CHAPITRE II
L’organisme des Européens subit, dans les pays torrides, un certain nombre de modifications fonctionnelles parfois compatibles avec le maintien de la santé, et grâce auxquelles les hommes de cette race sont susceptibles d’acquérir l’acclimatement dans un certain nombre de régions. Je vais m occuper ici de ces modifications, afin de mieux rendre compte, dans une autre partie de ce livre, des conditions du problème que nous poserons à propos de l’acclimatement et de l’acclimatation.
1. Fonction de la digestion. — Diminution de la quantité de la salive et des liquides muqueux sécrétés à la surface du tube digestif, diminution corrélative de la quantité de suc gastrique, de bile, de suc pancréatique, de suc intestinal; puis, comme conséquence, sécheresse buccale et pharyngienne, exagération de la soif, faiblesse de l’appétit, digestion laborieuse particulièrement le soir, plénitude gastrique et intestinale après le repas, et constipation habituelle ou imminente, tels sont les phénomènes digestifs dont chacun peut observer sur lui-même la réalité, et dont on peut combattre la fâcheuse influence sur la santé générale en gouvernant hygiéniquement
la fonction dont nous étudions les phénomènes dans leurs variations.
Nous avons dit que la sécrétion de la bile était diminuée ; ce n’est pas là la tradition, il s’en faut; mais la tradition, à notre avis, consacre sur ce point une double erreur, car cette dernière porte à la fois sur l’état physiologique et sur la patbogénie.
Le foie, a-t-on dit, sécrète plus de bile et augmente de volume dans les pays intertropicaux, de telle sorte que, sous l’influence de cette suractivité fonctionnelle et d’une congestion qui resterait physiologique, il déborde les fausses côtes et remonte vers la région mammaire.
Et d’abord, il est au moins surprenant que, par exception, un seul des appareils glanduleux annexes de l’appareil digestif se prenne à fonctionner isolément en énergie plus grande que ne le font incontestablement les autres glandes, en particulier les appareils salivaires et les glandes bucco-gastriques. En outre, dans la digestion physiologique, c’est la présence des aliments qui sollicite les sécrétions digestives, et qui en règle la quantité : or l’appétit diminuant sous la zone à température torride, la quantité des aliments, c’est-à-dire des excitants des sécrétions digestives, diminuera parallèlement. Où est le besoin d’une plus grande quantité de bile, s’il y a moins de matières grasses à émulsionner?
On doit remarquer, d’ailleurs, qu’aucun fait ne prouve que le liquide biliaire augmente en quantité, si l’on reste dans l’observation pure des gens en état de santé vivant dans les climats torrides. Jamais nous n’avons observé cette augmentation sur nousmême et dans notre entourage, en dehors d’un état morbide bien défini, catarrhe intestinal bilieux, fièvre
bilieuse tellurique, formes bilieuses de la fièvre jaune, diarrhées, dyssenteries bilieuses. Dans tous les cas, il s’agissait de faits pathologiques et non d’un mode fonctionnel nouveau ; toujours nous avions affaire à une maladie dont il s’agissait de préciser le diagnostic, et non à une modification organique tendant à préparer un acclimatement désiré. Dans l’état de santé, au contraire, nous observions des selles pauvres en bile, sèches, peu abondantes. Où était donc l’hypersécrétion biliaire? De même, jamais le cheminement ordinaire des matières, dans les deux intestins, ne se révélait, dans l’état physiologique, par une douleur abdominale qu’aurait expliquée une plus grande abondance de liquide biliaire et par suite une excitation exagérée des nerfs sensitifs de la muqueuse, avec réflexes sur les nerfs moteurs de l’intestin. Le silence de cet organe et la constipation, voilà les faits.
Mais, dira-t-on, l’exagération fonctionnelle du foie dans les pays torrides, est prouvée par les modifications que subissent les fonctions de détail qui lui sont dévolues. Le foie élimine du carbone, fabrique de la matière glycogène, emmagasine de la graisse, produit de l’urée sous toutes les latitudes. Il est donc logique de penser que tous ces modes fonctionnels seront stimulés sous la zone torride. Or, ce qui se passe démontre-t-il que tous ces événements physiologiques soient, sous cette zone, ou nécessaires, ou plus actifs?
