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de la décomposition que le temps lui fait subir, qu'il faut placer la cause de la maladie. Mais Duffours et Melchiori ont reconnu que tous les cocons, bons ou mauvais, anciens ou récents, peuvent produire le mal de bassine. Ce n'est donc pas aune décomposition particulière, mais aune cause fixe et invariable, la même pour tous les cocons, qu'il faut attribuer les accidents professionnels. Cette cause, nous la trouvons dans Y enduit gommeux et acre qui colle les fils élémentaires du cocon.
La cbaleur de l'eau, la congestion de la main seraient toutefois des causes éminemment prédisposantes. Les eaux grasses semblent préserver du mal de bassine ; l'eau de savon, au contraire, paraît le favoriser.
Traitement. — Les prophylactiques qui semblent le mieux réussir sont les bains locaux, des lotions fréquemment répétées dans l'eau saturée d'alun, ou mieux encore de sulfate de cuivre ammoniacal.
Quant aux premiers accidents, les ouvrières ne font rien, en général, pour les faire avorter, connaissant le bénéfice qui résultera pour elles de cette espèce d'inoculation. Dans la deuxième période, il importe de modérer les désordres locaux sans les supprimer trop brusquement, afin d'éviter leur retour. On fera donc usage de toniques légers, de manuluves faits avec des décoctions de plantes aromatiques, feuilles de noyer, ronces, écorcede chêne, etc. Les préparations sulfureuses et alcalines n'ont pas réussi. Dans la troisième période, des cataplasmes avec camomille, mauve, etc., seront appliqués. On pourra les arroser de teinture de quinquina et d'alcool camphré; une fois les pustules ouvertes, on fera usage de pommades au tannin, alun, acétate de plomb, etc., de cautérisations légères avec sulfate de cuivre, nitrate d'argent. On combattra enfin les symptômes généraux par des boissons acidulés, de légers
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évacuants, puis par des toniques et préparations de quinquina, vin, bouillon, etc.
Les quelques préceptes d'hygiène industrielle consisteront en une ventilation bien entendue des salles de dévidage; dans l'emploi de bassines à eau chaude dans lesquelles on trempe préalablement les cocons pour les dépouiller en partie de leur produit gommeux, et dans celui de bassines destinées au dévidage proprement dit, et chauffées à la vapeur. L'eau de ces bassines sera fréquemment renouvelée, afin qu'il n'y ait aucune fermentation du liquide ; les chrysalides épuisées seront jetées dans un bassin continuellement traversé par de l'eau froide que l'on videra de temps en temps, afin d'éviter l'accumulation, auprès de l'ouvrière, de matières putrescibles. La dévideuse trempera fréquemment ses doigts dans cette eau froide, ce qui préviendra le plus souvent, ou atténuera jusqu'à un certain point, l'éruption professionnelle, en empêchant ainsi la congestion continue de la peau des mains.
Quant à l'hygiène individuelle, elle comprendra, avant tout, les soins incessants de propreté ; l'usage de vêtements de travail, de sabots ; l'emploi de sièges convenablement disposés, de façon à éviter l'obliquité et l'abaissement du tronc. On insistera, enfin, sur la nécessité d'une alimentation réglée et suffisamment réparatrice, d'un exercice salutaire au dehors, et d'une hygiène domestique bien entendue. (Voy. Hygiène générale.)
Vincens et Baumes, Topographie de Nîmes, 1802. — Boileau (de Castelnau), De l'influence du cardage des frisons de la soie sur la santé des détenus de la maison centrale de Nîmes (Ann. d'hyg. publ., 1840, t. XXIII). — Thouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations dans les grands centres manufacturiers. De l'industrie de la soie (Journal de médecine de Bordeaux, 1846;
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Ann. d'hyg. publ., juillet, 1846). — Gubian, Sur l'hygiène de l'ouvrier en soie (Journ. de médecine de Lyon, t. X, 1846).— Potton, Recherches et Observations sur le mal de vers ou de bassines chez les fileuses de cocons de vers à soie (Ann. d'hyg. publ., 1853, t.XLIX). — Duffours, Recherches sur quelques maladies des fileuses de soie, Montpellier, 1853. — Melchiori, la Malattie délie mani délie trattore da seta, observata in Novi (Ann. univ. di medic. Milano, t. CLX, 1857). — Louis Reybaud, Rapport à l'Académie des sciences morales et politiques sur la condition des ouvriers en soie (Ann. d'hyg. publ., 1858). — Chatin, De la phthisie des tisseurs et des dévideuses à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, in-8°, 1867. — Fonteret, De la phthisie des tisseuses et des dévideuses (Lyon médical, 1868).
