CHAPITRE PREMIER
ARTICLE I. — CoBisd'itclioa.
Si l'on récapitule le temps que prennent le sommeil, les repas, les maladies, etc., on voit que l'homme passe une grande partie clo sa vie dans sa maison ; la femme et les enfants une plus grande partie encore. Il est donc bien important d'étudier les moyens de rendre cette habitation salubre et même agréable, car l'agréable se rattache par plus d'un point à l'hygiène.
Dans les houillères éloignées des grands centres, et notamment dans le département de l'Allier, où les terrains et les matériaux de construction sont à bon marché, un grand nombre d'ouvriers bâtissent la maison qu'ils doivent habiter.
Ils la bâtissent, sans se préoccuper des règles de l'hygiène, et souvent l'entourent des causes morbides les plus pernicieuses.
Je rappellerai ici, en quelques mots, les préceptes qui doivent guider dans ces circonstances.
Il faut avant tout s'occuper de l'emplacement. En principe, on choisira un lieu légèrement déclive propre à
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faciliter l'écoulement des eaux. Il ne faudrait pas cependant, exagérant le conseil, placer sa maison sur le sommet d'une éminence élevée, en butte à tous les vents ; les demeures établies dans de pareilles conditions sont très malsaines, surtout pour les mineurs qui sont, par leur état, prédisposés aux affections chroniques des poumons, et par suite, du cœur. Là, en effet, des courants violents, l'abaissement de température et d'autres causes diverses, peuvent influer sur la santé.
Autant que possible, on fixera son choix sur une petite colline qui n'ait pas de marais pour voisinage, mais qui soit à peu de distance d'un clair ruisseau, à proximité d'un village, près d'un grand chemin, dans le village môme, si c'est possible.
11 est à souhaiter qu'auprès de la maison s'élèvent quelques grands arbres qui donneront aux environs leur parure et leur ombrage et serviront à purifier l'air. Enfin à côté de la maison, il y aura un jardin, un coin de terre qui sera cultivé par la famille même.
La façade de la maison regardera l'est. C'est dans le centre de la France la meilleure exposition. Pendant l'hiver celle du sud serait préférable, mais pendant l'été elle deviendrait insupportable. Quant à l'exposition de l'ouest, il faut l'éviter avec soin ; car c'est dans cette direction que soufflent les vents prédominants.
Des divers matériaux qu'on emploie pour bâtir, je ne parlerai que des briques parce qu'elles coûtent moins cher, et qu'après tout, quand elles sont sèches et bien confectionnées, elles sont d'un emploi excellent. On retrouve aujourd'hui des travaux romains faits entièrement en
briques cl parfaitement conservés ; mais quand elles sont mal cuites, elles se délitent.
Dans les pays où le bois est rare, on le remplace avantageusement par le fer. Certaines houillères sont à proximité d'usines métallurgiques où l'on pourra se procurer ces matériaux à bon compte.
11 est indispensable d'établir une cave sous la maison que l'on construit; c'est le meilleur moyen de la préserver de l'humidité.
Les murs auront une épaisseur suffisante pour isoler plus ou moins complètement des influences du dehors la masse d'air atmosphérique qu'ils renferment, de telle façon qu'on pourra se procurer, dans l'intérieur de la maison, l'ombre et la fraîcheur pendant les chaleurs de l'été , et une douce température pendant les rigueurs de l'hiver.
Les murs seront à l'intérieur peints à la chaux ; c'est ce qu'il y a de plus sain.
Il est important, très important, que le plancher soit en bois ou tout au moins en dalles ou en carreaux et non en terre glaise, qui est détestable , qui entretient une humidité constante et malsaine dans les maisons.
Enfin, le toit sera couvert par des tuiles ou des ardoises, mais non par de la paille, qui offre des inconvénients et des dangers de toutes sortes :l'incendie d'abord et ensuite les maladies graves engendrées par la décomposition des matières végétales. La paille, en effet, souvent mouillée, conserve une humidité qui, à l'aide d'une température un peu élevée, détermine une décomposition active et d'une influence funeste à la santé.
250 HYG1ÈNB DU HoUlLLEl'll.
La principale pièce qui, dans la maison que uuus avons en vue, est la chambre à coucher, doit avoir une élévation de 3m 50 sur 4 mètres de longueur et de largeur.
Que l'on se rappelle ici ce que nous avons dit dans le chapitre consacré à l'asphyxie, sur les dangers de l'accumulation du produit de l'exhalation pulmonaire qui vicie l'air, le rend, sinon complètement irrespirable, du moins très funeste à la santé. De savants médecins prétendent que c'est là la cause de cette affection si effroyable, qui fait chaque année tant de victimes : la fièvre typhoïde.
