GRAVEURS
Les ouvriers employés aux cornues seraient aussi trèspeu prédisposés aux maladies infectieuses, et spécialement à l'infection typhoïde.
Petersen, De la santé des ouvriers des usines à gaz de Copenhague, inHygieniske meddelelser og. Botratyninger, vol. VII, part, n, 4872, Copenhague. Extrait par Du Mesnil (Anik, d'hyg. publ. 2e série, Avril 1874.) — Ludw. Hirt, Die Krankheiten der Arbeiter, Breslau und Leipzig, 1873, 2e fascicule, analyse par Schwartz (Annales d'hygiène publ., 2e série, 1874.).
graveurs.' — Nous trouvons chez les graveurs au burin les causes suivantes de maladies : vie sédentaire, application soutenue des yeux à un travail minutieux, attitude courbée, exercice professionnel des doigts.
Yoici comment s'exprime Jordan à leur sujet : « Parmi les organes des sens, les yeux sont surtout affectes, chez les graveurs, par l'attention extrême qu'exige leur travail. La fixité continuelle de la vue sur de petits objets et à un très-grand rapprochement, finit par détruire le pouvoir d'accommodation de l'œil. Le travail qui s'accomplit à une lumière défectueuse, insuffisante ou trop vive, agit d'une manière encore plus défavorable, il en résultera des phlegmasies chroniques des membranes internes ou externes de l'œil, le trouble dans la transparence des milieux, et enfin l'amblyopie. » (Voy. Malad. professionnelles des yeux, inPATH. génér., page 23.)
La pression du brunissoir amène le développement de callosités et de durillons à la face interne des doigts et de la main. On a remarqué surtout un bourrelet épidermique saillant à l'articulation des deuxième et première phalanges, et parfois la contracture du petit doigt dans la main qui tient le brunissoir.
La pression de l'instrument à graver, par sa tête, sur la paume de la main ; par son manche, sur les doigts ; la près-
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sion du bord externe de la main sur les planches ou les objets, ou la table à graver; le contact habituel des extrémités supérieures sur les plaques froides de métal, et le -travail exécuté presque constamment avec les mains placées verticalement, les deux coudes appuyés fortement sur la table et le corps penché en avant : telles sont les causes, suivant Vernois, qu'il faut invoquer pour expliquer la présence fréquente de durillons aux phalanges du pouce et de l'index des deux mains, de durillon et de bourse séreuse accidentelle à chaque coude, de luxation habituelle, en arrière, du pouce gauche; le spasme fonctionnel des doigts, l'anesthésie fréquente de la peau des mains et des avant-bras, et quelquefoisja disposition en griffe des doigts de la main droite ou atrophie des muscles interosseux; toutes affections que l'on rencontre chez les ouvriers graveurs.
On a signalé aussi, chez eux, la voussure du dos, avecune certaine déformation en haut et en arrière des épaules. D'après Lombard (de Genève), les graveurs fourniraient douze décès de phthisie sur cent malades; dans le tableau de statistique professionnelle dressé par de Neufville à Francfort, la durée moyenne de la vie chez les graveurs est relativement inférieure, et ne dépasse pas quarante ans. On peut rapporter aux graveurs en particulier ce que nous avons dit des ajusteurs, à propos de la phthisie pulmonaire.
Dans la gravure. à l'eau-forte, les ouvriers sont exposés à l'action de l'acide nitrique sur la peau des doigts, et à celles des vapeurs nitreuses sur les voies respiratoires; il peut en résulter des accidents que nous avons déjà rencontrés chez les bijoutiers pendant le dérochage. (Voy. Bijoutiers.) D'autres accidents, qui consistent en céphalalgie, légers troubles des sens, dyspepsie et coliques, sont
dus aux vapeurs d'essence de térébenthine, dont ils se servent habituellement pour appliquer les enduits. (Voy. Peintres sur porcelaine.)
Dans la gravure sur cristaux, on se sert de l'acide hydrofluorique : cet acide est un poison très -violent et dont la manipulation est on ne peut plus dangereuse. A l'état solide, son contact détermine sur la peau des ulcérations très-douloureuses ; et quand on s'en sert pour la gravure, il rougit et brûle l'extrémité des doigts.
