

c. Australie nord. — Constituée par les deux grandes péninsules qui, situées des deux côtés du golfe de Carpentarie, terminent au nord l’immense continent australien. La péninsule occidentale, massive et large, a ses rivages baignés par la mer d’Arafoura ; l’Orientale, terminée en pointe aiguë par le cap York, limite au sud le détroit de Torrès et sépare le golfe de Carpentarie de la mer de Corail.

Toutes les régions péri-équatoriales que je viens d’indiquer sont éminemment torrides et palustres, au moins sur leurs rivages ; aussi constituent-elles, au point de vue des localités dans lesquelles la race blanche a fondé ses villes et établi ses comptoirs, les zones terrestres les plus insalubres qui soient sur la sphère. Il y a en outre un contraste saisissant entre ces régions et les îles polynésiennes, sous le rapport de la salubrité. Mais l’Européen a été attiré en Malaisie parce que les îles qui composent ses archipels sont de vaste étendue, et que leur sol, qui est d’une fécondité inouïe, y représente un avenir d’immenses richesses.

Les îles polynésiennes, de leur côté, sont les infiniment petits de la planète, de sorte que les excellentes conditions de salubrité de la plupart d’entre elles ne compensant pas les sacrifices à faire pour les exploiter une à une, la race blanche les a souvent dédaignées et est allée là où la fortune pouvait être rapidement acquise : elle y a trouvé par malheur les conditions climatiques les plus déplorables.

Sur les deux rivages de Sumatra, la température moyenne dépasse 26 degrés. Dans l’île de Java, elle atteint ou dépasse, suivant l’année, 27 degrés à Batavia. La moyenne annuelle de 1a. température, sur la côte ouest de Bornéo, s’élève au-dessus de 27 degrés ; à Timor, à Célèbes, aux Moluques, la chaleur est tout aussi accablante. Aux Philippines, le climat est l’un des plus chauds que l’on connaisse, du moins dans les régions dépourvues d’altitudes. Si l’Européen, quelle que soit la localité, se réfugie dans les hauteurs, il voit la température s’abaisser, et c’est grâce à cette précaution que les Hollandais de Batavia peuvent prolonger leur séjour dans la colonie de Java, insalubre au premier chef, et composer avec la fièvre.

L’acclimatement n’a pas été obtenu dans les possessions néerlandaises toutes les fois que les Européens ont cherché à s’établir près des rivages. Individuel, il est soumis à des aléas terribles; de race, il n’a jamais réussi. Voici d’ailleurs, à l’appui de ces assertions, des chiffres extraits d’un journal colonial néerlandais et relatif à l’état sanitaire de l’armée. L’effectif des troupes, tant européennes qu’indigènes, était, au . 31 décembre 1876, de 37,931 hommes dont 13,513 Européens ; sur ce dernier nombre on a compté 1,343 décès, soit plu s de 11 p. 100 de l’effectif de race blanche. Dans d’autres circonstances, plus désastreuses encore, la

mortalitédes soldats hollandais s’élève à 12, 13, 14p. 100, c’est-à-dire à des chiffres très supérieurs à ceux que l’on enregistre dans toutes les autres colonies torrides, en dehors des périodes funestes d’épidémie. Le choléra, la dysenterie, les maladies palustres, la diarrhée, l’hépatite, l’alcool et l’opium, tels sont, en Malaisie, et spécialement dans les possessions néerlandaises, les ennemis de tout acclimatement. Les Philippines ne sont pas dans le même cas ; les Espagnols n’y subissent qu’une mortalité d’un peu plus de 3 p. 100, ce qui tient à la latitude plus élevée de ces îles, à la présence de la race espagnole plus apte que les Hollandais à la colonisation torride, et enfin au métissage plus facilement accepté à Manille et à Mindanao, comme d’ailleurs dans toutes les colonies de l’Espagne, que dans celles qu’occupent les colons de France, de Hollande et d’Angleterre. En bonne économie politique, les îles de la Sonde auraient dû être colonisées par les compatriotes de Charles-Quint.

Australie septentrionale. — Préoccupés depuis de longues années du danger que courent leurs navires sur les rivages pleins de récifs des deux presqu’îles nord-australiennes, et désireux en même temps de fonder dans ces parages et dans un lieu favorable, si on parvenait à le découvrir, quelque établissement durable, les Anglais ont exploré toute la côte à différentes reprises, abandonnant bientôt tel point insalubre, se fixant dans tel autre, souvent découragés par les conditions sévères du climat et l’attitude des indigènes.

Dans la péninsule de l’ouest, ils ont été contraints de se retirer de Port Essington et de Raffie-Bay pour se transporter à Mount-Harris Bay et sur les îles de l’Archipel voisin, Grocfier ïsland, Darcb, Yalentia, Cope-

pL.m

land, etc., mais sans y trouver encore des conditions satisfaisantes pour un établissement définitif. Ils ont eu, en effet, à y supporter les atteintes de la diarrhée, de la dysenterie, de l’insolation, de la fièvre paludéenne grave. Dans la péninsule du cap York, ils paraissent avoir été plus heureux, d’après ce que rapporte le Dr Haran, au sujet de l’établissement de Somerset (1).

