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Symptômes et formation <lc l’engelure.
Jusqu’ici aucun pathologiste n’a bien suivi le travail qui s’opère dans le tissu cutané, lors de la formation de l’engelure.
Nos études et nos expériences sur la peau, nous ont enfin permis de saisir la cause mécanique du travail inflammatoire qui donne naissance à l’engelure ; en voici les détails.
Le lacis vasculaire sous-épidermique est composé de deux ordres de vaisseaux, les artériels et les veineux. La fonction des artères est de porter dans les organes et sur toute la surface du corps, le sang artériel qui vient du cœur ; la fonction des veines est de prendre le sang artériel pour le ramener au cœur ; tel est en quelques mots le mécanisme de la circulation sanguine. L’action du froid intense sur la peau a pour résultat invariable de ralentir, de suspendre la circulation capillaire; le sang, par suite de ce ralentissement, se refoule dans les gros vaisseaux, les engorge, tandis que l’enveloppe cutanée se refroidit ; mais aussitôt que l’action du froid cesse, il s’établit une réaction, c’est-à-dire que le sang se précipite avec violence dans les petits
vaisseaux ; alors la partie se réchauffe et la peau devient rouge. Au bout de quelques minutes, lorsque la circulation a repris son cours normal, la rougeur et la chaleur disparaissent et la peau revient à son état naturel. Les mains plongées dans la neige et retirées après quelques secondes donnent un exemple du phénomène de la réaction. Un phénomène semblable se passe au début de l’engelure, avec cette différence que l’équilibre normal ne se rétablit point après la réaction et que la partie reste engorgée. Mais, pourquo'i l’équilibre circulatoire ne se rétablit-il pns? En voici la raison :
Le tissu des artères est très-serré, trèsrésistant ; celui des veines est au contraire mou, facile à déprimer; or, si le froid agit sur les veines en resserrant leur tissu et diminuant leur calibre, on conçoit facilement que les artères apporteront plus de sang que les veines rétrécies ne pourront en reprendre, et que l’équilibre circulatoire sera détruit. C’est exactement ce qui
arrive pendant la formation de l’engelure ; le sang gorge les capillaires artériels, les dilate ; la partie augmente de chaleur, devient rouge et se tuméfie. Lorsque ia partie, ainsi tuméfiée, est soustraite à l’action du froid, la constriction des veines'cesse peu à peu, mais la dilatation des capillaires artériels subsiste encore pendant quelques instants. Jusque-là, point d’atteintes profondes; mais, si les jours suivants la même cause, c’est-à-dire le froid, vient, à diverses reprises, renouveler les mêmes phénomènes, alors l’engelure est déclarée.
L’engelure naissante s’annonce par la chaleur et la rougeur de la peau, accompagnée de démangeaisons ; c’est surtout vers le soir, quand on approche l’engelure du feu, que ces symptômes se manifestent.
Lorsque l’engelure est abandonnée à elle-même, elle suit sa marche inflammatoire; la chaleur et la rougeur augmentent d’intensité ; les démangeaisons , d’abord
supportables, deviennent de plus en plus vives, souvent intolérables et l’on cède au besoin impérieux de se gratter. Les frottemenls sont toujours nuisibles parce qu’ils peuvent déchirer l’engelure et donner lieu à une plaie. Si l’on ne se hâte d’arrêter la marche toujours croissante de l’engelure, ’irritation se propage profondément, la ,a tuméfaction augmente, la peau passe successivement du rouge pourpre au rouge violacé ; puis, la peau prend une teinte marbrée, livide, alors les douleurs deviennent brûlantes, pongitives. Lorsque l’engelure est arrivée à ce point, de petites vésicules remplies d’une sérosité jaunâtre, soulèvent l’épiderme, et forment, en se crevant, autant d’ulcérations à bords irréguliers, violacés, blafards. Ces ulcérations peuvent, si elles sont négligées, faire de rapides progrès, attaquer l’épaisseur du derme, les muscles, les tendons et même les os. On a vu des engelures ulcérées amener la gangrène et causer la mort. Celte courte
description des ravages que peut causer l’engelure négligée, fait ressortir F urgence de la combattre aussitôt qu’elle paraît et d’en opérer la complète guérison.