A l'état gazeux, il provoque des irritations très-vives des paupières et des yeux, des coryzas intenses et une bronchite spasmodique assez semblable à celle que détermine l'absorption des vapeurs hypoazotiques. — C'est pourquoi on n'emploiera que le plus rarement possible cet acide; les ouvriers qui s'en servent, à L'état liquide, devront prendre les plus grandes précautions, et feront usage de gants préservateurs pendant le travail. Une ventilation des plus énergiques sera dirigée sur la table où on l'emploie à l'état gazeux. — Mais le meilleur moyen de préservation sera encore l'usage d'un appareil vitré muni d'ouvertures pour le passage des avant-bras.
le nom général d'hommes de peine nous comprenons tous ceux dont l'attitude et le mouvement, professionnels trouvent Teur caractéristique dans le phénomène physiologique de l'effort. — La plupart des résultats pathologiques que nous sommes appelés à constater chez ces ouvriers ont déjà été consignés dans la Pathologie générale ; nous ne ferons que résumer ici les accidents que l'on rencontre le plus communément. Ce sont : les congestions pulmonaires, l'hémoptysie, les congestions cérébrales, la rupture des gros vaisseaux et les anévrysmes cardiaques, consé-
quences des efforts répétés d'expiration; les ruptures des muscles droits de l'abdomen, les hernies ventrales, inguinales et diaphragmatiques consécutives à la contraction exagérée des muscles de la paroi abdominale; les ruptures musculaires, les entorses, les luxations et les fractures occasionnées par la violence du mouvement professionnel lui-même.
Les portefaix et les forts de la halle sont les deux professions typiques de cette catégorie d'ouvriers. Viennent ensuite les commissionnaires, les colporteurs, les porteurs d'eau, etc. — Le caractère général des affections professionnelles est ici partout le même; le détail seul varieparce qu'il est sous la dépendance du travail et des habitudes de l'individu.
C'est ainsi qu'il existe chez les forts de la halle un développement remarquable des muscles de la région cervico-dorsale, avec un certain degré de voussure du dos. La pression habituelle des fardeaux détermine chez eux l'usure des cheveux à la nuque, l'irritation de leurs bulbes, et par suite des furoncles et parfois des anthrax étendus ; des rugosités douloureuses à la partie la plus saillante du rebord interne des muscles trapèzes ; et des bourses séreuses accidentelles à la face externe du grand dorsal et de chaque côté du rachis (Gruveilhier, Velpeau, Béraud). L'action des poids portés augmentant la pression sur les talons, amène des callosités très-prononcées en ce point, et une tendance à l'affaissement de la voûte du pied, en dehors surtout. — L'habitude de la station debout, mais plus encore l'obstacle à la circulation en retour des membres inférieurs, apporté par les efforts des muscles abdominaux et la congestion des viscères internes, détermine l'apparition fréquente de varices volumineuses aux jambes. — Les callosités, les durillons forcés se rencontrent corn-
munément à la région palmaire, surtout à droite. Suivant Duchenne (de Boulogne), l'exercice prolongé de la préhension forcée occasionnerait chez les porteurs ou rangeurs de ballots une crampe très-douloureuse, avec contracture des fléchisseurs, donnant lieu à de la paralysie avec forme de la main ressemblant à la griffe d'un oiseau et indiquant l'atrophie des interosseux.
Duchenne, Physiologie des mouvements démontrée à l'aide de l'expérimentation électrique et de l'observation clinique, Paris, 1867.
Chez les porteurs de brancards, l'action de la courroie en cuir qui supporte le faix, et chez les porteurs d'eau, celle du manche en bois ou en fer à l'extrémité duquel sont suspendus les seaux, amènent des callosités douloureuses en avant et en arrière des épaules, et parfois une bourse séreuse accidentelle au niveau de l'acromion. Il en résulterait, à la longue, surtout chez les porteurs de brancards, une conformation spéciale caractérisée par l'élévation et le rejet en arrière du corps de l'omoplate. Les palpitations et les affections organiques du cœur seraient très-fréquentes ici.
