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II. DE L'A MORTALITÉ DES ARMÉES PAR LE FEU

D'une manière générale, et d'après les pertes connues dans les grandes batailles, on peut évaluer à 20 pour 100 les pertes des armées par le feu (Laveran). Sur 95 615 hommes perdus par l'armée française pendant la guerre de Crimée, 20 240 ont été tués ou sont morts de leurs blessures.

Les officiers de tous grades et de toutes armes, tués ou morts des suites de leurs blessures, sont dans la proportion

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de 14,17 pour 100, ceux qui sont morts de maladies, de 7,30 pour 100. Il faut remarquer ici qu'à l'inverse de ce qui a lieu chez les soldats, le nombre des officiers morts de maladies est de beaucoup inférieur à celui des tués ou morts de leurs blessures.

En Italie, après une campagne de deux mois, l'armée française comptait 8674 décès, dont 3664 seulement par suite de blessures.

Rapport des blessés aux combattants : A Waterloo, les Anglais ont eu 17,76 pour 100 de blessés; à Magenta, il y a eu 6,7 pour 100 blessés français contre 7,05 d'autrichiens. — Le chiffre des blessés dans les batailles aux environs de Metz, au mois d'août 1870, a été considérable : soit 15,70 pour 100 des combattants. Toutefois, ce chiffre a été dépassé pendant la guerre civile des États-Unis : à Ghkamanga, il a atteint 18,52 pour 100, et à Widernes 19,20 pour 100. — La commission de réorganisation du service militaire en Angleterre, se basant sur ces chiffres, a jugé qu'il ne fallait pas faire descendre les estimations probables des blessés au-dessous de 16 pour 100 du nombre des combattants.

Colombier, Préceptes sur la santé des gens de guerre ou Hygiène militaire, Paris, 1775. — Mutel, Éléments d'hygiène militaire, 1843, in-1'2. — Godelier, Recueil de mémoires de médecine militaire, t. LIX, p. 1. — Bouwn, Études d'hygiène puhlique sur l'état sanitaire, les maladies et la mortalité des armées anglaises de terre et de mer en Angleterre, trad. de l'anglais, d'après les documents officiels, Paris, 1846. — Traité de géographie et de statistique médicales, Paris, 1857. — S. Rossignol, Traité élémentaire d'hygiène militaire, Paris, 1857, in-8°. — Meynne, Hygiène militaire. Études sur la construction des casernes, sur l'alimentation du soldat et sur les fatigues de la vie militaire, Bruxelles, 1856, in-8°. — Scrive, Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient. Paris, 1857. — Bergeron (E. J.), De la stomatite ulcéreuse des soldats (Recueil

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de mémoires de médecine militaire, et tirage à part, Paris, 1859, in-8°). — Ely, l'Armée anglaise à l'intérieur et dans les possessions britanniques (Mém. de méd. et pharm. milit., 1869). — Laveran, Recherches sur les causes de la mortalité dans l'armée servant à l'intérieur (Ann. d'hyg. publ. et de méd. 16g., 2e série, t. XIII, 1860, p. 2-41). — De la mortalité des armées en campagne, au point de vue de l'étiologie (Ann. d'hyg. publ., 2e série, 1863, t. XIX). — Hammond, A Treatise on Hygiène With spécial référence to the military service, Philadelphia, 1863. — Judée, De la coiffure militaire (Spectateur militaire, 15 octobre 1863). Recherches sur un nouveau système d'équipement (Spectateur militaire, 15 février 1863). — Des modifications à apporter à l'habit en vue d'améliorations (Spectateur militaire, 15 octobre 1867). — De la chaussure militaire (Spectateur militaire, 15 octobre 1868). — De la coiffure militaire dans les pays chauds (Spectateur militaire, 15 mai 1869). — Applications des notions physiologiques à l'équipement militaire (Spectateur militaire, 15 juin 1868). — Goffres, Considérations historiques, hygiéniques et médicales sur le camp de Châlons (Mém. de méd. et pharm. militaires, 1865). — Halbron, Considérations sur l'étiologie et le traitement du goitre aigu à propos d'une épidémie observée dans la garnison de Clermont-Ferrand, Paris, 1865. — Passauer, De la mort par insolation surtout dans les armées (Ann. d'hyg. publ., t. XXVIII, 2e série, 1867). — Guyon, Des accidents produits par la chaleur dans l'infanterie en marche, et de leur aggravation dans les haltes par la position couchée et horizontale (Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1867). — Phoebus, Du soin à prendre des pieds et de la chaussure des soldats. Extrait par Reaugrand (Ann. d'hyg. publiq., t. XXVIII, 2^ série, 1867). — J- Aronsohn, De l'habillement et de l'équipement du soldat (Recueil de mémoires de méd. militaire, 3e série, t. XIX, 1869, p. 405). — Canonge, Considérations sur l'hygiène de l'infanterie à l'intérieur, thèse de doctorat, Paris, 1869. — Kirchner, Lehrbuch der militâr Hygiène, Erlangen, 1869. — Vallin, De la salubrité de la profession militaire (Annales d'hyg'iène publique, 2e série, 1869, t. XXXI), et tirage à part, Paris, 1869, in-8°. — Lévy et Roisseau, articl. Camps, in Dict. encycl. dessc. méd., t. XII, 1871. — Marvaud, Élude sur les casernes et les camps permanents, Paris, 1873. — Parkes, A manual of practical Hygiène, 4 th. édition, London, 1873. — Ravenez, De l'habillement actuel du soldat, thèse de doctorat, Paris, 1874, — G. Morache, Traité d'hygiène militaire, avec 175 figures

