‹ Hygiène des ouvriers mineurs dans les exploitations houillèresChapitre 14 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

M. Moyle (1), analysant l'atmosphère de quelques mines du duché de Cornouailles, a trouvé pour 100 parties d'air 17, 067 d'oxygène au lieu de 21 qui est le chiffre normal; 0, 085 au lieu de 0, 005 ; 82, 8 d'azote au lieu de 79, et enfin du gaz dangereux provenant en partie de l'inflammation de la poudre à canon.

On voit par là que l'air respiré par les houilleurs est souvent bien impur.

En effet, la respiration des hommes et des animaux, la combustion des lampes, absorbent une quantité considérable d'oxygène, qui est remplacé dans l'atmosphère par une certaine proportion d'acide carbonique. L'oxygène est encore mis à contribution par la décomposition chimique de plusieurs substances qui se trouvent ordinairement dans les mines.

« Les matières végétales et animales éprouvent, dit » M. Combes, une fermentation putride, dans laquelle » l'oxygène de l'air disparaît, en se combinant avec » quelques-uns des principes élémentaires decessubstan- » ces et dont les produits, qui se répandent dans l'air » ambiant, sont principalement le gaz acide carbonique, » des composés gazeux de carbone et d'hydrogène ; de

(I) Annales de chimie et de physique, 3e série, t. III.

RIEMBM'LT. — HYG. 2

48 HYGIÈNE DU HOTJILLEUR.

» l'azote et de l'ammoniaque pour les matières azotées. » — Ces gaz entraînent encore avec eux d'autres sub- » stances que l'analyse chimique n'a pu isoler, qui ont » habituellement une odeur infecte, et exercent sur les » hommes qui les respirent une action délétère, au plus » haut degré. On les nomme miasmes. » D'autre parties houilles exhalent en plus ou moins grande quantité de l'acide carbonique et des composés gazeux de carbone et d'hydrogène : hydrogène protocarboné et bicarboné et plus rarement de l'hydrogène sulfuré.

Nous parlerons d'abord du grisou. — C'est une question si importante, au point de vue des accidents dans les mines, que je crois devoir entrer dans quelques détails.

Le grisou est un mélange de gaz qui peuvent varier, soit dansleur nature, soit dans leur quantité. Ces gaz sont : l'hydrogène protocarboné et bicarboné, et plus rarement et accidentellement l'oxyde de carbone et l'acide carbonique. Le grisou est incolore, sans odeur, mais il produit sur la membrane muqueuse du nez, une sensation excitante, particulière, qui ne suffirait pas à le faire reconnaître, mais qui peut servir à mettre sur ses gardes un mineur expérimenté.

J'ai vu un ingénieur, aux mines des Ferrières, s'assurer, parce moyen, si l'aérage qu'on pratiquait chaque matin à l'aide d'un ventilateur, était suffisant pour permettre l'entrée des galeries aux ouvriers.

Le grisou est insoluble dans l'eau, ou tout au moins très peu soluble, et les galeries humides n'en sont pas plus à l'abri que celles qui sont sèches. Il est très peu dense, beaucoup plus léger que l'air atmosphérique et occupe,

par conséquent, la partie supérieure des galeries où il ig dégage.

Par lui-même et sans mélange d'air, ce gaz n'est pas combustible. Ainsi, en le recueillant sous l'eau, dans une éprouvette, on peut s'assurer qu'il éteint les corps en ignition et ne s'enflamme pas lui-même; ou plutôt voici ce qui se passe : le corps enflammé qu'on y plonge, est éteint et les couches supérieures du gaz qui sont en contact direct avec l'air, s'enflamment et brûlent lentement au fur et à mesure que le mélange avec l'air s'opère. En effet dès lors que le grisou est mélangé avec une quantité d'air suffisante (on estime approximativement la dose du grisou, comme devant être dans ce cas de 15 pour 100 du volume de l'air), il peut s'enflammer dans toute sa masse et déterminer des explosions; et ces explosions seront d'autant plus violentes, que le volume d'air compris dans le mélange renfermera plus exactement la quantité d'oxygène nécessaire pour la combustion parfaite du grisou.

Si le grisou est en proportion moindre, la propriété explosible du mélange va diminuant, mais elle persiste tant que la dose du grisou reste au-dessus de 5 ou 6 pour 100.

De même, si la proportion du gaz augmente, le mélange devient moins explosible , mais il s'enflamme encore. C'est dans ce cas qu'il se produit des phénomènes aussi curieux que bizarres ; le grisou brûle seulement dans la partie qui se trouve en contact avec l'air. La chaleur développée par la combustion, dilate les gaz environnants, qui se heurtent en tourbillonnant. Il s'ensuit, sur certains points, un mélange qui a les qualités nécessaires pour faire

20 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

explosion. Cette explosion détermine, à son tour, une perturbation dans les gaz environnants et ainsi de suite: en sorte qu'on entend des détonations successives avec les effets les plus variés et les plus singuliers.