Bachon a décrit une paralysie brachiale par compression lente chez des porteurs d'eau. Les porteurs d'eau de Rennes, dit cet auteur, transportent l'eau à l'aide d'énormes cruches appelées butes. Le ventre de ces vases est appuyé contre la partie antéro-latérale du thorax; le bras est engagé dans l'anse tournée en dehors, et embrasse la circonférence qu'il presse contre la poitrine. Dans cette position, la pression principale de la cruche s'exerce sur la région externe et postérieure du bras, suivant une ligne qui croise obliquement la direction du nerf radial. Ce nerf doit être nécessairement contus et irrité. La nuérison de
cette affection s'obtiendra en faisant cesser la cause et en électrisant le bras malade. (Bachon, in Mémoires de méd. cl de chirurg. militaires, avril 1864.)
Chez les marchands qui portent un éventaire, Fhabitude qu'ils prennent de se tenir renversés en arrière entraîne la lordose ou déviation lombaire à convexité antérieure. Elle est due à un excès de contraction des muscles sacro-spinaux, et entraîne à sa suite un raccourcissement des ligaments jaunes, et, de plus, un amincissement exagéré de la partie postérieure des corps des vertèbres et des ligaments intervertébraux ;. les fesses sont portées en arrière et relevées en forme de croupe. — La région lombaire offre ainsi l'apparence d'une selle, de là le nom d'enselhue sous lequel on désigne cette conformation. — D'après Max. Vernois, les marchandes à Inventaire présenteraient, en outre, un durillon fort large dans les deux tiers de la circonférence postéro et lombo-latérale du corps, causé par l'action sur la peau, des liens qui fixent au corps Inventaire. Il y aurait encore, avec la saillie du ventre en avant, un développement très-considérable des veines superficielles du bas-ventre. On comprend que les varices soient ici une affection des plus communes.
Le même auteur nous apprend que chez les joueurs d'orgue de Barbarie, la pression de l'orgue sur la cuisse, la position déjetée à gauche et obligatoire pendant le travail, amènent là formation d'une bourse séreuse placée audevant du grand trochanter droit avec callosité delà peau ; et une déviation de la colonne vertébrale, ayant sa concavilé tournée vers la gauche.
S'il est une classe d'hommes de peine exposée pardessus tout aux intempéries des saisons et soumise à tous les inconvénients d'une vie de misère physique et morale, c'est celle des terrassiers. Embauchés pour les travaux
généraux de terrassement, de démolition, de construction de chemins de fer, etc., ils vivent au jour le jour, sans aptitude professionnelle, ajoutant presque toujours aux fatigues d'un travail pénible l'absence de toute hygiène . privée. — Mal vêtus, mal nourris, vivant dans des bouges infects où plusieurs couchent à la fois, livrés à l'ivrognerie, ils payent un large tribut aux épidémies. Ils sont sujets aux rhumatismes et aux affections catarrhales des voies respiratoires et digestives. (Lamotte, Mém. sur le service médico-chirurgical de la construction du chemin de fer de Lisieux à Honfleur, in-8°, 1863). — La pneumonie et la néphrite albumineuse seraient, fréquentes chez eux (Shann). — Les affections chirurgicales sont nombreuses et trouvent leur cause dans les éboulements, les chutes, les éclats de pierre, le heurt et le choc d'instruments, etc.
Ce que nous venons de dire des terrassiers peut s'appliquer, en grande partie, aux ouvriers employés à l'exploitation des forêts. Nous retrouvons ici la même influence fâcheuse des intempéries de l'atmosphère et d'une pitoyable hygiène privée. D'une autre part, le travail des bûcherons se rapproche sous bien des rapports de celui des charpentiers. (Voy. Charpentiers.) Rouget a insisté particulièrement sur les dangers de l'abattage des arbres, qui devient la cause de contusions graves, de fractures et parfois d'écrasement par suite de l'imprévoyance des ouvriers, ou de la difficulté de gagner en temps utile un refuge assuré. Combien de fois n'en a-t-on point vu s'efforcer de devancer à la course l'arbre qui chancelle, au risque d'être atteints ! Pendant le transport des bois abattus, c'est dans le chargement et déchargement n'es chariots qu'un accident arrive; c'est aussi aux endroits où les routes de montagne décrivent des courbes à petit
rayon. A chaque instant, en effet, le conducteur, obligé alors de faire manœuvrer l'arrière-train du chariot au moyen de la perche qui y est adaptée., est exposé à être écrasé. (Rouget, Noie sur les ouvriers employés à l'exploitation des forêts de sapin, in Ann. tfhyg.publ, 1861.)