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mikeurs, mines métallurgiques. — Comme chez les bouilleurs, la pathologie professionnelle des ouvriers employés dans les mines métallurgiques comprend l'étude des maladies provoquées par l'action du milieu et du travail professionnels; et celle des accidents, auxquels les mineurs sont particulièrement exposés.

Nous allons résumer dans un tableau succinct les principaux éléments de l'étude pathologique de la profession, renvoyant à l'article Houilleurs pour la plus grande partie des détails.

I. Étiologie générale. — 1° Age peu avancé auquel les ouvriers commencent leurs travaux; 2° trop longue durée du travail ; 3° alimentation insuffisante et mauvaise hygiène physique; 4° tempérament le plus souvent lymphatique et scrofuleux.

5° Action du milieu professionnel, éléments morbigènes : Absence prolongée de la lumière solaire ; variation de la température ambiante; extrême humidité des lieux; altération dans la composition de l'air respirable (gaz délétères, poussières siliceuses et métalliques).

6° Influence du travail professionnel, éléments morbigènes : Attitudes vicieuses contractées de bonne heure avant le complet développement du corps. — Fatigue des membres et de la poitrine par suite de la violence du- mouvement professionnel; ascension des échelles; travail du havage ; percement des trous de mine ; traction des chariots et des wagons, etc.

« L'état sanitaire des ouvriers employés dans les mines de cuivre, d'étain et de plomb du comté de Cornwall est de

beaucoup inférieur à celui des ouvriers occupés à l'agriculture et à d'autres travaux à l'air libre. — Encore jeunes, leur physionomie, toute leur personne, accuse manifestement une constitution détériorée : le visage est pâle, l'attitude souffreteuse, le corps chétif. Vers l'âge moyen de la vie, la santé commence à décliner rapidement, la décrépitude arrive à grands pas, et comme on le dit dans le pays, un mineur de cinquante ans est un vieillard. Enfin lorsque par l'expérience ils ont acquis l'habileté qui constitue le bon ouvrier, ils deviennent incapables de travailler. »

C'est ainsi que s'exprime le rapport de la commission chargée de l'enquête sur l'état des mines de la Grande-Bretagne (Blue book, 1868).

Les statistiques recueillies par la commission montrent un excès très-considérable de la mortalité chez les mineurs de Cornwall.

Prenant la mortalité moyenne de cinq années (1849- 4853), et représentant par 100 la mortalité des sujets masculins de diverses professions à chaque période décennale de la vie, on trouve, que pour les mineurs, la mortalité est de 125 entre 15 et 25 ans, de 101 entre 25 à 35 ans, de 143 entre 35 et 45 ans, de 227 entre 45 et 55 ans, de 263 entre 55 et 65 ans, et de 189 entre 65 et 75 ans.

Dans le Devonshire, les mineurs sont exposés aux mêmes maladies que dans le Cornwall; il en est de même dans le pays de Galles et le Shropshire, où, suivant Peacock, la constitution des ouvriers est extrêmement chétive.

Une série de statistiques, donnant parallèlement la mortalité dans les mines métallurgiques du Cornwall et dans les mines houillères, démontre avec la plus complète évidence que l'excès de mortalité chez les premiers ne dépend pas exclusivement du travail souterrain dans les galeries obscures. — En effet, le chiffre des décès chez les

mineurs en métaux l'emporte, pour tous les âges, sur celui des houilleurs. Entre 35 et 75 ans, la différence est trèsgrande, et presque aussi considérable en faveur des houilleurs du Durham et du Northumberland, qu'elle l'est pour les habitants non mineurs du comté de Cornwall.