Lorsque le grisou est dans la proportion de 20 à 25 pour 100, l'explosion n'a plus lieu. Ce gaz alors est irrespirable et impropre à la combustion.

M. Devaux, ingénieur en chef des mines en Belgique, prétend que, dans les houillères de ce pays, c'est pendant les mois de mars, avril et mai que le grisou fait ses plus grands ravages, à ce point, dit-il, que dans ce quart de l'année, il y a autant de coups de feu que dans les trois autres quarts réunis (1).

J'ai déjà parlé de cette impression irritante que le grisou détermine sur la membrane muqueuse du nez.

Quand il se produit cà travers une couche d'eau, on entend un gargouillement plus ou moins fort, et l'on peut, pour se renseigner d'une manière certaine, l'enflammer à la surface de l'eau et obtenir ainsi une lumière persistante.

Dans les galeries où le grisou se dégage, on perçoit quelquefois un bruit qu'on a heureusement comparé à celui produit par une pluie serrée et fine sur une mare d'eau, et accompagné de petits sifflements aigus.

Mais ce bruit ne s'entend que lorsque le grisou se dé-

(1) Tl est à remarquer que c'est l'époque de lequinoxe, celle par conséquent où la température extérieure est à peu près égale à celle qui règne dans les travaux et que l'aérage se fait d'une manière moins active.

gage en notable quantité et quand la galerie est un peu longue.

Lampe de Davy. — Toutes les fois qu'il y a du grisou dans une houillère ou qu'on peut en soupçonner l'existence, on doit faire usage de la lampe de Davy, dite lampe de sûreté.

Cette lampe ne diffère des lampes ordinaires qu'en ce que sa flamme, au lieu de brûler à l'air libre, est enfermée dans une enveloppe formée par une toile métallique à réseaux très fins.

La merveilleuse propriété dont jouit cet appareil, de pouvoir maintenir un corps en ignition au milieu de gaz détonants sans les enflammer, repose sur ce fait : les gaz, brûlant dans l'intérieur du tamis à une très haute température, sont refroidis par leur contact avec la face intérieure du tamis métallique qui, en raison de sa conductibilité, subit la température plus basse des gaz extérieurs ; il s'ensuit que les gaz contenus à l'intérieur, après avoir traversé le tamis, n'ont plus une température suffisante pour enflammer ceux de l'extérieur.

En d'autres termes, ce treillis laisse passer l'air nécessaire à la combustion et les produits de la combustion, sans qu'un gaz qui s'enflammerait à l'intérieur puisse communiquer la flamme à l'extérieur.

Quand on pénètre, avec la lampe de Davy, dans une atmosphère contenant du grisou, la combustion se ralentit d'abord et la flamme donne moins de clarté; si le grisou est en quantité suffisante, il pénètre bientôt dans l'intérieur du treillis et y brûle sous la forme d'un dard bleuâtre qui s'allonge à l'extrémité de la flamme et grandit

22 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

plus ou moins, suivant la quantité plus ou moins considérable du gaz; elle peut arriver à occuper toute la longueur du treillis qu'elle échauffe et qu'elle rougit. Enfin, si le grisou est en trop torte proportion, la lampe s'éteint.

Lors donc que l'on voudra s'assurer si la galerie dans laquelle on séjourne contient du grisou, on fera pénétrer la lampe de Davy clans la partie supérieure; car, en vertu de sa grande légèreté, par rapport à l'air atmosphérique, il occupe les couches les plus élevées. Mais cette introduction de la lampe de Davy dans un milieu délétère, doit être entourée de précautions. La moindre secousse capable de produire un mélange d'air et de grisou dans les proportions qui le rendent détonant, peut occasionner l'explosion, car la flamme de la lampe s'allonge et rougit bientôt le treillis. Il faut donc procéder avec lenteur et surtout avec sang-froid.

Quelquefois les gaz s'enflamment dans l'intérieur du treillis en produisant une détonation très légère qui peut faire croire tout d'abord que le feu s'est communiqué au grisou, et cependant la main qui tient la lampe ne doit pas lui communiquer de mouvements saccadés, ne doit pas trembler sous peine de provoquer le mélange fatal.

Dès que la lampe de Davy a révélé la présence du danger, on doit prendre les plus grandes précautions, et, bien que l'expérience ait prouvé et prouve encore tous les jours que le treillis suffit à prévenir l'explosion, il faut néanmoins user de prudence, se garer des courants d'air un peu violents. Davy lui-même avait constaté que la flamme peut traverser le treillis, si elle est poussée par un courant d'une vitesse de 1 mètre 50 centimètres par

seconde. Aussi avait-il proposé de munir la lampe d'un écran (1).

L'inflammation du grisou n'a jamais lieu spontanément, elle exige toujours l'intervention d'un corps en ignition.

La lampe de Davy est donc destinée à prévenir les explosions, et doit être seule, à l'exclusion de toutes les autres, employée dans les mines qui recèlent du grisou. Sans doute, et comme les meilleures choses, elle laisse encore à désirer. On lui reproche notamment de donner une faible clarté; pour obvier à cet inconvénient, on a proposé l'usage d'une lentillequi concentrerait les rayons lumineux.