Maxime Vernois, De la main des ouvriers et des artisans au point de vue de l'hygiène et de la médecine légale (Annales d'hyg. publ., 2° série, 1862, t. XVII).
horlogers. — La plupart des causes de maladie que l'on relève chez les bijoutiers et les orfèvres se rencontrent chez les horlogers. Telles sont : la vie sédentaire, l'attitude courbée, l'exercice professionnel des doigts, l'application soutenue des yeux à un travail minutieux. C'est pourquoi les troubles de la vue, le spasme des fléchisseurs des doigts, les affections dyspeptiques et l'anémie se retrouvent au premier rang dans ia pathologie professionnelle des horlogers. Mais il est une cause d'accidents qui agit plus particulièrement chez eux : c'est l'absorption des particules cuivreuses pendant les différentes opérations d'horlogerie. L'ouvrier qui polit les roues, celui qui finit les mouvements, celui qui repasse les pièces fines et les agences (repasseur, remonteur); celui encore qui tourne les plaques des cuvettes, des boîtes (arrondisseur, monteur de plaques), ou bien qui grave au burin des. dessins ou des légendes (guillocheur-graveur), tous manipulent sans cesse un métal dont les particules sont absorbées soit parles poumons, soit par les voies digestives. Perron, qui a publié un travail sur les maladies des horlogers de Besançon, décrit ainsi les symptômes de celte absorption : « Les horlogers ont le pouls fréquent, la peau chaude et la gorge sèche, et généralement sont très-
altérés. Bon nombre d'entre eux se plaignent de douleurs à l'épigastre, aux reins, à la tête; beaucoup sont sujets aux indigestions, aux entérites, à la diarrhée; quelques-uns seulement ressentent des picotements et de la constriction au pharynx. C'est là un véritable empoisonnement professionnel amenant à la longue une. détérioration de l'organisme, sous l'influence de laquelle, l'irritation produite, à chaque instant, sur les poumons par les particules métalliques dégénère en phthisie. Perron établit, d'après ses relevés de statistique, que pendant qu'à Besançon la moyenne est de 14 décès de phthisie pour 100 décès; pour les horlogers, cette moyenne est de 64 décès de phthisie pour 100 décès. — Déjà Lombard (de Genève), observant dans un milieu favorable , avait noté cette fréquence de la phthisie chez les horlogers, principalement chez les faiseurs d'aiguilles de montre, où la proportion des décès de phthisie est représentée par le chiffre élevé de 55 décès sur 100 décès, et chez les polisseurs de ressorts par celui de 35 sur 100. On retrouve ici l'influence funeste sur les poumons de l'absorption des molécules d'émeri, d'acier et de silice. — Plusieurs auteurs ont combattu les opinions de Perron, mais aucun n'a essayé de nier la vérité de l'énorme proportion de phthisiques qu'il donne pour les horlogers de Besançon. C'est ainsi que, suivant Druhen, la plupart des maladies observées chez ces artisans seraient dues à l'iuconduite et à la débauche. Muston accuse surtout l'encombrement et la vie sédentaire.
Nous persistons à croire, malgré ces auteurs et malgré Lebon, qui, examinant la question de l'intoxication par la poussière de cuivre chez les horlogers, s'est efforcé de réfuter les conclusions du mémoire de Perron : que les accidents d'intoxication cuprique sont fréquents chez celte
catégorie d'ouvriers, et que le point de départ des dégénérescences caséeuses des poumons qui constituent, en grande partie, la phthisie professionnelle des horlogers, trouve sa source dans l'irritation mécanique des poussières agissant, d'une façon continue, sur les voies respiratoires. Yoici, d'après Lombard (de Genève), les chiffres établissant la durée de la vie moyenne chez les diverses catégories d'ouvriers employés aux ouvrages d'horlogerie. Il faut les regarder comme singulièrement entachés d'optimisme. Guillocheurs, 58 ans; faiseurs de verges de montre, 56; horlogers, 55; faiseurs de ressorts, 54; faiseurs de cadrans, 53 ; monteurs de boîtes de montres, 52 ; emboîteurs de montres, 42. Toutefois la moyenne générale de la profession donne le chiffre de 52 ans, inférieure à la moyenne établie par l'ensemble des professions, qui est de 55 ans.
