CHAPITRE VII
La respiration est une des fonctions les plus immédiatement indispensables à la vie. Des muscles puissants et spéciaux, par leur jeu alternatif, dilatent (inspiration) et rétrécissent (expiration) la poitrine de seize à vingt fois par minute, pour faire entrer et sortir de l'air atmosphérique.
Cet air est composé approximativement pour 100 parties, d'azote 79, d'oxygène 21 , et d'autres gaz en minime proportion. A chaque inspiration, un demi-litre d'air à peu près pénètre dans les poumons-, là il se fait un échange de gaz tel, que quatre parties d'oxygène ont été remplacées par de l'acide carbonique et d'autres gaz. Voilà, en deux mots, l'histoire de la respiration.
Tout ce qui est de nature à entraver l'une quelconque des conditions nécessaires à cette importante fonction, est une cause d'asphyxie; aussi l'asphyxie doit-elle être définie la suspension des phénomènes de la respiration, survenant primitivement, pouvant entraîner celle des autres fonctions, et, par suite, la mort.
Or, toutes les fois que l'air atmosphérique ne pourra plus arriver au poumon, soit parce que les muscles inspirateurs, fortement comprimés, ne peuvent pas se contracter, soit parce qu'il existe un obstacle qui intercepte la trachée, il y aura asphyxie. Quand les hommes ou les
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animaux seront plongés dans une atmosphère totalement dépourvue ou incomplètement pourvue d'air, il y aura asphyxie. Enfin, quand l'air respiré est mélangé avec des gaz délétères, l'asphyxie a lieu encore: mais elle se complique alors de phénomènes d'intoxication , d'empoisonnement qui ont des caractères spéciaux.
§ 1. Phénomènes généraux «ïes asphyxiés.
Le premier phénomène qu'on observe chez les individus soumis aux causes que nous venons d'énuinérer, c'est une gêne de la respiration. Des bourdonnements d'oreilles, des éblouissements , un affaiblissement des sens, des organes locomoteurs et de l'intelligence surviennent, en môme temps que la respiration s'embarrasse. L'asphyxié perd toute relation avec le monde extérieur, et la respiration se suspend complètement; c'est alors que la peau de la face s'injecte d'une teinte rouge violet. Nous verrons, dans l'histoire de chaque asphyxie en particulier, quels sont ceux de ces symptômes qui prédominent, selon les causes productrices.
Traitement. ■— J'aurai soin, après l'histoire de chaque asphyxie, de donner des conseils relatifs aux premiers secours à donner; je sais que de cetle façon je m'expose à des répétitions : c'est un inconvénient sans doute, mais qui semble largement compensé par la clarté plus grande qui doit en résulter. Ici je compte parler assez au long de certains moyens que plus tard je ne ferai qu'indiquer :
1° On commencera par soustraire l'individu à la cause qui a déterminé l'asphyxie.
2° Il faut chercher à rétablir la respiration et la circulation; pour arriver à ce résultat, le moyen le plus Simple consiste à faire sur l'abdomen et le thorax des pressions modérées, auxquelles on fait succéder un temps de relâchement. En agissant ainsi, on provoque, d'une part, l'expulsion de l'air vicié des poumons; d'autre part, la poitrine, qui, sous l'influence de ces pressions, avait diminué de capacité, lorsqu'elles cessent, reprend, en vertu de son élasticité, la position primitive ; il se forme par ce mécanisme un vide que remplit l'air ambiant. J'ai coutume décomprimer, à l'aide des doigts, les muscles situés entre les côtes, en même temps que je pratique les pressions dont je viens de parler, et qui sont destinées à mettre en jeu l'élasticité des côtes. Il m'a semblé qu'au moyen de ce massage, on réveille la contractilité de muscles qui jouent un rôle important dans l'acte de la respiration. On a proposé, pour rétablir la respiration, l'électricité , l'électro-puncture , et d'autres procédés qui demandent des appareils plus ou moins compliqués. Certes tous ces moyens sont bons (et j'aurai occasion d'en parler dans la suite), mais il est rare qu'on puisse se les procurer au moment de l'accident.
Il est donc utile d'apprendre à s'en passer et à les remplacer par d'autres quand ils font défaut.
La chose importante qu'il est bon de se graver dans l'esprit, et que je me propose de répéter souvent dans le courant de ce chapitre, c'est que les soins que l'on donne aux asphyxiés doivent être prolongés pendant longtemps, alors même qu'ils sembleraient inutiles. Souvent des personnes qu'on croyait mortes ont pu être rappelées à la
vie. Les faits de ce genre ue sont pas rares aujourd'hui.
3° Insufflation. — Quand on n'a pu réussir, parles procédés que je viens d'énumérer, à ranimer les fonctions respiratoires, on doit avoir recours à l'insufflation pulmonaire. Sans entrer dans une discussion approfondie sur ce sujet, je dirai, d'une manière générale, qu'il résulte des recherches et des controverses auxquelles cette question a donné lieu, que l'insufflation ne présente pas les dangers qu'on lui a reprochés, et que, d'un autre côté, son efficacité a été démontrée d'une manière évidente.