Je voudrais que les ouvriers houilleurs pussent tous se pénétrer de ces notions élémentaires. Je suis convaincu que, comprenant bien le danger qui les menace, ils seraient moins insouciants. Leur imprudence est souvent la cause de tout ce qui leur arrive. Il y en a qui s'ingénient à tromper la surveillance, qui finissent par se procurer des clefs ouvrant le treillis, ou bien ils introduisent, en les cachant, des lampes ordinaires dans les travaux et

(1 ) Quelquefois on a mis à profit la connaissance de ce fait. Il y a environ vingt ans, au puits Saint-Charles à Firming, une explosion formidable eut lieu. Le lendemain, pour s'assurer de l'état de l'atmosphère de la mine, on descendit dans le puits , au bout d'une corde, une lampe de Davy. Cette lampe n'avait point été éteinte ; il y avait lieu de supposer que le grisou n'existait plus, du moins, en proportion considérable. Cependant on eut l'idée, dans le but de s'entourer de toutes les précautions possibles, de jeter 'dans le nuits une botte de foin. Cette masse volumineuse en passant à côté de la lampe détermina un courant qui chassa la flamme à travers le treillis et enflamma le grisou.

1!\ HYGIÈNE DU H0U1LLÉUR.

les allument quand ils sont à l'abri des regards, et ils font encore mille antres imprudences. A ce propos, je veux rapporter ici quelques lignes de M. Nisard, dont la plume brillante sait donner un intérêt particulier à tous les sujets qu'elle aborde.

« Nous nous enfonçâmes dans la nouvelle galerie : une » forte odeur de gaz et une grande chaleur nous prirent à la gorge. Quoique plein de foi dans la lampe de Davy, je n'étais pas sans un certain trouble en pensant que c'était ce que nous sentions qui donne la mort et qui fait éclater la terre à des profondeurs immenses, sans que sa surface en soit avertie. Là où le gaz abonde, il vient pétiller contre le réseau bleu de la petite lampe, et fait entendre comme un claquement d'étincelles électriques, c'est là tout. Cette force destructive expire contre ce petit treillage; la flamme s'agite dans sa prison ou, si la masse de gaz est trop forte, elle s'éteint. Si , par quelque accident, la lumière venait à sortir du treillis, tout cet air méphitique s'enflammerait et bouleverserait tout : hommes et travaux. On a pourtant entendu parler d'explosion dans les houillères où l'on ne travaillait qu'avec des lampes de Davy. C'est, que l'illustre savant n'a pas pourvu à l'imprudence des hommes, qui est toujours le premier danger et le plus difficile à prévenir. Les malheureux avaient soulevé le petit grillage pour allumer leur pipe à la lampe; de là d'épouvantables malheurs. Ils le savent, ils ont vu mourir leurs frères et leurs amis, d'imprudence. Eh bien ! l'ouvrier a si peu de résistance contre ses habitudes, et, sans doute, un besoin si vif de distraction, qu'il lui arrive souvent

» de s'exposer à la mort la plus affreuse pour un misé— » rable plaisir il'im moment. Dans certaines exploitations, » il a fallu cadenasser les lampes pour les mettre dans » l'impossibilité de les ouvrir. Ils en murmurent comme » d'une tyrannie, parce qu'ils sont fatalistes la plupart et » pensent, ceux-ci que le hasard, ceux-là que saint Léo- » nard disposent de leur vie, et ils ont plus de foi en leur » étoile ou à leur saint qu'à la lampe de Davy. »

L'explosion du grisou ne menace pas seulement la vie de ceux qui travaillent dans le voisinage immédiat des lieux où elle se fait; elle brûle, brise ce qui se trouve même dans un rayon assez éloigné. Ce n'est pas tout, elle a pour effet d'absorber l'oxygène de l'air, de charger l'atmosphère de vapeur d'eau et d'acide carbonique et de la rendre irrespirable. De là les asphyxies si nombreuses après un coup de grisou. Citons un exemple (1).

« Une terrible catastrophe vient de jeter Jemmapes dans la consternation. Hier, vers huit heures du matin, un coup de feu grisou a éclaté dans les travaux du puits Sainte-Henriette, de la Société des produits à Jemmapes. Deux cent cinquante ouvriers travaillaient en ce moment dans la fosse. Aussitôt le service de sauvetage fut organisé, et l'on retira du puits neuf morts et douze ouvriers brûlés.

» Chose singulière! les neuf ouvriers qui sont morts n'ont pas été atteints par le grisou. Au bruit de l'explosion, ces ouvriers, qui travaillaient à quelque distance de l'endroit où le feu avait éclaté, avaient abandonné leurs

(1) Rapporté par la Gazette de Mons et reproduit dans le Mémorial de la Loire du 4 octobre 1860.

travaux et s'étaient précipités , pour remonter au jour, dans le puits aux échelles. Là, les gaz délétères qu'avait dégagés l'explosion, les atteignirent par un retour brusque dans leur direction, et produisirent l'asphyxie des malheureux ouvriers.

