DE LA GRANDE-BRETAGNE PENDANT LES ANNEES
Accidents divers dans
Accidents divers à la
(Machines, explosion de
Totaux. . . .
En 1866, on compte une perte de 1848 existences sur un nombre de 320 663 individus employés dans les mines d'Angleterre et d'Ecosse, ce qui fait une proportion de 1 mort par accident sur 374 ouvriers de tout âge.
La nature des blessures varie avec la cause de l'accident : ce sont, dans les éboulements, des fractures du crâne, des écrasements de thorax avec fractures multiples des côtes, et des ruptures d'organes internes, et très-souvent la mort arrive par asphyxie sous les décombres. (Voy. Carrier.) Un grand nombre de décès sont dus à l'écrasement des wagons. Dans un seul district en Angleterre (Durham-sud), il y a eu 40 décès pour cette cause en 1866. On peut attribuer ce malheur, dit Atkirson, à la tentation qu'éprouvent les ouvriers de braver les défenses qui leur
sont laites, on montant dans les wagons employés à charrier le charbon dans l'intérieur des mines.
Les fractures du crâne sont, le plus souvent, le résultat de la chute des échelles ; celles du rachis, de la chute de l'ouvrier dans les puits (Demarquette).
Un accident fréquent à la suite des coups de mine, c'est la cécité traumatique; dans un relevé des accidents arrivés dans les houillères de la province de Liège, 1832-1838, on trouve que sur 106 hommes appartenant à la catégorie des aveugles par traumatisme, il y en a 60 qui doivent leur cécité à l'emploi de la poudre à canon cjans les mines (A. Vischer). La déflagration de la poudre, dans les endroits où la ventilation est difficile et où l'atmosphère est viciée, y vient encore ajouter les produits gazeux et délétères de la combustion; de là des menaces d'une asphyxie rapide et presque toujours funeste.
On sait que le grisou est le nom que donnent les mineurs à l'hydrogène protocarbonéque certaines couches de houille dégagent en plus ou moins grande abondance. La houille grasse donne lieu à infiniment plus d'émanations que la houille maigre. La présence de ce gaz dans l'air des galeries produit des mélanges qui, à partir de la proportion de 1/1 3, deviennent de plus en plus détonants jusqu'à 1/8 ; au-dessous de 1/8, le danger d'explosion va en diminuant jusqu'à 1/3, mélange dans lequel la lampe ordinaire du mineur s'éteint. Mais on comprend combien est grand alors le danger d'asphyxie. Les explosions de grisou sont souvent la cause d'éboulements plus ou moins considérables, d'autres fois de rupture de digues et par suite d'inondations où les ouvriers peuvent trouver la mort par submersion. Dans certaines exploitations, elles ont des conséquences très-graves à raison des poussières très-ténues que produit la houille, et qui se déposent sur le sol ou
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sur les parois de* galeries. L'inflammation ayant lieu, le courant violent qu'elle produit soulève ces poussières, qui prennent feu au contact de la flamme; il se produit une carbonisation rapide qui dégage une énorme quantité de gaz irrespirables, et la flamme se propage dé proche en proche, alimentée et par ces poussières et par les gaz hydrocarbonés accumulés dans les vides qui subsistent, de distance en distance, quelques soins que l'on prenne, aux toits des galeries. Des commencements d'incendie se manifestent sur divers points, le feu prenant à la houille et aux boisages, et il peut arriver une seconde explosion plus générale et plus dangereuse due aux gaz provenant de la distillation de la houille en combustion. C'est ainsi que cela s'est passé lors d'un accident arrivé en Angleterre dans le Yorkshire, dans la mine dite Edmund's main Collier}/, près Barnsley, où le directeur de la mine, son fils et 57 ouvriers tués, 15 blessés, et l'obligation d'inonder les travaux pour éteindre l'incendie, furent les conséquences désastreuses de cet accident (1862).
Souvent la vie de l'homme est atteinte subitement par la traînée des flammes et par les gaz délétères qui s'en dégagent, de sorte que la plupart des cadavres ne portent aucune trace de blessures.
Pour donner une idée des ravages du grisou, nous dirons ici qu'en Angleterre, rien que dans un district, leStaffordshire, on relève, depuis la fin du xvne siècle, jusqu'en 1863, le chiffre énorme de 2034- ouvriers tués par l'explosion de ce gaz; et d'un autre côté, que l'une des plus grandes catastrophes connues, arrivée dans les houillères de Ferndale, est due à Une explosion de grisou : sur 400 ouvriers au travail, il y eut 170 victimes. (Extrait d'une dépèche adressée, le 14 décembre 1866, au ministre des afïaires'élrangères, parM. Boisselier, consul à Birmingham.)
Hygiène préservatrice. — I. Industrielle. — A. Circulation dans les puits. — L'introduction des ouvriers dans les mines et leur sortie, lorsqu'elles s'effectuent par des échelles, non-seulement fatiguent énormément les bouilleurs, mais encore les exposent à des accidents fréquents, principalement la chute et la rupture de ces échelles. C'est . pour cette raison que l'on doit supprimer les échelles et les remplacer, partout où c'est possible, par le système des paliers mobiles ou fahrkunst. Ces machines, à l'aide desquelles les ouvriers sont descendus et remontés mécaniquement, ont été appliquées pour la première fois dans les mines du Hartz. Dans les dernières, perfectionnées, nous citerons celles de Varocquier et Hanrez. La disposition générale consiste en deux tiges verticales qui descendent depuis l'ouverture jusqu'au fond du puits. Leur extrémité supérieure est reliée à la tige du piston d'un cylindre à vapeur, de sorte que, par le jeu de la machine, les deux longues tiges reçoivent un mouvement alternatif; lorsque l'une descend, l'autre remonte; des paliers sont fixés aux tiges, de distance en distance, et se correspondent pendant le temps d'arrêt qui règne à l'extrémité de chaque course. Il suffit donc de passer alternativement du palier d'une tige à celui de l'autre pour remonter ou descendre, l'ouvrier devant passer continuellement sur la tige qui va monter ou celle qui va descendre. Si l'on veut se rendre compte de l'économie de temps que procure l'emploi du fahrkunst, il nous suffira de dire que dans une mine de 300 mètres de profondeur, la vitesse utile du fahrkunst étant, par exemple, de 30 mètres par minute, 250 ouvriers ' peuvent être descendus' en 35 minutes et remontés dans le même espace de temps. On comprend quelle garantie de sauvetage offre un pareil système, dans le cas où il faudrait fuir un 'danger
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immédiat, une inondation rapide de la mine, par exemple.
B. Procédés cï extract ion. — Nous savons combien les ruptures de câble sont fréquentes dans le puits d'extraction; l'administration exige que les ouvriers descendent ou remontent au moyen des échelles ou de fahrkunsl. Cependant, lorsque l'extraction se fait par des cages guidées ou cuffats, sur lesquelles on place les wagons chargés de matériaux ou de produits, la descente et la remonte des ouvriers peuvent s'effectuer par ces cages, pourvu qu'elles soient munies de parachute.
L'extraction par cages guidées a de tels avantages sur les anciens modes par bennes librement suspendues aux câbles, qu'elle est généralement adoptée aujourd'hui. Les parachutes ont pour effet d'arrêter la cage au point de sa course, dès qu'il y a rupture du câble de suspension. Leur principe commun consiste dans l'action d'un ressort qui, en se détendant par la rupture du câble, lance et met en mouvement deux griffes ou verrous qui viennent s'appliquer sur les montants de bois sur lesquels les cages sont guidées, et les arrêtent. Tels sont le parachute de Fontaine, employé aux mines d'Anzin; ceux de Jacquet, de Boisseau, à Montigny sur Sambre et Gharleroi, en Belgique.
Un autre appareil de sûreté, qui est également indispensable, c'est le frein des machines d'extraction. Il doit être placé à la portée du mécanicien, qui doit le faire agir en cas de rupture d'une des pièces, ou pour empêcher les cages d'aller choquer les molettes, lorsque l'introduction de la vapeur dans les cylindres n'a pas été fermée à temps.
Dans la construction des galeries, on doit avoir pour but de faire disparaître ou de diminuer, autant que possible, le nombre de celles qui, étroites, tortueuses, humides,
chaudes, mal aérées, pleines de fumée et de gaz irrespirables, sont un danger permanent pour les ouvriers. Les nouvelles seront larges et élevées, reliées entre elles par un plus grand nombre de communications. La mine sera pourvue de plusieurs orifices, de façon à ce que chaque compartimentait son aérage propre. Pour bien faire comprendre l'importance d'une telle disposition, il nous semble utile de rapporter ici la catastrophe la plus considérable que l'industrie des mines ait à enregistrer dans ses annales. Elle a eu lieu à Hartley en Angleterre (1862). Cet accident a occasionné la mort de 209 personnes, dont 204, c'est-à-dire le personnel qui se trouvait alors dans la mine, sans aucune exception, ont péri par asphyxie. La mine dont il s'agit ne communiquait avec le jour que par \m seul puits de 3m,80 de diamètre sur 182 mètres de profondeur, divisé en plusieurs compartiments. A l'orifice était installée, outre la machine d'extraction, une grande machine à balancier faisant mouvoir des pompes d'épuisement. Le balancier, de 18 000 kilogrammes environ, s'est rompu inopinément, et l'un des fragments, d'un poids de plusieurs tonnes, est tombé dans le puits avec la maîtresse tige, bouleversant dans sa chute "les cloisons des compartiments et remblayant le puit's par une masse de pièces de bois enchevêtrées d'une manière inextricable jusqu'à plus de 12 mètres au-dessus de la cheminée venant du foyer d'aérage. Dès lors toute issue s'est trouvée fermée aux ouvriers, et la ventilation a cessé de se faire dans les travaux. C'est seulement au bout de neuf jours du travail le plus actif que le déblayement a pu être terminé ; mais, en rentrant dans les travaux, on n'a plus trouvé que des cadavres.
C. Procédés de ventilation. — Outre Taérage naturel par les orifices d'extraction, la ventilation sera pratiquée
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dans les galènes des miiies par des machines puissantes et simples. Le ventilateur Fabry, le ventilateur Lemielle, la vis Guibal, et les machines pneumatiques horizontales (système Mahaut, fonctionnant, aux charbonnages de Pontdu-Loup sud, et du Bourbier près dé Charleroi) remplissent ces conditions. Les appareils de ventilation Guibal, à force centrifuge, ont été couronnés récemment par l'Académie des sciences, qui en a aussi constaté les résultats remarquables au point de vue de l'assainissement et de la sécurité qui en résultent pour les ouvriers. Quant au procédé qui consiste à établir un courant d'air à travers toute la mine? en échauffant et déplaçant, au moyen d'un foyer, la colonne d'air contenue dans l'un des puits, c'est encore le moyen le plus simple et le plus usité; nous pensons cependant qu'il doit être supprimé dans les houillères, à cause des dangers d'inflammation du grisou.
D. Eclairage des mines. — Les accidents les plus redoutables, en effet, auxquels le houilleur puisse être exposé, sont incontestablement ceux qui sont dus à l'explosion du gaz hydrogène carboné. La moindre imprudence, le moindre oubli, un fait accidentel et imprévu, peuvent déterminer des explosions dont les conséquences sont toujours désastreuses au double point de vue de la sûreté des ouvriers et de l'aménagement de la mine. On a eu et l'on a recours, pour éviter ou tout au moins rendre plus rares les accidents dont nous parlons, aux ventilateurs mécaniques, lorsque le courant d'air naturel est insuffisant, et, dans tous les cas, aux lampes à treillis métallique.
D'après Yan denBroeck, c'est surtout au printemps que ces explosions arrivent. On a remarqué aussi qu'elles avaient eu lieu, presque toujours, au moment de l'abaissement de la colonne barométrique, ce qui laisse supposer que la diminution de la pression atmosphérique facilite le dégage-
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ment du gaz explosif. C'est la rencontre de ce courant avec un corps en ignition qui détermine, le plus souvent, l'explosion. Partant de ces données, M. Rofe a émis l'opinion que c'est le baromètre qu'on devrait consulter pour régler la ventilation des mines ; cet appareil serait, en même temps, l'indicateur le plus certain des précautions à prendre, puisqu'il préviendrait delà diminution de la pression atmosphérique et de l'approche du danger. A l'aide de puissantes machines soufflantes, on enverrait alors dans les galeries menacées une injection d'air suffisante pour y maintenir un excès de pression qui empêcherait les dégagements gazeux de la houille, sarfs agir pernicieusement sur la santé des ouvriers appelés à travailler dans ce milieu (H. Deroux).
D'autres appareils indicateurs de la présence du grisou sont la cloche d'alarme d'Ancell, employée en Angleterre, et le manomètre siffleur d'alarme deFromont, expérimenté en Belgique.
Les ouvriers, prévenus par eux du danger qui les menace, peuvent ainsi quitter la mine avant que le gaz soit accumulé, ou ne pas s'y engager avant que la ventilation ait dissipé toute crainte d'explosion. Ce sont là des moyens préservateurs dont nous ne saurions trop recommander l'usage.
Les lampes de sûreté les plus généralement employées sont les lampes de Davy, de Mueeler et de Morison. Mais ces lampes n'empêchent point les accidents, d'une façon absolue. Ainsi leur treillis métallique peut rougir s'il reste trop longtemps exposé au gaz ; un courant d'air vif ou un jet de gaz animés d'une vitesse un peu grande suffisent pour que la flamme passe à travers le treillis et donne lieu à des explosions; un bloc tombant sur le treillis et le rompant, l'imprudence des ouvriers qui ouvrent la lampe malgré les plus expresses défenses, sont autant de motifs d'accidents.
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Pour remédier à ces derniers dangers, plusieurs constructeurs ont eu l'idée de faire des lampes de sûreté qui ne puissent plus être ouvertes sans qu'elles s'éteignent forcément : telles sont les lampes de DubruHe, Lermusiaux et Ofanier, L'expérience n'a point encore parlé à leur égard. Toutefois la lampe de Morison, d'après des essais récents, parait supérieure à toutes les autres, parce qu'elle résiste davantage aux courants des mélanges gazeux explosifs, et qu'elle s'éteint sans explosion au moment où le gaz entre en contact avec la flamme.
Une explosion de grisou pouvant très-bien ne pas être empêchée par l'emploi des courants artificiels et par la lampe de sûreté, M. Yerpillèux a songé à localiser l'explosion, afin d'éviter que le champ d'exploitation ne soit dévasté en entier. Le but qu'il a cherché à atteindre est de diviser les travaux en plusieurs compartiments, que des dispositions particulières rendront, au moment de l'explosion, indépendants les uns des autres, de telle sorte que l'effet de l'accident soit tout à fait local. C'est là un système de préservation qui mérite d'être expérimenté.
Disons, pour terminer, quePaulThenarda eu l'idée d'éclairer les mines infectées de grisou par des appareils de sûreté fixes, lesquels seraient alimentés par de l'air extérieur lancé, par une machine spéciale, dans une canalisation générale. Enfin on a cherché ta faire intervenir l'électricité dans l'éclairage des mines (Boussingault, de la Pùve).
Gairaud a proposé de s'assurer, au moyen d'étincelles d'induction, avant l'entrée des ouvriers dans les mines, de la présence du gaz explosif, et de le détruire ainsi par des détonations préalables.
Mais il est des circonstances où le grisou peut s'enflammer en dehors du contact avec le feu des lampes. C'est ainsi qu'un chantier où le gaz marque habituellement ne
doit jamais être poussé par le travail à la mine; car on a noté l'inflammation du grisou par le choc de la pointe d'un pic contre un rognon de pyrite dure et compacte, celle produite par le choc des masses de fer dur contre les pièces de fonte employées comme piquets dans certaines mines; enfin, le courant d'air dirigeant le grisou peut venir s'enflammer au foyer d'aérage.
Règle générale. A la suite d'une' explosion ou d'une série d'explosions rendant inaccessible, pour un certain temps, tout un quartier d'une mine, sans qu'on puisse s'assurer immédiatement qu'il n'y a nulle part de commencement d'incendie, la première mesure à prendre sera de faire sortir immédiatement tous les hommes, à l'exception du petit nombre de ceux qu'on veut employer au sauvetage. Si enfin l'on constate que l'explosion a mis le feu sur un ou plusieurs points actuellement inaccessibles par suite des moyens de distribution du courant d'air, il ne faut pas hésiter à noyer les travaux.