En conséquence, on pratiquera l'insufflation. La manière la plus simple consiste dans l'application de la bouche d'un des assistants sur celle de l'asphyxié, et l'insufflation de l'air sortant des poumons du premier dans les poumons de l'autre; on a eu soin, bien entendu, de tenir bouchées les narines de l'asphyxié.
On a inventé toutes sortes d'instruments fort bien imaginés, depuis la canule de Pia, le tube de Chaussier du docteur Albert, la canule du docteur Leroy (d'Étiolles),le soufflet de Gorcy, différentes espèces de pompes, celle du docteur Marc, entre autres. Tous ces instruments ont l'inconvénient de demander une main exercée pour être employés avec fruit, ou de n'être pas à la disposition des assistants au moment de l'accident; c'est pourquoi je n'en parlerai pas. D'ailleurs, si l'insufflation de bouche à bouche, pour une raison ou pour une autre, ne pouvait pas être pratiquée, on se procurerait un soufflet ordinaire, dont l'extrémité pût s'adapter à une sonde d'argent, telle qu'il en existe dans toutes les trousses. On
introduit celle sonde dans le larynx, et l'on s'assure avec le doigt qu'elle y a pénétré; c'est alors qu'on adapte le souillet ;i cette sonde, et qu'on fait pénétrer de petites quantités d'air à chaque fois, et en laissant s'écouler entre chaque insufflation un certain espace de temps. On fait en même temps des pressions méthodiques sur le thorax, comme il a été dit plus haut, pour rétablir artificiellement la respiration.
Il" On cherche encore à provoquer les contractions du diaphragme en excitant la membrane muqueuse du nez, soit par des vapeurs d'éther, d'alcali, etc., soit à l'aide d'une barbe de plume. On chatouillera aussi la luette et le fond de la gorge pour obtenir des vomissements.
5° On pratiquera des frictions sur toute la surface du corps; ces frictions, faites avec de la flanelle ou de la laine, devront être continuées pendant un temps très long.
6° Saignée. — Le médecin seul décidera s'il y a lieu de pratiquer une saignée. Haller a prouvé par des expériences concluantes que la saignée est un moyen excellent, d'une part, pour accélérer le mouvement du sang, et d'autre part, pour rappeler ce mouvement lorsqu'il est perdu. J'aurai soin, dans l'histoire de chaque asphyxié, d'indiquer dans quel cas elle peut être avantageuse.
Voilà les principaux moyens qui servent de base au traitement des asphyxiés.
§ 3. Asphyxie par inaction «les muscles respirateurs.
Chez un homme surpris par un ébouleinent de terre, de charbon, de matériaux quelconques, de telle sorte que
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la poitrine ou l'abdomen supporte une compression considérable, les fonctions de la respiration sont instantanément suspendues, et l'asphyxie survient avec une extrême rapidité; du reste, la gravité de l'asphyxie variera avec la puissance des causes qui l'auront produite. Un homme est enveloppé par un éboulement de sable; le bras, l'épaule droits et la tête restent seuls libres; il crie pour appeler à son secours, perd bientôt connaissance et présente les phénomènes de l'asphyxie. En un temps très court, on a pu déblayer le sable et dégager le patient; un peu d'eau-de-vie dans les narines, quelques frictions sur le corps, ont rappelé la vie chez cet homme, qui en fut quitte pour quelques contusions légères. A coté de ce fait peu grave, j'en pourrais citer d'autres où l'issue fut funeste.
Traitement, ou premiers soins à donner aux ouvriers pris sous des éboulements. — 1° Dégager le plus vite possible le patient ;
2° Dénouer ou couper la cravate et les vêtements qui étreignent la poitrine ou le ventre;
3° On le couchera de manière que la tête et la poitrine soient plus élevées que le reste du corps, et on le laissera aller au grand air, à moins de circonstances exceptionnelles, telles que ouragan, gelée très forte;
h° On fera des affusions d'eau froide sur la face, en même temps qu'on pratiquera des frictions sur les extrémités inférieures au moyen de flanelle et de brosses;
5° On exercera sur la poitrine et le bas-ventre des compressions intermittentes, afin de rétablir artificiellement la respiration ;
0° Il faudra appeler un médecin qui, dans les cas où la face est rouge, violette, pratiquera la saignée; s'il doit tarder à venir, on appliquera derrière les oreilles huit ou dix sangsues;
7° Dès que le malade commence à reprendre connaissance, on lui donnera de l'eau sucrée dans laquelle on aura mis quelques gouttes d'élixir de la Grande-Chartreuse, ou simplement un peu de vin, ou môme de vinaigre;
8° On administrera un lavement irritant;
9° Le malade sera attentivement surveillé, pendant quelques jours, par le médecin.
§ 3. Asphyxie par le vide ou par raréfaction de l'air.
Les animaux qui servent à nos expériences périssent seuls d'asphyxie, par le vide ; mais Gay-Lussac, dans une ascension en ballon devenue célèbre, et de Humboldt, sur les cimes élevées du Cimboraço, éprouvèrent les préludes de cette asphyxie; car, dans ces hautes régions de l'atmosphère, cette raréfaction toujours croissante de l'air est un acheminement vers le vide.
