CHAPITRE VIII
SECTION PR EM 1ÈRE
Les Pieds.
Les pieds serve»! de base à la charpente humaine et doivent, par conséquent, présenter les conditions de forme et de solidité qu’exigent leurs fonctions.
Les pieds bien faits doivent offrir une longueur et une largeur médiocres, des orteils bien conformés et gradués; l’espace qui existe inférieurement à la naissance des orteils, doit former une ligne cintrée; le
defaut de ce cintre donne lieu à l'imperfection nommée pied plat.
Selon les règles de l’art, le pied doit avoir une tète de longueur et celte longueur se divise en quatre parties égales : La lre commence au talon et finit à la malléole; la 2,nc de la malléole à la partie moyenne du coude-pied ; la ome de cette partie à la naissance des orteils ; et la hmc se termine à l’extrémité du gros orteil. ( Voyez la figure.)
Les pieds trop courts ou trop longs, trop minces ou trop épais, trop larges ou trop étroits, s’éloignent également du type de la beauté.
Il est fort peu de sujets dont les pieds possèdent strictement les proportions que ,\ nous venons de décrire, le plus grand nom- r bre, au contraire, s’en écarte plus ou moins, il Les innombrables différences que l’on rencontre dans la conformation des pieds dépendent en général :
1° De i/origine ou naissance, — c’està-dire de la condition sociale à laquelle on appartient. Les sujets issus de famille aisée, qui portent, dès le bas âge, des chaussures fines et souvent renouvelées, auront le pied mieux fait que ceux qui sont forcés de faire usage de chaussures lourdes, massives et fabriquées pour durer longtemps.
Les individus marchant beaucoup, les chasseurs, les danseurs et tous ceux ou celles qui exercent beaucoup les membres inférieurs, ont le pied plus fort que les personnes qui vont en voiture ou mènent une vie sédentaire.
G’cstsurtout chez les danseurs de théâtre
que les membres inférieurs sont tout à fait disproportionnés avec le reste du corps. 11 est facile, à première vue, de remarquer que la poitrine et les bras des danseuses d’Opéra sont chétifs, tandis que les jambes et les pieds ont acquis un développement presque monstrueux.
2° De la chaussure. — 11 est incontestable que le pied s’allonge ou s’élargit, selon qu’il est comprimé sur les côtés, ou du talon à la pointe. On conçoit facilement qu’à l’âge oii le pied grandit, si l’enfant conserve une chaussure devenue trop courte et qui s’avachit, la croissance s’effectuera en largeur au lieu de s’effectuer en longueur.
o° De la nature du sol de la contrée. Les montagnards ont ordinairement le pied plus large que l’habitant des plaines.
â° De l’idée de beauté que chaque peuple attache à telle ou telle conformation
des pieds et des procédés qui sont employés pour obtenir cette conformation. Ainsi, les Chinois, qui n’estiment qu’un pied trèscourt, emprisonnent, dès la première enfance, les pieds des filles dans un brodequin de cuir bouilli, de bois ou de métal, afin de s’opposer à leur allongement naturel; il arrive alors que les pieds s’atrophient ou acquièrent en épaisseur ce qu’ils perdent en longueur. — Les Anglaises obtiennent un pied très-long et très-mince également au moyen de la compression exercée, dès le bas âge, par la chaussure. Les créoles péruviennes, pour empêcher le développement du pied, l’entourent de bandelettes trempées dans une eau astringente. — Les Françaises, qui ont une idée plus juste de la beauté de ces organes, méprisent un pied trop long ou trop court, trop large ou trop mince. Les dames du monde obtiennent un pied fin et mignon, mais proportionné, en se servant, dès la jeunesse, de chaussures graduées qu’elles changent aussitôt que le
cas l’exige. 11 faut dire aussi que l’adresse des cordonniers et bottiers français a porté l’art de la chaussure à ce degré de perfection qu’il est difficile de dépasser, et qui sert parfaitement la coquetterie de nos jolies dames.
Physiognomonie. — Les pieds, de même que les mains, offrent des différences notables, selon l’âge, le sexe, la naissance et les professions. L’homme a le pied plus fort que celui de la femme; le montagnard l’a plus large que l’habitant des plaines ; cet organe est aussi plus développé chez l’individu qui marche beaucoup que chez celui qui mène une vie sédentaire. — Le danseur porte la pointe du pied très en dehors ; l’écuyer, au contraire, marche le pied tout à fait droit. — Le campagnard, l’homme de peine, marchent pesamment; le citadin, le petit-maître, s’avancent à pas légers. Enfin, un pied mince, délié, bien fait est le signe d’une origine aisée et d’une éduca-
lion soignée ; des pieds gros, larges, bosselés, mal faits, sont l’indice ou de la podagrie ou d’une basse extraction.
SECTION II
Hygiène générale des pieds.