tabac (ouvriers qui travaillent le). — La préparation des tabacs donne lieu à diverses opérations insalubres par le dégagement abondant de poussières nuisibles et de vapeurs ammoniacales et nicotineuses auxquelles les ouvriers se trouvent particulièrement exposés. Si quelques auteurs ont exagéré l'influence fâcheuse de la profession sur la santé des ouvriers, il en est d'autres, Parent-Duchâtelet, d'Arcet, et tout récemment Ygonin, qui se montrent singulièrement optimistes à cet égard. La vérité est que la manière dont les principales de ces opérations ont été assainies, dans ces dernières années, a permis d'obvier en grande partie aux inconvénients qui résultent de la viciation de l'atmosphère des ateliers. Mais l'on retrouve cependant encore, chez la plupart des ouvriers, un ensemble de symptômes pathologiques plus ou moins tranchés, qui est comme le cachet imprimé à l'organisme par la profession que nous allons étudier.
Les opérations communes à la fabrication des cigares, à la confection des tabacs à fumer et du tabac à priser, sont l'époulardage, le triage, l'écôtage et le mouillage. L'époulardage consiste, après l'ouverture des balles et des boucauts de tabac, à délier les manoques, à les secouer et à
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les éparpiller dans tous les sens. Cette opération donne lieu à un dégagement considérable de poussière extrêmement ténue et composée de terre et de débris de tabac.
Le triage et l'écôtage, opérations peu fatigantes en ellesmêmes, sont faites, ordinairement, par des femmes. Ce travail expose aux mêmes inconvénients et place les ouvrières en contact permanent avec la plante.
Les ophthalmies, les irritations de la gorge et des bronches sont des conséquences communes de ces premières opérations. La phthisie professionnelle serait assez commune chez les époulardeurs.
Le mouillage, qui se fait avec de l'eau ordinaire ou salée, a pour but de rendre les feuilles souples et de les empêcher de se moisir.
Ce travail expose à tous les inconvénients de l'humidité ; les ouvriers y sont, pour ainsi dire, les pieds dans l'eau.
Le tabac passe ensuite entre les mains des confectionneurs de cigares, ou, s'il est destiné à la fabrication du tabac à fumer, il est livré au hachage, travail autrefois des plus fatigants, mais qui est fait aujourd'hui mécaniquement; de là quelques accidents causés par le jeu des machines. — Vient ensuite la torréfaction.
La torréfaction du tabac haché ou tabac à fumer est accompagnée d'un dégagement abondant de vapeurs ammoniacales et chargées de nicotine. Ce travail s'accomplit exclusivement sur des plaques de tôle chauffées; les ouvriers, à moitié nus, debout au bord de ces plaques, agitent incessamment la matière et en aspirent toutes les émanations.
On a évité la fermentation pour le tabac à fumer; mais elle est absolument nécessaire pour la confection du tabac à priser. Deux sortes de travaux doivent être signalés ici
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comme particulièrement insalubres; c'est la démolition des masses ou tas de première fermentation, et la vidange des cases ou tas de deuxième fermentation. Celte dernière opération est incontestablement la plus pénible. Au milieu des émanations que dégage le tabac qui fermente, soumis à une température quelquefois très-élevée, les ouvriers, obligés de remuer cette poudre à la pelle et d'en remplir les sacs, se trouvent là dans une atmosphère acre et infecte qui pique les yeux, irrite la pituitaire, les prend à la gorge et les suffoque.
Quant au ràpage, au tamisage du tabac à priser et aux opérations qui s'y rattachent, elles ont lieu aujourd'hui dans des appareils parfaitement clos, qui préservent convenablement les ateliers.
Nous arrivons maintenant à la description des effets morbides qui se manifestent chez les ouvriers dans les fabriques de tabac.
La première impression a toujours quelque chose de plus ou moins pénible pour les débutants; ils ont tous, ou presque tous, une certaine difficulté à s'y habituer; beaucoup même ne peuvent s'y faire et sont obligés de quitter la manufacture. Ils éprouvent, en général, une céphalalgie plus ou moins intense, accompagnée de mal de cœur et de nausées; ils perdent l'appétit et le sommeil, et le plus souvent il s'y joint de l'embarras gastrique simple ou compliqué, et des désordres des voies digestives, surtout de la diarrhée (Mêlier, Ygonin). Ces symptômes seraient plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.
D'après Kostial, sur 100 confectionneuses«de cigares, de douze à seize ans, nouvellement entrées clans la fabrique, 72 tombent malades dans les premiers six mois. La maladie dure une ou plusieurs semaines, et consiste surtout en congestion cérébrale, névroses diverses, angoisse précor-
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diale, palpitations, phénomènes anémiques; inflammation de l'estomac, des intestins, de la conjonctive ; lassitude générale, fièvre, insomnie, sueurs froides, et perte à peu près complète de l'appétit. Ces désordres du début ont été décrits par tous les observateurs; toutefois, suivant Ygonin, ils ne se montreraient que dans la minorité des cas.