Si le vide complet n'existe qu'artificiellement à la surface delà terre, dans certains cas, l'air peut être assez raréfié pour n'être plus suffisant à la production de l'hématose, et partant à l'entretien de la vie.
C'est ce qui a probablement lieu chez les verriers, ou, pour ne pas sortir de mon sujet, chez les houilleurs qui travaillent dans les chantiers où il existe une température très élevée. A la mine de Doyet (Allier), 'le sol, sur cer-
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tains points, est couvert de matériaux amoncelés et en combustion depuis plusieurs années. La chaleur émanant de cet immense foyer s'est propagée à une profondeur considérable dans le sable, si bien que les travaux, qui se trouvent placés sous ces montagnes en feu, subissent une augmentation de température considérable , qui s'élève jusqu'à 50 degrés centigrades; le travail y est fort pénible, et l'on se tient toujours en garde contre les accidents. Cependant les ouvriers sont souvent atteints d'asphyxie, asphyxie peu grave, parce que tout est prêt pour l'administration de secours immédiats. Dans ces travaux, il n'existe pas de gaz délétères. (J'indiquerai plus loin de quelle manière on peut s'en assurer.)
La température élevée seule, et sans l'intervention d'aucun autre agent, produit ces désordres.
L'air existe-t-il réellement en trop faible proportion, sous un trop grand volume, pour fournir à la respiration les matériaux qui lui sont nécessaires, ou bien faut-il admettre que l'économie animale ne peut plus résister à une température qui dépasse certaines limites, et qu'alors l'innervation, primitivement affectée, réagit sur le reste de l'économie?
Voici dans quel ordre on devra administrer les secours aux hommes qui tombent clans ces chantiers.
Traitement. — Ce traitement est textuellement tiré de la Nouvelle instruction sur les secours à donner aux noyés et aux asphyxiés, lue, discutée et approuvée par le Conseil de salubrité de Paris, en juillet 1850 :
1° Si l'asphyxie a lieu dans un lieu trop chaud, il faut
porter l'asphyxié dans un endroit plus frais, mais pas trop froid.
2° Le débarrasser de tout vêtement qui pourrait gêner la circulation.
3° Le médecin seul peut décider s'il y a lieu de tirer du sang.
li" Des bains de pieds, médiocrement chauds, auxquels on peut ajouter des cendres ou du sel , sont indiqués.
5° Lorsque le malade peut avaler, il faut lui faire boire, par petites gorgées, de l'eau froide acidulée par du vinaigre ou du jus de citron, et lui donner des lavements vinaigrés, mais un peu plus chargés en vinaigre que l'eau destinée à être bue. Les boissons échauffantes, en pareil cas, sont toujours nuisibles.
6° Si la maladie persiste et si elle fait des progrès, on peut, sans attendre l'arrivée du médecin, appliquer huit ou dix sangsues aux tempes ou derrière les oreilles.
§ I. Asphyxie par submersion.
Bien que l'asphyxie par submersion ne soit pas très fréquente dans les houillères, on l'observe cependant quelquefois. Je saisirai l'occasion d'exposer ici les préceptes que tout le monde doit connaître, et qui sont généralement ignorés, malgré les généreuses et louables tentatives qui ont été faites pour les populariser.
Quand un homme a été plongé sous l'eau pendant un certain temps, il ne périt pas parce que l'eau s'est introduite dans l'estomac et la trachée, comme on l'a cru
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longtemps : il périt parce que l'air ne pénètre plus dans les poumons, et que la respiration ne se fait plus. Il ne faudra donc pas suspendre le corps d'un noyé par les pieds : c'est une pratique inutile et souvent nuisible.
On peut dire que partout où il existe un peu d'eau, on peut se noyer; on ne saurait s'imaginer combien il en faut peu quelquefois pour produire cet accident. Je veux citer, à l'appui de ce que j'avance, un fait que j'ai observé à Commentry (Allier) pendant l'été de 1857. Dans ce pays, on se sert, pour les besoins du ménage, de vases faits avec de l'argile réfractaire, ayant la forme d'un cône tronqué et reposant sur la petite base; celui dont je veux parler était haut de 30 à hO centimètres, sur un diamètre de 60 environ. 11 servait à là toilette de deux enfants. Un matin, la mère venait de laver le plus petit, âgé de six mois, lorsque, ayant à faire quelque empiète, elle sortit, laissant seul à la maison l'aîné, âgé d'environ deux ans et demi. A peine reste-t-elle absente cinq minutes; quand elle rentre chez elle, elle trouve cet enfant plongé dans le vase, la tête première et noyé. Ce pauvre petit s'était appuyé sans doute sur le bord du vase; en se penchant pour regarder au fond, il perdit pied, et la tête emportant le reste du corps, il fut précipité au fond du vase, d'où il ne put se retirer. Le vase ne contenait pas 1 litre d'eau.