Les pieds exigent impérieusement des soins de propreté journaliers ; négliger ces soins c’est s’exposer à des incommodités repoussantes et à des affections du derme quelquefois très-douloureuses : les cors, durillons , ongle incarné, etc. 11 est donc urgent de soigner scs pieds de même qu’on soigne ses mains et de les soumettre à une toilette qu’on renouvelle chaque fois que le cas l’exige. La toilette des pieds comprend :
1° Les pédiluves ou bains de pieds;
2° Le brossage et mieux encore le ponçage des parties de l’épiderme durci par le
frottement ou la compression des chaussures ;
o° Le nettoyage des ongles ;
h° L’excision ou le limage des durillons et cors, soit avec l’instrument tranchant, soit avec une lime fabriquée pour cet usage.
Les bains de pieds sont de toute nécessité pour purger la peau de l’enduit fétide que la sueur dépose entre les orteils. Cette toilette n’exige point, chaque fois, un pédiluve prolongé, il subît de se laver les pieds comme on se lave les mains, ou mieux encore avec une éponge qu'on promène sur toute la surface des pieds et particulièrement entre les orteils. 11 est inutile de recommander de ne point se laver les pieds à l’eau froide lorsque ces organes sont en sueur; tout le monde connaît les funestes .conséquences des sueurs arrêtées et rentrées.
Un moyen facile et peu dispendieux de bien se laver les pieds est celui-ci :
Faites bouillir trois litres d’eau dans laquelle vous aurez jeté trois ou quatre poignées de son ; enfoncez-y vos pieds et laissez-les pendant dix minutes bien s’imprégner. Avant de les retirer, frottez-les en tous sens ; puis, plongez-les dans un autre vase, contenant de l’eau tiède aromatisée avec un peu d’eau de lavande, et donnez-leur un dernier lavage.
Les personnes qui tiennent à se nettoyer parfaitement les pieds et leur enlever toute odeur, devront les laver, de même que les mains, avec la pâle callidermique , qui possède les propriétés d’adoucir, de blanchir et de parfumer la peau. Le brossage , ponçage et grattage des pieds, chez certaines personnes, devient nécessaire lorsque l’épiderme du talon et de la plante du pied qui avoisine les orteils, s’est durci; ce qui arrive chez les personnes âgées : sans cette précaution, les durillons, callosités, et même les cors, ne tardent pas à se développer sur ces parties.
Le nettoyage des ongles est aussi recommandé comme soin de propreté et comme pouvant prévenir diverses incommodités.
Nous en parlerons plus loin.
L'excision, le limage de s durillons, Y extraction des cors deviennent d’autant plus urgent que les douleurs qu’ils causent sont plus vives. Nous consacrerons un chapitre spécial à la description des diverses petites opérations au moyen desquelles on parvient toujours à s’en débarrasser.
SECTION III
Sueur ale» fiicdg.
Pendant les chaleurs de l’été, surtout après avoir marché, les pieds sont généralement sujets à une moiteur plus ou moins abondante ; il est même beaucoup de personnes chez qui la sueur des pieds devient une incommodité.
La sueur immodérée des pieds reconnaît
pour causes principales une prédisposition naturelle et la saison. Cette incommodité, beaucoup plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, est accrue par le défaut de propreté des pieds et des bas ou des chaussettes qui ne sont point assez souvent renouvelés. Il arrive aux pieds enfermés dans une botte ce qui arriverait à toute au- j tre partie du corps enveloppée d’un tissu imperméable : la transpiration, ne pouvant s’évaporer et n’étant plus absorbée par des bas qui en sont saturés, se condense et forme autour du pied une atmosphère humide qui maintient la dilatation des pores et donne lieu à une transpiration plus abondante. Si le lendemain et les jours suivants on porte les mêmes bas et chaussures, alors de nouvelles sueurs, s’ajoutant à celles des jours précédents, forment une crasse putrescible qui répand une odeur fétide. Outre les immenses inconvénients de cette odeur, les sueurs immodérées peuvent, par leur âcreté, occasionner une irritation, des
gerçures, des écorchures cl des éruptions érésypélateuses suivies de douleurs trèsvives.
MOYENS DE CORRIGER L’iNCOMMODITÉ DES SUEUR».
Nous établirons en principe que les seuls vrais moyens de remédier, sans inconvénient pour la santé, aux sueurs immodérées, est la propreté , mais une propreté stricte, incessante des pieds et de la chaussure. Cette propreté consiste 1° à avoir des souliers, bottes ou bottines de rechange, de façon à ce qu’on puisse les laisser reposer et aérer pendant un ou plusieurs jours; 2° changer les bas ou chaussettes qu’on porte aussitôt que la sueur les pénètre; 3° se laver les pieds matin et soir, et même dans la journée, s’ils ont de l’odeur. Nous avons déjà dit que le nettoyage des pieds ne nécessitait point toujours un pédiluve prolongé et qu’il suffisait de les laver comme
on lave les mains, c’est-à-dire les nettoyer promptement avec un linge mouillé et les essuyer de même.
Les femmes, pendant la période menstruelle, doivent éviter F immersion prolongée des pieds, soit dans l'eau chaude, soit dans l’eau froide; la première peut occasionner une perte, la seconde une suppression.