» Les douze autres victimes, non dangereusement brûlées d'ailleurs, sont celles qui furent atteintes directement par le feu et qui se trouvaient dans l'endroit où il avait pris naissance. »

Voilà un accident récent qui confirme pleinement ce que je viens d'avancer. Les faits analogues ne sont malheureusement pas rares, et je ne serais embarrassé que pour choisir s'il m'en fallait citer d'autres.

L'imprudence d'un seul homme peut causer la mort de tous ses compagnons. Certes, si les ouvriers étaient bien pénétrés de ces vérités, ils ne feraient point difficulté d'écouter les recommandations si raisonnables qui leur sont faites. Et même ils comprendraient qu'il est de leur devoir de veiller à ce que, parmi eux, aucun ne cherche à s'y soustraire.

La lampe de Davy permet de travailler dans les galeries où il existe du grisou, mais il ne faut pas qu'il y existe en trop forte proportion ; j'ai dit qu'alors il serait irrespirable et éteindrait la lampe. Il faut donc chercher à s'en débarrasser au moins en partie.

Il a été question de moyens chimiques pour détruire les gaz délétères des houillères, mais, à l'épreuve, ces moyens ont été reconnus insuffisants ou inapplicables. L'aérage seul jouit d'une efficacité incontestable.

Introduire constamment dans les travaux une quantité

suffisante d'air pur; forcer cet air à pénétrer dans les divers chantiers, à les parcourir et à purifier ainsi tous les lieux de passage ou de travail : tel est le but qu'il faut atteindre.

L'aérage se fait, soit spontanément quand les travaux communiquent au jour par plusieurs ouvertures placées à des niveaux différents, soit artificiellement par des foyers d'appel ou des ventilateurs. Quoi qu'il en soit, l'air doit pénétrer partout, surtout dans les galeries en remonte et dans les parties élevées, réservoirs habituels du grisou et des gaz délétères.

Dans les houillères très étendues, il arrive souvent que des espaces considérables ne renferment aucun chantier de travail. Or, pour ne pas distraire inutilement une certaine quantité d'air de la consommation des ouvriers, on évite d'établir, sur ces points, une circulation qui n'aurait d'autres résultats que de rendre l'aérage général moins parfait; mais aussi ces lieux deviennent très insalubres; il y règne une atmosphère chargée des gaz les plus délétères. Il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour rendre l'accès de ces lieux impossible aux ouvriers.

Malgré les ordres et les recommandations les plus énergiques, ils y pénètrent, soit pour déposer des ordures, soit simplement pour faire une chose défendue. Car il y a toujours des imprudents, réfractaires à toute discipline, qui sacrifient au petit plaisir de frauder une consigne leur propre salut et celui de leurs camarades.

J'insiste là-dessus. L'entrée imprudente dans les travaux abandonnés est une des causes fréquentes de l'inflammation du grisou et des accidents les plus terribles.

28 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

Quand ces lieux ne contiennent pas de grisou, niais d'autres gaz dont je parlerai plus loin, le danger n'existe que pour ceux qui y pénètrent. En effet l'asphyxie, incomplète d'abord, paralyse leurs forces et empêche leur retraite; comme ils sont seuls et qu'on ignore le danger qui les menace, on les y laisse sans secours et ils périssent. 11 faudra donc rendre tout à fait impossible l'accès de ces galeries et multiplier les précautions, pour qu'on ne puisse en aucun cas y pénétrer.

Il y a une trentaine d'années, avant que les moyens de ventilation eussent atteint le degré de perfection qu'ils possèdent aujourd'hui, il y avait dans les houillères à grisou, un homme spécialement chargé de mettre le feu au gaz , et d'en provoquer l'explosion à desheures déterminées, pour éviter une accumulation trop grande et prévenir les dangers qui en résultent : on l'appelait le canonnier. 11 était vêtu d'un costume complet en cuir et tenait une longue perche au bout de laquelle il attachait un corps en ignition destiné à pénétrer dans la partie supérieure de la galerie où le gaz était accumulé, tandis qu'il était lui, couché à plat ventre. Cette pratique est justement abandonnée aujourd'hui. Un oubli, une négligence, une accumulation plus grande de gaz, pouvait déterminer des accidents terribles et souvent le canonnier est mort à son poste.

Quelquefois, lorsque le gaz se dégage lentement, pour empêcher son accumulation et sa conversion en mélange détonant, on suspend, de distance en distance, des lampes ordinaires, à la voûte des galeries; de cette façon les gaz se brûlent au fur et à mesure de leur dégagement ;

mais il faut que ce dégagement soit peu abondant ; d'ailleurs la combustion qui s'opère dans ces cas, absorbe une grande quantité d'oxygène et développe une chaleur intense; souvent l'air devient irrespirable, les lampes s'éteignent; heureux quand les ouvriers en sont quittes pour abandonner leurs chantiers à tâtons, et sans autre accident!