Dans certains pays, notamment dans le département de l'Allier, on trouve souvent couchés dans une même chambre le maître et la maîtresse de la maison et leurs enfants, plus cinq ou six pensionnaires : il n'y a de place que pour les lits.
L'hygiène, autant que la morale, souffre d'un pareil état de chose.
Les mesures que j'ai indiquées ne sont après tout qu'approximatives, car tout dépend de la facilité avec laquelle l'air se renouvelle. Ainsi, une chambre même très grande, mais parfaitement close, sera moins salubre qu'une autre très petite où l'air pénétrera facilement.
11 faut donc que la ventilation, qui peut corriger les mauvais effets de dimensions trop étroites, soit l'objet d'une attention particulière.
Le meilleur moyen de ventilation dans une chambre, c'est une cheminée ou un poêle muni d'un bon tirage.
« En effet, la prise d'air introduit un air frais qui ne tarde pas à céder U place à l'air chaud et vicié des
parties plus basses qu'il va remplacer. 11 en résulte ([ue l'air de la chambre est constamment renouvelé et remplacé (1). »
Il faut qu'il y ait au moins deux fenêtres : la lumière est indispensable à la vie; surtout pour les mineurs qui en sont privés pendant une trop grande partie de leur temps.
Il est bon que Tune des fenêtres ou la porte soit placée vis-à-vis de la cheminée ; cette disposition favorise le courant d'air. D'ordinaire, les portes et les fenêtres ne sont pas tellement bien jointes qu'elles s'opposent à la prise d'air. Cependant il est bon que vous soyez prémunis contre tout accident de cette espèce.
Pendant l'hiver de 1857, un employé comptable de la mine de Doyet (Allier), pour se bien préserver contre le froid, dans son bureau, avait collé des bandes de papier sur les joints des fenêtres, mis des bourrelets à la porte ; il avait même poussé la précaution jusqu'à placer deux pains à cacheter sur le trou de la serrure. 11 y avait dans cette pièce un feu ardent. Au bout de tort peu de temps, il fut pris d'éblouissements et de vertiges qui lui ôtèrent subitement la faculté de se mouvoir. Fort heureusement, l'ingénieur ayant quelques renseignements à prendre, vint au bureau et remédia promptement à un état qui aurait pu devenir très grave.
Le chauffage de la cheminée est le meilleur, le plus sain et le plus simple. Son seul inconvénient est la perle d'une grande quantité de chaleur, et par conséquent de
(4) Becquerel, Traité élémentaire d'hygiène, 2° édit., 4 854. Voyez aussi Michel Lévy, Traité d'hygiène publique et privée, 2e édit., Paris, 1857, t. I,page 672, et t. II, p, 554.
combustibles, car elle n'échauffe qu'en renouvelant l'air de l'appartement sur une grande surface.
Le poêle, pourvu que la prise d'air soit bien entendue, est un très bon et très économique moyen de chauffage. Quand on fait usage des poêles, il faut veiller à ce que, par quelle cause que ce soit, la prise d'air ne devienne pas insuffisante et qu'il ne se dégage pas d'acide carbonique. C'est ce qui peut arriver quand le courant est réglé par une clef correspondant à une rondelle de tôle, située dans le tuyau. Selon les mouvements donnés à cette clef, la rondelle laisse passer ou intercepte la fumée et les gaz, et peut interrompre complètement la circulation de l'air et déterminer l'asphyxie.
Un autre inconvénient du poêle, c'est qu'il dessèche l'air de la pièce qu'il chauffe. On sait le remède qu'il faut employer ; il est populaire, c'est un vase rempli d'eau placé sur le poêle. L'évaporation, activée par la chaleur, maintient dans l'atmosphère un degré d'humidité convenable.
Le charbon de terre est le seul combustible qu'emploient les bouilleurs. C'est le meilleur du reste et le moins coûteux.
Dans certaines houillères, éloignées des centres d'habitation, les directeurs font construire sur l'exploitation même, pour loger les ouvriers, des maisons auxquelles on donne le nom de casernes.
Je ne saurais mieux faire ici que de transcrire les préceptes qui ont été émis sur cette question, au Congrès de Bruxelles, en 1852, dans la séance du 12 septembre (1).
(1) Annales d'hygiène publique, 1852, t. XLVIII, p. 463.
des habitations. 253
conditions générales pour la construction de maisons d'ouvriers.
