SIGNES PRÉCURSEURS DES MALADIES
Je n'ai, dans les chapitres précédents, parlé que des maladies qui sont le triste apanage de l'état de houilleur, mais ce n'est point à dire pour cela qu'il soit exempt des affections auxquelles sont sujets les autres hommes, quel que soit leur métier ou leur genre de vie. Il doit donc surtout se mettre en garde contre les premières, sans négliger de prendre de minutieuses précautions pour se préserver des secondes.
Le prodrome, qui littéralement veut dire avant-coureur (signe avant-coureur), est, selon Requin, une phase intermédiaire h la santé et à la maladie, et qui a lieu depuis l'instant où se manifestent certains changements dans la santé habituelle de l'individu, jusqu'à l'instant où l'état de maladie devient incontestable. Ces prodromes sont des avertissements qu'il ne faut pas négliger.
Le plus souvent c'est un malaise qu'on éprouve, sensation pénible, difficile à analyser, qui envahit tout notre cire; on dirait que les forces vitales s'affaiblissent ou se retirent do notre corps. Alors même que la température est douce, nous éprouvons des horripilations, une tendance au refroidissement. L'appétit s'enfuit, et si l'habitude nous fait manger au retour des heures ordinaires des repas.
230 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
nous trouvons les meilleurs mets sans saveur, même ils nous inspirent du dégoût.
Les forces musculaires s'affaiblissent et le travail devient sinon impossible encore, du moins extrêmement pénible. Le sommeil n'est plus calme, réparateur; il es! agité, troublé par des rêves effrayants.
La gaieté disparaît et fait place aux idées sombres. Les sens eux-mêmes s'émoussent; les plaisirs habituels sont, dès lors, sans charmes.
Cet état n'est pas encore la maladie, il n'est déjà plus la santé ; il est un avertissement salutaire que tout homme doit prendre en sérieuse considération. Toute Féconomie souffre et demande du repos.
Ce mal, annoncé par tous ces signes, combattu dès le principe, disparaîtra souvent avec rapidité; tandis que si, au contraire, on lui laisse le temps de s'enraciner, on favorise l'évolution de certaines complications qui le rendront peut-être incurable.
Ainsi donc, dès que vous ressentirez le malaise dont je viens de parler, accompagné de quelques-uns des signes que j'ai décrits, ne vous obstinez pas contre la nature, qui vous entoure, comme une bonne mère, de salutaires avertissements.
Je sais qu'il répugne à un homme courageux de quitter ses occupations pour un malaise qu'il espère devoir être passager.
Il lui semble que c'est faire preuve de pusillanimité que d'obéir à une première injonction.
C'est un tort; quand une machine a quelques-unes de ses pièces endommagées, on l'arrête, parce que d'une