Gela m'amène à parler des lampes dites éternelles. Dans un coin quelconque de la couche, le plus souvent dans une fissure, il se fait quelquefois un dégagement de gaz continuel et assez abondant pour brûler indéfiniment quand on y a mis le feu une fois.

Ces moyens de détruire le grisou offrent de très grands inconvénients et doivent fairecraindre d'affreux accidents.

Du reste, je n'en parle que pour mémoire, ils ne sont plus employés aujourd'hui.

J'en dirai autant de l'horloge de William Wood, qui, à une heure fixée déterminait le contact d'une allumette soufrée avec de l'acide sulfurique concentré el provoquait ainsi l'explosion du grisou.

Heureusement l'art des mines a fait des progrès qui dispensent aujourd'hui de recourir à ces procédés souvent fort ingénieux, mais non dépourvus de danger.

Je termine ce chapitre parla relation d'un accident que j'emprunte aux notes d'un ingénieur fort expérimenté, en la résumant et en l'adaptant à la forme et à la nature de cette étude.

En 1835, la mine de Méons, près Saint-Etienne, était déjà infestée de grisou. Pour s'en débarrasser on l'enflammait avant l'entrée des ouvriers dans les travaux, et afin de n'en pas laisser

accumuler une trop grande quantité, on recommençait cette opération plusieurs t'ois dans la journée.

Le 30 octobre, sur un point déterminé le gaz semblait beaucoup plus abondant que de coutume. Les détonations qui avaient été provoquées dans la journée, au lieu d'être successivement plus faibles, devenaient au contraire de plus en plus violentes.

L'ingénieur, instruit de ce l'ait, décida qu'au milieu de la nuit on brûlerait encore le grisou, dans le but d'éviter pour le lendemain matin une accumulation trop grande.

Le maître mineur Gouilloux voulut lui-même se charger de ce soin.

Vers onze heures du soir, accompagné d'un homme, il entra dans la mine; il y avait, en outre, deux palefreniers et quatre boiseurs qui devaient y passer la nuit.

Tout à coup, au milieu du silence de la nuit, une effroyable détonation retentit et réveille en sursaut tout le voisinage.

En un moment tout le monde est sur pied; l'ingénieur est déjà près du puits Saint-Claude d'où le bruit semble être parti; il croit que la machine à vapeur a éclaté. 11 constate bientôt que cette machine est en repos, mais que toutes les constructions qui l'entourent sont renversées ; que la maçonnerie de revêtement du puits, faite en grosses pierres de taille, est bouleversée , que les bennes, les cordes, les poulies ont été emportées au loin, entraînant avec elles la charpente qui les supportait.

C'est un coup de grisou qui a causé tous ces dégâts.

Aussitôt l'ingénieur fait allumer des lampes, et, suivi de quelques mineurs accourus au bruit, pénètre dans les travaux par une descenderie ouverte sur les affleurements ; on se dirige vers le puits Saint-Claude en passant par le puits Mars, qui est situé à mi-chemin. On arrive sans difficulté au puits Mars; les 600 ou 500 mètres de galeries qui ont été parcourus, n'ont rien éprouvé de la commotion qui a eu lieu dans l'étage inférieur, et l'aérage a continué à se faire comme à l'ordinaire. Mais, à partir de là, la scène change : la galerie qui établissait la communi-

cation de ce puits avec le puits Saint-Claude, était remplie d'une fumée épaisse venant des travaux intérieurs.

Il semblait impossible de 's'avancer à travers une atmosphère pareille , cependant ces malheureux qui étaient dans les travaux au moment de l'explosion attendent peut-être des secours ! On se compte, on est douze ; et l'ingénieur en tête, on avance. Il se trouve que les lampes brûlent assez bien et qu'on respire assez facilement ; on laisse deux hommes au courant d'air pur pour garder du feu ; les dix autres marchent échelonnés à une petite distance les uns des autres; après un trajet de 100 mètres environ, on trouve une écurie, elle contenait six chevaux, tous morts asphyxiés.

L'ingénieur, jugeant d'après cela que le danger est imminent, donne l'ordre, nettement formulé, de rebrousser chemin, et l'on revient près des deux hommes qu'on avait laissés à l'entrée de la galerie. On se compte de nouveau, il en manque un, Richard dit Grosmami ; on l'appelle, pas de réponse. Immédiatement, six de ses camarades des moins fatigués partent à la voix de l'ingénieur, qui les exhorte de l'exemple et de la voix. Cependant des ordres sont expédiés pour demander du renfort; il faut sonner l'alarme; envoyer prévenir les ingénieurs des mines voisines ; arrêter les ouvriers qui passent près de la mine.

Bientôt il en arrive un certain nombre. On peut organiser des postes de six hommes, qui se remplaceront successivement et devront aller à la recherche de Richard et des autres.

Les six hommes qui étaient partis les premiers revinrent sans avoir rien trouvé, quoiqu'ils eussent dépassé l'écurie ; ils étaient -très fatigués et rapportaient à grand'peine deux des leurs asphyxiés. On les expédia à l'ambulance, qui était déjà organisée dans un endroit de la mine où l'air était bon.