Lorsqu'un chien (c'est l'animal qui a le triste privilège de servir aux expériences de cette nature) est plongé sous l'eau, le pouls devient faible et fréquent 5 l'animal fait des efforts pour gagner la surface, expire de l'air que contiennent ses poumons. Bientôt le pouls s'arrête; les
muqueuses deviennent bleues, et la mort survient au bout
do trois à quatre inimités; mais quand l'animal peut remonter à la surface et respirer quelquefois, l'asphyxie est plus lento à se produire, et l'individu conserve aussi bien plus longtemps la faculté d'être rappelé à la vie. Ce qui se passe chez le chien a lieu également chez l'homme. Si le patient a pu de temps en temps introduire dans ses poumons une petite quantité d'air, les symptômes d'asphyxie se manifesteront avec moins de promptitude et d'énergie.
Quelquefois la peur qu'éprouvent ces malheureux au moment de l'accident a déterminé une syncope heureuse. « On a cité, dit M. Grisolle, des faits nombreux d'individus qui ont pu, sans mourir, rester submergés, enfouis dans la terre ou pendus pendant quinze minutes, une demi-heure, une heure, seize, quarante-huit heures, trois jours et plus ; mais la plupart de ces faits manquent d'authenticité, et la prolongation de la vie au delà du terme ordinaire s'explique, chez quelques-uns, par un état syncopal qui , en suspendant les mouvements du cœur, a empêché les effets de l'asphyxie d'être produits. »
Aujourd'hui l'on a des faits entourés de toute l'authenticité désirable, d'où il résulte que des hommes, après avoir séjourné une demi-heure sous l'eau, ont pu être rappelés à la vie. Ne vous découragez donc pas (1 ), et
(1) Je transcris ici une observation d'un admirable pasteur, Oberlin, qui vivait dans le siècle dernier et au commencement de celui-ci, et qui est souvent cité dans l'ouvrage do Marc. Il peint avec de vives cou-
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donnez avec patience et persévérance les secours que je vais vous indiquer aux malheureux noyés que vous serez
leurs ces luîtes émouvantes contre la mort, luttes d'où il est sorti quelquefois triomphant.
« Le mercredi 17 janvier 1786, au soir, une servante vint me dire que Claude Caquelin me faisait prier de venir chez lui, que sa fille, âgée de onze ans, s'était noyée. Je pars, je vole. « C'en est fait, monsieur ! me criait-on de toutes parts, elle n'est que trop morte, etc. » Je n'y fis pas attention. En passant devant la maison de Nicolas Neuvillcrs, je priai son fils de courir appeler Sébastien Sheidecker, maître d'école de Bellefosse, qui demeure à une demi-lieue de Valdersbach. J'arrive à la maison, j'entre dans la chambre, je cherche la noyée ; jo demande après elle, on ne me voit pas, on ne m'entend pas. La chambre et les avenues étaient remplies de monde. La mère, les tantes, les sœurs, etc., remplissaient l'air de cris horribles. Je trouve l'enfant dans les mains d'une voisine occupée à la déshabiller. Je me joins à elle. Spectacle hideux que celui d'un noyé ! Nous arrachons les haillons de dessus ce corps glacé. En y travaillant, je demande des cendres chaudes. Personne n'entend ni ne bouge. Tout crie, tout hurle ; je fais semblant de me mettre en colère ; je frappe du pied, je crie comme un marinier ; je gronde les pleureuses et je menace de battre tout le monde, si on ne se tait. L'enfant est déshabillée. Je la mets sur le lit. « De la flanelle ! m'écriai-je, du drap ! des étoffes de laine I » Rien n'arrive. Aussi avais-je tort de demander cela. J'avais oublié la pauvreté extrême de mes paroissiens. Enfin on me présente un vieux bas de laine. Plein de joie, je commence à frotter ce corps roide. Il vient un vieux bonnet de laine ; quelque temps après encore, un bas. Nous étions alors à trois pour opérer la friction. C'était tout ce qu'on pouvait faire; il n'y avait de place que pour trois. Ne dites pas, monsieur, qu'il aurait fallu avancer le bois de lit; dans ce pays misérable, les bois de lit sont à moitié pourris, raccommodés pièce sur pièce. Gardez-vous de les remuer, ils se briseraient en morceaux. En frottant, je demandai de nouveau des cendres chaudes. Enfin on m'apporte un sachet qui en était rempli. Je le mets sous le bras gauche, sur le cœur, en pliant doucement le bras dessus autant que faire se peut. Nous continuons à frotter, et quelle surprise ravissante! j'entends une respiration profonde, comme un long soupir. Un second sachet arrive; je le porte sur le côté droit de la poitrine, sous le bras. On apporte une lampe. L'enfant était blanc par tout le corps ; on
appelés à secourir. Quel sentiment de bonheur vous éprouveriez si, par vos soins, vous parveniez à rappeler un de ces malheureux à la vie !