Hygiène. — On pratiquera la ventilation générale des ateliers et une ventilation spéciale des établis, surtout dans le polissage des aiguilles et des ressorts de montre. (Voy. Aiguiseurs.) On prescrira l'usage d'un masque préservateur des poussières. Les horlogers feront des ablutions fréquentes de la bouche, et se brosseront les dents avec une poudre dentifrice, afin d'en détacher l'enduit vert dont elles sont souvent recouvertes. (Voy. Cuivre. )Les accidents gastriques seront combattus par l'usage des boissons calmantes et du lait. Une alimentation réparatrice dans le cas de tendance à l'anémie professionnelle; des promenades fortifiantes, un exercice bien entendu toutes les fois que cela sera possible ; la privation de tout excès alcoolique et de débauche : tels sont les moyens de prévenir et de combattre les tendances morbides d'une profession sédentaire par excellence.
Druhen, Comptes' rendus de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon, 1859. — Muston (de Beaucourt), in Société d'émulation de Montbôliard, 1859. — Perron, Des maladies des horlogers produites par le cuivre et l'absorption des molécules cuivreuses (Bulletin do la Société médic. de Besançon, 1860, n» 10, et Annales d'hygiène publique, 2° série, t. XVI, p. 70). — Leron, Phthisie et Horlogerie, in-8°, Besançon, 1862.
hguilleurs. — Nous diviserons la pathologie professionnelle des bouilleurs en deux parties ; la première comprendra toutes les maladies qui sont le résultat de causes générales agissant d'une manière continue sur l'organisme; dans la seconde nous traiterons spécialement des divers accidents qui surviennent dans les houillères.
I. Le milieu et le travail professionnel, tels sont les deux éléments primordiaux de l'étiologie générale.
A. Action du milieu professionnel. — La nécessité de passer une grande partie de sa vie dans les profondeurs de la terre place le houilleur dans des conditions tellement différentes du milieu normal, que tout son organisme en subit des modifications essentielles qui, malgré l'assuétude, dégénèrent forcément en prédispositions morbides. C'est ainsi que l'une des plus importantes fonctions de l'économie, la respiration, se fait dans une atmosphère plus ou moins impropre à l'entretien de la vie. L'absence prolongée de la lumière solaire, les variations de la température ambiante, l'extrême humidité des galeries, l'altération, dans sa composition, de l'air respirable : telles sont les causes générales qui agissent d'une manière continue sur la santé des bouilleurs. L'âge trop peu avancé auquel ils commencent en général leurs travaux les rend éminemment propres à subir une telle influence. En Angleterre, sur mille houilleurs, 39 pour 100 commencent à travailler entre dix et treize ans; et -49 pour 100 avant quatorze ans (Peacock). « La plupart des enfants employés au
travail des mines de houille dans l'est de l'Ecosse, dit Scott- Alison, sont maigres, décharnés, et décèlent, par la contraction de leurs traits ainsi que par la couleur blafarde et jaunâtre de leur teint, la détérioration précoce de leur santé. On observe chez eux une disposition fâcheuse à contracter les maladies, et une grande imperfection dans le développement du corps. $
L'anémie, telle est l'affection qui domine, en effet, toute la pathologie du bouilleur ; elle est comme une porte ouverte à toutes les maladies, elle en forme le fond, et vient les compliquer toutes.
L'air des houillères est profondément vicié par divers agents dont les uns proviennent de la mine elle-même, les autres naissent de l'acte respiratoire du travailleur. L'oxygène subit une diminution par la raréfaction de Fair résultant de la chaleur, par la combustion des matériaux de la mine, et surtout par la combustion respiratoire; l'acide carbonique augmente au contraire notablement. On trouve dans cette atmosphère les traces d'hydrogène carboné, d'oxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré, et une quantité considérable d'azote. Or, sans atteindre des proportions dangereuses et pouvant amener l'asphyxie, il faut reconnaître, avec le conseil de salubrité de Liège, que l'acide carbonique peut, dans les proportions de 1 pour 100, déterminer sur la santé une action lentement nuisible; et malgré l'acclimatement, malgré l'accommodation de l'organisme, il en résulte une diminution de l'activité ou du nombre des globules du sang, et la sécrétion du sucre hépatique s'amoindrit (Cl. Bernard), ce qui semble encore nuire à l'intégrité de ces globules (Lehmann).