C'est dans la nature des poussières absorbées et dans la plus grande humidité des galeries qu'il faut rechercher la cause de cette nocuité plus grande qui frappe les mineurs en métaux.

Aussi, les affections pulmonaires sont-elles plus nombreuses et plus graves ici que chez les houilleurs. — Représentant par 100 le nombre de décès pour cette cause chez les sujets masculins non mineurs, pour chaque période de la vie, on voit, d'après les documents recueillis dans les trois années 1860-62-63, que le chiffre de la mortalité chez les mineurs est de 114 entre 15 et 25 ans, de 108 entre 25 et 35 ans, de 186 entre 35 et 45 ans, de 455 entre 45 et 55 ans, de 834 entre 55 et 65 ans, et enfin de 430 entre 65 et 75 ans !

Ce n'est plus l'asthme ni l'emphysème qui dominent ici, mais la bronchite chronique avec crachement de sang, et la phthisie caséeuse.

L'irritation produite par la présence des particules métalliques développe plus rapidement que la poussière de charbon une inflammation parenchymateuse du poumon; et la dégénérescence des produits exsudés ou hémoptoïques, sous l'influence d'une mauvaise constitution organique, conduit fatalement à la phthisie. C'est ainsi que Peacock a observé que chez les ouvriers houilleurs du nord de l'Angleterre, l'asthme professionnel se présente sous une forme beaucoup plus simple, et qu'il est bien moins souvent compliqué de dégénérescence des poumons ou des maladies du cœur que chez les mineurs du Cornwall ; et

c'est pour n'avoir pas fait celte séparation entre les mineurs des mines métallurgiques et les mineurs des houillères, que la confusion règne à cet égard dans les auteurs.

Brockmann, qui a écrit sur les maladies métallurgiques observées dans les mines de Harz en Allemagne, a décrit, comme une maladie spéciale aux ouvriers occupés à broyer les minerais, un ensemble de symptômes qui ne sont qu'une manifestation plus tranchée de l'anémie propre aux mineurs. C'est ainsi qu'il parle d'une affection particulière qu'il appelle stomacace métallurgique, caractérisée par un état ecchymotique des voies buccales et parfois des voies digestives, avec pétéchies et hémorrhagies. Or cette maladie, que Beaugrand regarde, avec juste raison, comme analogue au scorbut, est le résultat d'une alimentation insuffisante et de mauvaises conditions hygiéniques.

La nature du minerai, à son tour, peut contribuer à rendre l'absorption des poussières plus dangereuse; c'est ainsi que les troubles gastro-intestinaux, vomissement, et diarrhée, les symptômes cachectiques, les troubles nerveux et les hydropisies ont été principalement observés chez les ouvriers employés aux mines de cuivre et de plomb; par contre, dans les mines de fer, de semblables complications sont beaucoup plus rares.

II. Les causes des accidents sont les mêmes que chez les houilleurs. (Voy. Houilleurs et Carriers.) — Pour l'ensemble du Royaume-Uni, la proportion est d'une mort accidentelle sur 354 mineurs employés dans les houillères, et par 109 715 tonnes de charbon amenées à la surface; pour les mines de fer seulement de l'Ecosse, une vie a été sacrifiée par chaque 84 000 tonnes en 1863, et en 1864par chaque 100000 tonnes de minerai produit. On le voit, c'est déjà une proportion beaucoup plus forte que celle donnée par l'exploitation des charbons. (Extrait d'une dé-

pêche du consul français à Glascow au ministre des affaires étrangères.)

Le nombre des décès arrivés par accident, dans les mines, est de beaucoup inférieur à celui des houillères; mais, placé en regard du nombre des ouvriers employés, on voit que tandis que les houilleurs fournissent un cas de mort accidentelle sur 354 ouvriers, on relève chez les mineurs 1 décès par accident sur 84 ouvriers !

Cette différence est' due principalement à la gravité des lésions, et, parmi les causes elles-mêmes des accidents, aux coups de mine, aux éboulements et à la défectuosité des procédés d'extraction.