n'y apercevait aucune tache rouge ou blanche. Mais le visage était hideux, tacheté de sang, de couleur livide; l'œil droit fermé, gonflé, bleu ; l'œil gauche ouvert, absolument terne, comme dans les morts, la bouche ouverte en apparence, les dents serrées. En continuant à frotter, un second soupir vint quelques minutes après ; puis, après des intervalles plus courts, un troisième et quatrième. Un troisième sachet do cendres étant arrivé, je le mis sur la poitrine, entre les deux autres, et nous frottâmes d'autant plus le reste du corps. Je commençai à distinguer dans les soupirs une espèce de ronflement dans le gosier. Je mis l'enfant sur le côté; on vit paraître quelques bouillons de sang et de crachats à la bouche. Ils augmentèrent un peu, et il en coula même un peu d'eau, de crachats et de sang, mais pas assez pour en remplir une coque de noix. Le frottement fut continué, et les sachets de cendres se multiplièrent. Au bruit de l'haleine et aux profonds soupirs, se joignit un léger son, qui devint enfin un cri perçant et effroyable, et qui ne discontinua pas pendant au moins deux heures. Pendant ce temps-là, le brave Sébastien Scheidecker arrive. J'étais fatigué et me fis remplacer par lui, en restant cependant dans la chambre pour l'aider. Il commença à faire donner des lavements de fumée de tabac, l'enfant restant toujours enveloppée de sachets de cendres qu'on changeait contre des sachets chauds, à mesure qu'ils se refroidissaient. Pendant l'opération de la fumée, Concorde tire un pied une fois, une seconde fois : un bras se remue! Le cri perçant continuait toujours; mais le pouls n'était pas encore sensible, et les dents étaient toujours serrées. Nous fîmes cesser la fumée pour envelopper les jambes et. les pieds de sachets de cendres ; nous en mîmes aussi sur les deux mâchoires, du côté du cou. Les cris continuaient toujours ; les mouvements des bras et des jambes augmentèrent visiblement, et devinrent enfin semblables aux efforts désespérés d'une personne qui est en danger de perdre la vie. Le pouls commença à se faire sentir; un œil s'ouvrit et se referma, et les mâchoires n'étaient plus si roides. Ah! ah ! ah I fut enfin la première voix que nous eûmes le plaisir d'entendre. On parla à haute voix à la petite fille ; elle ne reconnut personne; elle se croyait encore dans l'eau et criait : D'ja praltel d'ja jimUe ! (je suis perdue! je suis perdue!), et se défendait contre les
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Traitement des noyés (1). — 1° La promptitude et la persévérance sont les premiers préceptes qui doivent figurer dans le traitement des noyés.
2u Sitôt que le noyé sera retiré de l'eau, on le portera dans l'endroit le plus proche et le plus commode. Le
bûches de bois dans l'eau. On lui mit une chemise et un bonnet, mais avec beaucoup de peine. Un homme la tint sur ses bras; sa mère lui parla, mais elle ne la connut pas. Elle continua toujours à se défendre. Enfin, sentant le cou du grand homme, elle s'y accrocha avec précipitation et avec une force extrême, et ne voulut plus s'en détacher. On la mit dans son lit, où elle se tint tranquille. Je me retirai, après y avoir été environ deux heures et demie. L'enfant était tombée dans l'eau en voulant y jeter une bûche ; elle glissa, et le poids de la bûche l'entraîna. Le torrent l'emporta, et elle se trouva confondue avec une énorme quantité de bois. Heureusement on la vit disparaître, et l'on courut aussitôt à sa recherche. Tout le monde la crut irrévocablement morte, excepté le père, qui insista pour qu'on allât chercher le ministre. Le lendemain, l'enfant reprit connaissance, mais elle ne sut rien de tout ce qui s'était passé ; tout ce qu'elle put se rappeler fut qu'elle était tombée dans l'eau ; que, sentant sa jupe soulevée par l'eau, elle avait tâché de la descendre et de s'en couvrir, que l'eau voulant entrer dans sa bouche, elle serra les dents pour l'en empocher; qu'elle lâcha de crier en mémo temps qu'elle se vit passer devant le moulin ; qu'elle aperçut une fois des broussailles sur le bord de l'eau, qu'étendant son bras pour s'y accrocher, elle manqua son coup (les broussailles étaient à plus de 6 pieds de distance); qu'elle voulut se tenir au bois, mais que toutes les bûches lui échappèrent ; qu'elle y heurta même souvent de son visage; qu'enfin elle désespéra de sa vie et perdit connaissance.
» Dès le lendemain, Sébastien ordonna qu'on lui lavât le corps avec du vinaigre ; alors il y parut des taches bleues et rouges qui se perdirent peu à peu. Le visage devint extrêmement enflé. »
(I) Le traitement des noyés est en très grande partie, et souvent textuellement, tiré du livre de Portai et de la Nouvelle instruction suites secours à donner aux noyés et aux asphyxiés, lue, discutée et approuvée par le Conseil de salubrité de Paris en I 850. Voyez Guérard, Observations sur les secours à donner aux noyés cl aux asphyxiés [Annales d'hygiène publique. Paris, 1850, t. XLIV, pag. 274 et suiv.)
transport se fera soit à bras d'homme, soit à l'aide d'une
civière ou d'un brancard. Le noyé sera couché sur le côté, la tête un peu élevée, et enveloppé d'une couverture; on évitera les secousses et les mouvements rudes, qui peuvent être très préjudiciables au noyé et éteindre le peu de vie qui lui reste (Portai). En résumé, il faut agir le plus vite et le plus doucement possible. Le noyé, arrivé au lieu où il doit être traité, devra être déshabillé, et pour aller plus vite, on coupera les vêtements avec les ciseaux. On essuiera son corps; on lui mettra une chemise ou un peignoir, ainsi qu'un bonnet de laine, et on le posera doucement sur une paillasse ou sur un matelas, entre deux couvertures de laine, placé sur une table. La tête et la poitrine devront être plus élevées que les jambes.