2° Polynésie. — Les îles polynésiennes placées sous la zone torride, foisonnent dans la région équatoriale du Pacifique et s’y groupent en de nombreux archipels que j’ai énumérés ailleurs à propos de la géographie torride océanienne. Toutes ces îles, par lesquelles la surface terrestre est pour ainsi dire émiettée, ont une structure géologique analogue, outre que leur constitution orographique est presque partout la meme. Des rivages qui ne sont le plus souvent dangereux que pour les navires, des montagnes d’altitude variable que couvre fréquemment une végétation luxuriante, une température moyenne qui tend à décroître à mesure que l’on s’éloigne des archipels Malais et qui d’ailleurs est presque toujours rafraîchie par les brises océaniennes, l’absence de paludisme sur beaucoup de points, malgré les pluies torrentielles de l’hivernage, telles sont les principales conditions climatiques de la plupart de ces petits archipels. Ils constituent donc souvent des climats presque exclusivement météorologiques et l’on entrevoit déjà qu’ils se prêtent, dans nombre de cas, à un facile acclimatement.

Aujourd’hui, on peut affirmer que l’Océanie poly-

(I) V. Somerset, cap York , etc. D1 Haran, de la marine anglaise. Arcli. de Méd. navale, 1868, 2e sem. — V. aussi Exploration dans V Australie septentrionale, d’après le Dr Belgrave, de la marine anglaise. Arcli. de Méd. nav., 1869, 2e semestre.

nésienne compterait de nombreuses colonies européennes florissantes, si l’intérêt qui s’attache à la colonisation ne s’amoindrissait pas lorsqu’il s’agit de petites îles nécessitant chacune une surveillance spéciale, un personnel, des dépenses qui grossissent par la -profusion des localités à occuper. Ces îles sont en outre éloignées de la patrie européenne; pour les atteindre il faut de longues traversées; le caractère sauvage des indigènes qui les peuplent est un obstacle à la colonisation, à cause des sacrifices d’hommes et d’argent que nécessite une première occupation. Le percement de l’isthme de Panama changera sans doute l’état des choses et rapprochera singulièrement les distances maritimes; mais ce travail est à peine commencé. En attendant, il faut ne pas oublier dès aujourd’hui, que les archipels océaniens sont pour la plupart salubres ou assainissables et que la colonisation bien conduite de chacun d’eux, rencontrera souvent, dans les conditions de climat, au moins, de précieuses facilités.

C’est ce que nous allons montrer en jetant un coup d’œil sur la plupart des groupes insulaires du Pacifique. Nous verrons que ceux d’entre eux qui confinent à la Malaisie conservent une partie de l’insalubrité de cette région de l’Océanie torride ; plus, au contraire, nous pénétrerons dans le Pacifique en nous rappro chant du continent américain, plus grande sera la salubrité, et plus certaine aussi l’adaptation de la race blanche ou de ses métis.

1. Groupe occidental. — Les Carolines avec les îles Pelew ou Palaos constituent un archipel d’une trentaine d’îles, entre le 5e et le 10e degrés de latitude septentrionale. L’Espagne les compte parmi ses possessions sans les avoir toutes soumises. Quelques-unes

jouissent d’un climat analogue à celui des Philippines; d’autres ont un climat exclusivement météorologique excluant la Malaria.

Nous sommes mal renseignés au sujet des Salomon qui passent pour fraîches et salubres dans leurs altitudes, mais dont les rivages, défendus par des indigènes Papous et par des récifs madréporiques, sont des obstacles que l’on n’a pas encore jugé à propos de franchir.

L’archipel de Santa-Cruz qui fait suite aux îles Salomon, par 10 degrés de latitude sud environ, passe pour très salubre.

L’archipel de la Louisiane est composé d’un très grand nombre d’îles et d’îlots qui semblent une dépendance de la Nouvelle-Guinée. Les principales îles, Rossel, Saint-Aignan, du Sud-est, Trobriand, toutes situées à peu près parle 12° degré de latitude sud, à la hauteur de l’Australie septentrionale, s’échelonnent dans une direction générale du N. -O. au S.-E. Dangereuses par leurs habitants, négroïdes barbares et anthropophages, ces îles, peu connues pour la plupart ont encore des rivages très palustres, comme en Malaisie; mais leurs altitudes sont toujours très voisines des côtes et susceptibles de constituer des stations favorables à l’acclimatement.

Aux Nouvelles-Hébrides, du 14e au 20e degré de latitude australe au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, le paludisme existe encore sur quelques rivages, mais les îles de Mallicolo et d’Espiritu-Santo passent pour hospitalières, outre que les régions montueuses et saines sont communes dans cet archipel comme dans tous les autres. La Nouvelle-Calédonie recrute une partie de ses travailleurs parmi les Néo-Hébridais.

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