L'érection des maisons d'ouvriers doit être soumise à certaines conditions qui concernent spécialement l'hygiène et l'économie. Ces conditions sont les suivantes :
Emplacement salubre, ouvert et accessible à la libre circulation de l'air et à l'action des rayons solaires ;
Terrain sec et à l'abri des émanations nuisibles;
Exposition convenable, autant que possible, du sud-est au nord -ouest ;
Espace suffisant pour ménager autant que possible à l'habitation une cour ou un petit jardin ;
Jouissance d'eau saine et abondante ;
Écoulement facile des eaux ménagères et pluviales, et des matières des latrines, au moyen d'égouts couverts ou d'aqueducs disposés d'après les meilleurs systèmes.
Emplacement . ■ — Le choix de l'emplacement doit être déterminé d'après les circonstances et les besoins ; le prix du terrain doit être aussi peu élevé que possible.
On évitera, si faire se peut, les impasses et les bataillons carrés, qui entravent la libre circulation de l'air; si l'on se voyait obligé d'y ériger les constructions, on pourvoira du moins à ce qu'au moyen d'espaces, de jardins ou de cours, la ventilation puisse s'y établir d'une manière suffisante.
Les maisons adossées l'une à l'autre, sans espace intermédiaire, ont le grave inconvénient d'empêcher cette ventilation si nécessaire. Cependant si, à raison de la configuration et de la valeur du terrain et de l'économie qui doit présider aux constructions, on croyait adopter cette disposition, il importerait, dans ce cas, d'établir la ventilation au moyen de petites cours latérales.
Elévation des maisons et des étages. — L'élévation des maisons doit être limitée en raison de la largeur des rues ou des passages sur lesquels elles sont situées, en se conformant à cet égard aux
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règlements locaux. Un, et suivant les circonstances deux étages, indépendamment du rez-de-chaussée, telle est l'élévation la plus convenable pour les maisons d'ouvriers.
La hauteur des étages, mesurée entre le plafond et le plancher, ne peut être intérieure à 2 mètres 60 centimètres.
Distribution intérieure des maisons. — Nombre et dimension des pièces. — Séparation des ménages. — En règle générale, il convient que chaque famille ait, autant que possible, son habitation séparée. Cette habitation contiendra au moins trois ou quatre pièces, une cuisine, une chambre de réunion ou de travail, et une ou deux chambres à coucher.
Les logements doivent être disposés de manière qu'il y ait complète séparation entre les parents et les enfants ayant atteint un certain âge, et, pour ceux-ci, entre les filles et les garçons.
11 importe que la dimension des chambres soit proportionnée au nombre de leurs habitants, à leur destination et au mode de ventilation qui y est adopté. Nulle ne peut mesurer moins de 35 à hO mètres cubes ; la dimension la plus convenable est de 12 à ih mètres carrés de superficie. Dans les chambres à coucher en particulier, il faut qu'il y ait au moins ik mètres cubes par personne.
Si le prix du terrain était trop élevé pour qu'on pût affecter à chaque famille une maison séparée, il faudrait avoir recours à d'autres combinaisons, qui, tout en conservant la séparation des ménages, permettraient de réaliser toutes les économies désirables dans les constructions. A cet effet, on pourrait ériger des maisons pour deux, trois ou un plus grand nombre de familles ou de ménages, de manière que chaque logement fût, autant que possible, distinct et indépendant des autres logements disposés sous le même toit.
Cours et jardins. — 11 est à désirer que la cour ou le jardin annexé à la maison ait au moins, en longueur et en largeur, une superficie équivalente à la façade des bâtiments qui le dominent; le sol doit être mis à l'abri de l'humidité, au moins dans la partie qui borde l'habitation, par un pavement, et avoir une certaine
pente pour l'écoulement des eaux. Dans lo c.v, où il ne serait pas possible de donner aux cours les dimensions qui viennent d'être indiquées, il serait nécessaire de tenir au moins l'un des murs de côté, et s'il est possible, celui du midi, à la hauteur d'un simple rez-de-chaussée.
Sol, cave et planchers. — Le sol sur lequel l'habitation est construite doit être exempt d'humidité. Si cette dernière condition peut être obtenue, il suffira de tenir le sol intérieur plus élevé d'une marche au moins au-dessus du sol extérieur; si elle fait défaut, ii sera nécessaire, on tenant d'autant plus à l'exhaussement, de recourir aux moyens d'assèchement dont l'efficacité a été constatée par l'expérience, et parmi lesquels on peut citer le drainage, l'établissement d'une voûte isolant le terrain du sol même des pièces, sotu lequel l'air circulerait librement, etc.
Les caves ne diminuent l'humidité que lorsqu'elles sont bien ventilées par de larges soupiraux, et que les matériaux qu'on a employés à leur construction sont hydrofuges.
