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Hygiène des pays chauds

Une violente épidémie de choléra a ravagé la Guadeloupe à la tin de l’année 1865 et au commencement de l’année 1866.

Témoin de ce grand drame, personnellement intéressé à ce que la vérité soit connue, je tiens à honneur et je me propose d’en tracer l’histoire. Il importe surtout de dissiper les doutes qui régnent encore, dans quelques esprits, sur la contagiosité du choléra et de mettre fin aux négations élevées, jusque dans les livres classiques, sur ce point de fait et de doctrine si gros de conséquences. Les événements qui se sont passés à la Guadeloupe me semblent de nature à mettre en évidence la propriété éminemment contagieuse du choléra et les dangers qu’il peut y avoir à méconnaître cette vérité.

J’examinerai, d’abord, les conditions topographiques et hygiéniques au milieu desquelles l’épidémie s’est développée ; cette étude nous fera connaître les conditions particulières d’aggravation qu’elle a rencontrées sur le théâtre où elle a sévi.

Deux courants d’opinions opposées se sont établis, dès le principe, sur la nature et l’origine de la maladie : tandis que les uns croyaient devoir la considérer comme une fièvre pernicieuse, née dans un quartier marécageux de la ville de la Pointe-à-Pître, d’autres y voyaient le choléra apporté de loin.

Par l’importance qu’elle a prise et les conséquences qu’elle a eues, la première /Opinion fait partie de la trame logique des événements, et elle s’impose à l’examen; je m’efforcerai de con-

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cilier, dans les épineuses questions que soulève cet examen, ce qui est dû aux personnes avec ce qui est dû à la vérité.

L’opinion de l’origine locale de l’épidémie a pris ses principaux arguments dans les données de la topographie ; nous verrons jusqu'à quel point ces données la justifient. La relation des faits qui se rattachent au début de l’épidémie permettra ensuite à chacun d’en faire une appréciation plus complète.

Les vices de l’hygiène jouent, dans un grand nombre de maladies des pays chauds, un rôle qu’il importe de faire ressortir et de bien préciser, car alors même qu’ils ne sont pour rien dans la cause première de ces maladies, celles-ci peuvent encore y trouver des éléments d’aggravation extrêmement puissants. C’est ce qui est arrivé dans le choléra de la Guadeloupe. Il n’est venu ni de la topographie ni d’aucune autre condition de l’hygiène générale ; mais si ces conditions ne lui ont pas donné naissance, il est certain qu’elles en ont considérablement aggravé les manifestations morbides et le développement épidémique.

La pathologie des pays chauds est encore peu connue dans ses rapports avec la physique générale de ces contrées. Les travaux des médecins de la marine ont imprimé récemment une nouvelle impulsion à cette partie intéressante et vraiment scientifique de la géographie médicale, qui ne saurait se borner désormais à n’être qu’une stérile statistique des maladies, suivant les climats et les lieux divers. J’essayerai, de mon côté, de donner, dans la partie consacrée à l’hygiène, quelques indications qui peuvent être utiles à ceux qui voudront suivre la même voie et chercher à déterminer, d’une manière de plus en plus précise, les rapports des maladies avec les conditions si complexes des milieux où elles se développent.

On ne peut nier l’importance de ces recherches; elles sont le prélude obligé des améliorations sanitaires et hygiéniques, sans lesquelles certaines colonies ne seront jamais que des colonies mortuaires, et les tentatives de colonisation entreprises dans de certaines conditions de pays, de races, de procédés hygiéniques d’acclimatement, des œuvres toujours stériles et trop souvent funestes.

PRÉFACE

Les systèmes de colonisation qui obligent à recourir à une immigration continue pour entretenir le niveau de la population des travailleurs ne sont plus de notre temps; il faut aujourd’hui quelque chose de plus hygiénique, de plus humain, de plus moral.

Si le choléra est né à la Guadeloupe, il importe de le savoir, car alors il peut naître partout; s’il y a été introduit d’une manière mystérieuse, sans qu’on sache ni quand ni comment, il n’importe pas moins d’en avoir la preuve, car alors aucun pays, pas même ceux qui sont isolés comme les îles, ne pourront, à coup sur, se préserver de semblables malheurs que par des précautions bien plus rigoureuses que celles qui sont aujourd’hui en usage contre les provenances des pays contaminés; si le choléra contagieux peut naître d’une maladie primitivement et simplement infectieuse, et s’il ressemble quelquefois à une fièvre pernicieuse, ce sont là des faits inattendus dont on a le droit de demander les preuves, car c'est alors la pathologie ellemême, la pathologie classique qui a besoin d’être réformée, et la spécialité des maladies, sur laquelle repose tout l’édifice pathologique, n’est plus qu’un mirage trompeur.

Je n’ignore pas les difficultés de la tâche que je me suis proposée. Dire la vérité, même avec modération, dans des choses où maintes erreurs ont reçu plus d’une sanction, est une entreprise qui peut susciter quelques mécontentements.

À quoi bon, dira-t-on peut-être, venir aujourd’hui parler de l’épidémie de la Guadeloupe ? Je répondrai d’abord qu’on ne saurait s’étonner qu’un médecin rapporte l’histoire d’une épidémie meurtrière qu’il a observée, c’est plutôt du contraire qu’il faudrait être surpris. Je dirai ensuite que j’ai le droit de combattre des erreurs dont j’ai eu à souffrir, et je demanderai, à mon tour, si le triomphe de la vérité dans des choses où la vie humaine sert d’enjeu, n’est pas toujours un but honorable à atteindre. Il est bon de mettre une vigie sur des écueils où tant de vies ont fait naufrage, c’est diminuer les risques de voir les mêmes malheurs se renouveler.

L’histoire du choléra de la Guadeloupe est féconde en pré-

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deux enseignements, la science est intéressée à ce qu’ils ne soient pas perdus. Les événements ont mis en évidence, à la Guadeloupe, des faits sur lesquels elle n’était pas fixée : la contagion du choléra, sa propagation exclusive par cette voie, la formation de foyers épidémiques autour des malades et des objets contaminés, sous la seule influence des émanations miasmatiques qui s’en dégagent, l’indifférence des émanations marécageuses à l’égard de cette maladie, le rôle tout secondaire quoique puissant des conditions générales de l’hygiène, la double influence des cours d’eau sur la propagation épidémique, une influence tellurique probable mais obscure dans sa nature et son mode d’action. L’humanité est intéressée comme la science ou plutôt les deux intérêts se confondent dans leur fin, elle est intéressée à savoir comment le choléra naît et comment il se propage, afin de s’en préserver, et à connaître les conséquences de l’erreur sur ces graves questions, afin d’épargner à l’avenir les douloureuses leçons du passé.

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