Or c'est dans cetie destruction ou dans cette formation en moindre quantité des globules sanguins qu'il faut chercher la cause de l'anémie des mineurs en général, et s'il
se manifeste une difficulté de respirer, elle est due à ce que les globules qui sont chargés de porter l'oxygène aux tissus ont diminué de nombre. (Germain Sée, Maladie des mineurs d'Anzin, in Leçons sur les anémies.)
On peut donc considérer les houilleurs comme en proie à une asphyxie lente; mais il est des circonstances où l'asphyxie menace rapidement les ouvriers : c'est lorsque, par une mauvaise disposition des galeries, des gaz irrespirables se sont accumulés au fond, et surtout lorsqu'on vient à pénétrer dans celles qui ont été abandonnées depuis longtemps.
Un des symptômes fréquents de l'anémie des houilleurs et de l'inspiration d'un air vicié par l'oxyde de carbone et l'acide carbonique, c'est l'affection que Kuborn a décrite sous le nom de vertige nerveux essentiel.
Dans la plupart des galeries, l'humidité est considérable; l'air se trouve presque toujours rapproché du point de saturation; souvent l'eau dégoutte constamment des parois, et les ouvriers travaillent dans l'eau. Cette humidité est d'autant plus défavorable que la température est toujours élevée.
L'exagération des combustions organiques trouve en effet dans la transpiration -cutanée et pulmonaire une voie d'élimination des résidus comburés; mais, plus l'air ambiant est voisin de son point de saturation, plus cette transpiration éprouve de la difficulté à se produire, d'où une accumulation des produits d'excrétion dans l'organisme, sous l'influence d'un travail professionnel des plus pénibles. Les ouvriers ressentent alors une fatigue extrême; ils sont sujets à des douleurs et à des congestions des lombes et des membres.
La température varie dans les galeries suivant leur profondeur, leurs dimensions, leur direction ; de là des alternatives de chaud et de froid qui occasionnent chez les houil-
leurs de fréquentes affections catarrhales et rhumatismales.
Le catarrhe chronique des bronches est, en effet, avec l'anémie, la maladie que l'on rencontre le plus communément chez ces ouvriers, et il n'est pas, suivant Boëns Boisseau, d'affection présentant à un plus haut degré le cachet professionnel. On peut lui reconnaître deux périodes : la première est caractérisée par de la toux, principalement le soir, un essoufflement rapide, des douleurs vives dans la poitrine, un accès d'asthme, surtout l'hiver. Le malade expectore abondamment des crachats noirâtres; on constate des râles secs répandus dans les deux poumons, avec râles humides en arrière et en bas. Dans la seconde période, l'oppression est continuelle, la toux opiniâtre, les accès d'étouffement très-fréquents, l'expectoration toujours noire, la poitrine est souvent déformée; la face est pâle et anxieuse, la démarche lente et affaissée. Les lésions anatomiques sont celles du catarrhe et de l'emphysème avec une coloration noire de tout le tissu pulmonaire, coloration très-intense due, le plus souvent, à un dépôt de molécules de charbon.
Tel est le tableau ordinaire de la maladie désignée par les médecins anglais sous les noms de crachement noir, anthracose (Stratton), pneumo-mélanose (Brokmann), etc.
C'est cet état d'infiltration noire des poumons, sans traces de pus ni d'ulcération parenchymateuse, qui a pu faire croire à quelques auteurs, Virchcfw entre autres, reprenant du reste en cela les opinions deBarruel et de Breschet, que l'on avait affaire à un dépôt de granulations pigmentaires et non de matières charbonneuses. Mais au microscope de Virchow on peut opposer les observations microscopiques de Monneret, Cruveilhier, Chevreul, Henri Leconte etBarlh,qui ont parfaitement reconnu le charbon inhalé.