Il convient cependant, en tous cas, que chaque maison destinée au logement d'une ou de deux familles, ait sa cave établie dans les meilleures conditions de salubrité.
Le dallage en pierre des chambres est généralement froid, humide et, partant, insalubre. Le carrelage en carreaux de terre cuite ou en briques a les mêmes inconvénients, quoiqu'il un moindre degré. Cependant il peut être adopté pour les pièces du rez-de-chaussée, particulièrement pour celle destinée à servir de cuisine. Pour les chambres affectées au logement, on doit en tout cas donner la préférence au plancher, au-dessous duquel il convient de ménager des courants d'air qui l'empêchent de toucher au sol, ou tout au moins de placer des corps pulvérulents propres à absorber l'humidité.
Toitures et plafonds. — Les matériaux et les formes de toiture les plus convenables, sont ceux qui permettent de conserver une température modérée, qui évitent le mieux l'humidité, qui facilitent l'écoulement des eaux, et qui ne privent pas l'habitation de l'influence de la lumière et du renouvellement de l'air.
La toiture ne doit jamais recouvrir immédiatement l'habitation ; elle doit en être séparée par un plafond.
Les toits doivent être inclinés de manière à faciliter l'écoulement des eaux et à empêcher l'accumulation des neiges; ils seront garnis de chéneaux en métal de dimensions suffisantes.
Les eaux provenant des chéneaux doivent être dirigées verticalement dans des gouttières et déversées, autant que possible, dans un réservoir ou citerne a l'usage de l'habitation.
Il est utile, particulièrement à la campagne, de donner à la toiture une saillie de UO à 50 centimètres, afin de garantir les murs de l'action des pluies.
Le grenier doit être éclairé au moyen de lucarnes pouvant s'ouvrir à volonté et qui, pendant les chaleurs, aident à la ventilation de la partie supérieure de l'habitation.
La surface des plafonds sera unie, les renfoncements formés par les solives arrêtent le mouvement de l'air. Revêtus d'une couleur blanche, ils donnent plus de lumière réfléchie à l'appartement.
Portes et fenêtres. — Lorsque l'espace est suffisant, il convient que la porte d'entrée donne accès sur un porche, ou dans un petit vestibule, d'où l'on communique avec les diverses parties de l'habitation.
Les fenêtres doivent être en rapport avec la hauteur des étages, avec l'exposition et le mode de construction de la maison, l'étendue et la destination des pièces, etc. En règle générale, il convient que leur superficie totale soit au moins égale au vingtième de la capacité cubique des pièces à éclairer.
Escaliers. — Il importe d'éviter, dans la construction des maisons d'ouvriers, les escaliers roides, en forme d'échelles. Sans occuper un trop grand espace, proportion gardée à l'étendue de la maison, l'escalier doit être convenablement éclairé et aéré. Il doit être solide et commode ; à cet effet, on donnera aux marches 25 centimètres de giron, et 17 centimètres d'élévation. L'escalier sera enfin muni d'une rampe solide à hauteur d'appui.
C/iau/Jage , ventilation. — Chaque chambre doit être munie d'une cheminée et, à défaut, d'un tuyau d'aérage.
Les poêles ou les appareils destinés au chauffage peuvent, selon les circonstances, être disposés de manière à chauffer simultanément deux pièces contiguës et superposées.
La combinaison du chauffage et de la ventilation en hiver pourra s'opérer à l'aide de procédés analogues à ceux qui sont employés dans les salles d'école.
Pendant l'été, la ventilation sera établie naturellement par l'ouverture des portes, des fenêtres et des cheminées, et subsidiairement au moyen d'ouvertures et de ventouses recouvertes de toile métallique, établies dans le mur, à 1 mètre 80 centimètres au-dessus du sol, et dans la partie supérieure de la pièce, en communiquant avec l'air extérieur.
Cabinets d'aisances. — 11 importe que chaque maison ait, autant que possible, un cabinet d'aisances inodore, etque, dans les bâtiments affectés au logement de plusieurs familles, les cabinets soient disposés de manière à servir au plus à deux ou trois ménages, dont chacun, à cet effet, sera muni d'une clef.
A moins d'adopter les procédés confectionnés et notamment les tuyaux à siphon et les lavages plus ou moins fréquents, il est préférable de disposer les sièges d'aisances hors, mais à proximité de l'habitation, que de les établir dans l'intérieur. Si cet arrangement était impraticable, il faudrait du moins éloigner le cabinet de la chambre à coucher et des autres lieux où l'on réside le plus souvent, en fermer exactement l'entrée, etmaintenir, si faire se peut, un courant d'air entre le cabinet et l'habitation.