E.Eboulements. — La destruction lente des Bois qui servent à étançonner, telle est. la cause première de la plupart des éboulements que viennent souvent aussi déterminer les coups de mine ou les explosions de grisou. Dans l'inflammation, en effet, des couches pulvérulentes par le grisou, les bois éprouvent eux-mêmes, jusqu'à une profondeur variable suivant le cas, un commencement de carbonisation.il faudra donc surveiller fréquemment et renouveler à temps les bois qui servent aux cuvelages et aux étais. Mais l'emploi de colonnes de fonte pour étançonner préviendra, le plus souvent, tout accident de ce genre.
Une cause trop fréquente d'éboulement se trouve dans le mode dangereux d'exploitation de la houille, dans le cas où deux couches se présentent immédiatement superposées. Directeurs et ouvriers sont trop enclins à ne con-
sidérer que la question d'économie, et., afin de faciliter le détachement delà couche supérieure, ils la privent d'appui pendant quelque temps en extrayant d'abord le charbon de la couche inférieure qui la soutenait, et cela, quelquefois, sur une étendue considérable ; méthode expéditive, on le conçoit, mais on ne peut plus dangereuse.
F. Epuisement des mines.— On doit provoquer l'assèchement du sol à l'aide de rigoles conduisant les eaux dans un canal, d'où elles sont extraites. L'usage des machines d'épuisement à traction directe tend à se répandre de plus en plus, et à remplacer les anciennes machines à balancier. Ces machines sont moins coûteuses et utilisent mieux la force.
II. Individuelle. — A. Age et travail des enfants dans les mines. (Voyez Hygiène générale, p. 58, § lxxxiii et lxxxiv.)
B. Hijgiènephijsique. — Parmi les causes qui prédisposent les ouvriers houilleursàsubirles fâcheux effets d'une profession aussi pénible, il faut compter, avant tout, l'absence de toute hygiène physique, leur vie misérable dans des habitations basses et malsaines, la mauvaise alimentation et les vices que l'indifférence morale développe chez eux.
Le houilleur contracte souvent des maladies quand, mouillé et transi, il sort du puits pour retourner à sa demeure parfois très-éloignée, et où son bain et ses vêtements ne sont pas toujours préparés. Il subit, pendant ce trajet, l'humiliation de se montrer la face noircie et les habits humides et dégoûtants ; c'est dans cet état qu'il se sent attiré vers le cabaret pour s'y réchauffer ou pour y oublier sa misère sous le voile de l'ivresse (Julien Béer).
Ces considérations ont engagé quelques exploitants et directeurs de charbonnage à améliorer le sort des mineurs par l'installation de bains et lavoirs. C'est au charbonnage
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des Six-Bonniers, à Seraing (Belgique), que Ton a disposé pour la première fois des lavoirs, de telle sorte qu'avant de retourner chez eux les ouvriers puissent se laver, se couvrir de vêtements propres et plus en harmonie avec les rigueurs de la saison. Avant de se rendre dans les travaux, le houilleur se débarrasse de ses vêtements ordinaires, revêt un costume de travail entoile, composé d'un pantalon, d'une chemise et d'une veste, que lui fournit le charbonnage, et c'est ainsi qu'il descend dans le puits. A sa sortie, il se rend dans la salle de bains, où il prépare lui-même celui qu'il doit prendre. Il a à sa disposition de l'eau chaude et du savon, et, après s'être lavé, il se couvre du costume qui lui appartient et qu'il avait déposé dans une boîte ou panier particulier. Il sera bon d'ajouter au costume des chaussures de travail, qu'on enverra au séchoir à la sortie du puits.
On exclura des travaux des mines les apprentis qui sont d'une constitution chétive, et qui sont déjà atteints de lésions de l'appareil respiratoire et du cœur. Autant que possible, la journée ne dépassera pas huit heures de travail. Les femmes seront destinées aux travaux les moins pénibles et à ceux qui ne nécessitent aucune attitude vicieuse prolongée. Si Ton veut se rendre compte de la proportion de femmes employées dans les travaux des mines, nous citerons les chiffres suivants : En 1867, dans les houillères du Hainaut, on comptait, sur 68 967 ouvriers, 11 038 ouvrières, c'est-à-dire 19 femmes pour 100 ouvriers du sexe masculin. Gomme on le voit, le nombre est assez considérable.
Il est évident que, pendant les travaux dans l'intérieur des galeries, l'usage d'un masque ou respirateur, sans être très-efficace, ne peut être que fort incommode. Les ouvriers ne s'y astreindraient guère d'ailleurs. Toutefois, il
est indispensable d'avoir à sa disposition, et toujours sous la main, un appareil Gallibert ou Denayrouse (voy. égoutiers), de manière à pouvoir immédiatement, et sans compromettre les sauveteurs, porter secours aux hommes menacés d'asphyxie, dans les galeries où l'atmosphère est rendue subitement irrespirable.
Tout homme blessé ou ayant perdu connaissance doit être immédiatement transporté sous le regard d'un puits d'extraction, et de là ramené à la surface. Savoir relever, transporter un blessé, s'entremettre en un mot pour sauver un homme, c'est là toute une éducation par laquelle un ouvrier houilleur doit passer. Au besoin, on pourrait avoir une escouade d'hommes rompus aux manœuvres, sachant installer un malade sur un brancard ou dans un cuffat, diriger l'ascension et la sortie du puits, etc. Nous rappellerons ici l'appareil de Valat, que l'Académie des sciences a récompensé, et qui consiste en un système de sangles maintenant le malade, et en une caisse longue pouvant être retirée verticalement. L'inventeur s'est proposé de transporter ainsi le blessé au dehors et sur-le-champ, sans douleur ni autre inconvénient, du lieu souterrain de son accident, dès qu'il aura été pansé et placé dans la machine de transport.
Disons, pour terminer, qu'il sera surtout utile de porter à la connaissance des houilleurs les moyens de traiter un homme asphyxié.
Ce sera le cas de mettre ici en usage la méthode Silvester, adoptée en Angleterre et en France par diverses sociétés de sauvetage, et qui peut être pratiquée par les premiers ouvriers venus. (Voy. p. 37, Hygiène générale.)
On apportera enfin tous les soins possibles à l'amélioration des conditions hygiéniques de l'ouvrier et de sa famille, en dehors des travaux (logements, alimentation,
hygiène morale, instruction, etc.) (Voy. Hygiène générale.)
Nicolas Skragge, thèse, 1777, Upsal. — Valat, Histoire médicale et statistique des ouvriers mineurs de la houillère de Decise (Nièvre), 1834. — Yischer, De l'établissement des caisses de prévoyance en Relgique en faveur des ouvriers mineurs. — Ed. Ducpétiaux, Du travail des enfants dans les mines et houillères de la Grande-Bretagne et de la Relgique. De son influence sur leur santé et sur celle de cette classe d'ouvriers (Ann. d'hyg. publ., 1813, t. XXIX, 2e part.).
— Villermé, Quelques considérations sur la stature, la conformation et la santé des enfants et des adolescents employés dans les houillères de la Grande-Bretagne (Analyse du rapport d'enquête sur les mines et sur les houillères d'Angleterre, in Ann. d'hyg. publ., 1843, t. XXX).
— Van den Broeck, Réflexions sur l'hygiène des mineurs et des ouvriers d'usines métallurgiques, le Mans, 1840 ; "2e édit., 1843. Aperçu sur l'état physique et moral de certaines classes ouvrières, Rruxelles, 1843, in-8°. — Schirmer, Maladies des mineurs de Grunberg. Casper's Vierteljahrsschrift fur gerichtliche Medicin, t. X, 2e fascicule. Extrait donné par Reaugrand (Ann. d'hyg. publ., 1859, t. XI). — Demarquette, Essai sur les maladies des mines houillères de Courrière-Rilly et Hénin-Liétard,1860. — A. Riemrault (de St-Etienne), Hygiène des ouvriers mineurs dans les exploitations houillères, Paris, in-8°, 1861. — Rorert (G. L.), De la phthisie charbonneuse et de la pénétration des corps pulvérulents et l'absorption des corps solides, thèse de Paris, 1862. — Boens-Boisseau, Traité pratique des maladies, des accidents et des difformités des houilleurs, Bruxelles, 1862, in-8°. — H. Kurorn, Étude sur les maladies particulières aux ouvriers mineurs employés aux houillères de Belgique, Paris, 1863. — Callon, Notice relative aux accidents survenus dans les mines de houille et de fer de la Grande-Bretagne en 1861 et 1862 (Ann. des mines, 1864). — Le Roy de Méricourt, Hygiène des houilleurs. Analyse (Ann. du génie civil, 1865). — J. Reer, Installation de bains et lavoirs aux charbonnages (Ann. du génie civil, 1868;.
imprimeurs, typographes. — « Rassembler les différentes parties mobiles constituant une planche dont l'inverse mosaïque en relief, une fois encrée, peut reproduire
indéfiniment un manuscrit, s'appelle composer, et les ouvriers qui préparent cette mosaïque, compositeurs. Aucune profession ne demande plus d'instruction et d'intelligence; aucune ne demande plus d'adresse et d'habileté de main. Distinguer souvent, au milieu de ratures et de signes indéchiffrables, ce qu'a voulu dire l'auteur, exige des yeux exercés, une grande attention, une volonté constante de bien faire, et. des études préalables, longues et difficiles, que ne réclament pas les autres professions.
» Aussi, les compositeurs sont-ils, pour la plupart, des gens fins et distingués, calmes, presque graves, souvent érudits. Ils ont pour unique défaut une certaine ironie philosophique bien naturelle à des hommes sous les yeux et par les mains desquels passent tant d'assertions opposées, signées souvent du même nom. » Telle est la façon dont Turgan (Grandes Usines) s'exprime sur les ouvriers compositeurs d'imprimerie , et dans cette description imagée nous trouvons résumées en quelques mots les principales causes de leurs maladies professionnelles : application soutenue des yeux, exercice professionnel des doigts, et tension parfois exagérée de l'esprit.
L'affaiblissement de la vue, et surtout les troubles de l'accommodation, sont des affections presque habituelles chez les typographes.
Elles sont amenées, à la longue, par la lecture des épreuves, par la correction sur la forme, par l'exiguïté de certains caractères, le brillant des caractères neufs, et avant tout par le travail de nuit à la lumière artificielle.
Les inflammations chroniques des yeux et la blépharite se rencontrent aussi chez ces ouvriers, et Demours a signalé comme très-pernicieuse la poussière des casses. L'examen a fait reconnaître que cette poussière est, en grande partie, composée de matières organiques contenant
des traces de substances métalliques. — En outre, l'attitude inclinée que les ouvriers sont obligés de prendre pendant toute la durée de leur travail, mais surtout pendant la correction sur les formes, entraîne des congestions oculaires avec vertiges, scintillements et bluettes.
Van Holsbeck (de Bruxelles) dit que les compositeurs chargés des corrections souffrent souvent de congestions cérébrales et d'hémorrhagies.
L'exercice professionnel des doigts peut devenir la cause de spasme fonctionnel des doigts (névrose coordinatrice) et de rétraction musculaire.
Van Holsbeck a particulièrement insisté sur le tremblement paralytique des mains qui succède à ces troubles divers, et contre lequel il a employé avec avantage les courants électriques.
L'habitude contractée par les compositeurs de travailler debout détermine chez quelques-uns des tremblements, de la fatigue et de l'œdème des jambes, et provoque assez communément l'apparition de varices et d'ulcères variqueux, lorsque à cette fatigue professionnelle viennent s'ajouter l'âge ou les excès.
Mais il est certaines affections qui proviennent d'habitudes vicieuses inhérentes, pour ainsi dire, à la profession ; ce sont les tics nerveux et diverses altérations des lèvres. En effet, ces dernières présentent souvent des fissures plus ou moins profondes. D'un autre côté, on trouve destumeurs développées à la surface interne de la même région, et qui ne sont autre chose que des follicules dont les conduits excréteurs ont été oblitérés. Quelquefois ces tumeurs s'enflamment; elles deviennent alors extrêmement douloureuses, s'ulcèrent rapidement et présentent l'aspect cancéreux. L'affection dont il s'agit serait due, suivant Holsbeck, à l'habitude qu'ont certains compositeurs
de placer dans leur bouche les caractères encore humides du liquide qui a servi à les laver. Disons, en passant, que la térébenthine et la litharge, dont quelques fabricants d'encre d'imprimerie usent mystérieusement et maladroitement, ont le défaut de s'attacher tellement aux caractères, qu'il est presque impossible de bien les laver.
Cette habitude de mettre ainsi dans sa bouche de pareils caractères, dont la composition est la suivante : plomb 67 parties, antimoine 25, étain 5 et cuivre 3; ainsi que l'absorption de la poussière métallique qui se trouve dans les divisions des casses, et qui s'attache souvent aux lettres qui y ont séjourné, sont les causes auxquelles il faut attribuer les accidents saturnins que l'on rencontre quelquefois chez les ouvriers imprimeurs. (Yoy. Plomb.)
Mais la colique et la paralysie saturnine sont plus rares aujourd'hui, grâce sans doute à la précaution que prennent les ouvriers d'essuyer soigneusement la poussière qui recouvre les caractères, de ne pas les tenir longtemps dans leur bouche, et de nettoyer fréquemment les casses.
Quant aux tics dont nous avons parlé, c'est tantôt un clignement d'yeux, une contraction des muscles de la face, un dandinement continuel devant la casse, le balancement d'une jambe, etc.; et, quoiqu'on ait prétendu que ces manies servaient à régulariser le travail, il faut reconnaître avec Chevallier que les bons ouvriers en sont ordinairement exempts, et que ce ne sont là que des habitudes qui peuvent être corrigées facilement. On doit cependant admettre, dans une mesure restreinte, l'influence de l'imitation.
Les auteurs parlent encore de hernies, de crépitation douloureuse des tendons, d'arthrite du poignet, et de subluxations des doigts. Tous ces accidents, qui se ren-
contraient surtout chez les pressiers, se faisaient remarquer avec les anciennes presses à bras (presses à vis ou à levier).
Aujourd'hui, c'est presque partout des presses automatiques, mues par des machines à vapeur, et souvent servies par des femmes.
Comme séchoir, on a inventé des appareils dans lesquels la feuille, prise entre de grandes toiles sans fin, vient se sécher sur de gros tambours pleins de vapeur d'eau. Ces appareils ont, en sautant quelquefois, causé des accidents graves et amené la mort des personnes avoisinantes.
Il est une affection que présentent assez souvent les apprentis chargés du nettoyage des caractères; c'est une inflammation sous-épidermique de la paume des mains et des doigts avec un certain degré d'insensibilité (anesthésie cutanée), due, sans doute, à l'action des eaux de lessive et des essences dont on se sert quelquefois.
Les ouvriers imprimeurs sont sujets aux affections gastro-intestinales : dyspepsie et diarrhée; mais les maladies des voies respiratoires se rencontreraient plus communément chez les ouvriers fondeurs de caractères.
« Autour des creusets, les ouvriers fondeurs se tiennent debout, leur moule d'une main, une petite cuiller de fer de l'autre. Ils prennent le métal en fusion avec leur cuiller, le jettent dans le moule, donnent une petite secousse, jettent la lettre formée, referment le moule, le remplissent, le vident, et cela avec une rapidité telle qu'un bon ouvrier peut faire 18000 lettres dans une semaine : ce qui implique trois mille fois par jour les mouvements que nous venons de décrire. Des ouvriers habiles et trèslaborieux arrivent même à 5000 lettres par dix heures. Or les bons ouvriers fondeurs sont rares; c'est un dur métier qui a des chômages forcés par la fatigue même
de ce travail à la chaleur d'un ardent foyer (Turgan). — Les maladies du cœur dominent ici, et trouvent leur cause dans cette exagération du mouvement professionnel des membres supérieurs, et la fréquence des rhumatismes aigus.