Traitement «les engelures.
Guérison.
Pour traiter avec succès une maladie, il faut en connaître la cause et le siège ; or, la cause et le siège de l’engelure étant connus, il devient facile d’y porter remède.
Le traitement des engelures se distingue en préservatif et en curatif.
Le traitement préservatif consiste à se préserver des atteintes du froid, dès les premières gelées ; à éviter les transitions brusques d’une température froide à une température trop chaude et vice versa .
Ainsi, lorsqu’on a les mains et les pieds glacés, on ne doit jamais les rapprocher
d’un feu ardent. L’usage des manchons, des gants fourrés, est nuisible aux personnes sujettes aux engelures, parce que les fourrures ont la propriété de conserver
aux mains une chaleur humide et de les
rendre beaucoup plus impressionnables à l’action du froid. Il en est de même pour les chaussures; on aura soin de ne jamais garder une chaussure humide et d’avoir toujours les pieds secs. La chaleur obtenue par l’exercice est toujours préférable à celle du foyer. On évitera les pédiluves et manuluves chauds, parce qu’ils ramollissent, relâchent, affaiblissent la peau et la rendent plus impressionnable au froid. Un moyen préservatif très-efficace, consiste à tonifier, dès les premiers froids, la peau sujette à l’engelure, par les lotions d’eau lroide naturelle ou aiguisée de quelques substances toniques et astringentes, afin de mettre la peau à l’épreuve des rigueurs de l’hiver.
S IV
Traitement curatif.
Ce traitement comprend plusieurs moyens dont les uns sont applicables aux. engelures non-ulcérées et les autres aux engelures ulcérées.
Dans le premier cas, il s’agit simplement de soustraire la peau engelurée à l’action irritante de l’air froid, et de rétablir l’équilibre circulatoire détruit entre les capillaires artériels et yeineux. Diverses formules ont été données pour arriver à ce but; nous pensons que les corps gras et légèrement astringents sont préférables aux autres et les seuls qu’on puisse employer sans danger; parce qu’il est reconnu que l’enduit gras, dont on recouvre la peau, détruit, en partie, l’action de l'air froid et ne répercute jamais l’humeur, dans le cas où la nature chercherait à l’éliminer.
Parmi les nombreuses recettes qui ont été préconisées contre les engelures, on vante les lotions d’eau végéto-minérale, d’alcool camphrée ou d’ammoniaque étendus d’eau; la teinture de myrrhe, l’eau de chaux, la décoction de tan, le vin bouilli avec du sel et de l’alun; les pommades camphrée, belladonnée, saturnée; les fumigations aromatiques de romarin, dejusquiame, etc., etc.
Nous relèverons ici quelques recettes tirées des Annales c V Hygiène et de Médecine :
Baume de Fioraventi. . . . 125 grammes.
Acide sulhydrique 32 gouttes.
Mettez dans le creux de la main la quantité d’une cuillerée à café et frictionnez, matin et soir, la partie affectée d’engelure.
liain «le i>ie«l résolutif contre les SugclurcH.
Écorce de chêne 500 grammes.
Gros vin rouge. ..... 2 litres.
Eau 8 —
Faites bouillir jusqu’à réduction des deux tiers, puis ajoutez :
Alun 30 grammes.
Deux ou trois bains, d’une demi-heure chaque, suffisent pour dissiper les engelures commençantes.
Poudre résolutive contre les Engelures.
Borate de soude 16 grammes.
Sulfate d’alumine 12 —
Farine de tan 10 —
Son de blé 50 —
Poudre d’iri$ de Florence. . 30 —
Pulvérisez finement toutes ces substances et aromatisez avec :
Huile volatile d’écorce d’oranges. . 25 gouttes.
On met un peu de cette poudre dans le creux de la main, on F humecte avec quelques gouttes d’eau de roses, pour en faire une pâte demi-liquide avec laquelle on frictionne exactement la peau des mains ou des pieds, sujette aux engelures. On aura soin de ne point essuyer la partie et d’y laisser sécher la pâte.
Cette pâte assouplit la peau, lui donne de la blancheur et assez de ton pour la prémunir contre les engelures; on peut aussi en faire usage, comme cosmétique, pour se blanchir les mains.