Il convient, en tout cas, d'établir dans la partie supérieure du cabinet, ou mieux encore sur la voûte delà fosse, un tuyau d'appel qui entraîne les gaz vers l'air extérieur.
Distribution d'eau. — Toute maison d'ouvriers doit être pourvue de deux sortes d'eau : s'il est impossible de réaliser cette condition, il est du moins indispensable d'affecter à l'usage d'un certain nombre d'habitations voisines, un puits avec pompe et une citerne dont l'accès soit facile.
Ecoulement des eaux ménagères , égouts , cuvettes. — Les puits d'absorption ne peuvent, sans inconvénients graves et sans
RIEMIiAUI.T. — HYG. \"i
258 HYGIÈNE DU IIOUILLEUR.
danger plus ou moins imminent, recevoir, même à la campagne, les eaux ménagères et les matières fécales ; à défaut d'égouts publics, il est indispensable de recevoir ces eaux et ces matières dans des fosses ou citernes voûtées et revêtues avec soin d'une couche de mortier hydraulique.
Lorsqu'une maison est affectée à plusieurs ménages qui habitent aux divers étages, il est utile de fournir à chaque ménage en particulier le moyen d'évacuer ses eaux ménagères, sans devoir les descendre à bras. Les plombs et les cuvettes destinées à cet effetà chaqueétage,ne devront jamais être ouverts dans l'appartement. Ceux en fonte ou en grès sont préférables aux autres.
Il convient de donner aux tuyaux de descente une dimension suffisante, afin que l'aérage s'y fasse mieux, et de les fermer avec une grille, afin que les matières qui y tomberaient ne les encombrent pas.
Appendice des habitations. — En règle générale, il convient d'éviter les alcôves. Lorsqu'elles sont jugées nécessaires, elles doivent être disposées de manière àpouvoirêtreventiléesavecfacilité.
A défaut de caves, il convient de disposer pour chaque ménage un réduit ou une petite pièce bien ventilée pour les provisions, ainsi qu'un dépôt pour le combustible.
Les murs intérieurs doivent être soigneusement recrépis et blanchis, et le bas des murs qui serait sujet a se souiller, peint à l'huile ou au goudron de gaz, en forme de plinthe ou de lambris.
ARTICLE II. — Réparations.
On ne sait pas assez combien il est malsain d'habiter des appartements qui n'ont pas été réparés depuis longtemps et c'est précisément parce que l'ignorance est générale, que j'insisterai sur ce sujet.
L'homme consomme en vingt-quatre heures, sans engraisser sensiblement, sans augmenter de poids, une nourriture solide ou liquide qu'on peut approximative-
ment évaluer à 3 kilogrammes. De ces 3 kilogrammes, 2 sont rendus par ce qu'on est convenu d'appeler pertes sensibles, urines, fèces, etc., l'autre kilogramme passe en pertes insensibles, c'est-à-dire par l'exhalation de la peau et des poumons. Or, dans ces pertes insensibles, dans ces excrétions, dans ces sueurs, il y a bien des éléments morbides, des vapeurs délétères, variables suivant les individus et d'une insalubrité toujours plus grande chez les malades. Ces vapeurs s'attachent aux habits, aux boiseries, aux meubles, aux pierres des murailles, surtout aux pierres molles et poreuses; là, elles sont, comme l'a fort bien observé Sainte-Marie, condensées et fixées par l'humidité de la transpiration et se réexhalent ensuite peu à peu, mais seulement en partie. La ventilation qui renouvelle l'air est presque sans action sur le méphitisme des murs.
Ces excrétions ont une odeur qui est facilement reconnaissable chez certaines personnes et qui s'imprègne aux murs des habitations. Nous avons tous, sans nous en rendre compte peut-être, été affectés plus ou moins agréablement par une odeur toujours la même, en entrant dans certains appartements.
Pour moi, je me rappelle très distinctement Fimpressiori que j'éprouvais, il y a vingt-cinq ans environ, en entrant dans la chambre d'un très vieil oncle qui était curé et qui habitait cette même chambre depuis soixante ans environ, sans qu'on y eût jamais fait la moindre réparation. J'étais fort jeune alors et cependant j'ai aujourd'hui encore conservé le souvenir très net de cette sensation.
En pénétrant dans les appartements habités par cer-
taines femmes, on est saisi quelquefois par une odeur douce, agréable et comme parfumée qui leur est propre et dont les murs et les meubles s'imprègnent.
Du reste, lout ceci repose sur des impressions fugitives qu'on peut mal juger, mais Cadet de Vaux fit des expériences décisives à ce sujet, dans les latrines de l'hôtel des Invalides. îl prit, non pas les pierres de la fosse, mais celles des cabinets, et il trouva que le méphitisme allait jusqu'à un pied et demi dans l'épaisseur de ces pierres.