Nous sommes déjà loin du temps, où, suivant en cela les errements de Ramazzini et de Fourcroy, des observateurs tels que Cadet de Gassicourt, Pâtissier, Turner-Thackrah, traçaient de la santé des ouvriers typographes le tableau le plus sombre, et les représentaient comme en proie à l'hydropisie, aux chairs molles, à la scrofule, à la syphilis! et ne dépassant que très-rarement l'âge de quarante-cinq ou cinquante ans. Mais si, en commençant, nous avons cru devoir porter bien haut l'intelligence et les aptitudes de cette catégorie d'ouvriers, combien ne devonsnous pas regretter de constater, en dernier lieu, que les excès, l'intempérance et le défaut d'une bonne hygiène privée sont encore aujourd'hui une des causes principales des maladies qui les atteignent ! C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre comment Holsbeck a pu dire que près de 25 pour 100 des imprimeurs succombent, à la tuberculose héréditaire ou acquise; tandis que Chevallier, qui a été porté par la nature même de ses recherches à observer des ouvriers rangés, sobres et presque tous âgés, en a conclu à la rareté excessive de laphthisie chez eux, et à la longévité chez tous les ouvriers typographes.
Hygiène. — Les préceptes d'hygiène professionnelle sont encore ceux que Chevallier nous a indiqués d'une manière si complète dans son mémoire, et que Van Holsbeck n'a fait que résumer dans son étude sur les maladies des imprimeurs :
Les ateliers seront ventilés autant que possible, et surtout par le moyen de courants d'air chaud circulant à
travers des enveloppes de poêle. Les ouvriers seront prévenus des inconvénients que peuvent entraîner les habitudes vicieuses de travail. On leur recommandera l'usage de conserves et de bas lacés. Jls devront prendre du repos aussitôt qu'il se manifestera- de la fatigue ou des douleurs dans les yeux. On fera contracter aux compositeurs l'usage de tabourets. On évitera, autant que possible, tout excès de travail, mais surtout le travail de nuit. On leur prescrira la sobriété et la tempérance, et, au besoin, on choisira de préférence ceux qui ont une bonne conduite. Une extrême propreté est de rigueur. L'usage de vêtements et de chaussures convenables sera prescrit; et les ouvriers fondeurs surtout se mettront à l'abri de toute transition brusque du chaud au froid. Enfin, les jours de repos, des promenades en plein air et un exercice salutaire seront en général très-favorables à l'entretien de la santé.
A. Chevallier, De la nécessité de faire de nouvelles recherches sur les maladies qui affligent les ouvriers, et pbservations sur celles qui se font remarquer chez les imprimeurs (Ann. d'hyg. publ., lre série, t. XIII, 1835). — Van Holsbeck, Maladies des imprimeurs (Journal de médecine de Bruxelles, 1858). Extrait par Beaugrand (Ann. d'hyg. publ., t. XV, 2e série, 1861).
marins. — La profession de marin, dit Michel Lévy,, résume toutes les influences qui se rapportent à la mer, à l'atmosphère maritime, aux climats maritimes et insulaires, à la navigation.
Faire ici l'étude générale de ces diverses influences serait entreprendre celle de la pathologie exotique tout entière. Le marin, en effet, transporté d'un point à un autre du globe, destiné à séjourner plus ou moins longtemps clans les colonies, y subit l'action des climats généraux ou partiels, et plus que tout autre paye un large
tribut aux maladies endémiques. La dysenterie, les fièvres paludéennes et bilieuses, l'anémie intertropicale et la diarrhée chronique qui frappent les marins pendant leur séjour aux colonies, et leur campagne sur les côtes insalubres, ne sont pas plus spéciales à la profession que la fièvre jaune, le typhus, le choléra, la fièvre typhoïde et l'insolation. Le scorbut et la colique sèche ressortissent plus particulièrement à la pathologie nautique, parce que l'une et l'autre de ces affections sont engendrées à bord dans le milieu professionnel.
C'est pourquoi Tune 'et l'autre tendent à disparaître avec les progrès de l'hygiène navale proprement dite.
Le scorbut, si fréquent autrefois pendant les longues navigations, si terrible parfois dans ses ravages (pendant le voyage autour du monde de l'amiral Auson, 1740-44, il frappa plus de 90 pour 100 des hommes des équipages), est presque inconnu aujourd'hui à bord de nos navires. Il est démontré, du reste, que ses causes ne sont point spéciales au milieu nautique. Les influences morales, les fatigues, le froid, l'humidité qui tour à tour ont été invoqués dans l'étiologie de la maladie, n'exercent qu'une action prédisposante, mais jamais déterminante. La condition vraiment nécessaire à son développement, c'est le manque ou l'insuffisance des végétaux frais dans l'alimentation des matelots. C'est ainsi que l'on a vu le scorbut se déclarer à bord de navires éminemment bien disposés comme hygiène intérieure, pourvus abondamment de vivres de campagne, mais qui, forcés d'accomplir de longues traversées sans relâcher nulle part, se trouvent ainsi dans l'impossibilité de renouveler leurs vivres frais. C'est ce qui est arrivé à bord du Castiglione en 1867. (A. Léon (de Rochefort), Contribution à l'étiologie du scorbut, in Arch. de méd. wav.,4868.) C'est ce qui arrive de
nos jours encore sur les transports qui font les longs voyages de Nouvelle-Calédonie.
C'est pourquoi le meilleur traitement consistera à se procurer, dès que cela sera possible, des végétaux frais et des fruits acides. Cette influence curative des végétaux frais s'exercera d'autant mieux qu'ils auront été soustraits depuis le moins de temps possible à l'influence de la vie. « Les conserves de légumes frais et pressés, dit Le Roy de Méricourt (article Scorbutique in Dict. encyclop. des sciences méd.), ne peuvent nullement être appelés à remplacer les légumes frais, puisque, pour arriver à les conserver, on les a privés de leur eau de végétation; ces conserves n'ont d'autre avantage dans l'alimentation du marin que de rompre la monotonie de la ration. »
La colique sèche, qui, on l'admet généralement, aujourd'hui, n'est pas autre chose qu'une colique d'origine saturnine, peut être considérée à bon droit comme une maladie essentiellement professionnelle. Que sous le nom de colique nerveuse ou végétale on en veuille faire une maladie spéciale attribuée à l'action d'un miasme qui se formerait dans la cale du navire (Fonssagrives), ou qu'on la regarde comme une manifestation plus ou moins directe du miasme paludéen (Vidal, Mondot), il n'en est pas moins vrai que c'est là une affection qui sévit principalement sur les matelots embarqués, et qui, il n'y a pas longtemps encore, se montrait souvent à l'état épidémique. Mais combien son caractère professionnel ne s'est-il pas affirmé depuis que de savantes et minutieuses recherches ont permis d'en saisir et d'en supprimer à la fois la cause efficiente à bord des navires! C'est en particulier aux travaux de Lefèvre (de Brest) que l'on doit ce résultat important.
Des observations exactes et nombreuses ont en effet
démontré que les principales causes de cette colique sont l'emploi de la peinture et du mastic au minium, la présence du plomb dans les diverses pièces des machines distillatoires, l'usage de siphons en fer étamé pour les charniers, la mauvaise habitude de se servir de boîtes de conserves pour faire cuire les aliments, etc. Dans toutes ces circonstances, le plomb trouve des dissolvants par excellence dans l'eau distillée, les liquides acides et les matières organiques. Toutes ces causes d'intoxication plombique, qui ont pu être regardées comme insignifiantes par quelques médecins de la marine, prennent dans les pays chauds, sous l'influence d'une débilitation générale de l'organisme, une importance considérable.
La colique sèche est plus fréquente sur les navires à vapeur que sur les navires à voiles, chez les mécaniciens et chauffeurs que chez les autres personnes de l'équipage, ce qui implique la pensée d'une cause inhérente à ces professions. C'est en effet dans la préparation du mastic au minium et au blanc de céruse pour les joints des machines que nous trouvons cette cause; mais ici surtout, l'exposition à de hautes températures, les déperditions sudorales qui en résultent, et l'affaiblissement consécutif de l'organisme, prédisposent singulièrement à l'absorption toxique.
« Si les hommes employés à la machine, dit Dutroulau, ne sont pas toujours les plus maltraités, il est beaucoup de bâtiments cependant où les chauffeurs et les mécaniciens ont tous été malades et quelquefois les uniques malades. »
Il est une autre affection qui atteint fréquemment les matelots dans les régions tropicales, et qui se manifeste souvent d'une façon épidémique; c'est Yhéméralopie. Elle est caractérisée par la dilatation et l'immobilité de la
pupille, avec abolition complète ou incomplète de la vue, pendant le temps où le soleil est au-dessous de l'horizon.
L'héméralopie débute par l'affaiblissement de la vision, accompagné d'une légère photophobie et de la dilatation pupillaire. Celle-ci s'agrandit bientôt et peut devenir persistante. Pendant le jour, on y voit très-distinctement; ce n'est que le soir, au moment du crépuscule, que la vision commence à se troubler; à mesure que le jour diminue, le malade éprouve la sensation d'un voile grisâtre ou d'un nuage qui viendrait peu à peu s'interposer entre ses yeux et les objets extérieurs. Lorsque la pupille conserve sa mobilité pendant le jour, le malade voit encore la nuit à la clarté de la lampe; mais cette lumière et celle de la lune ne sont qu'obscurité pour l'héméralopie complète, dans laquelle la pupille est immobile et fortement dilatée le jour comme la nuit. Suivant Piriou, la lumière du soleil, directe ou réfléchie, mais surtout la lumière diffuse, serait la principale cause de l'héméralopie. (Considérations sur l'héméralopie et te scorbut, in Arch. de méd. nav., 1865, t. IV.) Mais il est d'autres causes qui favorisent singulièrement son apparition; ce sont en général toutes les influences débilitantes : humidité, mauvaise alimentation, nostalgie, etc. C'est ainsi qu'elle coïncide le plus souvent avec le scorbut à bord des navires, à ce point qu'on a voulu, mais à tort, en faire un symptôme de cette dernière affection.
Les statistiques prouvent que l'héméralopie, toutes choses égales d'ailleurs, est plus rare à bord des bâtiments à batterie couverte qu'à bord de ceux qui en sont privés; de plus, que le nombre des héméralopes doit augmenter avec la durée du séjour dans les pays chauds, ou, en d'autres termes, que la proportion des hommes fréquemment atteints s'accroit avec la prolongation des campagnes.
D'une autre part, les marins sont d'autant plus exposés à contracter l'héméralopie que leur spécialité les met plus souvent en présence d'une lumière solaire intense. Les hommes du pont, les gabiers, les matelols calfats qui travaillent en dehors des navires sur les rats, présentent une plus grande proportion d'héméralopes que les autres hommes du bord.
Le meilleur moyen de prémunir les équipages contre l'héméralopie, c'est de les préserver de l'intensité de la lumière solaire, en abritant les ponts des bâtiments à l'aide d'une tente recouverte d'un taud et munie de ses rideaux. Quant au traitement, il consistera surtout à tenir les malades pendant quelques jours dans les parties obscures du navire. On y joindra l'action sur les yeux de vapeurs légèrement irritantes (vapeurs d'essences aromatiques, d'huiles empyreumatiques, ammoniacales faibles, de foie de bœuf, etc.), et si l'organisme est débilité, on administrera des préparations de quinquina et de fer, en même temps qu'on soumettra le malade à l'hydrothérapie.
Nous ne ferons que citer ici Y insolation, cet accident si fréquent et si funeste dans les climats torrides. Elle atteint plus particulièrement les canotiers et les matelots fusiliers, pendant les exercices des embarcations et de la compagnie de débarquement.
Nous n'insisterons pas non plus sur une singulière affection, la calenture, que l'on a regardée comme un délire fébrile, subit, particulier à la navigation dans les climats chauds, et dont le caractère spécifique est d'inspirer au malade le désir de se jeter à la mer. (Beisser, Dissertation sur la calenture, thèse de Montpellier, 1832.) Ce n'est là, pour nous, qu'un accès de fièvre pernicieuse à forme délirante.
Quant à la nostalgie, autrefois si commune dans la marine, elle a presque entièrement disparu avec les campagnes moins longues, les communications avec la mère patrie plus faciles, la vie matérielle à bord bien meilleure; avec l'instruction plus vulgarisée, le temps mieux employé, la discipline mieux entendue. (Benoist de la Grandière, De la nostalgie ou mal du pays, Paris, 1873.)
Parmi les matelots, les Bretons sont encore aujourd'hui ceux qui fournissent le plus de nostalgiques. Cette affection essentiellement morale doit plutôt être regardée comme une cause prochaine de maladie que comme une maladie elle-même. Mais si, au début, elle se manifeste par de la tristesse, le penchant à la solitude, la mélancolie, de la lassitude; on voit, à un degré plus avancé, survenir des troubles physiques prononcés, tels que céphalalgie, insomnie, de l'embarras gastrique et intestinal; les forces disparaissent, l'amaigrissement est très-rapide et les facultés intellectuelles s'affaissent. Dans cet état, le nostomane est éminemment susceptible de subir l'influence nosologique du milieu ou du climat. Mais, quelquefois, les symptômes propres du mal s'aggravent; il y a de la stupeur, du délire, de la prostration; une diarrhée colliquative, une fièvre hectique continue se déclarent, et la mort, qui survient, est l'effet de l'affaiblissement général et de la diminution graduelle de la puissance innervatrice.
Le meilleur traitement consistera dans le rapatriement du malheureux nostalgique, rapatriement toujours facile aujourd'hui; mais on ne doit pas oublier que l'éducation morale, physique et intellectuelle est le principal agent de préservation de la nostalgie.
Parmi les causes générales de maladie qui agissent à bord sur l'ensemble d'un équipage, les auteurs sont una- j
nimes pour placer en première ligne l'humidité intérieure du navire.
« De toutes les causes qui influent sur l'homme à la mer, dit Kéraudren, il n'en est pas de plus immédiate ni de plus active... L'humidité manifeste partout sa présence ; elle est portée dans toutes les parties du navire par les marins dont les vêtements ont été mouillés; elle est le produit des exhalaisons d'un très-grande nombre d'hommes réunis dans un petit espace; elle est encore augmentée par l'eau qui découle des futailles, et par toute celle qui se rassemble à fond de cale... »
« L'humidité, dit à son tour Fonssagrives, est la cause destructive la plus puissante de la conservation matérielle des navires; c'est elle aussi, qui détermine l'insalubrité des matériaux avec lesquels cette habitation particulière est construite, et l'on pourrait dire, sans trop d'exagération, que la petite quantité d'eau que la mer laisse sourdre chaque jour à travers les flancs d'un bâtiment n'expose pas la vie des marins à de moindres périls que les tempêtes contre lesquelles elle les force à lutter. »
Aussi voyons-nous l'humidité regardée par la plupart de ceux qui ont écrit sur les maladies des gens de mer, comme la cause souveraine de toutes ces maladies. Rouppe, Lind, Poissonnier-Desperrières lui ont attribué tous les ravages du scorbut. Les maladies les plus graves à la mer commencent ordinairement par des affections catarrhales, dit Kéraudren; et Fonssagrives lui-même en fait l'élément primordial de son marais nautique.
Il nous faut dire un mot de ce que cet auteur entend par marais nautique. Selon lui, la cale d'un navire est un véritable marais formé par un mélange d'eau douce et d'eau salée, et renfermant en lui une masse énorme de matières végétales dont la fermentation incessante produit ce qu'il
appelle ï infectieux Mmnéen. A cet infectieux limnéen il attribue une flore pathologique toujours la même à bord des bâtiments; les fièvres intermittentes et rémittentes, les fièvres continues à quinquina, les fièvres larvées, la fièvre jaune, la colique sèche, naîtraient spontanément à bord des navires ! On comprend tout ce que cette opinion a d'absolu et, disons-le, d'hypothétique en même temps. Son admission a surtout eu pour objet d'expliquer les cas d'apparition de fièvre intermittente à l'a mer, alors que l'on a quitté depuis plus d'un mois un pays marécageux et fébrigène.