Hygiène. — L'hygiène préservatrice industrielle consistera à multiplier les efforts pour substituer au travail de l'homme le travail mécanique. La barre à mine pour percer les trous cédera la place à des appareils spéciaux. Nous citerons, entre autres, les appareils de Richards et Abegg, et les appareils dits cavateurs de M. Trouillet. — On se servira de la pile pour mettre le feu aux trous de mines, l'usage de la mèche ne permettant pas toujours à tous les ouvriers de se mettre complètement à l'abri de l'explosion. On prendra les précautions les plus rigoureuses avant de faire sauter les mines, et, à défaut d'appareil spécial, on pourvoira d'outils en cuivre et en bronze les ouvriers chargés de pratiquer les trous de mine pour le tirage à la poudre.

Depuis quelques années, l'usage du coton-poudre et de la nitro-benzine tend à se substituer, dans les mines, à l'emploi de la poudre. Mais le maniement de la nitrobenzine est excessivement dangereux, et le plus grand avantage que l'on trouve, c'est l'absence de toute fumée après l'explosion. Cet avantage est surtout appréciable dans les endroits où la ventilation est difficile, et où, par conséquent,

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l'usage de la poudre ordinaire est défavorable à l'éclairage et à la respiration des ouvriers. (Voyez, pour l'hygiène individuelle, I'Hygiène générale et l'art. Houilleurs.)

Voyez la bibliographie des houilleurs. Rapport de la commission chargée de l'enquête sur l'état des mines de la Grande-Bretagne (Blue Book, 1864). — Bulletin des annales des mines. Extraits des dépêches des consuls de France en Angleterre au ministre des affaires étrangères (1864-65-66, 68). — Bulletin de la Société de l'industrie minérale.

nacriers. — Les coquilles de nacre de perle servent à la fabrication d'une foule d'objets d'utilité et de luxe, tels que boutons doubles et simples, éventails, touches d'accordéon et divers objets de tabletterie fine. Les ouvriers qui travaillent la nacre prennent, suivant la nature de leur travail, le nom de scieur, d'émouleur, de découpeur, de façonneur, de tourneur, de graveur, de perceur et d'encarteur. Mais, de tous ces travaux, les ouvriers ne se plaignent que de l'émeulage, du sciage et du travail au tour. Ce sont en effet ceux qui présentent le plus d'inconvénients pour eux et de danger pour leur santé. Il est, toutefois, des inconvénients communs à ces diverses opérations; c'est d'abord l'aspiration incessante de poussières sèches ou humides provenant de la coquille, et occasionnées par l'action de la scie, de la meule ou de la fraise dont se servent les tourneurs et découpeurs ; ce sont ensuite l'obligation de se tenir continuellement debout, et les mouvements continuels du bras ou du membre inférieur et du pied qu'entraîne la mise en mouvement de ces divers instru ments : scie, tours, forets, etc.

Le travail du tour en l'air surtout est extrêmement fatigant. L'ouvrier fléchit fortement les coudes pour prendre des points plus solides, et penche fortement le haut du

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corps en avant, ce qui met sa bouche au-devant d'un nuage épais de poussière de nacre, soulevé par la fraise agissant en emporte-pièce tournant. (Yoy. Ajusteurs et Tourneurs sur rois.)

L'encartage est#de tous ces travaux celui qui force le plus à garder la position assise. Ce travail peu fatigant est exécuté, en général, par des femmes ou jeunes fdles, mais exige, pour les plus assidues, l'immobilité du corps. Cette attitude, de même que l'application soutenue des yeux, les expose à tous les inconvénients déjà et si souvent décrits : fatigue de la poitrine, lenteur du mouvement de nutrition générale, arrêt de développement du corps, troubles fonctionnels de la vue, blépharites, etc. Mais la cause principale des maladies qui peuvent affecter les ouvriers de cette industrie, c'est le dégagement de poussières nuisibles. Non-seulement ces poussières sont considérables, surtout dans les ateliers de découpage, mais il s'en exhale encore une odeur de substance animale due à la composition même des coquilles. Aussi, l'eau dans laquelle baignent les meules devient promptement infecte et rend à l'ouvrier le travail du meulage encore plus insalubre.

Il est facile de se rendre compte maintenant des maladies particulières que l'on observe chez les nacriers. Ce sont, chez les uns, une toux opiniâtre, des bronchites chroniques accompagnées d'une expectoration considérable, causée par la poussière qui pénètre dans les ramifications bronchiques; parfois des hémoptysies, et le plus souvent de l'emphysème; — chez les autres, des ophthalmies chroniques (blépharites, conjonctivites) assez intenses pour les forcer d'abandonner momentanément, et quelquefois pour toujours, leur travail; chez presque tous, des crevasses aux mains, crevasses très-douloureuses et qui se renouvellent très-fréquemment. Les femmes qui s'oc-

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