Plus récemment, M. le docteur Dundas Thomson, analysant des décombres, les trouva ainsi composées :
Matière organique putride. . . . 8,77
Eau 36,06
Matière inorganique. . . .*. . . 54,18
Dans le Midi où l'on considère à tort ou à raison (je crois plus à raison qu'à tort) la phthisie pulmonaire comme une maladie contagieuse, on a coutume quand un poitrinaire est mort dans un appartement, de considérer cet appartement et tous les meubles qu'il contient comme impurs. On brûle tout depuis le lit jusqu'aux rideaux; on gratte les murs et les plafonds; on les recrépit, on enlève avec la scie ou le rabot les couches superficielles des boiseries; en un mot, on s'applique à détruire le méphitisme des murs avec beaucoup de soins et de précautions.
Du reste, cet usage est presque aussi vieux que la société ; le Lévitique, au sujet de la lèpre des maisons, contient des détails curieux (1).
(1) Lévitique XIII, 45; XIV, 3, 8, 35 à 45.— Voyez Michel Lévy, Traité d'hygiène, 3e édition, 1857, t. I, p. 7.
Moïse veut « qu'on racle au dedans les murailles de la » maison impure, qu'on jette toute la poussière qui en » sera tombée en les raclant, hors de la ville dans un lieu » impur (1). »
En France nous n'avons pas adopté cet usage et volontiers nous nous en moquons. Les savants les plus dignes de respect et de confiance sont presque unanimes pour reconnaître que la phthisie pulmonaire n'est pas contagieuse; cependant voilà une jeune femme qui meurt phthisique au bout d'un an de mariage; le mari qui est d'une famille saine, qui a joui de la meilleure santé jusque-là, six mois plus tard tombe victime de la môme affection. Quand on connaît plusieurs faits analogues (et ils ne sont pas bien rares), on est disposé à n'admettre qu'avec réserve la non-contagion de la phthisie.
N'est-on pas autorisé, dans ces cas, à croire que l'habitation constante dans un appartement imprégné des miasmes exhalés par la jeune femme, n'est pas pour beaucoup dans l'invasion de la même maladie chez le mari? Du reste, à supposer que ces affections et d'autres n'aient pas le pouvoir de se transmettre ainsi, on ne peut se refuser de reconnaître l'insalubrité d'un appartement infecté par une cause ou par une autre du méphitisme des murs, et alors que le doute serait permis (ce que je n'admets pas) on ne devrait pas s'abstenir des précautions que j'ai indiquées.
Quand un usage comme celui qui règne en Italie existe chez un peuple depuis des siècles, c'est qu'il repose sur
(1) Lévilique, chap. XIV.
262 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
quelque chose de vrai. Cherchons l'explication, mais ne nous hâtons pas de blâmer.
Ce que je viens de dire de la phthisie pulmonaire ne peut-il pas s'appliquer au cancer, et aux autres maladies dites héréditaires? Ut bonorum lier éditâtes ita et morborum successiones ad posteros perveniunt.
Nous héritons, dit un vieil auteur, des maladies de nos pères, ainsi que de leurs biens. îl est vrai qu'on ne peut pas expliquer comment s'opère cette transmission. Aussi, m'est-il permis de dire : Prenez garde, c'est quelquefois parce que vous vivez dans la maison de vos parents, sans avoir pris les précautions dont je viens de parler, que vous contractez l'affection dont ils ont laissé des germes attachés aux murs. Sans doute, je ne nie pas l'hérédité des maladies par voie directe, mais je dis que quelquefois le méphitisme des murs déterminera peut-être Téclosion d'une maladie diathésique.
Que penser aussi de ces affections qu'un célèbre médecin, Portai, appelle maladies de famille, affections qui n'ont existé ni chez le père, ni chez la mère, et qui sévissent sur la totalité ou la plupart des enfants issus d'un même mariage?
Pour moi, je vois le méphitisme des murs jouer là un rôle important et qu'on méconnaît. Les enfants habitent en général dans un appartement qui leur est spécialement destiné ; or, on comprend que si les murs de cet appartement ont été infectés pendant la maladie d'un premier enfant, les autres, à cet âge où l'organisme encore faible et débile, est vivement impressionné par les agents extérieurs, en même temps que son degré de résistance est
faible, les autres, dis-je, contracteront l'affection dont les murs recèlent les miasmes producteurs.