3° On couchera une ou deux fois le corps sur le côté droit; on fera légèrement pencher la tête en la soutenant par le front, pour faire rendre l'eau. Cette opération ne devra durer qu'une demi-minute chaque fois. 11 est inutile de la répéter, s'il ne sort pas d'eau ou de mucosités, des glaires, de l'écume*
li° On placera autour de la poitrine et du bas-ventre le bandage compressif, disposé comme un corset dit à la paresseuse, et l'on cherchera à imiter la respiration en tirant les bandes en sens inverse, et en les hachant après chaque compression.
On imitera de cette manière les mouvements que font la poitrine et le ventre lorsqu'on respire ; aussi ne faut-il pas que ces mouvements soient produits trop brusquement et avec trop de précipitation. On laissera un repos d'environ un quart de minute entre chaque opération;
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on réitérera celte tentative de temps à autre (de dix minutes en dix minutes, plus ou moins). A défaut de corset, on se servira des mains étendues, de manière à former une large surface, ainsi que je l'ai dit plus haut.
5° Si les mâchoires sont serrées l'une contre l'autre, surtout si le noyé a toutes ses dents et qu'elles laissent peu d'interstices entre elles, il convient alors d'écarter très légèrement les mâchoires, en employant d'abord le petit levier de buis, et ensuite, si cela ne suffît pas, le levier de fer à doubles branches, qu'on présentera entre les petites molaires (premières mâchelières) ; en pressant ensuite graduellement sur les branches de l'instrument, on maintiendra l'écartement obtenu, en plaçant entre ses dents un morceau de liège ou de bois tendre. Cette opération devra être exécutée avec ménagement et sans violence.
G0 Dès le commencement des opérations qui viennent d'être décrites, c'est-à-dire dès l'arrivée du noyé, un des aides s'occupera de tout ce qui est. nécessaire pour réchauffer le corps. Ainsi il fera chauffer les fers à repasser; s'il y a une bassinoire, il y mettra des cendres chaudes.
7° Pendant qu'on s'occupera de rétablir la respiration, dès que les fers auront acquis le degré de chaleur qu'on leur donne ordinairement pour repasser le linge, ou lorsqu'il crachant dessus, la salive frissonnera, on les promènera par-dessus le peignoir de laine, sur la poitrine, le long de l'épine du dos et sur le bas-ventre, en s'arrêtant plus longtemps sur le creux de l'estomac et aux plis des aisselles. On frictionnera les cuisses et les extrémités
inférieures avec des Frottoirs en laine ; la plante dos pieds et l'intérieur des mains avec des brosses, sans cependant trop appuyer, surtout an commencement de l'opération.
8° Quels que soient les moyens qu'on emploie pour réchauffer le corps d'un noyé , il faut se régler selon la température de l'air extérieur. Tant qu'il ne gèle pas, on peut être moins circonspect. Cependant il ne faut jamais chercher, particulièrement dès le début des secours , à exposer le corps du noyé à une chaleur plus forte que celle du sang. Les fers à repasser et la bassinoire ont, il est vrai, un degré de chaleur plus élevé, mais, comme ils agissent à travers une couverture ou une chemise de laine et qu'ils ne restent pas longtemps appliqués à la même place, leur action se trouve par cette raison suffisamment affaiblie.
Si, au contraire, il gèle et que le noyé, après avoir été retiré de l'eau, soit resté exposé à l'air froid, assez longtemps pour que des glaçons se soient formés sur son corps, il faut alors aussitôt ouvrir les fenêtres pour abaisser la température et lui appliquer sur le corps des compresses d'eau très froide, dont on augmentera peu à peu la température. On peut élever la température de 2 degrés toutes les deux minutes, et lorsqu'on arrive à 20 degrés avoir recours aux frictions, ainsi qu'à la chaleur sèche.
En hiver, il faudra en même temps élever la températurc du lieu où l'on donne les secours, en refermant les portes et les fenêtres, il ne faut pas cependant que la chaleur du local s'élève à plus de 18 degrés centigrades.
Le meilleur moyen d'appliquer la chaleur graduée,
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c'est de plonger le noyé dans une baignoire, si on peut s'en procurer une, et d'eu chauffer peu à peu l'eau.
9° Tout en employant les moyens nécessaires pour réchaufferie noyé, pour rétablir la respiration, on le frictionnera avec clés frottoirs de laine sur les cuisses, les bras, et de temps à autre de chaque côté de l'épine du dos ; on brossera doucement, mais longtemps, la plante des pieds, ainsi que le creux des mains.