Quant à l’élimination des éléments carbonés que ne rejette plus, sous forme d’acide carbonique, une expiration pulmonaire incontestablement moins active sous la zone torride, où en peut-on trouver la nécessité ? Les aliments sont pris en moins grande quantité : il y a donc moins de carbone ingéré : l’inspiration pulmonaire est moins fréquente, comme
idwaûi anêiaaiv
nous le verrons : nous absorbons donc, dans les nouvelles conditions où nous vivons, une moins grande quantité d’oxygène, facteur principal de l’acide carbonique dans les tissus : la nécessité d’entretenir la température organique est moins grande que dans les autres climats : il y a donc moins de combustion, d’où moins d’acide carbonique produit.
Par ailleurs, d’où viendrait la nécessité de fabriquer une plus grande quantité de glycogène ou d’activer la sécrétion de matières grasses, résultats en rapport avec la suractivité supposée de l’appareil hépatique ? La matière glycogène donne de la chaleur en s oxydant; il n’est pas besoin de celle-ci sous la zone torride ; les matières grasses fournissent une réserve de matières combustibles ; réserve inutile sous la même zone, l'organisme n’ayant à fournir qu’une minime quantité de chaleur. Les matières grasses en excès s’emmagasinent dans les tissus ; mais sous l’influence des climats brûlants, l’embonpoint est exceptionnel chez l’Européen qui, au contraire, maigrit presque toujours.
On pressent nos conclusions. Déjà R. Martin, Parkes, Morehead et quelques autres hygiénistes s étaient élevés contre la doctrine de l’hépatomégalie tropicale : notre collègue Layet a formulé plus nettement son opinion en 1877, en des termes excellents qu’il est utile de reproduire (1). Les voici: « Dans les pays intertropicaux, le mouvement fonctionnel, quelle que soit la forme qu’il revête dans l’organisme, se ralentit : les digestions deviennent paresseuses, en même temps que l’on répugne à tout exercice corporel. Les sources de chaleur produites par l’aliment et le mouve-
(1) V. Archives de médecine navale , 1877. Etudes d’hygiène intertropicale par- le Dr Layet.
ment sont ainsi amoindries dans des limites en rapport avec les exigences du milieu extérieur ; et les combustions internes se réduisent dans l’organisme à la somme nécessaire à l’entretien du pouvoir assimilateur. De là une accumulation moins grande de l’élément essentiellement thermogène, c’est-à-dire du tissu graisseux, qui, sous les tropiques, devient une surcharge inutile en détournant à son profit le travail intime d’oxygénation. Si donc, d’une part, 1 acide carbonique exhalé est moindre sous les tropiques, parce que toutes les conditions du climat intertropical tendent à restreindre l’absorption de l’oxygène ; de l’autre, l’organisme se met lui-même à l’unisson en ne fournissant au corps comburant que ce qu’il faut de matières combustibles. Pourquoi donc, et comment une fonction nouvelle s’établirait-elle, qui aurait pour but de suppléer 1 action respiratoire ? En d’autres termes, pourquoi le foie viendrait-il aider à l’élaboration ultime de produits carbonés qui sont loin d’être accumulés dans nos tissus, puisque le mouvement d’apport ou d’assimilation est loin de remporter sur le mouvement de départ ou de désassimilation. »
« Le foie sécrète la bile et fournit de la matière glycogène. La sécrétion biliaire est en rapport intime avec l’activité des fonctions digestives ; la formation du sucre concourt à la nutrition, en même temps qu’elle produit un élément de chaleur employé dans les combustions organiques interstitielles. Que, dans les pays froids, par suite de la nécessité qu’éprouve l’organisme d’élever sa puissance calorifique, l’activité fonctionnelle du foie existe, cela se comprend, puisque, d’une part, l’énergie respiratoire des poumons leur permettant de brûler, en plus grande quan-
ACTION PHYSIOLOGIQUE SUR L’EUROPÉEN. Il
tité, le sucre fourni par le foie, ce dernier en sécrétera par cela même davantage ; et que, d’autre part, le travail digestif étant plus grand, la circulation de la veine porte s’exagère, et par suite la réplétion sanguine comme la nutrition plus active de cet organe prédispose à l’hypersécrétion de bile. Mais, dans les pays chauds, où donc est la raison physiologique d’une pareille hypersécrétion?...