Suivant Brockmann et Natalis Guillot, ces dépôts ne seraient autre chose que du charbon, qui est formé de toutes pièces dans les poumons, pendant la durée de la vie. Cette opinion a pour elle ce fait déjà signalé, que l'oxygène de l'air respiré par les ouvriers dans les houillères est en quantité insuffisante pour brûler tout le carbone de l'organisme. — En admettant, avec Kuborn, que l'emphysème peut être le résultat des troubles généraux de l'hématose, et si nous rapprochons de cette manière de voir ce fait d'observation que la nature des gaz inévitablement respires dans les houillères peut donner naissance à un asthme spasmodique, et que celui-ci, lors des brusques changements dans la température des gaz respires, est accompagné d'une abondante sécrétion de mucus qui détermine l'emphysème (Wilson), on comprendra pourquoi, après avoir exagéré l'action des particules charbonneuses absorbées, jusqu'au point d'en avoir fait une cause inévitable de phthisie, on a de la tendance aujourd'hui à les regarder, les uns, comme une simple complication d'affections pulmonaires préexistantes : bronchite, emphysème ; les autres, comme complètement inoffensives ; d'autres, avec Vernois, comme pouvant avoir au contraire une action neutralisante des mauvaises conditions où vivent les charbonniers. .
Ce qu'il faut conclure de tout cela, c'est que la maladie dite asthme ou emphysème des bouilleurs n'est point une; mais que, le plus souvent, la cause déterminante est l'irritation incessante des bronches par le charbon provenant des matériaux de la mine et de la fumée des lampes.
Le catarrhe bronchique et l'anthracose sont suivis presque infailliblement d'un emphysème supplémentaire qui finit par déterminer une oblitération des capillaires, et plus tard une dilatation hypertrophique du cœur (Riembaud).
Dans quelques circonstances et suivant les prédisposi-
tions individuelles, les poussières non expectorées s'accumulent dans les voies aériennes, forment de petits amas globuleux qui deviennent autant de foyers d'irritation parenchymateuse, se ramollissent et se séparent; il y succède des cavités plus ou moins considérables, qui peuvent se réunir, et former des cavernes anfractueuses. Les symptômes de la maladie sont bien alors ceux de la consomption pulmonaire, et le nom de phthisis melanica (Gibson), black phthisis, phthisie noire des Anglais, lui convient parfaitement.
La cause qui semble le plus favoriser une si funeste évolution du mal, c'est la nature du charbon absorbé. Le charbon sec, en effet, dont les grains pulvérulents agissent comme les poussières siliceuses, doit être surtout incriminé; les houilles humides et grasses n'entraînent point de semblables accidents.
D'une manière générale, il a été constaté que sur 100 bouilleurs succombant à une mort naturelle, 53 étaient emportés par des maladies des organes de la respiration, et 47 spécialement par l'affection désignée sous le nom d'asthme professionnel.
Parmi les autres maladies, l'angine gutturale, la fièvre continue, la diarrhée et la dysenterie ont été signalées par Demarquette comme fréquentes chez les houilleurs de Gourrière-Billy et Hénin-Liétard ; la fièvre intermittente a été observée parSchirmer chez les bouilleurs du Grûnberg.
Mais, après l'anémie, le catarrhe chronique des bronches, l'emphysème et le rhumatisme, viennent par ordre d'importance, selon Kuborn, les affections organiques du cœur. Ceiles-ci reconnaissent pour causes toutes les maladies précitées : 1° troubles chimiques de l'hématose dans l'anémie; 2° obstacle à la circulation pulmonaire dans les affections des voies respiratoires; 3° inflammation coïnci-
dante des séreuses cardiaques dans le rhumalisme. — Il faut adjoindre à cette étiologie les diverses difformités et les efforts musculaires violents, conséquences de l'attitude et du mouvement professionnels dont nous allons étudier les funestes effets sur l'organisme.
B. Influence du travail professionnel (attitudes et mouvement).— Cette cause particulière d'affections chez les houilleurs n'avait point échappé aux premiers observateurs. Nicolas Skragge, dans sa thèse inaugurale (1777, Upsal), s'exprime ainsi : « Ceux qui tirent le charbon de terre de la mine deviennent tout contrefaits à cause de la posture qu'ils sont obligés de prendre dans leur travail. » — Un grand nombre de ces ouvriers deviennent boiteux; ce résultat déplorable du travail des mines est surtout commun en Angleterre, dans les districts où le mode d'exploitation est le moins favorable à la santé, particulièrement dans le Derbyshire, le Yorksbire, le Lancastre et l'Ecosse. On l'observe encore, quoique moins souvent, dans le Staffordshire. Dans le Derbyshire, les enfants qui ont été occupés de bonne heure dans les houillères ont presque tous les jambes arquées (J. M. Fellows). * Dans l'ouest du Yorksbire, les ouvriers qui ont atteint l'âge de quarante-cinq à cinquante ans s'en retournent de de leurs travaux comme s'ils étaient perclus : leur marche est roide ou boiteuse. Là où le peu d'élévation des galeries souterraines oblige les ouvriers à se tenir baissés, on observe chez eux de fréquentes courbures de l'échiné, et les enfants ont souvent ce qu'on appelle des poitrines de poulet ichickes-breasted). (J. C. Symous, m First Report of the commission for inquiring into the Emp tournent of children and ijoung persons in Mines and Manufactories, presented to both houses of parliamcnt by command of her Majesty, 1842.)