10° Si le malade donne quelques signes de vie, il faut continuer les frictions, ainsi que l'emploi de la chaleur, mais bien se garder d'entreprendre quelque chose qui puisse gêner, même légèrement, la respiration. Si le noyé fait quelques efforts pour respirer, il faut discontinuer pendant quelque temps toute manœuvre qui pourrait comprimer la poitrine ou le bas-ventre.
11° Si, pendant les efforts plus ou moins pénibles que fait le noyé pour respirer l'air ou pour le faire sortir, on s'aperçoit qu'il a des envies de vomir, il faut introduire au fond de la bouche la barbe d'une plume et la chatouiller.
12° Dans aucun cas, il ne faut introduire le moindre liquide dans la bouche à un noyé, à moins qu'il n'ait repris ses quatre sens et qu'il puisse avaler facilement.
4 3° C'est alors qu'on peut faire prendre une boisson légèrement excitante : eau sucrée avec quelques gouttes d'élixir de la Grande-Chartreuse, et le coucher dans un lit bien chaud.
\k° Si le ventre est tendu, on pourra administrer un lavement; mais il ne faut employer ce moyen que quand la respiration et la chaleur sont rétablies.
15° Si, une fois couché, le malade dort d'un bon sommeil, il faut le laisser dormir. Si, au contraire, la face s'injecte, devient bleue, si, à peine éveillé, il retombe dans la somnolence, on appliquera des sinapismes aux jambes, et mémo on placera huit à dix sangsues derrière chaque oreille.
On n'aura recours à ces moyens qu'autant qu'il n'y aurait pas de médecin; car s'il s'en trouvait un, c'est lui qui jugera s'il faut user de tel ou tel moyen.
§ 5. Asphyxie par gaa délétères.
Les gaz délétères n'agissent pas seulement en soustrayant aux organes de la respiration le principe éminemment respirable; ils exercent en outre une influence toxique sur l'économie.
§ ®. Asphyxie par l'air non renouvelé.
Je considère l'air non renouvelé comme un mélange de gaz délétères, parce que d'une part il manque de la proportion d'oxygène nécessaire cà la respiration, et parce qu'il renferme d'autre part une quantité souvent considérable d'acide carbonique, d'autres gaz encore et aussi des matières organiques.
On ne sait pas assez combien un air mal renouvelé est dangereux. Cependant on cite partout le fait des assises d'Oxford, où juges, accusés, témoins, auditeurs, furent tous frappés d'asphyxie mortelle. On connaît les nombreux accidents arrivés à des prisonniers enfermés dans
1/18 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
des espaces trop étroits. Percy cité par Savary donne la relation détaillée d'une scène horrible où cent quarante-six prisonniers furent enfermés dans une chambre de vingt pieds carrés, qui n'avait que deux petites fenêtres qui donnaient sur une galerie. Je vais moi-même la rapporter :
« Le premier effet qu'éprouvèrent ces malheureux prisonniers fut une sueur abondante et continuelle ; une soif insupportable en fut bientôt la suite; à cette soif succédèrent de grandes douleurs de poitrine et une difficulté de respirer approchant delà suffocation. Ils essayèrent divers moyens pour être moins à l'étroit et se procurer de l'air : ils ôtèrent leurs habits, agitèrent l'air avec leurs chapeaux et prirent enfin le parti de se mettre à genoux tous ensemble et de se relever simultanément au bout de quelques instants ; ils eurent recours trois fois dans une heure à cet expédient, et chaque fois plusieurs d'entre eux, manquant de force, tombèrent et furent foulés aux pieds par leurs compagnons. Ils demandèrent de l'eau, on leur en donna, mais, se disputant pour s'en procurer, les plus faibles furent renversés et succombèrent bientôt après. L'eau n'apaisa pas la soif de ceux qui purent en boire et encore moins leurs autres souffrances; ils étaient tous dévorés d'une fièvre qui redoublait à tous moments. Avant minuit, c'est-à-dire la quatrième heure de leur réclusion, tous ceux qui restaient, encore en vie et qui n'avaient point respiré aux fenêtres un air moins infect, étaient tombés dans une stupidité léthargique ou dans un affreux délire. On se battit de nouveau pour avoir accès aux fenêtres. A deux heures du matin, il n'y avait plus
que cinquante vivants; mais ce nombre était encore trop grand pour que tous pussent recevoir de l'air frais : le combat continua jusqu'à la pointe du jour. Le chef luimême, après avoir résisté longtemps , était tombé «asphyxié; on le releva, on l'approcha de la fenêtre et on lui donna des secours. Bientôt après, la prison fut ouverte : de cent quarante-six hommes qui y étaient entrés il n'en sortit que vingt-trois vivants; ils étaient dans le plus déplorable état qu'on puisse imaginer, portant peinte dans tous leurs traits la mort ci laquelle ils venaient d'échapper. »
Ce fait est bien propre à faire connaître aux personnes qui le liront les effets pernicieux d'un air altéré par la présence d'un grand nombre d'individus. Ce qui s'est passé dans cette chambre de vingt pieds carrés peut avoir lieu dans les galeries étroites où l'air se renouvelle mal.