Le danger paraissait augmenter à chaque moment. La fumée de la galerie dont il est question, devenait plus malfaisante, et on était obligé de remplacer plus souvent les hommes envoyés à la recherche de Richard.

32 HYGIÈNE DU IIOUILLEUR.

Chaque poste rapportait des asphyxiés.

Il y avait déjà quatorze ouvriers à l'ambulance, et non-seulement on n'avait pas réussi à porter de secours aux victimes de l'explosion, mais on avait encore perdu Richard.

» La fatigue, le peu de succès obtenu, le nombre des asphyxiés qui va croissant d'une manière effrayante, abat un moment le courage de ces braves gens. Heureusement surviennent quelques ouvriers tout frais ; on en forme un poste qui pousse une reconnaissance plus loin, etenfin on trouve Richard à 150 mètres du point où il s'était séparé de ses camarades. Le malheureux s'était trompé de chemin, et avait pris une direction opposée à celle qui devait le ramener à l'air pur. Il était mort.

Mais au retour de cette expédition, le nommé Barican ne répond pas à l'appel . Le premier en tête de la colonne et mal éclairé par sa lampe, il avait dépassé le lieu où gisait le corps de Richard, sans le voir; puis, au signal de ses camarades qui le rappelaient, il s'était retourné et était tombé asphyxié. On discutaitsur son compte, lorsque deux boiseurs, .Jean Giroyet François Chauvet, travaillant pendant l'explosion à 800 mètres de là, revenant par cette même galerie, sur un chariot de chemin de fer, le trouvèrent et le ramenèrent.

Ces deux ouvriers ne [savaient rien de ce qui était arrivé. Ils avaient entendu une forte détonation, qui avait même éteint une de leurs lampes. Mais, habitués à ces sortes d'accidents, ils n'y avaient pas pris garde, et ce n'est que lorsqu'ils avaient commencé à sentir les premières atteintes de l'asphyxie qu'ils s'étaient décidés à quitter leur chantier. Ne pouvant fuir par le puits Saint-Claude, à cause de la fumée, ils avaient cherché une issue du côté du puits Mars, par la voie du roulage; ils y trouvèrent aussi de la fumée, mais en moins grande abondance ; d'ailleurs ils commençaient à se rendre compte du danger qui les menaçait, et, voyant un chariot à leur portée, ils se placèrent résolument dessus et se laissèrent aller à la pente du chemin. Leur chariot fut arrêté en route par le corps de Barican, qu'ils chargèrent et amenèrent avec eux.

En arrivant, ils tombèrent asphyxiés; on désespéra longtemps de leur salut. Cependant Barican et Chauvet purent être rappelés à la vie. Quant à Giron, âge de soixante-quatre ans, qui venait, par son sang-froid et sa détermination, d'arracher son camarade Chauvet à une mort menaçante et de sauver Barican en le recueillant sur son chariot, il expira, emportant les regrets de ses camarades et de ses chefs, comme un soldat au champ d'honneur.

Chauvet, ayant repris connaissance, donna des renseignements sur le nombre exact des ouvriers qui étaient descendus dans le puits Saint-Claude. Ils étaient quatre : Gouilloux, le chef mineur, Ma tricon, Montuclas, Dubouchet.

On n'avait pas entendu parler du palefrenier Ray, de l'écurie du puits Mars, où l'on avait trouvé les six chevaux morts.

Un retourna à cette écurie, et, après de minutieuses recherches, on le trouva couché dans la crèche et semblant dormir. Il était mort.

Il était alors dix heures du matin.

Malgré le courage , le dévouement et les nobles efforts des ouvriers, on n'avait pu porter encore aucun secours aux hommes qu'on supposait, avec trop de raison, victimes de l'explosion; toutes les tentatives faites pour pénétrer jusqu'à eux avaient été inutiles et avaient coûté déjà bien cher. — L'ambulance située à l'entrée de la mine était pleine d'asphyxiés et recelait deux cadavres.

Près de cette ambulance, s'était rassemblée une foule inquiète, composée des femmes et des enfants des ouvriers restés dans la mine. Les uns pleuraient en poussant des cris déchirants; les autres voulaient empêcher leurs maris, leurs pères, leurs frères, de descendre dans ce gouffre horrible qui gardait les vivants sans rendre les morts.

On remarquait surtout une jeune femme portant un enfant sur son sein, accroupie dans un coin de la baraque. Son air modeste et timide, son beau visage sillonné de grosses larmes et empreint d'une douleur profonde faisaient sur tout le monde une

R1EMBAUI.T. — HYG. 3

Zh HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

vive impression. Elle ne proférait aucune plainte, le plus souvent, elle avait les yeux fixés à terre et semblait prier. C'était Marie Gouilloux, la femme du maître mineur 1

On lui expliquait les tentatives qu'on avait faites et qu'on allait faire encore pour retrouver son mari. Elle voyait tous ces hommes sans mouvements qu'on apportait à chaque instant; elle voyait les cadavres de ceux qui étaient morts victimes de leur dévouement ; elle voyait les préparatifs qu'on faisait pour de nouvelles recherches. Elle s'en montrait reconnaissante. Mais la pauvre femme s'imaginait que son amour serait un meilleur guide que l'expérience de ces braves ouvriers qui s'exposaient si noblement, mais en vain.