L'encombrement à bord des navires donne lieu à de graves inconvénients. C'est à l'encombrement par les passagers qu'il faut attribuer les épidémies de typhus observées pendant la guerre de Crimée sur les vaisseaux transports de l'État; celles de dysenterie et de fièvre typhoïde qui ont eu lieu pendant le transport en Chine des troupes françaises. « Si les individus sains, entassés les uns sur les autres, contaminent l'atmosphère au point d'y faire naître une infection spéciale, combien, à plus forte raison, les malades, par leurs déjections fétides, par des plaies qui versent dans l'air des principes septiques, par des perspirations pulmonaires et cutanées déviées de leur nature physiologique, ne doivent-ils pas créer autour d'eux un redoutable foyer d'infection » (Fonssagrives). Ces conditions d'encombrement de malades ne se sont que trop souvent réalisées à bord de nos transports de Cochinchine, et n'ont pu être évitées en partie que par la création de bâtiments hôpitaux. Mais combien encore n'est-il pas désirable de voir ces transports hospitaliers n'être affectés qu'à ce service spécial, en même temps qu'ils seront délivrés de tout encombrement de matériel et de personnel valide?
L'assainissement du navire, telle est la question importante qui, dès à présent, se présente, à nous. Les divers procédés d'aération, d'assèchement, de désinfection, de nettoyage et d'arrimage des parties du navire en constituent les principaux éléments.
De toutes les parties du bâtiment, la cale est celle qui nécessite les plus grands soins de propreté et d'aménagement. Elle sera arrimée d'après le système Lugeol, qui permet de ménager des couloirs dans tous les sens et sur les parties latérales, de telle sorte que l'air trouve un accès dans les moindres recoins.
Tous les jours à la mèr, les eaux de la cale seront extraites et rejetées au dehors, et préalablement désinfectées s'il est nécessaire, au moyen de sulfate de fer. En rade, la cale sera maintenue autant que possible dans le plus grand état d'assèchement, au moyen de pompes aspirantes et d'un courant d'air rapide projeté dans les parties humides. — Le lavage à grande eau ne sera pratiqué que sur le pont; les batteries et le faux pont devront être briqués et entièrement asséchés; la poulaine, les bouteilles, les bailles d'aisances seront constamment désinfectées. — Le blanchissage à la chaux de toutes les parois intérieures du navire est éminemment hygiénique; cette couche de chaux neutralisera en partie les émanations sulfhydriques et l'acide carbonique exhalé. La peinture en blanc à l'extérieur, dans les pays chauds, aura l'avantage de s'opposer à une trop grande absorption de calorique. Mais le moyen par excellence de prévenir les dangers de l'humidité, de la haute température intérieure, comme de la vi dation atmosphérique, c'est Yaération artificielle.
La ventilation naturelle par les sabords et les écoutilles peut être efficace dans une batterie non encombrée, à la mer, et par une direction convenable du navire. Mais sur
les transports hôpitaux, où cette batterie est remplie de malades; mais la nuit, où les sabords sont maintenus fermés, l'aération devient alors tout à fait insuffisante. Que sera-ce pour les parties basses du navire, à moitié encombrées de matériel et souvent de passagers? Il faut donc avoir recours à l'aération artificielle.
Sans parler ici des manches à vent, ordinairement employées, et des divers appareils de ventilation, dont le plus grand nombre restent relégués dans nos arsenaux, disons tout de suite que, pour nous, le meilleur système de ventilation générale du navire, système qui a pour lui l'expérience, c'est celui du docteur Edmund, généralement appliqué à bord des paquebots et des bâtiments de guerre anglais. Voici en quoi il consiste : Les murailles du navire possèdent des espaces libres, comparables à des trachées, qu'on appelle mailles. Ce sont ces mailles qui sont utilisées pour l'aération artificielle ; un tuyau en tôle, horizontalement placé, fait le tour du navire en abord ; ce tuyau communique d'une part avec les mailles, d'autre part, soit avec la cheminée de la machine par deux tuyaux verticaux (bâtiments à vapeur), soit avec l'intérieur des mâts creux, ou avec des tubes de dégagement disposés sur le pont (bâtiments à voiles). (Arch. de méd. nav., t. VI, p. 211.)
Quand les mailles n'existent pas, comme à bord des bâtiments en fer, on les remplace par des tuyaux qui, tout en contribuant à la solidité du navire, vont puiser l'air dans la cale et les diverses parties du bâtiment.
Le Roy de Méricourt conseille aussi l'adoption de ce système -, mais il voudrait de plus qu'on ménageât à bord de tout bâtiment, au-dessous de son chargement, une chambre à air qui permette d'obtenir la siccité, la propreté, l'aération constante des fonds du navire.
Deschamps, dans un excellent travail sur la ventilation
forcée à bord des transports hôpitaux (thèse de Paris, 1872), ne se montre point zélé partisan du système Edmund, qu'il regarde comme exclusivement applicable à bord des navires ou paquebots voyageant à grande vitesse, parce qu'alors il y a un tirage suffisant dans la cheminée. Mais, dans tous les autres cas, il donne la préférence au système de ventilation par propulsion du docteur Van Hecke, lequel fonctionne à l'hôpital Beaujon et à l'hôpital Necker à Paris, et qu'il a conseillé d'appliquer à bord des grands transports, moyennant quelques petites modifications.
Après nous être occupé du navire et du marin en général; après avoir traité du milieu nautique au point de vue collectif, nous devons maintenant pénétrer dans l'étude particulière de chacune des diverses catégories d'hommes qui forment l'ensemble d'un équipage.
Toutefois, il nous faut ici dire un mot d'une affection très-commune chez les matelots, due le plus souvent au défaut de soins de la bouche et à l'habitude de chiquer, et que Martin Dupont a désignée sous le nom de gingivite ulcéreuse des matelots (thèse de Paris, 1872). Cette affection est caractérisée par l'ulcération du rebord gingival, ulcération qui s'étend sans interruption d'un côté à l'autre de la mâchoire sous la forme d'un long ruban ondulé, grisâtre, semé çà et là de petites fongosités rougeàtres. L'haleine est fétide, les incisives déchaussées sont devenues branlantes et menacent de tomber; la mastication est douloureuse et ne s'effectue désormais que très-imparfaitement. Aussi cette affection en apparence bénigne devient trop souvent la source de maladies variées de l'appareil digestif. Elle ne doit pas être confondue avec la gingivite scorbutique. Débarrasser les dents de l'épaisse couche de tartre dentaire qui les recouvre, se servir de poudres dentifrices au quinquina et au charbon, faire usage d'une brosse
à dents, en un mot mettre le matelot à même de se nettoyer la bouche en lui fournissant à la mer une petite ration d'eau douce : tels sont les principes du traitement à appliquer.
Au point de vue de la profession exercée à bord des navires, on peut diviser les hommes d'un 'équipage en trois catégories :
A. 1° Professions qui s'exercent sur le pont où à l'air libre ; comprenant les gabiers, les matelots du pont, les timoniers, etc.
B. 2° Professions qui s'exercent sous le pont ou à l'air confiné; ce sont les caliers, les soutiers, les cambusiers, les magasiniers.
G. 3° Professions qui s'exercent devant les feux, composées principalement des mécaniciens et des ouvriers chautïeurs.
A. — Si, d'une manière générale, les hommes du pont bénéficient des avantages d'un air pur et vivifiant, qui entretient chez eux l'énergie et la santé, et leur assure une résistance plus grande aux causes de maladie, d'un autre côté, ils sont exposés à toutes les intempéries de l'atmosphère, qui provoquent chez eux des maladies aiguës, surtout dans les pays froids. Leur travail professionnel les soumet à des mouvements violents qui déterminent chez eux des affections fréquentes du cœur (palpitations, hypertrophie), des hernies (dans le rapport de 1 sur 10), et des lésions traumatiques excessivement nombreuses.
Les gabiers sont souvent atteints de laryngite granuleuse avec emphysème pulmonaire, par suite des cris violents qu'ils poussent pour se transmettre d'un bout à l'autre de la mâture les indications des diverses manœuvres. Les canotiers sont particulièrement exposés aux refroidissements brusques, à l'insolation, au lumbago, aux rhuma-
tismes; la facilité qu'ils ont de communiquer avec la terre est pour eux une source de dangers et d'excès. Dans toutes les campagnes ils payent un large tribut aux fièvres paludéennes et aux endémies locales. Les travaux dans la mâture, dans les cordages du gréement, les manœuvres pénibles des mats et des voiles, le halemént sur les cordes, les amarres, le fonctionnement des poulies : telles sont les causes générales des lésions traumatiques qui atteignent les gabiers et les hommes du pont. Ces lésions sont, dans leur ordre de fréquence, 1° des lésions du pied, telles que coupures, piqûres par des éclisses de bois, des clous, corps tranchants égarés sur le pont; des excoriations, des gerçures, un certain ramollissement de l'épiderme avec décollement provoqué par les lavages fréquents, et analogue à la grenouille des débardeurs; des durillons sous la tête du premier métatarsien et sous l'extrémité postérieure dû cinquième. Parfois il se fait sous l'épiderme un épanchement de sang ; le derme s'irrite, s'ulcère, et l'on a affaire à une certaine variété du mal perforant. Sous l'influence de ces lésions le plus souvent bénignes, il peut se déclarer des angioleucites, des adénites inguinales très-fréquentes, des phlegmons du pied plus ou moins profonds ; 2° des lésions de la main : si elles sont moins fréquentes, elles sont plus graves, dit Barthélémy.
Le couteau que chaque gabier porte avec lui, et dont il se sert à chaque instant, tantôt avec le tranchant, tantôt avec la pointe, l'expose à de nombreuses coupures qui, lorsqu'elles siègent à la région palmaire, peuvent donner lieu à une hémorrhagie grave. Sans compter les piqûres, les implantations d'échardes, soit dans les parties molles, soit sous l'ongle, il faut constater ici la grande fréquence des écrasements des doigts et des panaris.
Partout où dans une poulie passe et se meut avec ra-
pidité une corde attachée à un poids très-lourd ou tirée avec force, ces accidents peuvent se produire; tantôt il y a choc et écrasement proprement dit, d'autres fois il y a lamination, section ou arrachement. A cet égard, la manœuvre qui consiste à descendre les embarcations à la mer est celle qui expose le plus à ces lésions.
Le panaris se présente sous toutes ses variétés; il est le plus souvent la conséquence des plaies, du frottement continu des cordes sur les doigts. Les inflammations de la main, soit de cause directe, soit par extension d'un panaris, ne sont pas rares; ce sont les ampoules, les durillons forcés, des phlegmons sous-épïdermiques, sous-cutanés et profonds.
3° Les autres lésions varient suivant la cause. Ce sont des fractures, des contusions, des plaies, des luxations diverses ; tantôt c'est une barre du cabestan qui, entraînée, jette les hommes à la renverse; ou bien la roue du gouvernail qui, dans un coup de tangage, soulève et repousse les timoniers; tantôt c'est une amarre ou grelin qui, trop tendue, se rompt, et vient fracturer d'un coup de fouet les jambes des matelots. D'autres fois ce sont des chutes sur le pont pendant la manœuvre des voiles, ou bien des chutes dans les parties inférieures du navire : aux premières incombent plus particulièrement les fractures du crâne, aux secondes, les fractures de la colonne vertébrale.
Outre l'héméralopie dont nous avons parlé, on trouve signalés dans les auteurs divers troubles de la vision qui s'en rapprochent plus ou moins. Ainsi Taylor (de Liverpool) parle d'une affection oculaire assez fréquente chez les matelots, et qui consisterait dans les phénomènes suivants : fatigue des yeux et de la tête, impossibilité de distinguer du bord les feux de terre, photophobie, mouches volantes, affaiblissement de la vision pour les objets distants ou
rapprochés, souvent même douleur intra et circumorbitaire. Cette affection se rencontre surtout en été, ou pendant la navigation dans les régions tropicales, chez les matelots qui ont passé de longues nuits à veiller au bossoir, où, sans cesser un seul instant, ils doivent éclairer la marche du navire. (Voy. Union médicale du 20 avril 1859.)
Suivant l'amiral G. Elliot, le daltonisme, consistant dans l'impossibilité de distinguer le feu rouge du feu vert, serait fréquent chez les timoniers.
B. — Aux professions qui s'exercent sur le pont et à l'air libre il faut opposer, sous le rapport de l'hygiène, celles qui condamnent à la séquestration dans l'intérieur du navire. La privation d'air, l'humidité, la pénurie de lumière, la température élevée du milieu, impriment à tous les marins qui exercent ces professions une apparence d'étiolement et d'anémie qui les fait reconnaître entre tous.
Exposés à tous les effets de la viciation de l'air respirable, ils sont plus particulièrement frappés par les maladies. Maher a trouvé que les caliers de YHerminie avaient donné 54,59 pour 100 de malades, tandis que la moyenne générale avait été de 28 pour 100 seulement.
Les cambusiers, les boulangers présentent la même réceptivité morbide. Les cuisiniers sont encore plus maltraités. Presque toujours, pendant une campagne dans les pays chauds, les cuisiniers succombent ou doivent être renvoyés en France; la chaleur des fourneaux, l'habitude d'aller à terre faire les provisions, les excès de boissons auxquels ils se livrent, les soumettent plus que tout autre à l'influence funeste d'un climat insalubre.
On comprend combien l'assainissement du navire par la ventilation et un aménagement bien entendu seront favorables ici. Mais, de plus, il faudra exiger le séjour sur
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le pont pendant nn temps fixé de la journée, et des habitudes rigoureuses de propreté individuelle.
G. — Les chauffeurs, les mécaniciens, tous les employés de la machine à bord des bâtiments à vapeur, dit Maisonneuve, sont des hommes qui s'usent rapidement et qui fournissent généralement un grand nombre de malades. « L'homme qui se voue à ce rude métier ne tarde pas, comme le calier, à perdre ses couleurs, la fermeté des chairs, la saillie accentuée des muscles ; sa figure pâlit, ses formes s'arrondissent comme par bouffisure ; sous sa peaune se dessine plus ce réseau vasculaire, indice de l'activité circulatoire, et bientôt il présente tous les attributs du tempérament lymphatique. » Tel est le portrait, un peu exagéré peut-être, que Barthélémy a tracé du matelot chauffeur. Ainsi prédisposé, il est fréquemment atteint de maladies des voies gastro-intestinales et bronchopulmonaires. La phthisie surtout fait de grands ravages parmi le personnel de la machine, et c'est chez lui, nous l'avons dit plus haut, que l'on rencontre le plus communément la colique sèche. En temps d'épidémie, dit Rey, les chauffeurs sont en quelque sorte dévoués à la maladie régnante. La température moyenne assez élevée des soutes à charbon détermine le développement de gaz délétères qui se condensent par le confinement de l'atmosphère, et peuvent compromettre la santé des hommes qui y sont employés ; de là des malaises, des nausées, des coliques violentes, surtout quand les soutes sont remplies de briquettes ou agglomérés de houille.
Bourel-Roncière et H. Rey ont signalé la fréquence des furoncles; ils sont le plus souvent multiples, et se font remarquer de préférence sur les membres supérieurs. Barthélémy a noté les phlegmons de l'aisselle et celui de l'ombilic causés par l'accumulation et l'action irritante de
la poussière de charbon sous les bras et dans la cicatrice ombilicale. Les conjonctivites, les blépharites sont des affections très- fréquentes chez les chauffeurs et mécaniciens. Quant aux accidents de machines, ils seraient, suivant Barthélémy, beaucoup moins variés à bord des bâtiments que dans l'industrie. Ce sont encore le plus souvent des lésions des doigts, de la main et de l'avant-bras.