« Quant à la fonction glycogénique du foie, nous ne faisons aucune difficulté d’admettre, par déduction, qu’elle doit grandement diminuer dans les pays intertropicaux. »
Nous nous associons, on l’a vu plus haut, à ces conclusions basées sur les faits : l’augmentation du volume du foie dans les pays torrides, augmentation fréquente, tient toujours à un état morbide, engorgement du système porte chez les dyspeptiques qui ont mal dirigé leur alimentation ; écho de l’empoisonnement paludéen sur la muqueuse digestive et la circulation du foie ; inflammation aiguë et chronique de cet organe ; diarrhée ; dyssenterie avec retentissement hépatique, etc. ; mais ce n’est pas à une congestion physiologique supposée inévitable que l’on a affaire ; il n’y a pas d’hypersécrétion biliaire normale, au contraire. J’ajouterai que j’ai fait observer dans un autre livre (1) que l’activité si grande des fonctions sébacées de la peau, dans les climats à haute température, jouerait aisément ce rôle de suppléance du poumon pour l’élimination des produits carbonés de l’organisme, si ces éléments s’y trouvaient en trop grande abondance.
Mais le foie a un autre rôle chimique que ceux
(1) Éléments de Pathologie exotique, Delahaye et Le Crosnier Paris, 1881.
d2 ÉLÉMENTS D’HYGIÈNE DES EUROPÉENS.
dont nous venons de parler : il fabrique, dit-on, de l’urée dans les conditions ordinaires de la vie et cette urée se retrouve dans les urines. Voyons ce que devient cette fonction dans les pays torrides. Notre collègue Moursou va nous le faire connaître (1). Ce médecin distingué a publié récemment un travail des plus intéressants sur les modifications apportées à la constitution et à la quantité des urines par le fait du passage d’un climat chaud dans un climat torride, et réciproquement. J’en parlerai plus loin à propos des caractères des urines dans ces régions, pour n en extraire ici que ce qui est relatif à l’urée. «Dans ces dernières années, dit Moursou, on a voulu faire jouer au foie le rôle d’organe producteur de l’urée. Au nombre des preuves qui ont servi à formuler cette opinion, je dois citer, comme une des plus importantes, la diminution notable de la quantité d urée, observée dans les cas de maladie du foie, avec destruction plus ou moins complète de l’organe, par Murchison, Charcot, Brouardel. Si la conclusion que ces observateurs ont cru devoir tirer de leurs observations est fondée, l’urée doit évidemment augmenter, dans les congestions physiologiques du foie qui sont la suite constante d’un séjour plus ou moins prolongé dans les pays chauds. »
Partant de cette dernière doctrine qui est conforme à la tradition, mais que nous croyons, comme on l’a vu plus haut, entachée d’erreur, Moursou a poursuivi avec le plus grand soin, sur lui-même, pendant toute une traversée de Toulon à Saigon, et de Saigon à Toulon, une série de recherches des plus concluantes, à notre avis, pour la doctrine de la dimi-
Archives de médecine navale, septembre 1881.
nution de l’activité fonctionnelle du foie dans la zone torride. Car, bien loin de constater l’augmentation de l’urée, fait qu’expliquerait un fonctionnement hépatique plus énergique, notre collègue (1) a dû chiffrer de la manière suivante les résultats qu’il a obtenus :
Traversée de Toulon à Port-Saïd 22gr,04 d’urée.
— de Port-Saïd à Saigon 15 ,57 —
— de Singapore à Port-Saïd. . . 14 ,65 —
— de Port-Saïd à Toulon 24 ,20 —
Imbu toutefois des idées traditionnelles, l’auteur a cru devoir conclure, que « dans les congestions physiologiques du foie qui sont la suite constante de tout séjour dans les pays chauds, la quantité d’urée produite dans l’organisme subit plutôt une diminution qu’une augmentation. Le foie n’aurait donc pas la propriété de sécréter plus d’urée que ne le font les autres organes de l’économie. » Pour nous, enregistrant et interprétant les précieuses analyses de Moursou, nous dirons : la diminution de la quantité d’urée dans les urines, sous l’influence des climats torrides, prouve, une fois de plus, que l’activité fonctionnelle du foie perd une bonne partie de son énergie dans les conditions nouvelles de l’habitat (2).
(1) Moursou a employé pour ses analyses d’urines l’uréomètre de Gillet et le réactif Yvon à l’hypobromite de soude.
(2) Notre savant collègue, le Dr Corre, si familier avec l’hygiène et la pathologie des pays chauds, est absolument de notre avis, comme on peut le voir par la communication manuscrite qui suit et que je dois à son obligeance. « Je ne saurais expliquer les faits dont je vais vous parler autrement que par la passivité de l’appareil digestif et du foie, c’est-à-dire par votre théorie que j’admets entièrement. Pruner, Bey, de Quatrefages et d’autres anthropologistes ont établi que, chez le nègre, les glandes de l’estomac et de l’intestin et les glandes annexes sont remarquablement développées. Le foie est ordinairement volumineux : mais il ne faudrait point voir en ces
2. Fonction de la respiration. — Le séjour des Européens dans la zone torride apporte à la fonction respiratoire des modifications importantes. Les unes sont de nature mécanique et les autres d’ordre chimique.