Pomuiade contre les Engelures naissantes.
Chlorite de chaux 4 grammes.
Borax 4 —
Axonge de porc 32 —
Broyez dans «n mortier et faites une pommade. On frictionne, matin et soir, les engelures et, après la friction, on enveloppe la partie d’un linge fin.
Ces diverses recettes peuvent être plus ou moins bonnes, mais un moyen qui nous a toujours réussi et que nous regardons, par conséquent, comme le plus efficace est la pommade spécifique contre les engelures (1). Cette pommade composée de substances onctueuses, astringentes et toniques h la fois, remplit exactement les deux conditions du traitement dont nous avons parlé : 1° Préserver la peau de l’action irritante de Paix et la tonifier ; 2° Détruire la dilatation des capillaires artériels et rendre aux veines, resserrées par le froid, leur calibre ordinaire. Ce spécifique éprouvé sur une foule de personnes de tout âge et des deux sexes, dans des manufactures et
(1) Se trouve chez Finaud, chimiste, 298, rue Saint-Martin, à Paris.
des ateliers, n’a jamais manqué son effet; la guérison s’opère en quelques jours.
SECTION II
Engelures ulcérées.
Le traitement des engelures ulcérées varie selon l’étendue, la profondeur et la constitution du sujet. — La première indication est de garantir la peau ulcérée du contact de l’air et de garder le repos, si c’est aux pieds. On pansera l’ulcération, matin et soir, avec un linge fin et mieux des plumasseaux de charpie enduits d’un cérat dont suit la formule :
l*oni made contre les Engelures ulcérées.
Feuilles de jusquiame. . . \
— de pomme épineuse. /
— de sureau. . . . pe chaque, 1/2 poignée.
— de douce amère. .
Àxonge fraîche .....
500 grammes.
Faites cuire jusqu’à consomption d’humidité et passez à travers une étamine, puis mettez dans des pots où le refroidissement amènera la consistance du cérat.
Avant chaque pansement on pourra faire des lotions sur les parties ulcérées avec l’eau végéto-minérale étendue. S’il arrivait que l’on fût obligé d’appliquer des cataplasmes pour calmer la violence des douleurs, on recommande de les appliquer froids.
Lorsque le fond des ulcérations se montre grisâtre ou fongueux, il devient nécessaire de les toucher avec le beurre d’antimoine ou le nitrate d’argent fondu.
Il est prudent de mettre le sujet au régime, quand les ulcératiens restent stationnaires ou s’élargissent au lieu de diminuer. Le régime consiste à modérer la quantité d’aliments et à s’abstenir de tout mets irritant ou indigeste, de même que de toute boisson excitante.
S’il se présentait des symptômes d’em-
barras gastrique, il conviendrait de mettre le sujet à l'usage d’une infusion de chicorée, pendant quelques jours et de lui administrer ensuite un léger vomitif. Enfin, si les engelures coexistaient avec une maladie interne qui pût en retarder la guérison, il serait urgent de traiter cette maladie en même temps.
De tous les accidents qui peuvent compliquer les engelures ulcérées, il n’en est point de plus à redouter que la gangrène. On reconnaît la gangrène aux signes suivants : — La partie qui était d’un rouge vif, devient blafarde, brune ; la chaleur s’éteint, la sensibilité disparaît ; l’ulcération devient livide, et bientôt se recouvre d’une croûte noirâtre, nommée escharre, qui annonce que tout principe de vie s’est éteint en cet endroit.
Le traitement, dans le cas de gangrène, doit être modifié selon la constitution et l’état du malade. On administre à l’intérieur des potions toniques, on lave la par-
lie gangrenée avec de l’eau chlorurée, puis on la saupoudre avec un mélange de charbon et de quinquina en poudre. On se sert ensuite de cataplasmes pour détacher l’escarrhe et d’onguent styrax pour favoriser la suppuration et raviver la plaie. Mais ces indications sont encores imparfaites ; le plus court et le meilleur parti à prendre lorsque l’engelure ulcérée est menacée de gangrène, est de se confier aux soins éclairés d’un médecin qui, seul, est compétent dans la question qui nous occupe. La gangrène est un ennemi terrible, on ne saurait trop tôt l’arrêter.