Il nous faut citer enfin les brûlures par la vapeur d'eau, à la suite d'explosion de chaudière. Quand un accident semblable arrive, on a toujours à déplorer un nombre considérable de morts. Les catastrophes du Comte d'Eu et du Rolland en sont de terribles exemples. La vie des hommes est en effet compromise immédiatement par l'étendue des brûlures, l'immensité de la douleur, et le délire ou la stupeur qui arrive bientôt; par la pénétration de la vapeur brûlante dans les voies aériennes, d'où leur encombrement par les lambeaux d'épithélium détachés ou les produits de l'exhalation plastique amenant l'asphyxie; plus tard, par la suppuration, la profondeur des brûlures qui atteignent le quatrième degré, et les accidents de congestion, d'inflammation, tant des organes thoraciques qu'abdominaux, qui peuvent résulter, les premiers de l'inspiration de la vapeur, les uns et les autres de l'action réfléchie de la brûlure cutanée (Barthélémy).
Pratiquer les soins de propreté individuels les plus complets : ablutions fréquentes, grands bains si c'est possible; faire usage de vêtements de travail ; prendre l'habitude de se couvrir lorsqu'il sera nécessaire de monter sur le pont pour les besoins du service (à cet égard, Le Roy de Méricourt a proposé l'emploi d'une capote de factionnaire, laissée à la disposition des ouvriers de la machine) ; ne pas s'exposer au courant d'air des claires-voies ou des manches à vent; éviter les excès de boissons aqueuses ou acidulés, et, à ce
sujet, distribuer aux chauffeurs une ration de boisson tonique au café ou à l'eau-de-vie ; leur ménager enfin des temps de repos nécessaires et proportionnés à la fatigue : tels sont les préceptes d'hygiène, particuliers à cette catégorie de marins.
Entre les tropiques, il sera très-avantageux de remplacer les chauffeurs européens par des indigènes. C'est ainsi que, dans l'océan Indien, dans les mers de Chine, au Sénégal, au Mozambique, on prend comme ouvriers chauffeurs des Indiens coolies, des Chinois et des noirs.
Si maintenant nous voulons connaître quelle peut être la mortalité moyenne de la profession, nous nous trouvons en présence de chiffres véritablement considérables. Les quelques recherches auxquelles nous nous sommes livré, en compulsant nous-même les registres des décès des hôpitaux de Toulon et de Saint-Mandrier, ainsi que les obituaires des bâtiments transports de l'État, nous ont amené à supposer que le chiffre de la mortalité moyenne annuelle, pendant le temps de service de l'État, est à peu près égal à 14 décès pour 100 matelots. Ces recherches, il est vrai, sont très-incomplètes, par cela même qu'elles ne portent point sur la généralité des faits, et que peutêtre elles ont été entreprises dans les conditions les plus défavorables à la question. Toutefois, il est hors de doute que la mortalité professionnelle est beaucoup plus élevée ici que partout ailleurs, et les seules données sérieuses que nous possédions à cet égard nous le démontrent surabondamment. En Angleterre, par exemple, le rapport général de statistique sur la santé de la flotte nous apprend que la mortalité résultant des maladies seulement est égale, en 1870, à 6,7 pour cent, et en 1869, à 7,3 pour 100, ce qui fait une moyenne annuelle de mortalité égale à 7 pour 100, chiffre qui est trois fois plus grand que celui qui
représente la mortalité moyenne annuelle à Londres, et qui est de 2,39 pour 100, d'après William Tite.
Poissonnier-Desperrières, Traité des maladies des gens de mer, 1780, '2e édition, Paris. — De Kéraùdrex, Mémoire sur les causes des maladies des marins, et sur les soins à prendre pour conserver ieur santé dans les ports et à la mer (Ann. marit. et coloniales, t. XXil, 1824). — Maisonneuve (de Rochefort), Essai sur les maladies qui atteignent le plus fréquemment l'homme de mer, Paris, 1855, thèse inaugurale. — Foxssagrives, Traité d'hygiène navale, Paris, 1856, in-8°. — Lefèvre (de Brest), Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les navires de guerre français, particulièrement dans les régions équatoriales, et sur les moyens d'en prévenir le développement, Paris, 1859, in-8°. — Qcerueleuc, Considérations sur l'hygiène des diverses professions maritimes à bord des navires, Paris, 1860,^ thèse inaugurale. -^ Saurel, Traité de chirurgie navale, Paris, 1861. — Lauvergne (Ernest), le Matelot, esquisse d'hygiène nautique, Montpellier, 1862, thèse inaug. — Rey l Henri), les Mécaniciens et les Chauffeurs à bord des navires de l'État, Montpellier, 1863, thèse inaugurale. — Barthélémy, Études sur la nature et les causes des lésions trautnatiques à bord des bâtiments de guerre, suivant les professions (Arch. de méd. navale, t. III, 1865). — Mahé, Manuel pratique d'hygiène navale ou des moyens de conserver la santé des gens de mer, Paris, 1874. — Statistiçal Report on the Health of the Navy (1869-1870).
médecins. — Il faut rapporter aux médecins une grande partie de ce que nous avons dit au sujet des hommes qui se livrent aux travaux de l'esprit. Mais si, plus . heureux que ces derniers, la pratique journalière de leur art les éloigne d'un genre dévie exclusivement sédentaire, d'un autre côté, le milieu dans lequel s'exerce leur profession devient une cause nouvelle d'accidents inévitables. — Dans les amphithéâtres ou dans les hôpitaux, au sein des épidémies comme au milieu des armées en campagne, partout le médecin est exposé aux dangers de l'infection et de la contagion. Partagée entre la science et l'humanité, sa vie tout entière est sacrifiée au devoir; et dans la préoc-
cupation de la santé des autres, il n'a pas le temps ou la volonté de songer à la sienne.
Le séjour auprès des malades et dans les salles de dissection, le genre même des études auxquelles ils se livrent, telles sont les causes des maladies qui atteignent les étudiants en médecine. Les fièvres typhoïdes sont excessivement fréquentes chez eux; l'excès du travail, l'influence des émanations et des contages ont une action d'autant plus rapide, que la réceptivité morbide est éminemment favorisée par l'âge auquel ils commencent leurs études. La dépression morale est funeste au sein des épidémies; parfois même et en temps ordinaires, l'imagination frappée est le point de départ de troubles fonctionnels divers. La crainte d'être atteint d'une lésion du cœur amène chez un grand nombre de ces jeunes gens qui pénètrent pour la première fois dans l'étude des maladies du cœur, des palpitations nerveuses. C'est ce que les médecins d'Edimbourg ont appelé affection du cœur des étudiants (Sto'kes). P. Frank nous apprend que lui aussi a payé son tribut à cette terreur de l'anévrysme, à la suite d'un cours consacré à ces mêmes maladies. Axenfeld ne reconnaît pas d'autres causes à ces palpitations que les fatigues de tout genre et un état chlorotique assez fréquent chez les étudiants.
L'influence de l'atmosphère des amphithéâtres peut être pernicieuse à ceux qui les fréquentent assidûment. C'est au méphitisme anatomique que Bichat, et plus récemment Legros et Fernand Papillon, ont dû leur trépas prématuré. L'optimiste Parent-Duchâtelet, qui a essayé d'innocenter les salles de dissection, n'en confesse pas moins qu'une indisposition fréquente parmi ceux qui s'occupent aux dissections, est une diarrhée avec coliques, dyspepsie et malaise général ; mais il accuse surtout, il est vrai, le
froid et l'humidité qui pénètrent le jeune anatomisle pendant les heures qu'il reste à l'amphithéâtre, son immobilité, la station verticale et les positions gênantes qu'il est obligé de garder.
D'après lui, un étudiant sur douze en serait atteint. Cette diarrhée est généralement regardée comme une dette d'acclimatement à payer à l'atmosphère des amphithéâtres. Elle peut être considérée, dit Requin, comme une forme légère et bénigne d'un empoisonnement septique dont la fièvre typhoïde serait le dernier terme. D'autres fois pourtant elle prend un caractère plus pernicieux et se transforme en dysenterie. Percy, dans son travail, a surtout insisté sur cette manifestation du méphitisme aigu causé par les émanations putrides des cadavres.
L'emploi des substances toxiques, comme moyen d'empêcher la putréfaction des sujets destinés aux études anatomiques, a donné lieu quelquefois à des accidents sérieux. Le professeur Cloquet, après avoir manié à plusieurs reprises des pièces anatomiques immergées dans une dissolution concentrée de bichlorure de mercure, se livra à d'autres travaux sans prendre la précaution de se laver les mains ; la nuit suivante il fut réveillé par de vives douleurs épigastriques accompagnées de constriction dans toute la poitrine; sueurs froides, soif, nausées et bientôt vomissements d'une matière glaireuse, acre, à saveur métallique. Au bout de trois à quatre heures, il se déclara une diarrhée avec ténesme. Ces accidents durèrent près de cinq heures et n'eurent d'autres suites que la persistance, pendant une huitaine de jours, d'un sentiment de gêne dans la région épigastrique. (Orfda, Toxicologie.) — Cusco aurait éprouvé, dans, les mêmes circonstances, une sensation très-pénible de contraction épigastrique, avec douleurs aiguës ayant principalement leur siège dans la pulpe des doigts, et
impossibilité d'en tirer le moindre service pendant plus d'une semaine.
L'emploi de l'acide arsénieux peut provoquer à son tour des symptômes spéciaux tels que éruptions cutanées et inflammation des doigts, contraction et tremblement musculaires.
Mais l'accident le plus fréquent chez ceux qui s'occupent de dissections, c'est la piqûre anatomique. Cette affection guérit le plus souvent ; mais elle peut aussi entraîner de graves conséquences, telles que lymphangite, phlegmon du bras, adénites, suppurations nombreuses et septicémie mortelle. Il faut tenir compte ici de la constitution de l'individu : état lymphatique, convalescence, etc., et du caractère du cadavre. Il faut se défier par-dessus tout de ceux qui sont morts d'une affection des membranes séreuses et principalement de péritonite puerpérale. « La sérosité épanchée dans le péritoine, dit Baudelocque, est si irritante, que presque toujours, quand on fait plusieurs ouvertures aux femmes ayant succombé à la péritonite puerpérale, on voit, malgré les plus grands soins de propreté, les mains se couvrir de gros boutons qui s'enflamment, suppurent, et dont on a beaucoup de peine, à se débarrasser. »
La piqûre laisse souvent à sa suite le tubercule anatomique. C'est une petite tumeur du volume d'une lentille ou d'un pois, à base mal limitée, grisâtre, violacée, indolente, saignant avec facilité dans certains cas, quelquefois suppurante, rarement sensible. Elle se montre à l'extrémité des doigts, où l'on est le plus exposé à se piquer, ou bien autour des ongles, où existent souvent des excoriations. — Lorsqu'il y a des accidents graves, on admet généralement l'inoculation d'un principe putride comme cause.
Faire saigner la plaie et cautériser immédiatement, tel est le seul mode de traitement à suivre.
Parmi les épidémies, celles où les médecins ont succombé en plus grand nombre sont les épidémies de typhus, et celles d'entre les maladies contagieuses qui leur sont le plus funestes sont l'angine couenneuse et la variole.
Selon Majer, en dehors des affections typhoïdes qui frappent plus particulièrement les étudiants, les médecins, en temps ordinaire, succombent plus spécialement aux maladies du système circulatoire et de la vessie. — S'il est un fait avéré aujourd'hui, c'est leur extrême mortalité. Déjà Casper avait reconnu que de toutes les professions libérales, celle de médecin fournit le plus petit chiffre de vie probable. — En Angleterre, les derniers recensements donnent l'âge de quarante-cinq ans comme âge moyen des médecins.
D'après Escherich, les médecins n'ont pas l'espoir d'une longue carrière ; ils succombent à toutes les périodes d'âge en plus grande proportion que dans les autres professions. Mais la plus grande mortalité est pendant les premières périodes ; il en meurt les trois quarts avant cinquante ans, et les dix onzièmes avant soixante. Les vieillards sont rares parmi eux. N'est-ce pas le cas de rappeler ici cette observation de Voltaire, que le roi de France (Louis XV) enterra plus de quarante de ses médecins tant premiers qu'ordinaires, par quartier et consultants, etc. — ■ Les résultats suivants sont plus expressifs encore. Pendant la guerre de Crimée, alors que la mortalité générale des officiers de tous grades est de 14 pour 100 de l'effectif total, les médecins morts de maladies et d'accidents divers sont dans une proportion de 18,22 pour 100. — Dans la même guerre, le typhus enlevait 0,47 pour 100 d'officiers de tous grades, et il tuait les médecins dans la proportion de 12,88 pour 100. (Chenu, Rapport au conseil de santç des armées.)
Dans la campagne du Mexique, à la date du 42 janvier 1864, le corps expéditionnaire avait perdu -4 pour 100 d'officiers, et 20 pour 100 des médecins. (Champouillon, Gazette des hôpitaux, 1865).
En temps ordinaire, la mortalité chez les médecins militaires est le double de celle de la population civile. Mais il est une classe de médecins plus exposés encore que les médecins militaires; ce sont les médecins de la marine. — Les fatigues de la navigation et les endémies des pays chauds, telles sont chez eux les deux grandes causes de mortalité.
En Angleterre, Stratton a relevé pour les médecins de la marine une mortalité annuelle de 3,40 décès sur 100; tandis que la mortalité de la population civile de tout âge est seulement de 1,10 pour 100 d'après Parkes. — En France,, on a compté que dans l'espace de 9 ans, 840 médecins de la marine de tout âge ont fourni 74 décès, c'est-à-dire 1 sur 12 ou près de 8 pour 100 par an. Ce chiffre, s'il est exact, serait de cinq fois supérieur à la mortalité moyenne générale.
Nous résumerons les principes d'hygiène professionnelle en quelques mots : Assainissement des salles de dissection; ventilation, chauffage; conservation des cadavres au moyen de substances antiputrescibles (sulfite de soude) mais non dangereuses; lavages fréquents des tables et des parquets, emploi continuel des désinfectants, soins de propreté extrêmes. On se gardera de se livrer aux dissections si l'on a la moindre plaie aux doigts ; on n'ira point aux amphithéâtres ni dans les salles d'hôpital le matin à jeun. On pratiquera des ablutions fréquentes de la bouche, des narines et des mains après la visite de malades atteints d'affections infectieuses ou contagieuses. — Le médecin sera sobre ; il s'habituera de bonne heure à un repos d'es-
prit nécessaire à la dignité de son art. Son existence sera réglée autant que possible. (Voy. Artistes et gens de lettres, p. 142.)
Mais combien de fois les exigences de sa pratique viendront-elles mettre obstacle aux conseils de l'hygiène! .Nous ne pouvons nous empêcher de citer ici ces quelques réflexions de Beaugrand :
« Pour les gens du monde, le médecin est taillable et corvéable à merci, toujours à la disposition du public; pour lui point de repos, jamais il ne doit être fatigué ; l'heure de ses repas est celle que l'on choisit pour le venir chercher ou pour lui parler ! — Et il ne faut pas que la mauvaise humeur de ces dérangements, souvent pour les motifs les plus frivoles, se trahisse le moins du monde. Son zèle, l'amour de ses malades doivent être sans bornes et de tous les instants, autrement on déclare qu'il n'est pas à la hauteur d'un sacerdoce dont on lui impose les devoirs les plus pénibles, sans se croire obligé à la reconnaissance.