Elle suppliait qu'on la laissât partir. Elle était jeune et forte, disait-elle, et le courage ne lui faillirait pas.

Mort ou vivant, elle voulait revoir son mari.

Cette expression de sa douleur et de sa résolution, était si simple, si vraie, qu'elle tirait des larmes à tous les assistants. On dut opposer un obstacle insurmontable à son projet. On lui dit qu'il n'était permis à aucune femme d'entrer dans la mine.

Elle se résigna à attendre et à prier. On lui faisait espérer que son mari aurait peut-être trouvé un abri, où il était en sûreté et qu'on parviendrait à le sauver. Elle acceptait avec douceur ces consolations, sans y croire.

L'aspect d'un chagrin si profond et si vrai inspirait le respect et le dévouement.

A côté d'elle et comme pour faire contraste , on voyait la femme Richard, espèce de virago, sur la face de laquelle, avec les rides de l'âge on trouvait l'empreinte du vice. Elle poussait des hurlements affreux, agitait ses bras herculéens, et faisait toutes sortes de contorsions. Sa douleur bruyante était peu naturelle, quoiqu'elle fût probablement très vraie ; mais sa laide figure, son regard fauve qu'elle tâchait d'adoucir avec des larmes et qu'elle rendait , sans le vouloir , hypocrite, faisaient paraître exagérée et presque ridicule la manifestation de son chagrin.

La Couzon (c'est ainsi qu'on la nommait du nom de son

premier mari, mort également dans les mines environ un an auparavant) était loin d'inspirer le même intérêt que Marie Gouilloux dont tout le monde respectait et partageait la douleur.

Beaucoup d'autres femmes avec des entants se tenaient autour de la baraque et pénétraient dans l'ambulance pour soigner les malades. Les familles Montuclas et Matricon y étaient venues aussi; tout le monde attendait dans l'anxiété et cherchait à savoir ce qu'il y avait à craindre ou à espérer après un tel accident.

A ce moment, les ingénieurs des mines voisines arrivèrent avec leurs ouvriers. Ce renfort venait à propos; tous les hommes qui depuis huit ou dix heures étaient plongés dans une atmosphère méphitique étaient épuisés. Cependant le courant de fumée commençait à diminuer.

On connaissait par le rapport de Chauvet le chemin qu'il fallait prendre pour l'éviter et pénétrer dans les travaux du puits Saint-Claude.

Comme on avait alors beaucoup de monde, on organise un poste nombreux à la tète duquel se met l'ingénieur; on doit arriver cette fois jusque dans les travaux qui recèlent Gouilloux et ses compagnons. On s'arme de lampes de Davy. On part.

On pénètre en effet dans les travaux de Saint-Claude et on est effrayé des effets de la détonation. Les galeries étaient partout encombrées de boisages renversés, de charbon éboulé qui formait des monticules très élevés. Ces monticules étaient très difficiles à franchir, parce qu'il fallait pour cela pénétrer dans les excavations formées dans le toit et remplies de grisou. Les lampes n'éclairaient pas, soment elles s'éteignaient, et l'on ne pouvait les rallumer; il fallait alors retourner près du puits, mais sans "feu et au milieu des décombres, pour chercher de la lumière. Le danger était partout. On entendait à tous moments se détacher et tomber des blocs de charbon qui avaient été ébranlés par l'explosion et qui n'étaient plus retenus par les boisages. Il était bien à craindre que cette entreprise n'occasionnât de plus grands malheurs que ceux qu'on avait déjà à déplorer. Un moment, en

36 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.

présence de tant et si grandes difficultés, le découragement s'empara de la colonne.

On fit descendre des hommes frais et on doubla le nombre de ceux qui faisaient partie de l'expédition, de telle sorte qu'on put de distance en distance laisser deux ou trois ouvriers, dans les points les moins dangereux et établir ainsi une chaîne non interrompue qui maintenait une communication entre la tête de la colonne et le bon air. Il se trouva que l'air de cette galerie n'était pas aussi mauvais qu'on le redoutait. On pouvait y séjourner sans grande fatigue. Après trois heures d'un travail aussi fatigant que périlleux, on put pousser une reconnaissance jusqu'au puits Saint-Claude.

Là on retrouva Montuclas, qui, emporté par le courant d'air et horriblement brûlé, s'était réfugié au fond d'une galerie dont il n'osait sortir, à cause des éboulements qui se faisaient tout autour de lui. D'ailleurs, ces éboulements lui fermaient la retraite; puis, il n'avait pas de lumière ; enfin il était horriblement brûlé aux yeux, à la figure et aux bras. N'entendant depuis quinze heures aucun bruit humain, se rendant compte des désordres affreux des travaux qu'il pensait inaccessible?, il se croyait condamné à mourir là où il était. Il se consolait, disait-il, en pensant que sa femme et ses enfants seraient pensionnés par la caisse de secours.