Au point de vue de la mécanique respiratoire, Ranald- Martin et Layet ont cru pouvoir conclure de leurs observations, que pendant les premiers temps de séjour dans la zone torride, le nombre des inspirations augmentait.
Pour Layet, la muqueuse pulmonaire, ou mieux le pneumo-gastrique dans ses extrémités périphériques,
faits la conséquence d’une activité plus grande de l’appareil digestif. La saillance des organes gastro-intestinaux et le volume du foie se rattachent à une hypérémie du système porte, qui elle-même, n’est que la traduction iocale de la prédominance générale de l’appareil veineux sur l’appareil artériel. De cette prédominance de la veinosité, si accusée dans les organes abdominaux, il résulte une grande paresse de la digestion encore accrue par la nature de l’alimentation et les habitudes de la race. Le nègre vit surtout de végétaux de médiocre nutritivité : il ingère de grandes masses d’aliments pour satisfaire son appétit, et cette masse est encore accrue, la plupart du temps, par la gloutonnerie particulière au groupe. Il ne faut donc pas s’étonner de l’énorme développement du ventre. La veinosité s’accuse encore dans la race par la tendance aux flux bilieux; mais ce qui démontre bien la passivité de l’organe hépatique dans sa manifestation, c’est le défaut de réaction générale qui l’accompagne : le nègre rejette des flots de bile par haut et par bas, et ce rejet effectué, il se remet à boire et à manger comme devant : il n’a fait que se décharger d’un trop plein. Quand l’évacuation n’a pas lieu, il y a résorption : de là la fréquence de la teinte ictérique des conjonctives chez le nègre. Cet état de turgescence passive habituelle des glandes qui relèvent du système porte, doit souvent aboutir à l’inflammation, et, de fait, si l’hépatite est signalée moins fréquemment chez les noirs que chez les blancs, dans les statistiques hospitalières, elle n’est point absolument rare chez les premiers, et l’on sait combien sont fréquentes et rebelles les diarrhées et les dyssenteries chez le nègre.
Ces remarques s’appliquent en partie aux Javanais et aux Annamites ; toutefois, si des habitudes alimentaires analogues peuvent contribuer à amener, dans ces races, une certaine atonie digestive, il ne m’a pas semblé que les Javanais et les Annamites présentassent cette veinosité prédominante si remarquable chez le nègre. »
éprouve, de la part de l’air chaud, une stimulation analogue à celle que subissent, sous la même influence, les nerfs cutanés, et dès lors, de même que la peau fonctionne davantage parce qu’elle est plus excitée, de même les mouvements respiratoires s’accélèrent, à l’arrivée de l’Européen dans les climats brûlants, par le fait de l’excitation de la muqueuse pulmonaire, avec réflexe sur l’appareil moteur de la respiration. Cette doctrine n’est pas acceptable, à notre avis ; nous n’avons jamais observé cette accélération du rhytbme respiratoire: nous avons constaté, au contraire, soit l’abaissement du nombre des inspirations, soit l’absence de toute modification dans ce rhytbme.
Quant à ce qui se passe après plusieurs mois de séjour dans la zone torride, l’accord est unanime.
Thévenot, Celle, Saint-Vel, Dutroulau, Gestin, R. Martin, Layet, et avec eux tous nos collègues de la marine, ont constaté que le nombre des inspirations diminue dans ces circonstances. Le Dr Rattray, de la marine anglaise, a eu le mérite de préciser ces faits dont nous parlons, en établissant par ses expériences, que le volume d’air introduit en 24 heures, est diminué sous les tropiques de plus d’un mètre cube (13,096).
Je passe aux modifications chimiques. Ici, l’accord est, de nouveau, unanime. La fonction respiratoire subit, à ce point de vue, un notable affaiblissement qui se caractérise par une absorption moins considérable d’oxygène, et par une exhalation moins grande d’acide carbonique et de vapeur d’eau.