» Que les médecins soient dévoués jusqu'au sacrifice de la vie, comme il arrive dans les épidémies, dans le traitement des maladies contagieuses, alors qu'ils justifient si bien cet adage : aliis inserviendo consummuntur, aliis medendomoriuntur!... Quelle en sera la récompense? L'ingratitude et l'oubli du client, les éternelles plaisanteries des romanciers et des vaudevillistes, et enfin la suprême injure, le coup de pied de la fable, un journaliste amuseur du public à tant la ligne, philanthrope d'estaminet et de coulisses, qui viendra, du haut de son incompétence morale, leur donner des leçons de déontologie! »
Pergy, Dangers et accidents auxquels exposent les dissections (Dictionnaire des sciences médicales., t. IX). — Puel (A.), Mémoire sur
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les accidents qui peuvent résulter de la fréquentation trop assidue des amphithéâtres et de la pratique des dissections (Mémoires de méd. et de chirurg. militaires, 1827). — Parent-Duchatelet, De l'influence et de l'assainissement des salles de dissection (Ann. d'hyg'. publ., 1831, t. V, p. 243), reprod. in Hygiène publique ou Mémoires sur les questions les plus importantes de l'hygiène, Paris, 1836, t. II — Casper, De la durée vitale probable chez les médecins. Wochenschrift fur die gesammte Heilkunde, Berlin, janvier 1834, et thèse, (Ann. d'hyg. publ., 1834). — Requin, Hygiène de l'étudiant en médecine et du médecin, thèse de concours, 1838. — Alph. Guérard, Assainissement des amphithéâtres d'anatomie (Ann. d'hyg. publ., 1846, t. XXXV, p. 339). — Escherich, Hygienich statistische Studien uberdie Lebensdauer in verschiedenen Stâuden auf den Grund von 15730 nach den Geburtsjahren registrirten, gleichzeitig lebenden offentl. Beamten d. Konigr. Bayern nach dem Status 1852. Wiirzburg, 1854. — Mayer, Uber den Einfluss des Standes und Berufes auf die Lebensdauer (Àrztliches Intelligenz-Blatt, Miinchen, September 1863 et Canstatt's Jahresbericht iïber die Fortschritte in der gesammten Medicin. Wurzburg, 1864, Band VII. Analysé par Beaugrand (Annales d'hyg., Paris, 1865, t. XXIII, p. 229. — Chouvet, De la piqûre anatomique, thèse de Paris, 1865. — Parkes, Manual of practical Hygiène prepared especially for use in the médical service of the Army, 2e édit., London, 1866. — Beaugrand, Médecins (Hygiène des) (Dict. encyclop. des sciences médicales, 1872).
MERCUKE (OUVRIERS QUI TRAVAILLENT LE). — Parmi
les ouvriers employés aux mines de mercure, ceux qui extraient le cinabre (sulfure de mercure) du sein de la mine ne présentent en général que des accidents d'une faible gravité. Ce sont des irritations de la peau et du cuir chevelu, des blépharites, une inflammation légère et toute locale des gencives et de la gorge, et rarement des symptômes prononcés d'intoxication hydrargyrique. Tl n'en est plus de même pour les ouvriers qui procèdent à la distillation du mercure : ceux qui remplissent les fours de minerai, ceux qui nettoient et vident ies tubes, ceux surtout qui recueillent le mercure déposé dans les 'chambres de
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condensation, présentent des affections plus ou moins graves de la bouche et du système nerveux, dues à l'action des vapeurs mercurielles sur l'organisme. Il en est de même pour les ouvriers employés à l'extraction de l'argent par le procédé d'amalgamation.
Tantôt les accidents se manifestent d'une manière aiguë et avec une violence extrême : la muqueuse de la bouche et du pharynx s'enflamme et s'ulcère dans toute son étendue, toutes les glandes salivaires s'engorgent, la langue ne peut pas être contenue dans les arcades dentaires, et les malheureux malades, ne pouvant plus ni avaler, ni dormir, ni parler, ni entendre, succombent quelquefois au milieu de tourments affreux.
Mais, le plus souvent, c'est la stomatite chronique que Ton rencontre chez les ouvriers; celle-ci résulte primitivement de l'action lente, graduelle du mercure, ou succède à la stomatite aiguë : les gencives se tuméfient, deviennent fongueuses, se détachent du collet; les'dents se déchaussent, s'ébranlent et s'altèrent, et les malades finissent par les perdre Tune après l'autre. Aussi voit-on à Almaclen (Espagne) et à Idra (Frioul) des jeunes gens de vingt à trente ans avec des figures vieillies, sans dents dans la bouche, et répandant une odeur insupportable. — Dès que les dents sont tombées, l'ouvrier cesse de souffrir. u
Les troubles nerveux qui surviennent chez le plus grand nombre sont par ordre de fréquence : l'insomnie, le tremblement des mains et des jambes; des douleurs aiguës lancinantes, quelquefois d'une vivacité intolérable; des contractions musculaires convulsives ; la paralysie des muscles extenseurs et l'affaissement des facultés intellectuelles. Les malades deviennent impropres à toute espèce de travail ; quelques-uns peuvent encore marcher en s'ai-
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dant d'un bâton ; mais il en est beaucoup chez qui la station devient de toute impossibilité.
L'intoxication professionnelle, sans même être portée à ce degré de gravité, peut avoir une influence des plus funestes sur le produit de la conception. Kussmaul, cité par Beaugrand, a fait voir que les femmes employées aux professions mercurielles mettent souvent au monde des enfants faibles, maladifs, fréquemment atteints de rachitisme, et qui succombent de bonne heure dans un état marqué de consomption.
La même observation a été faite par Keller, chez les ouvrières employées à la mise en tain des glaces. Cet auteur a de plus constaté chez elles la fréquence de l'avortement. (Voy. Sécréteurs.)
Les étameurs de glaces, du moins ceux qui sont depuis quelque temps dans les fabriques, présentent presque tous les caractères de la cachexie hydrargyrique ; on observe fréquemment chez eux des ulcérations profondes des muqueuses nasale et buccale, avec gonflement des amygdales et des ganglions cervicaux, des périostoses qui affectent de préférence le tibia, plus rarement le fémur et les os de la tête, accompagnées de douleurs violentes qui s'exaspèrent pendant la nuit et par les variations atmosphériques. Parfois le dos, la poitrine et le cuir chevelu sont le siège o"une éruption maculeuse, papuleuse ou squameuse ; ces éruptions se montrent subitement, persistent pendant plusieurs semaines pour se reproduire plus tard (Keller).
Il est un fait digne de remarque, c'est que tous ces accidents se montrent quelquefois chez des ouvriers qui depuis longtemps, voire même depuis plusieurs années, ont cessé de manier le mercure.
Que penser de la rareté de la syphilis que l'on aurait constatée chez tous ces ouvriers; et jusqu'à quel point
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faut-il admettre ici une influence favorable de la profession ?
Hygiène. — Condenser le plus possible les vapeurs mercurielles; user des plus grandes précautions dans le nettoyage des tubes et des chambres de condensation; se servir de vêtements de travail exactement fermés au cou et aux poignets; se livrer à des ablutions fréquentes de toutes les parties du corps et de la bouche ; ventiler de la façon la plus énergique les ateliers d'étamage des glaces : tels sont les éléments principaux de prophylaxie professionnelle. (Voy. Doreurs.)
L'emploi des masques préservateurs a été conseillé de tout temps aux ouvriers exposés aux vapeurs mercurielles ; les seuls vraiment efficaces sont ceux auxquels s'adaptent un tube aspirateur. (Voy. Hygiène générale, p. 4.) Mais, il faut l'avouer, c'est là un moyen d'une application difficile et peu goûté par les ouvriers.
Dans les ateliers d'étamage de Saint-Gobain, Cirey et Cliauny, situés à Paris, on avait essayé, il y a quelques années, d'organiser une aspiration au-dessus des tables ; mais d'une part elle était inefficace, et d'autre part elle n'aurait pu parer à plusieurs causes de danger qui subsistent dans l'atelier, indépendamment du travail même des tables (Ch. de Freycinet). — On a adopté dans ces ateliers l'ensemble des mesures suivantes : la première de toutes consiste à occuper les ouvriers à l'étamage une faible partie du temps. Ils n'étament que deux fois par semaine, trois au plus, de six heures du matin à midi.
Pendant la durée du travail, toutes les fenêtres de l'atelier sont maintenues ouvertes. Les tampons de flanelle avec lesquels on fait l'étendage du mercure sur les feuilles d'étain sont armés d'un bâton de 1 mètre 20 de longueur, de façon que les émanations s'élèvent toujours loin de
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l'ouvrier. On conserve le mercure dans des vases fermés ; le couvercle ou entonnoir est percé seulement d'un petit orifice pour recevoir le mercure qui découle des tables. Les draps à travers lesquels il passe pour se purifier en tombant dans les vases ne sont pas secoués à l'air libre, comme il arrive trop souvent; mais ils sont battus par un agitateur contenu dans un moulin parfaitement clos.
Tout récemment, M. Meyer a lu à l'Académie des sciences une note des plus intéressantes sur l'influence salutaire de l'ammoniaque dans les ateliers où l'on emploie le mercure. Nous ne saurions mieux faire que de la reproduire ici :
« Dans les ateliers d'étamage de la glacerie de Chauny, appartenant à la compagnie de Saint-Gobain, je suis arrivé à éviter l'influence funeste du mercure sur la santé des ouvriers, par l'ammoniaque. Il suffit de répandre tous les soirs, après la fin du travail, un demi-litre d'ammoniaque liquide du commerce sur le sol de l'atelier... L'odeur pénétrante du gaz rend l'atmosphère de l'atelier d'étamage moins fade, moins suffocante et moins pénible pour les ouvriers. — Depuis 1868, je n'ai pas vu un seul ouvrier nouveau atteint d'accidents mercuriels; tandis qu'avant cette époque, l'influence du poison se faisait sentir chez des ouvriers qui ne travaillaient à rétamage des glaces que depuis six mois. Quant aux ouvriers anciens, qui avaient été pris antérieurement de tremblement mercuriel, les accès, malgré la continuation du travail, sont devenus peu fréquents et sans gravité. — Il convient de répandre l'ammoniaque dans l'atelier le soir plutôt que le malin; l'action préservatrice est alors plus efficace; le gaz ammoniac libre se répand d'une manière uniforme dans toute l'étendue des ateliers, pendant l'interruption du travail. » (Meyer.) — De tels faits, s'ils sontbien observés, n'ont pas besoin de commentaires.
Mais le grand perfectionnement à apporter dans l'industrie de l'étamage des glaces consisterait dans la suppression même du mercure. — Certaines substances organiques ont la propriété de réduire les solutions d'argent, entre autres l'aldéhyde et certaines essences : girofle, cassis, etc. (Drayton). — Aux essences on a substitué des solutions réductives dont l'élément principal est l'acide tartrique, et l'on a obtenu des résultats réellement avantageux.
L'industrie prépare aujourd'hui, et déjà sur une assez grande échelle, des glaces et des miroirs dont la surface réfléchissante est due à l'argent précipité.
Thérapeutique. — L'éloignement des ouvriers de toute opération nuisible, les grands bains tièdes, les boissons diaphoniques, l'acétate ammonique, l'opium et le chlorate de potasse administrés à l'intérieur, la cautérisation des ulcères avec l'acide chlorhydrique; un régime tonique, une alimentation éminemment réparatrice, composeront le traitement des accidents mercuriels confirmés.
Keller, Maladies des ouvriers employés dans les fabriques de glaces de Friedrichal, Neuhurkental et Plisenthal. Wiener med. Wochenschrift, 1860, n° 38, et Gazette hebdomadaire de méd., 28 décembre 1860. Extrait par Beaugrand (Ann. d'hyg. publ., 1861, t. XVI). — Ch. de Fret cine t, Traité d'assainissement industriel, comprenant la description des principaux procédés employés dans les centres manufacturiers de l'Europe occidentale, Paris, 1870. — Riche, Coup d'œil sur quelques industries chimiques (Revue des cours scient."; t. Y, 2e série, p. 489, et Progrès moderne des industries chimiques, item, p. 227).
meuniers. — Le nettoyage des blés donne lieu à un dégagement considérable de poussières nuisibles, dont l'action sur les yeux et les voies respiratoires des ouvriers est encore la principale cause des maladies que
l'on observe chez eux. Les brins de paille, les poils du blé, un grand nombre de particules terreuses, sont projetés avec force par les ventilateurs spéciaux en dehors des appareils nettoyeurs, et viennent se mêler à l'atmosphère ambiante. Aussi les conjonctivites, les blépharites, la bronchite, l'angine et l'emphysème pulmonaire sont des affections que l'on rencontre communément chez les meuniers. — Il est une opération particulièrement dangereuse ; c'est le rhabillage des meules. On rhabille les meules en frappant des coups légers et dirigés parallèlement sur toute la surface, à l'aide d'un marteau tranchant, en acier fondu bien trempé. Cette opération, très-délicate, demande une attention soutenue de la part des ouvriers qui la pratiquent, le corps penché sur la meule et les yeux exposés aux éclats de pierre qui sont projetés à chaque coup de marteau. De là des lésions traumatiques des yeux, des plaies de la cornée et des taches indélébiles consécutives. On retrouve ici l'influence fâcheuse de l'absorption des particules siliceuses sur les voies respiratoires. (Voy. Tailleurs de pierre meulière.) Nous empruntons à Hirt le tableau suivant, qui établit la fréquence des affections broncho-pulmonaires chez les meuniers :
Sur 100 malades.
Phthisie 10,9
Emphysème 1,5
Bronchite 9,3
Pneumonie 20,3
Total... "ÎTsur 100.
Dans les moulins sur rivière, la grande humidité des étages inférieurs devient la cause d'affections rhumatismales et de troubles des fonctions digestives. Les émanations des bords de l'eau engendrent, dans bien des localités, des fièvres intermittentes.
11 est un genre d'accident singulier qui a donné lieu à des recherches expérimentales et à un remarquable rapport de A. Chevallier (Des accidents qui peuvent être observés clans les minoteries, in Ami. d'hyg. publ., 1866).
Le blé écrasé sous la meule donne un mélange de son et de farine; la mouture est ensuite conduite à la bluterie; la bluterie se compose de vastes cylindres enveloppés de toiles en soie qui retiennent le son et laissent passer la fleur de la farine. Cette dernière, passant à travers un tamis, tombe en neige dans la chambre à farine. Mais, en passant de la bluterie dans cette chambre, une partie s'accumule sur les solives ou traverses du plancher de séparation, et sur les moindres saillies des cloisons, jusqu'à ce qu'à un moment donné ces petits amas de farine venant à tomber dans la chambre, il se forme un véritable nuage en suspension dans l'air. Si, en ce moment, on pénètre dans la chambre avec une lampe allumée, la farine en suspension peut s'enflammer et faire explosion. De là des brûlures assez graves aux mains et au visage, et des dégâts considérables. Telles sont les circonstances dans lesquelles s'est produit l'accident qui a été le point de départ des recherches de Chevallier. Les faits suivants prouvent qu'il n'est pas le seul :
(( En 1863, dans une boulangerie du faubourg Saint- Martin, à Paris, un garçon boulanger faisait descendre de la farine d'une chambre supérieure dans une chambre à l'étage inférieur. La farine, en tombant, par suite de la présence d'un bec de gaz, donna lieu à une explosion; il fut atteint de brûlures qui le forcèrent de suspendre son travail pendant quinze jours. — En 1866, dans une minoterie à Saint-Paul (Landes), un garçon était occupéà vicier, pendant la nuit, un sac de farine, quand il se vit tout à coup environné de flammes. C'était un courant embrasé
semblable à une étincelle électrique d'une grande intensité, qui était parti du compartiment où tournaient les blutoirs. Cette flamme dévorait tout ce qu'elle touchait. Après avoir promené ses ravages dans une partie du moulin, elle échappa, avec une forte détonation, par la toiture, qui fut presque complètement enlevée. A ce moment, le moulin fut rempli d'une fumée très-épaisse. Quand elle fut dissipée, le meunier s'aperçut que les toiles des blutoirs et le matériel des moulins avaient été consumés. Les dommages furent évalués environ à 15000 francs.
La farine folle est de la farine d'une ténuité extrême, qui s'envole dans l'air et qui s'y tient en suspension. C'est cette farine qui s'attache aux parois du moulin et qui blanchit les meuniers. Cette poussière est désagréable et incommode, elle s'introduit dans les organes respiratoires, se colle sur toutes les parties du corps laissées à découvert, et forme, avec les produits de la transpiration, un mélange fermentescible qui irrite la peau et provoque des éruptions cutanées diverses. L'érythème, le prurigo, l'acné, l'eczéma et les furoncles sont excessivement fréquents chez les meuniers. Souvent on observe chez eux un exanthème psoriasiforme du pavillon de l'oreille et des lèvres. Quant à l'action de cette farine sur les voies broncho-pulmonaires, elle est pour ainsi dire nulle. (Voy. Amidonniers.)