Boéns Boisseau a fait les mêmes remarques chez les houilleurs de Belgique. Il signale principalement la cambrure des jambes, la pointe des pieds en dedans et les mollets en dehors; et la déformation du bassin, avec courbure exagérée des vertèbres lombaires, et projection de l'angle sacro-vertébral vers le pubis. De pareilles difformités reconnaissent pour causes prédisposantes la constitution chétive des jeunes ouvriers, et Je maintien plus ou moins prolongé d'une même attitude, souvent fort pénible, pendant le travail. Chez les femmes employées aux houillères, Scott- AIi'soq a particulièrement insisté sur l'influence fâcheuse de ces déformations sur la grossesse et l'accouchement.
La tâche du hiercheur, qui consiste à tirer ou à pousser des chariots remplis de houille, souvent en rampant à quatre pattes, dans des galeries basses et étroites, est des plus préjudiciables à la santé. Il n'y a pas de maladie, suivant Wilson, qui affecte aussi souvent les houilleurs que les douleurs dans la région lombaire. Il les regarde comme une variété de lumbago causé par l'attitude forcée, et de grands tiraillements dans les muscles de la partie affectée.
Les ouvriers employés à la taille présentent, le plus souvent, une induration de l'épiderme qui recouvre et avoisine le genou et le coude, puis parfois, et par suite d'une pression trop prolongée, une inflammation phlegmoneuse sous-cutanée. Fréquemment, cette inflammation se développe dans une bourse séreuse accidentelle dont fa formation a été provoquée par le frottement de ces parties sur le sol.
Les entorses des articulations tibio-tarsiennes et radio carpiennes sont souvent le point de départ d'hydarthrose, d'arthrite ou de tumeur blanche (Demarquette). La coxalgie a été signalée comme fréquente chez les ouvriers delà
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veine, les chargeurs de taille qui extraient le charbon, et, les hiercheurs qui font circuler les wagons. Chez ces derniers, d'après les remarques de J. C. Symous, le sommet de la tête est souvent dépouillé de cheveux. « La peau en est épaissie, enflammée, dit cet auteur, et présente toute l'apparence de la teigne, par suite de la pression ou du frottement qu'ils éprouvent en poussant les wagons et les traîneaux, et cela malgré l'espèce de coussinet dont ils font généralement usage pour se préserver le haut de la tète. » II. Accidents. — Les mouilleurs sont exposés à des accidents nombreux et variés, dont les causes sont, par ordre de fréquence, les éboulements, les explosions des gaz carbonés, les chutes dans les puits, la rupture des chaînes, câbles ou échelles, la rencontre de cuffats, les cages ou bennes portées aux poulies, une fausse manœuvre au départ ou à l'arrivée des cages, l'action des gaz délétères, les coups de mine, les coups d'eau ou inondations, l'explosion de chaudières, etc. Le tableau suivant nous fera connaître la nature des accidents survenus clans l'exploitation des mines de houille de la Grande-Bretagne, pendant les années 1861-62-66, le nombre de morts causées par ces accidents, et le rapport de gravité de chacun d'eux, c'est-à-dire la proportion de décès par accident. Ce tableau a été composé avec les documents publiés dans les Annales des mines (Notice relative aux accidents survenus dans les mines de houille de la Grande-Bretagne en 1862, par Gallon, ingénieur en chef, profess. à l'école des mines {An. des mines, tome VI, 1864-); et statistique des accidents dans les mines de houille du Royaume-Uni en 1866 (Ann. des mines, 1868). Les chiffres des accidents de même nature arrivés pendant ces trois années ont été additionnés par nous, et le nombre des morts comparé au nombre des accidents.