Déjà, les expériences d’Edwards et de Letellier sur les animaux placés dans l’air chaud faisaient pressentir le résultat que l’on devait tôt ou tard constater chez l’homme. Dans ces conditions d’expérimentation, en effet, un litre d’air contenant une moins grande
quantité d’oxygène — l’un des facteurs de l’acide carbonique — qu’un même volume d’air froid, on a constaté la diminution de l’acide carbonique exhalé par les animaux. Le Dr Rattray (1) a poursuivi ces recherches chez l’homme, et d’après cet observateur, la diminution du carbone éliminé en vingt-quatre heures se chiffre par 57gr,20 et celle de la vapeur d’eau exhalée par 6,57 0/0.
A côté des expériences déjà concluantes de Rattray se placent d’autres faits qui prouvent la diminution de l’énergie fonctionnelle de la respiration : c’est d’abord le fait de l’apport moindre du sang aux poumons comme à tous les autres organes de l’économie, sous l’influence de l’anémie coloniale, fait admissible à priori, mais démontré parles pesées de Parkes et de F. Rengal, desquelles il résulte que le poids des poumons des Européens morts dans l’Inde est inférieur à celui des mêmes organes chez les individus de la même race, succombant en Angleterre ; c’est en outre le fait de la déchéance de la respiration au point de vue du nombre des inspirations exécutées en une minute.
3. Fonctions rte la circulation. — Les modifications apportées aux caractères du pouls dans la zone torride sont assez bien établies.
Toutefois, ici encore, les observateurs ne partagent pas la même manière de voir au sujet de ce qui se passe pendant les premiers temps du séjour : quant aux changements qui se rapportent à un séjour prolongé, ils sont établis par une loi au sujet de laquelle
(1) lv fluence du régime , du climat et des longs voyages sur la santé et les maladies des marins. Arch. de méd. nav., 1869, 2e sera. — Du même auteur : Modifications physiologiques produites par les changements de climat. Arch. de Méd. nav., 187.2, 1er sera, et 1874, 1er semestre.
on ne constate aucun désaccord parmi les observateurs. Enregistrons les résultats énoncés dans divers travaux avant de les mettre en discussion.
« La circulation s’accélère (pendant les premiers temps du séjour) ; mais, fait important à noter, les pulsations artérielles offrent le plus souvent de la mollesse. » (Souty) (1).
« Les pulsations de la radiale ont généralement moins de résistance au doigt, mais elles ne sont pas notablement plus fréquentes qu’en Europe. » (Après plus d’un an de séjour) (R. Gestin) (2)7
« Le pouls est plus rare pendant la première année de séjour, mais il acquiert ensuite une plus" grande fréquence en même temps qu’un défaut de résistance au doigt. L’augmentation de la fréquence est d’un septième environ, le pouls passant de 72 pulsations à 84. » (Layet) (3).
« Le pouls diminue de vitesse sous les tropiques (pendant les premiers temps du séjour) et perd plusieurs battements, deux et demi environ. » (Rattray) (4).
« Le pouls augmente de vitesse sous la zone torride (à toutes les époques du séjour) et le chiffre moyen des pulsations s’élève dans la proportion d’un quatorzième. L’élévation du rhythme du pouls s’accroît avec la température de l’air. » (Crevaux) (5).
« Souty, Gestin, Layet et le Dr Rattray paraissent avoir basé leur opinion sur un nombre assez restreint
(1) Souty, Considérations générales sur les maladies des Européens dans les climats chauds. Thèse de Montpellier, 1845.
(2) R. H. Gestin, Influence des climats chauds sur l’Européen. Thèse, Paris, 1857.
(3) Layet, Étude d’hygiène intertropicale. Arch. de méd. navale, 1877.
(4) Rathay, Arch. de Méd. navale, 1872, 1er semestre.
(5) Crevaux, Résumé de 1727 observations sur le pouls.
d’observations. Les expériences de Rattray, en particulier, ont été faites d’après les renseignements fournis par l’auteur, pendant un voyage, de soixante jours seulement, d’Angleterre àBahia avec retour ; elles n’ont été recueillies que sur un seul sujet, à la mer où « le mouvement du navire, le temps, rendent impossible d’expérimenter, jour par jour, dans des conditions identiques, et par suite, empêchent d’obtenir des résultats tout à fait satisfaisants. »
Les observations du Dr J. Crevaux ont, au contraire, été instituées dans des conditions de nombre bien plus rigoureuses. Ce médecin n’en a pas fait moins de 1727 pendant une traversée de France à Montévideo, du 14 janvier au 10 avril 1874. D’après ces recherches, déjà publiées par Fonssagrives (1), le rhythme du pouls s’est accru avec la température, comme on peut le voir parle tableau suivant.