Souvent, sans doute, le méphilisino n'a nullement à intervenir pour expliquer telle ou telle maladie de famille. Je ne prétends pas que c'est la cause unique du mal, mais seulement que c'est une des causes possibles et probables.
N'y a-t-il d'infection, dit M. Michel Lévy (1), que celle qui se révèle à grands traits par des maladies répandues sur des localités, des populations entières, et chaque maison, chaque refuge où la famille se forme, grandit et meurt; ne peut-il avoir, si l'on peut ainsi dire, ses endémies particulières?
ARTICLE III. — Mobilier.
Je ne parlerai ici que de quelques-uns des meubles nécessaires dans un ménage, le lit, les ustensiles de cuisine, renvoyant pour dé plus amples détails aux traités spéciaux.
Du lit. — « Le lit, dit M. Michel Lévy (2), remplace le » vêtement pendant la nuit ; le malade s'y réfugie comme » dans un milieu plus approprié à ses organes. »
Quelques feuilles sèches, de la paille, du foin, voilà malheureusement encore le lit de bien des hommes. Le plus généralement c'est une espèce de châssis en bois dont la forme est très variable, et contenant une paillasse et un matelas en laine ou crin, quelquefois un lit de plume.
Le lit de plume a de grands inconvénients; il en Ire -
(1) Traité d hygiène publique et privée, 3* édition. Paris, 1857.
(2) idem, t. II, p. 238.
264 HYGIÈNE DU HOUILLEUR.
tient une moiteur qui affaiblit et peut occasionner des congestions sur divers organes; de plus, le duvet s'imprègne des sueurs et des exhalaisons qui s'échappent de notre corps.
Dans le nord et même dans le centre de la France, notamment dans le département de l'Allier, on se couche entre deux lits de plume, non recouverts de draps. Rien n'est plus malpropre, plus malsain et plus répugnant.
La plume, sous un matelas, donne au lit une souplesse agréable ; c'est de cette manière qu'il convient de l'employer et encore dans des cas restreints; car les couches trop molles ne conviennent ni à des enfants, ni à des hommes jeunes et robustes, mais quelquefois aux vieillards, aux femmes délicates, aux malades.
On se sert encore de la plume dans les oreillers et quelquefois dans les édredons. Les oreillers en plumes tiennent la tête trop chaude et ont l'inconvénient de s'imprégner, comme je le disais tout à l'heure, des produits de la sueur. Quant à l'édredon, il peut être très utile ; il est léger, favorise le développement rapide de la chaleur, et n'est pas en contact avec le corps. Cependant il sera bon de temps en temps, d'exposer au grand air la plume qui le compose.
La laine offre bien moins d'inconvénients que la plume. Néanmoins elle n'est pas exempte de quelquesuns.
Le crin est bien préférable ; encore sera-t-il bon de faire carder les matelats une ou deux fois l'an.
Aujourd'hui, dans nombre de pays, on emploie avec le
plus grand avantage, pour la confection des matelas, des productions végétales, telles que la balle d'avoine, « les spalhes de maïs, la fougère, certaines mousses moelleuses, des goémons, une zostère foliacée (1). »
Les matelas sont recouverts par des draps de toile, de fil ou de coton; les toiles de fil sont préférables. Il est bon de changer les draps tous les quinze jours. Les couvertures sont des tissus de laine ou de coton.
Ustensiles de cuisine. — Les vases de plomb doivent être bannis de toute maison. Chaque année, la presse retentit des accidents arrivés à des familles empoisonnées par ce métal. Les vases en cuivre fournissent facilement un poison mortel : le vert de gris. L'étamage préserve contre ce danger; il est important qu'il ne laisse jamais à nu aucune partie du cuivre.
Il est dangereux de faire bouillir des acides dans des casseroles en terre vernie; car le vernis est composé d'oxyde de plomb que ces acides pourraient dissoudre ; il peut en résulter des accidents graves.
Les vases en fonte, en fer battu, en fer-blanc, constituent la batterie de cuisine la plus saine et la plus solide.
Des vêtements . — Je ne dirai qu'un mot sur les vêtements.
Il faut que les mineurs aient des habits pour le travail qu'ils quittent une fois que leur journée est terminée. Ils doivent se couvrir de vêtements chauds (paletots ou manteaux en gros drap), quand ils sortent de leur chantier tout mouillés par la sueur ou par l'eau des galeries, pour se rendre chez eux.
(1) Michel Lévy, loc. cit.
266 HYGIÈNE DU HUUILLEUIi.
De combien de rhumes, de douleurs rhumatismales,
cette simple précaution les préserverait !
ARTICLE IV. — Moyen» «le salubrité.
La propreté, ce luxe du pauvre, qui pare et embellit tout, rend les habitations non-seulement agréables, mais encore salubres.