Au premier cri poussé par le chef de la colonne, il répondit ; on le tira du réduit où il s'était retiré et on le fit conduire à l'ambulance.

La pauvre Marie Gouilloux tressaillit en voyant un compagnon de son mari ramené vivant à l'ambulance ; mais cet éclair d'espoir fut de courte durée; elle était assaillie de noirs pressentiments.

Cependant la colonne avançait. Bientôt elle trouva Matricon qui était presque enseveli sous des décombres.

Dans cette partie de la mine l'aérage s'était rétabli très promptement après l'explosion, et Matricon avait pu comme Montuclas, y demeurer sans être asphyxié.

Il n'avait de blessures qu'aux mains dont il s'était couvert la figure, mais elles étaient profondes; les doigts étaient décharnés et la peau des mains était relevée en bourrelets sur les bras.

Matricon donna des détails sur l'accident.

« Gouilloux venait de m'installer dans un chantier, dit-il, et poursuivait sa visite dans la mine, du côté de l'ouest; à peine quelques minutes se sont écoulées, qu'il s'élève tout à coup autour de moi un tourbillon qui m'emporte; je vois tout en feu. Après avoir roulé au milieu des pierres, pendant je ne sais combien de temps, je me retrouve, sans savoir comment, dans l'écurie et pris par les jambes sous un cheval renversé et se débattant comme moi au milieu du feu. Je reste quelque temps dans cette position, tâchant de me garantir les yeux avec mes mains. C'est ainsi que j'ai vu passer l'orage. Le feu remplissait toute la mine et mt passait sur le corps comme une rivière de flammes; il me brûlait les mains que je n'osais enlever de ma figure, et je le voyais à travers mes doigts que je tenais fortement serrés contre mes yeux. Je ne respirais plus, je me croyais mort. Tout d'un coup, je fus dégagé je ne sais comment; l'orage avait passé; je pus me lever et marcher. J'étais si ému que je ne sentais aucun mal, mais je m'aperçus bientôt que je ne pouvais me servir de mes mains.

» Je tâchais de m'orienter'et je cherchais à fuir; mais de tous côtés les éboulements m'arrêtaient. Après en avoir franchi plusieurs, je m'étais arrêté ici épuisé de douleur, de fatigue et de désespoir, car je ne croyais pas que les travaux fussent accessibles, et je pensais être seul vivant dans la mine.

» Je savais bien, mes braves camarades, que vous feriez tous vos efforts pour me porter secours, et maintenant que je suis sauvé, je vous remercie vous et le bon Dieu qui vous envoie ! »

Matricon fut envoyé à l'ambulance, et la colonne se dirigea vers le lieu où, selon ses indications, devait être Gouilloux.

Effectivement , on ne tarda pas à trouver deux cadavres complètement défigurés et carbonisés ; ils étaient recouverts d'une couche de poussière de charbon épaisse, à certains endroits,

38 HYGIÈNE DU H0U1LLEUR.

de 5 à 6 centimètres; ils étaient séparés l'un de l'autre par une distance de plus de 50 mètres et semblaient avoir été tous deux le jouet de l'ouragan, car leurs lampes, leurs chapeaux étaient tort éloignés d'eux.

On pénétra dans l'écurie où tous les chevaux avaient péri ; on éteignit la paille et le foin qui brûlaient lentement.

Enfin, à sept heures du soir, l'expédition était terminée. On avait constaté dans la mine des désordres affreux. Pour donner une idée de la force de l'ouragan, qu'on s'imagine que les bennes à puiser l'eau, qui étaient immobiles et suspendues dans le puits, furent remontées au jour et projetées dans le champ voisin, à une distance de plus de 100 mètres avec les câbles auxquels elles étaient liées.

L'événement du 30 octobre 1835 inspira une profonde terreur aux mineurs du pays. On n'entra plus dans les travaux du puits Saint-Claude qu'avec des lampes de Davy; et comme si, devant des accidents aussi formidables et aussi extraordinaires, les moyens humains eussent semblé de peu de valeur, on invoqua la protection divine; on établit dans la galerie de communication une chapelle où l'on plaça l'image de sainte Barbe, patronne des mineurs, avec des cierges constamment allumés.

Avec le temps les désordres furent en partie réparés. Montuclas recouvra la vue, Matricon l'usage d'une main ; mais la mort laissa des pertes irrémédiables.

Marie Gouilloux succomba sous le poids de sa douleur. Elle devint folle; sa folie était douce comme elle. On la voyait errer dans les villages, demandant au passant le chemin d'un pays inconnu et lointain où elle devait retrouver le père de ses enfants! Elle voulait partir au plus tôt ; elle avait hâte de le rejoindre.

Trois mois après, en effet, cette pauvre femme, pleine de jeunesse, d'amour et de beauté, le rejoignit dans la tombe !

Page 1