§ 9. Aspbyxto par méphltianie.
C'est l'asphyxie la plus fréquente chez les houilleurs.
Le mauvais air qui constitue le méphitisme des mines est un mélange variable de gaz qui sont :
L'acide carbonique ;
L'azote en excès sur les proportions de l'air atmosphérique ;
L'hydrogène proto-carboné ;
L'hydrogène deuto-carboné.
Ces deux derniers gaz sont souvent mélangés et quelquefois purs.
Des miasmes.
Plus rarement et en moins grande quantité : L'hydrogène ; L'hydrogène sulfuré ; L'acide sulfureux ; L'oxyde de carbone.
§ 8. Asphyxie par acide carbonique.
L'acide carbonique est très pesant, beaucoup plus que l'air, et il occupe par conséquent les couches inférieures ; il jouit de la propriété d'éteindre les corps en combustion. Ou voit souvent dans des galeries se renouveler le phénomène de la fameuse grotte, dite du Chien, en Italie, et qui tire son nom du fait suivant : Un chien de petite taille ne peut y pénétrer sans tomber en asphyxie, tandis que les hommes y séjournent impunément ; c'est qu'en effet à la partie inférieure de cette grotte, il existe une couche d'acide carbonique de 50 à CO centimètres de hauteur et dans laquelle es! plongé le chien tout entier et où il est obligé de respirer, tandis que l'homme n'a que la partie inférieure de ses jambes dans cette couche qu'il domine.
Or, dans certaines galeries, le même fait a lieu et les ouvriers le savent bien ; aussi ont-ils soin de tenir leurs lampes élevées. L'acide carbonique est dans les mines le gaz que l'on rencontre le plus fréquemment ; il se dégage d'une manière continue des couches de charbon ; mais c'e^t surtout près des endroits incendiés, dans les galeries où le grisou vient de faire explosion , qu'on le rencontre en abondance.
L'asphyxie par la vapeur de charbon présente les mêmes phénomènes que l'asphyxie par l'acide carbonique. Les premiers symptômes consistent dans des pesanteurs de tête, un sentiment de constriction des tempes, des vertiges, des bourdonnements d'oreilles ; la respiration se ralentit, le cœur bat moins vite ; les forces s'éteignent; quelquefois le patient éprouve des nausées, des vomissements ; bientôt les phénomènes d'asphyxie augmentent et la vie est suspendue. La plupart du temps la face est gonflée et rouge et les membres restent flexibles ; d'autres fois, au contraire, on remarque une pâleur générale et une roideur tétanique.
§ ®. Aspbyxle par les ges hydrogènes carbonés.
Les gaz hydrogènes carbonés se dégagent des couches de houille en grande abondance; leur odeur est une garantie précieuse pour la sûreté des ouvriers ; elle se fait déjà sentir alors que le gaz n'est encore mêlé que pour un millième à l'air atmosphérique ; l'action de ces gaz se manifeste sur le système nerveux avec une promptitude et une énergie effrayantes ; la sensibilité, la mobilité ainsi que l'intelligence s'altèrent rapidement; puis la respiration s'embarrasse ; cette dernière période peut durer longtemps. Les autres gaz que j'ai signalés (ammoniaque, acide sulfureux) exercent bien certainement une action délétère sur l'économie ; 'mais ils n'existent pas ordinairement dans les mines en quantité suffisante pour déterminer l'asphyxie par eux-mêmes. D'ailleurs le traitement que réclament, sur le moment, les désordres qu'ils
produisent est le même que pour tous les autres cas d'asphyxie par méphitisme.
Traitement des asphyxiés par le méphiti&me.
1° 11 faut prompfemeut sortir l'asphyxié du lieu méphitisé et l'exposer au grand air.
2° Le déshabiller immédiatement et faire des aspersions d'eau froide sur tout le corps et principalement au visage.
â° De temps en temps, on s'arrêtera pour tâcher de provoquer la respiration , en comprimant à plusieurs reprises la poitrine de tous côtés, comme il a été dit plus haut.
Ii° Donner des lavements avec deux tiers d'eau froide et un tiers de vinaigre ; on pourra remplacer le vinaigre par du sulfate de soude ou du sel de cuisine.
5° Dès qu'il pourra avaler, on lui fera boire de l'eau vinaigrée.
6° S'il fait des efforts pour vomir, on chatouillera l'arrière-bouche avec la barbe d'une plume.
7° La vie une fois rétablie , on couchera l'asphyxié dans un lit bassiné, après lui avoir bien essuyé le corps.
8° C'est au médecin seul à juger s'il y a lieu de pratiquer une saignée ou de donner un vomitif.
9° ïl faut mettre la plus grande célérité dans l'administration des secours proposés ; le temps presse, et plus on tarde à y recourir, plus on doit craindre qu'ils ne soient infructueux ; et comme la mort peut n'être qu'apparente pendant longtemps, il ne faut en abandonner l'usage que lorsqu'elle est bien continuée.