L'accumulation des ordures de toute sorte, soit sous les meubles, soit dans les coins des appartements où se putréfient des débris de végétaux ou d'animaux, constitue des foyers d'infection qui produisent de grands ravages,
Cette cause pernicieuse ne se manifeste que par des effets toujours les mêmes, toujours évidents, souvent au contraire, elle produit des désordres variés et dont il est difficile de soupçonner l'origine.
En 185&, une famille de la Lorraine, composée du père, de la mère, de trois garçons et d'une fille, vinrent s'établir à Commentry, dans la rue Saint-Quirin.
Il est difficile de s'imaginer la malpropreté qui régnait dans la chambre qui constituait à elle seule tout le logement. En y entrant, on était suffoqué par une odeur nauséabonde, infecte.
Au bout de six à huit mois de séjour à Commentry, la mère fut affectée d'abcès multiples qui la tinrent plus d'un an au lit. Le père eut dans le dos un anthrax énorme dont il pensa mourir. Deux des fils furent atteints de fièvres intermittentes et le troisième périt d'une affection typhoïde ; la jeune fille seule conserva une santé robuste.
On peut dire que toutes ces affections surviennent indépendamment des causes que j'invoque, que l'anthrax
INSTRUCTION DU CONSEIL DE SALUBIilTÉ, ETC. "267
se rencontre chez des personnes qui ont des habitudes de propreté; que les fièvres intermittentes étant endémiques à Commentry, il n'y a rien d'étonnant à ce que des jeunes gens non acclimatés contractent ces affections à leur arrivée dans ce pays; que la fièvre typhoïde fait des victimes dans toutes les classes de la société, et enfin que les abcès multiples indiquent tout simplement une constitution appauvrie. Pour moi, je vois dans tous ces désordres une cause productrice qui domine toutes les autres : la saleté, dont les effets se sont traduits d'une manière différente, suivant les prédispositions individuelles.
Ne pouvant vaincre l'apathie de ces malheureux, je dus, après la mort du fils, faire des démarches pour les obliger à quitter leur demeure, tant j'étais convaincu qu'elle recelait la source de leurs maux.
Au sujet des moyens d'assurer la salubrité des habitations, je crois devoir insérer ici l'instruction du Conseil de salubrité delà Seine.
Instruction du conseil de salubrité de la Seine, concernant les
MOYENS D'ASSURER LA SAL'JBiUTÉ DES HABITATIONS (Séance du
10 novembre 18Zt8).
Cause de l'insalubrité des habitations.
La salubrité d'une maison dépend, en grande partie, de la pureté de l'air qu'on y respiré. Tout ce qui vicie l'air doit donc exercer une influence lâcheuse sur la santé des habitants.
L'air des habitations est principalement vicié par les causes suivantes : le séjour de l'homme et des animaux, la combustion des différentes matières employées au chauffage et à l'éclairage,
les fuites du gaz, la stagnation et la décomposition des urines, des eaux ménagères, des immondices de toutes sortes.
Effets de l'air vicié.
Les effets produits par l'altération de l'air des habitations sont toujours graves. Tantôt ils consistent en accidents subits, qui, comme l'asphyxie, peuvent mettre rapidement la vie en danger ; tantôt ils se manifestent par des maladies aiguës, meurtrières, tantôt enfin, se développant avec lenteur, et par cela même excitant moins de défiance, ils ne deviennent apparents qu'après avoir jeté de profondes racines et miné sourdement la constitution. L' ètiolement et surtout les ynaladies scrofuleuses, appartiennent à ce dernier ordre d'effets. Enfin, c'est dans les habitations dont l'air est insalubre, que naissent et sévissent avec plus d'intensité certaines épidémies dont les ravages s'étendent ensuite sur des cités entières.
Notons ici que l'insalubrité peut exister aussi bien dans certaines parties des habitations les plus brillantes que dans les humbles demeures, et que d'un autre côté, les plus humbles demeures peuvent offrir les meilleures conditions de salubrité.
Caractères que doit présenter l'air des habitations.
L'air des habitations doit être exempt de mauvaise odeur aussi bien que de celui des cours et rues voisines ; il ne faut pas oublier d'ailleurs que le facile renouvellement de l'air est une condition essentielle de salubrité.
Moyen d'assurer la salubrité des maisons.
Ces résultats ne peuvent être obtenus que de la manière suivante :
Balayage.
Il faut balayer fréquemment, non-seulement les pièces habitées, mais encore les escaliers, corridors, cours et passages, en ayant soin de gratter les dépôts de terre et immondices qui ré sistent à l'action du balai.