Il faudrait y voir le résultat d'un véritable empoisonnement par les principes du tabac, entraînant à sa suite un ^tat anémique prononcé, mais que Mêlier attribue, avant tout, à la prolongation de la diarrhée. Cette diarrhée, toutefois, trouve en partie sa cause dans la dépression nerveuse due à l'action de la nicotine absorbée sur les centres cérébro-spinaux.
Heurtaux, Boudet, Schneider ont, en effet, retrouvé la nicotine dans les urines. D'après Kostial, le lait, chez les ■ouvrières nourrices, a une odeur de tabac très-prononcée, quoique la présence de la nicotine n'y ait point été chimiquement démontrée.
Suivant cet auteur encore, les avortements par suite de la mort du fœtus ne seraient point rares chez les femmes employées aux fabriques de cigares ; et les recherches antérieures de Ruef, qui a constaté la présence de la nicotine dans les eaux de l'amnios, viennent à l'appui de cette opinion. Mais l'influence de l'alcaloïde serait poussée plus loin encore : Kostial a remarqué la mort fréquente des nourrissons par suite de maladie du cerveau, et l'autopsie aurait démontré de la congestion cérébro-spinale, de l'hypérémie des méninges et de l'œdème cérébral. Ces faits auraient besoin d'être contrôlés.
Il est plus que probable, selon nous, que la plupart de ces troubles observés chez les jeunes ouvrières des fabriques de tabac d i cnt se rattacher à la chloro-anémie,
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conséquence inévitable d'un travail prématuré dans les ateliers et d'une mauvaise hygiène privée.
La nature même du travail professionnel exerce une influence nuisible sur la santé. L'attitude courbée qu'elles sont obligées de prendre et de garder, empêche le développement du thorax et favorise les stases sanguines dans les organes pelviens.
Chez les rouleuses de cigares on observe souvent une affection de la main et de l'avant-bras droits, analogue à la crampe des écrivains, avec anesthésie des doigts, et se terminant, après des récidives multiples, par de la roideur et de la déformation de ces parties.
Quelques auteurs, Ruef entre autres, ont admis que l'influence du tabac peut être préservatrice de certaines affections; les névralgies et les rhumatismes principalement, la goutte et certaines manifestations herpétiques. Il faut reconnaître, par contre, que l'asthme, la bronchite chronique et la phthisie elle-même sont des affections assez fréquentes chez les ouvriers qui travaillent le tabac; et, suivant Fontan, si c'est au dégagement de l'ammoniaque qu'il faut attribuer l'influence favorable du séjour dans les manufactures, sur les manifestations rhumatismales et herpétiques, c'est principalement à son action sur les muqueuses qu'il faut rapporter le larmoiement, l'exaspération des ophthalmies, l'angine glanduleuse et les irritations laryngo-bronchiques que l'on rencontre souvent chez ces ouvriers.
Mèlier avait émis l'opinion que cette profession mettait à l'abri de certaines épidémies ; mais, d'après Kostial, le choléra aurait fait de nombreuses victimes parmi les ouvrières d'Iglau. — Les affections gastro-intestinales, si fréquentes ici, doivent, en effet, être considérées comme prédisposant à la maladie.
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Hygiène préservatrice. — La ventilation et la substitution du travail mécanique au travail manuel, telles sont, les deux grandes sources de l'assainissement industriel dans les fabriques de tabac. La juste délimitation du travail, suivant l'âge et le sexe; des temps de repos régulièrement ménagés; une alimentation suffisamment réparatrice, etc., composeront l'hygiène individuelle.
Le système de ventilation adopté dans la plupart des manufactures, en France, est mixte et basé à la fois sur le principe du chauffage et sur celui de la propulsion mécanique. L'air est aspiré du dehors par des ventilateurs; il circule entre les solives du plancher, et débouche dans les ateliers en traversant des enveloppes de poêle où il s'échauffe pendant l'hiver. Les orifices de sortie sont distribués sur le plancher ; les conduites de dégagement, semblables à celles d'admission et ménagées, comme elles, entre les solives, se rendent à des cheminées d'appel audessus des toits. La distribution est calculée sur le pied de 8 mètres cubes par personne et par heure. A ce chiffre on constate la disparition de toute odeur et de toute humidité (Ch.de Freycinet).