Parmi toutes les affections de la peau qui se présentent chez les meuniers, il en est une de nature parasitaire et particulière à la profession : c'est une éruption papuleuse, parfois surmontée de petites vésicules plus ou moins confluentes, mais généralement discrètes, accompagnée d'un prurit très-violent amenant la nuit de l'agitation et de l'insomnie; mais, dès le lendemain, les symptômes sont en décroissance, et les démangeaisons dis-
paraissent sans aucun traitement. Cette affection, observée dans les environs de Toulouse en 1866, est connue depuis longtemps par les meuniers. Elle n'est nullement contagieuse. Elle apparaît, le plus souvent, sur un des côtés du cou, ce qui s'explique par l'habitude qu'ont les meuniers de porter le sac sur une épaule, et d'avoir, par suite, la peau du cou directement en contact avec le blé ou la farine. D'autres fois, elle débute par les mains et les bras. Examinée avec soin, jamais la papule n'a paru accompagnée d'aucun sillon; la cause unique essentielle réside dans la manipulation du blé ou de la farine. Elle serait due à la présence d'un acarien dans la poussière résultant du nettoyage et de l'épuration des blés. Déjà en 1829, dans un rapport sur les travaux du conseil de salubrité de Nantes, il y est dit que les démangeaisons dont se plaignent souvent les mesureurs de grain de Bordeaux et de Nantes devaient être attribuées à la larve du charançon, et que l'on pourrait priver ce grain de ces propriétés nuisibles, en le soumettant au crible et à l'éventail.
Hygièxe. — La plus grande propreté habituelle, l'usage d'un vêtement de travail en toile légère et exactement serré à la naissance du cou et de la main, des lotions fréquentes des yeux et du visage; l'emploi d'une lampe de sûreté pour pénétrer dans les bluteries et les chambres à farine, et à son défaut la précaution de ne soulever aucun nuage de poussière; dans tous les cas, ne jamais tenir un corps enflammé dans le voisinage des blutoirs pendant leur fonctionnement; faire usage d'un couvre-nuque en toile cirée au moment du transport des sacs, etc. : tels sont les préceptes généraux d'hygiène professionnelle.
Hirt, Krankheiten der Arbeiter (Hygiène des artisans), 2 fascicules. Analyse de Schwartz (Annales d'hygiène publique, 1874).
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2H élit aires. — On peut diviser l'étude générale des maladies propres à la profession militaire en deux parties; dans la première, nous nous occuperons de toutes celles qui frappent les armées en temps de paix, et des quelques affections plus particulièrement spéciales à chaque catégorie de soldats (fantassins, cavaliers, canonniers, etc.). — Dans la seconde, nous résumerons toutes les causes de maladies et de périls auxquelles sont inévitablement exposées les armées en campagne.
Le plus souvent nous ne descendrons point dans les détails de l'hygiène préservatrice : indiquer la cause du mal sera presque toujours indiquer aussi le moyen de le prévenir; mais ce serait sortir de notre cadre s'il fallait nous appesantir sur le côté purement administratif de la question hygiénique.
A. lre partie. — D'une manière générale, le soldat subit dans sa vie de garnison l'influence du milieu climatérique dans lequel il se trouve, influence qui se fait sentir également sur la population civile, mais à laquelle il faut ajouter, pour lui, les petites épidémies périodiques des affections contagieuses, telles que variole, rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde et oreillons, auxquelles les expose particulièrement la vie en commun, et celles qui semblent être plus particulièrement encore le résultat de l'encombrement et du méphitisme des casernes, telles que le typhus cérébro-spinal, l'ophthalmie épidémique, la stomatite ulcéro-membraneuse, l'érysipèle, etc.
Sur cinquante-sept épidémies de méningite cérébrospinale relevées en France par Hirsch, trente-neuf ont régné exclusivement chez des militaires.
Parmi les causes qui favorisent le développement de Yophthalmie épidémique, presque tous les médecins militaires signalent l'âge (ce sont, en effet, les recrues qui
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fournisse nt le plus grand nombre d'ophthalmiques), les variations atmosphériques, le temps orageux, les vents d'automne froids et humides, la chaleur de l'été surtout, les veilles, les fatigues, l'influence pernicieuse des gardes rapprochées. — La contagion s'opère rarement par contact, elle s'effectue au contraire très-fréquemment par l'intermédiaire de l'air (Laveran), c'est-à-dire par infection. Mais de toutes les causes qui favorisent la propagation de l'ophthalmie, il n'en est aucune que l'on puisse comparer, pour sa fatale puissance, à la viciation de l'air par suite du défaut d'aération et de l'encombrement. (De Vophthalmie épidémique dans les armées européennes, in Ann. d'hyg. publ, 1858.)
La stomatite ulcéreuse, si fréquente aujourd'hui chez nos soldats, ne paraît pas remonter au delà des levées d'hommes ■de la république et de l'empire ; et, chose remarquable, elle est seulement connue dans les armées de France, de Belgique et du Portugal (Bergeron).
Les causes de développement sont les mêmes que celles que nous venons de citer, c'est-à-dire le méphitisme des casernes et des corps de garde.
Le mal se propage par contagion directe et indirecte. Mais il faut ajouter parmi les causes prédisposantes une mauvaise alimentation, l'excès de boissons alcooliques, l'abus du tabac, la durée du service, et avant tout le mauvais état des dents et des gencives.
Parmi les maladies qui sévissent à la fois sur un certain nombre de militaires, il faut signaler le goitre aigu épidémique.
Cette affection a surtout été observée dans les garnisons situées dans les lieux élevés et les pays de montagnes. — €'est. ainsi qu'elle s'est montrée, à différentes reprises, à Clermont-Ferrand, à Colmar, à Briançon et dans la Savoie.
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En dehors des causes générales, telles que les localités, les eaux, les climats, les saisons, il en est qui sont inhérentes à la profession militaire, et qui ont été invoquées par la plupart des observateurs; ce sont : la compression delà glande thyroïde et des veines jugulaires par le col de l'uniforme; l'action de l'air froid sur la peau du cou en moiteur; l'ingestion de l'eau froide tandis que le corps est en transpiration ; les corvées, les exercices, les manœuvres, les descentes et ascensions continuelles, les essoufflements répétés, le mode de casernement, la vie en commun et la nature du régime alimentaire des troupes. — La prophylaxie repose tout entière sur l'amélioration des conditions matérielles de la vie militaire, et principalement sur le changement de garnison. Le traitement curatif comprend les préparations iodées sous toutes les formes.
Cependant la mortalité chez les militaires, considérée d'une manière générale, parait moins élevée, au premier abord, que la moyenne de mortalité prise dans toute la population civile. C'est ainsi que l'on trouve le chiffre de 10 à 11 décès par 1000 hommes d'effectif en France, tandis qu'elle est de 12,1 pour la population totale. Mais si l'on songe que la révision enlève à la profession tous ceux dont les infirmités eussent compromis gravement les chances de vie, et que, d'un autre côté, beaucoup de soldats sont réformés clans le courant de leur carrière; que d'autres, libérés à la fin de leur congé, sont dans le plus triste état de santé, et vont ainsi augmenter les chances de mortalité moyenne générale, en diminuant d'autant celle relevée dans la profession militaire, on comprendra combien le chiffre de 10,5 fourni par la statistique est loin d'exprimer la vérité sur l'influence morbide professionnelle.
Ainsi, tandis au'en Angleterre la mortalité dans l'armée
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est de 8,44 pour causes de maladies, et 0,93 pour mort violente, c'est-à-dire 9,37 sur 1000; si l'on ajoute le chiffre des réformés, qui s'élève à 37,22, on a une perte totale de 46,59 pour 1000 hommes d'effectif dans le Royaume-Uni.
En France, le chiffre des pertes totales est beaucoupmoins élevé, il peut s'évaluer à environ 20 pour 1000 (Vallin).
Le tableau suivant fera ressortir nettement la différence qui existe entre les conditions de mortalité par période de vie chez les militaires anglais, comparées à celles de la mortalité dans la population civile :
Mortalité
de la Mortalité
Différence sur
population militaire.
1000 hommes.
De 17 à 19
ans 7,41
4,28 en faveur de l'armée.
De 20 à 24
2,49 id.
De 25 à 29
1,20 id.
De 30 à 34
2,03 en faveur de la popul. civile,
De 35 à 39
4,72 id.
De 40 à 44
6,07 id.
Ainsi la mortalité militaire augmente beaucoup plus vile que la mortalité civile, et la conclusion de cette comparaison serait celle-ci : que la sélection opérée par la visite des recrues se traduit par une diminution de mortalité pendant les premières années du service militaire ; mais qu'à la longue, c'est-à-dire à partir de l'âge de trente ans, les fruits de la sélection disparaissent, et les conditions deviennent de plus en plus défavorables... Mais tandis que dans l'armée anglaise la mortalité croît d'une manière aussi sensible avec l'ancienneté de service, il n'en est plus de même dans l'armée française, où elle décroît à partir de quarante ans. Ce qui peut s'expliquer par cette raison qu'en France le soldat ne reste qu'un
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certain temps sous les drapeaux, tandis qu'en Angleterre il poursuit sa carrière jusqu'au bout, et en fait ainsi une véritable profession.
Parmi les maladies qui, en temps de paix, sont le plus souvent cause de décès chez les soldats, il faut placer en première ligne la phthisie pulmonaire et la fièvre thyphoïde. La première donne une proportion de 21 pour 100 des décès, et la seconde de 17 pour 100. — La perte totale par phthisie est de 3,3 par 1000 soldats en France ; en Angleterre cette proportion est beaucoup plus considérable, elle est de 7,82 pour 1000. — La fièvre typhoïde, fréquente dans les premières années de service, voit sa mortalité décroître avec l'âge ; c'est le contraire pour la phthisie pulmonaire.
Le chiffre des malades traités dans les hôpitaux militaires en France s'élève annuellement à 33,3 pour 100 hommes; mais si l'on y joint le chiffre de ceux qui restent à l'infirmerie, on obtient ainsi un nombre de 61,9 malades sur 100 hommes d'effectif. — En Angleterre le chiffre de la morbidité annuelle est de 986 sur 1000.
Celle de toutes les maladies qui fournit le contingent le plus considérable aux hôpitaux et infirmeries, c'est la syphilis : l'armée anglaise en station dans le Royaume- Uni fournit un tiers de syphilitiques aux hôpitaux; la proportion est de un sixième dans l'armée française (Boudin).
La profession militaire est peut-être celle de toutes les professions chez laquelle il soit possible de signaler une influence manifeste sur la prédisposition à la folie. Le chiffre des aliénés qui concerne cette profession est en effet assez élevé. Rien qu'à Charenton l'armée a fourni en cinq ans 225 cas d'aliénation mentale. En temps de paix, elle se manifeste plus particulièrement chez les vieux soldats adonnés à l'intempérance; en temps de guerre et
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dans les camps, elle frappe surtout les jeunes recrues éprouvées par les fatigues, les privations, les émotions et les périls des combats. La prédisposition est souvent héréditaire ; mais l'ébranlement causé par une chute de cheval, par la violence d'un coup porté sur la tête, par l'action du soleil en expédition, deviennent des causes prédisposantes.
Les exercices du camp de Chàlons, les campagnes exécutées par nos soldats pendant l'été sous le soleil d'Afrique, offrent de fréquents exemples de folie occasionnée soit par des violences purement physiques, soit par l'action d'un soleil brûlant. (Calmeil, in Bict. encijclopéd. des scienc. médicales.)
Cette action de la chaleur et de la lumière solaire est indiquée par tous les auteurs comme une cause fréquente d'accidents graves chez les troupes en marche pendant l'été, et surtout dans les contrées sans abri. À l'intensité de la lumière solaire il faut attribuer l'héméralopie, que nous avons décrite à l'article Marins. Mais, selon quelques observateurs, les causes déterminantes seraient ici toutes les circonstances de service qui obligent les soldats à passer la nuit en plein air, les yeux ouverts, notamment les factions. Il est à remarquer que l'affection est extrêmement rare chez les officiers et les sous- officiers; elle est commune en Algérie, où la réverbération entretient et prolonge l'héméralopie née de ces causes.
Mais l'accident que l'on n'observe que trop souvent en pareilles circonstances, c'est le coup de soleil. Le coup de soleil ou de chaleur, qui frappe le soldat sur les routes pendant la marche, ou dans les camps pendant les exercices, est caractérisé par les symptômes suivants : faiblesse, vertiges, céphalalgie, troubles dans la vue, nausées, peau sèche; puis surtout des symptômes pectoraux : oppression,
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dyspnée, douleurs thoraciques; survient ensuite une période de stupeur nerveuse suivie de coma profond. Ces symptômes prémonitoires peuvent manquer ou être très-modérés, ou même passer inaperçus. Alors le malade tombe subitement comme foudroyé. Il peut mourir instantanément; ou bien, après quelques minutes, ayant les yeux fermés, les pupilles dilatées et insensibles, il se manifeste des contractions cloniques de la face et des extrémités ; la face est bleuâtre, le pouls très-fréquent sans aucune résistance, la respiration est stertoreuse, superficielle, trèsfréquente. La mort peut survenir rapidement ou en quelques heures; mais la guérison aussi peut être rapide. A l'autopsie, on ne trouve ordinairement rien dans le cerveau et dans ses membranes. Les poumons, au contraire, sont toujours gorgés de sang, parfois à un point extrême. Le cœur droit et les grosses veines sont remplis d'un sang foncé, liquide, acide ; le cœur gauche est presque vide.
Tel est le coup de chaleur, qu'il ne faut pas confondre avec l'hypérémie et l'apoplexie cérébrales, états d'ailleurs très -rares chez le jeune soldat.
Du reste, la présence du soleil n'est pas nécessaire pour la production de cet accident. Plusieurs conditions, au contraire, ont été signalées comme se rencontrant presque dans tous les cas : ainsi des vents chauds, une certaine humidité, un état électrique prononcé de l'atmosphère, la présence d'un certain nombre d'individus dans un espace clos ou dans des conditions qui ne permettent pas le renouvellement facile de l'air, telles que la marche eii colonnes serrées, le passage à travers des défilés, des forêts, des rues étroites, etc. Comme causes prédisposantes, il faut noter toutes les actions dépressives, épuisantes, de quelque nature qu'elles soient, ainsi que l'emprisonnement du corps dans des uniformes étroits et serrés, et l'usage d'une
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coiffure qui concentre la chaleur solaire au lieu d'en atténuer l'intensité.
Guyon a insisté particulièrement sur l'aggravation de ces accidents pendant les haltes, et par la position couchée et horizontale, que le soldat fatigué est tenté de prendre dès qu'il arrive au repos.
La température du sol est, en effet, supérieure, dans les contrées sans abri, à celle delà couche atmosphérique qui l'avoisine; le corps en reçoit une influence thermique des plus fâcheuses, et le coup de chaleur se manifeste souvent dans cette position.
Le traitement consistera en affusions froides sur la tête, le cou et la poitrine du sujet préalablement placé à l'ombre. L'impression de l'eau froide s'exerçant puissamment sur les rameaux nerveux de la peau, va ranimer la respiration et rétablir son cours quand il a été plus ou moins suspendu (Mac Lean).
Il est une affection qui survient chez les jeunes soldats à la suite de fatigues excessives et de marches forcées ; c'est l'affection connue sous le nom de pied plat douloureux (Guérin), tarsalgie (Gosselin), crampe des pieds (Nélaton), pied creux douloureux (Duchenne, de Boulogne). Elle est caractérisée par la déviation du pied en dehors, accompagnée de douleur dans la région calcanéo-astragalienne, augmentant par la continuation de la marche, disparaissant par le repos de la nuit; puis d'une contraction spasmodique des muscles de la région antérieure et externe du pied. Les tendons font saillie sous la peau; avec la contracture coïncide la perte graduellement progressive des mouvements de latéralité du pied.
Cette affection a été considérée comme le résultat de l'inflammation des surfaces articulaires (Gosselin); du spasme ou contracture du long péronier latéral, ou de la
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paralysie ou impotence fonctionnelle du long péronier (Duchenne).
L'immobilité et le repos de l'articulation dans le premier cas, la ténotomie dans le second cas, et dans le troisième la faradisation des muscles atteints : telles sont les règles du traitement à appliquer.
— Les vêtements du soldat et son équipement peuvent devenir, à leur tour, la cause d'affections variées et graves quelquefois.
C'est ainsi que nous avons vu que la pression du col autour du cou favorise la congestion du corps thyroïde; elle est aussi une cause prédisposante du coup de chaleur.
Les médecins anglais attribuent à la gêne que fait éprouver à la respiration et à la circulation la constriction ainsi exercée par le collet et par la partie supérieure du vêtement, chez les militaires, la fréquence des anévrysmes du cœur et de l'aorte, que l'on rencontre dans la profession. D'après les statistiques anglaises, en effet, cette affection serait onze fois plus fréquente chez les militaires que dans la population civile. D'après des recherches faites sur les registres de l'armée anglaise, dans différentes stations sur le globe, l'inspecteur général Davy, dans son livre : Maladies de V armée , arrive à ce résultat important que la mortalité par les anévrysmes a été, pour les cavaliers, de 31 pour 1000, et pour les fantassins, 14 pour 1000. Cette différence de plus de moitié, chez les cavaliers, indique assez combien l'exercice du cheval prédispose à ce genre de lésions vasculaires.
Morgagni, Ramazzini, Pâtissier, Corvisart, avaient déjà signalé cette influence prédisposante de l'équitation sur les anévrysmes du cœur et des gros vaisseaux.
— Il faut signaler ici la présence ordinaire de furoncles sur le dos des fantassins, peu accoutumés à la pression
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rude du sac; au cou et à la nuque, chez les jeunes conscrits exposés au contact roide du col militaire ; et, sur les fesses des cavaliers qui n'ont pas l'habitude du cheval, et qui, pendant le trot, souffrent du frottement répété de la selle.
Chez les cavaliers, dans l'armée, il existe une forme particulière d'ecthyma, décrite par Dauvé sous le nom d'ecthyma des cavaliers. La forme de l'éruption ne présente rien de bien spécial, si ce n'est qu'elle est limitée aux jambes.
Sur 55 malades, Dauvé l'a vue siéger 50 fois à la partie antérieure et externe du tibia. Trois fois, elle occupait les fesses et les cuisses. Cette affection se distingue aisément du furoncle par l'absence de base indurée, acuminée; elle dure en moyenne de vingt à vingt- cinq jours, mais peut revêtir une marche chronique. L'irritation produite par le pantalon k manchettes de cuir, par les petites et les grandes bottes, la malpropreté inhérente à tout cavalier, sont la cause de cette éruption, qu'accompagne aussi un état de faiblesse générale. (Dauvé, VEcthyma dans l'armée et spécialement dans la cavalerie, in Recueil de mémoires de médecine militaire, 3e série, t. V, p. 192 et 290.)
— Bégin, Larrey, Velpeau, ont fait ressortir la fréquence des abcès froids chez les jeunes soldats. Ces abcès surviennent généralement au cou (adénites cervicales), au dos, à la partie antérieure de l'épaule, à l'avant-bras gauche, lieux du corps qui souffrent de la pression et des frottements du sac, ou qui sont exposés aux chocs répétés du fusil; mais nous devons admettre avec Boyer et Denonvilliers que ce ne sont là que des causes déterminantes, qui n'auraient point agi s'il n'avait pas existé chez les sujets une disposition générale, véritable principe de la maladie : la scrofulose.
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— De toutes les parties de l'habillement du soldat, il n'en est aucune qui demande plus de soins que la chaussure. Le maréchal de Saxe disait avec raison que l'armée qui aurait donné à ses troupes la meilleure chaussure posséderait sur ses ennemis un immense avantage, celui de conserver des hommes disponibles pour la marche. — Les mauvaises chaussures, en effet, font développer sur les pieds soit des produits chroniques de compression, soit des affections aiguës. Les produits chroniques sont surtout des durillons, des yeux de perdrix et des déformations de la partie antérieure du pied; les affections aiguës consistent dans des inflammations de la peau, des ampoules, des excoriations. Ces excoriations s'observent principalement au niveau du cou-de-pied et immédiatement au-dessous de la malléole externe. Elles sont produites pendant réchauffement des pieds par des marches prolongées et inaccoutumées, et occasionnées par les frottements répétés des bords et des angles du soulier, à chaque flexion du pied. Elles sont assez communes chez les jeunes soldats pour figurer dans la proportion d'un tiers dans les exemptions de service (Lèques).
— Il nous parait utile et facile maintenant de formuler les quelques préceptes d'hygiène professionnelle ayant pour but de préserver les jeunes soldats de la plupart c(es inconvénients pathologiques que nous venons de passer en revue. On pourrait les résumer ainsi : aération complète et bonne disposition intérieure des casernes, soins extrêmes de propreté individuelle, alimentation suffisamment réparatrice, usage du vin et de la viande, alternatives de repos nécessitées par les fatigues du service.
Les divers procédés de ventilation et de chauffage des casernes et des corps de garde seront combinés et appliqués de la façon la plus convenable pour faire disparaître
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toute trace de gaz nuisible et d'humidité. (Voy. Ventilation naturelle.) On combattra la grande malpropreté du corps chez les soldats, en exigeant d'eux les soins les plus complets de la toilette : ablutions de la face, des mains et du cou, nettoyage des dents et de la bouche ; il sera bon de mettre à leur disposition, dans les casernes ou dans les camps d'instruction, des bains et des piscines. Le nettoyage du linge de corps surtout doit être l'objet des plus rigoureuses exigences.
En cas d'épidémie, on disséminera les troupes, et au besoin on fera évacuer la caserne, que l'on soumettra ensuite aux procédés usuels de désinfection.
D'une manière générale; les objets de vêtement et d'équipement seront modifiés de façon à n'obéir qu'aux seules considérations d'hygiène et d'aisance dans les mouvements du corps. Le col roide sera remplacé par une cravate, ou mieux devra disparaître tout à fait, comme cela a lieu chez les marins et les zouaves. La coiffure sera légère, capable de préserver de la pluie dans nos climats ; dans les pays chauds, on adoptera l'usage d'un cOuvre-nuque pour se garantir du soleil. L'usage d'une chemise de flanelle, à condition d'en surveiller très-attentivement le maintien de la propreté, évitera aux soldats bien des refroidissements subits et des rhumatismes, en protégeant la peau contre l'évaporation trop active de la sueur.
La chaussure du soldat, dit Morache, doit répondre à des conditions multiples plus encore que pour tous les autres individus ; il importe qu'elle soit souple, légère et solide, facile à mettre et à ôter, appropriée à tous les climats et à toutes les saisons, confectionnée de façon à laisser le pied sec et sain, à ne contrarier le jeu d'aucune de ses articulations, à empêcher l'entrée du sable et de la boue. (Hygiène militaire, p. 591.) On habituera de bonne heure
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et progressivement les nouveaux soldats aux marches militaires, et à supporter le poids de leur équipement. Les haltes se feront toujours dans des lieux abrités. Le soldat portant toujours avec lui deux paires de chaussures, l'une au pied et l'autre dans le sac, pourra en changer au besoin, et prévenir ainsi à temps toute excoriation. On devra permettre aux soldats et, au besoin, exiger d'eux qu'ils se baignent les pieds le plus possible pendant les grandes marches.
« Au point de vue de l'hygiène, ce qui a une importance capitale, c'est non-seulement de diminuer le poids total de la charge du soldat, mais aussi de répartir cette charge suivant les lois de l'équilibre, de sorte qu'en dehors des efforts musculaires nécessaires pour enlever tout le poids de l'équipement pendant la marche, il ne soit pas encore besoin d'autres efforts musculaires pour le maintenir. Enfin, il faut que les objets constituant le chargement, les liens ou courroies qui servent à les fixer, ne portent pas de gêne aux libres mouvements d'ampliation de la poitrine, ne compriment ni l'abdomen ni les gros vaisseaux superficiels de la région du cou ou des aisselles. »
Nous n'insisterons point sur les objets de campement ni sur l'installation de ce dernier; mais il nous paraît nécessaire de dire quelques mots ici des avantages de la création des camps d'instruction, au point de vue de la salubrité de la profession miiitaire. On a reconnu que la mortalité des soldats en France est beaucoup plus forte dans les garnisons que dans les camps. Au camp de Châlons, en 1864, on a une moyenne annuelle de 3,16 décès pour 1000 hommes d'effectif, tandis que la mortalité de l'armée, à l'intérieur, est de 9,42 pour 1000.
Ces chiffres peuvent se passer de commentaires. Aussi dirons-nous avec Michel Lévy et E. Boisseau :
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(( Par la création des camps permanents, où l'espace serait largement concédé, où Ton établirait des habitations légères que l'on pourrait facilement déplacer, renouveler même au bout de quelques années, on supprimerait ces accumulations d'hommes dans des casernes où la fièvre typhoïde, la tuberculose, les fièvres éruptives sévissent en permanence. »
B. — C'est surtout le fantassin que nous avons eu en vue jusqu'ici ; il nous faut, à présent, dire quelques-mots des affections auxquelles l'exercice du cheval expose plus particulièrement les cavaliers. En dehors des anévrysmes, que nous avons déjà signalés comme plus fréquents chez les cavaliers que chez les fantassins, nous citerons : les hémoptysies, qui se montrent chez les jeunes soldats qui n'ont point encore l'habitude du cheval, après de longues courses accomplies sans prendre du repos ; les affections des voies respiratoires, que provoque une course rapide contre le vent; les hernies inguinales, l'hématurie, extrêmement fréquente chez les hommes forcés d'être souvent et longtemps à cheval; les abcès à la région sacro-coccygienne; la contusion des testicules et l'hydrocèle; les furoncles, les excoriations aux fesses, au périnée, à la partie supérieure et interne des cuisses, quelquefois aux genoux; des hémorrhoïdes très-fréquentes et très-pénibles.
Chez les cavaliers de profession, les cuisses et les jambes deviennent arquées, à convexité extérieure ; il s'établit, à la longue, un commencement de luxation en dehors de l'articulation fémoro-tibiale, avec un léger degré de distension des ligaments de cette région. (Rider, Étude médicale sur Véquitation, in Ann. dliyg. publ, 4870.)
Chez les artilleurs, pendant le tir du canon, il peut se faire une rupture de la membrane du tympan, par suite
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de l'ébranlement brusque imprimé à la colonne d'air par la détonation.
Percy a appelé l'attention sur les hémorrhagïes du conduit auditif consécutives à cette lésion, et sur l'apparition d'une céphalalgie très-vive et très-persistante. Il y a en général aussi des troubles plus ou moins prononcés de l'ouïe ; et des otites rebelles peuvent être la conséquence de la non-cicatrisation de la plaie par rupture.
Suivant Barthélémy, ce que l'on rencontre le plus souvent chez les canonniers, après les exercices à feu, c'est une dureté momentanée de l'ouïe, avec ces sifflements, ces bourdonnements, toutes ces variétés de bruits silencieux, indices d'un trouble dans l'innervation, et contre lesquels nous ne possédons aucun moyen d'action. Plus tard, par la reproduction fréquente de ces phénomènes, le nerf acoustique reste dans un état de torpeur, et une irrémédiable surdité finit par s'établir. Il faut que le canon nier se garnisse les oreilles d'un corps léger comme le coton; mais sans le tasser, car, dans ce cas, ce n'est plus un corps mou, interceptant les ondes sonores, mais bien un corps solide qui, à ce titre, est parfaitement apte à les transmettre.
On a aussi parlé d'une orcliitedes canonniers, mais c'est, un fait rare. Elle est due, évidemment, à la rétraction convulsive du crémaster et au froissement du testicule.
Nous n'avons pas l'intention de nous étendre ici sur tous les accidents qui peuvent survenir pendant le chargement et le déchargement des pièces. Ces accidents, du reste (explosion d'une gargousse, projection du refouloir, etc.), étaient plus fréquents avec l'ancienne artillerie. Nous appellerons seulement l'attention sur un genre de lésions assez fréquemment observées chez les fusiliers, depuis l'adoption du fusil Chassepot, et dont le mécanisme est
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très-intéressant à connaître. Le fusil Chassepol, par l'agencement des pièces de sa culasse mobile, donne lieu à des lésions de la main d'une certaine gravité ; l'accident se produit au moment où le tireur pousse la cartouche dans la chambre, avant qu'il ait eu le temps de rabattre le levier sur le rempart qui est destiné à empêcher le recul ; dans ces fâcheuses conditions, l'explosion de la poudre repousse en arrière, avec toute la vitesse d'un projectile, le levier qui laboure profondément la paume de la main.
La plaie, toujours située à la main droite, est déchirée, noirâtre, contuse au suprême degré, douloureuse, s'étendant du milieu de la commissure du pouce et de l'index au poignet, profonde en moyenne de 1 centimètre. En même temps, le visage est le plus souvent criblé de grains de poudre. Des accidents graves consécutifs peuvent survenir, tels que hémorrhagie, phlegmon, tétanos; mais en général la guérison est assurée. Sonrier (Mém. de méd. et pharm. militaires) a surtout préconisé, comme moyens de traitement, les irrigations froides, la position élevée de la main, et la réunion tardive.
Les soldats du génie qui creusent des galeries de mines sont sujets à des accidents spéciaux dus à l'action des gaz nuisibles, particulièrement de l'hydrogène sulfuré, qui se dégagent à la suite des explosions de poudre. Ces accidents, qui ressemblent beaucoup à l'asphyxie des fosses d'aisances, se manifestent à des degrés plus ou moins prononcés ; ils consistent, le plus souvent, en de la céphalalgie, de la stupeur, des tintements d'oreille; quelquefois il y a une perte de connaissance de peu de durée ; d'autres fois, on observe du coma, des convulsions épileptiformes; la respiration est stertoreuse, de l'écume apparaît à la bouche ; le pouls est plein, inégal, irrégulier. Après quelques minutes, détente générale, douleur vive, trismus
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et claquement des dents, pouls petit, intermittent, peau livide, froide, la connaissance revient peu à peu; douleur de tête persistante ; au bout d'un jour, rétablissement complet. C'est surtout dans le percement et la destruction des mines et contre-mines, pendant les sièges,' que ces accidents s'observent (Josephson).
Suivant Rizet, « l'air vicié des galeries de mines, l'action lente des gaz carbonés, amènent chez les hommes assujettis au travail des mines un véritable état cachectique. Beaucoup arrivent, à la longue, à l'étiolement et à la chloroanémie, à l'œdème des membres inférieurs, aux ulcères scorbutiques après la moindre excoriation.
« Un certain nombre de mineurs du génie, obligés de ramper à plat ventre dans les galeries, deviennent emphysémateux par suite des efforts qu'ils font pour respirer. » (Mém. de méd. et pharm. milit.)
B. 2° partie. — Il faut maintenant nous occuper des causes principales de morbidité et de mortalité qui viennent frapper les armées en campagne. On comprend que nous nous renfermions ici dans les généralités.
Les pertes éprouvées par les armées en campagne, dit Legouest, sont de deux sortes : les unes glorieuses et retentissantes, dues au feu de l'ennemi ; les autres silencieuses, mais toujours beaucoup plus considérables que les premières, causées par les maladies nées sous l'influence de la vie des camps, des privations et des fatigues de la guerre.
Les influences telluriques et climatériques, d'une part; l'encombrement et la mauvaise alimentation, d'autre part : voilà les causes les plus importantes, sinon les causes uniques, des maladies des camps. Au sol doivent être attribuées les maladies palustres : de quelque côté que l'on porte la guerre, on est presque assuré d'y rencontrer des
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affections maremmatiques; du reste, tous les travaux de remuement du sol donnent naissance à ces affections. Aux influences climatériques il faut rapporter les affections rhumatismales, les affections thoraciques inflammatoires, l'insolation, la congélation; à l'encombrement, les maladies typhiques ; à l'alimentation, le scorbut; à ces influences diversement combinées, et surtout aux influences climatériques et à l'alimentation, les flux diarrhéiques et la dysenterie. Dans les pays- où régnent les maladies endémiques (choléra, fièvre jaune, etc.), les troupes agglomérées ne peuvent manquer de payer un large tribut à ces fléaux. Donnons une idée des ravages causés par quelques-unes de ces maladies :