L'atelier dans lequel se fait la torréfaction du tabac à fumer a été complètement modifié dans les grandes manufactures (Paris, Lille, Strasbourg, Toulouse, etc.); l'administration ayant reconnu l'impossibilité, par les moyens ordinaires de ventilation, de soustraire les ouvriers à une atmosphère dangereuse pour leur santé. Cette amélioration a été obtenue par l'installation du torréfacteur mécanique, inventé et perfectionné par M. Rolland, directeur général des tabacs. Il serait trop long d'entrer dans les détails de la description de cet appareil ; qu'il nous suffise de dire que, grâce à d'ingénieuses dispositions, une trémie conduit dans les cylindres du torréfacteur le tabac
encore humide; une autre trémie le reçoit à la sortie, presque en état d'être mis en vente. — Le séchage du tabac torréfié, qui engendrait des inconvénients analogues,, quoique moins intenses, s'effectue aussi dans des cylindres rotatifs dus au même inventeur.
Pour ce qui concerne le travail des masses et des cases, une excellente mesure à prendre consistera à relever les ouvriers très-fréquemment, et à ne pas les laisser séjourner, surtout dans les cases, plus d'une demi-heure, a tour de rôle.
Mérat, article Tabac, in Dict. des sciences médicales en 60 vol., 182 J , t. LIV. — Pointe, Observations sur les maladies des ouvriers employés dans la manufacture royale de tabac, Lyon, 1828. — Parent-Duchatelet et d'Arcet, Influence du tabac sur la santé des ouvriers (Ann. d'hyg. publ., t. 1er, 1829). — Siméon, De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac, rapport à M. le ministre du commerce (Annales d'hygiène publique, 1843, t. XXX, p. 343). — Dieudonné, Note sur les ouvriers qui travaillent le tabac en Belgique; extrait d'un rapport fait par la commission de salubrité de Bruxelles au ministre, suivi d'un aperçu des recherches de la Société de médecine d'Anvers (Ann. d'hyg. publ., 1845, t. XXXIV, p. 300). — Ruef, De l'influence de la fabrication du tabac sur la -santé des ouvriers (Gaz. méd. de Strasbourg, 1845). — Mélier, De la santé des ouvriers employés dans les manufactures de tabac (Bulletin de l'Académie roy. de médec, t. X, 1845, et Ann. d'hyg. publique, t. XXXIV, p. 241). - Ygonin, Maladies des ouvriers employés dans les manufact. de tabac, Lyon, 1866, in-8°. — Kostial, les Ouvrières de la fabrique de cigares» d'Iglau, Wochenblatt der Gesellschaft der Aerzte in Wien, n°* 34, 36, 37, 38, 39, 40, 41; Jahresbericht de Virchow et Hirsch, 1868," Band 1, p. 463; extrait in Ann. d'hyg. publ., 1871.
tailleurs B'SfiABiTS, couturières. — Nous réunirons dans un même article les tailleurs et les couturières. Les principales causes de maladies qui atteignent les
tailleurs et les couturières sont : la vie sédentaire qu'ils mènent; les habitudes vicieuses de travail, telles que mauvaise attitude professionnelle, travail à la lumière artificielle, excès de veilles, etc. ; une détestable hygiène physique et morale. — La plupart des observateurs s'accordent pour présenter sous les couleurs les plus sombres l'état de santé de ces artisans.
Comme le pessimiste Ramazzini, Stoll nous a laissé, des tailleurs de son temps, le portrait le plus triste. Voués fatalement aux cachexies et aux difformités, ils seraient plus aptes que les autres artisans à contracter les maladies régnantes. D'après Schann, quia observé en Angleterre, les tailleurs présenteraient encore aujourd'hui, au plus haut degré, cette tendance à l'anémie et à la débilitation.
Près des deux tiers des maladies observées chez eux participeraient de cet état d'anémie puisant sa source même dans le genre de vie et le genre de travail propres à la profession. Chez les couturières, la chlorose, les troubles dyspeptiques et menstruels sont des affections communes.
S'il est une cause prédisposante par excellence, c'est l'attitude professionnelle à laquelle les ouvriers tailleurs sont condamnés.
Assis sur une table, les jambes croisées l'une sur l'autre, le corps grandement penché en avant, cette position les expose par-dessus tout aux douleurs épigastriques, aux congestions du foie et aux troubles des fonctions gastrointestinales. Suivant Stoll, il en résulterait aussi une difficulté prolongée de l'hématose, qui devient la cause, à la longue, de congestions pulmonaires et de crachements de sang.
Les maladies de poitrine sont fréquentes, en effet, chez les ouvriers et les ouvrières en couture; mais elles seraient loin de présenter, en général, un caractère prononcé
d'acuité; elles prennent, le plus souvent, la forme latente et chronique. — Suivant Majer, on compte 17 décès de phthisie pour 100, de vingt à vingt-cinq ans ; et, au total, les maladies de poitrine enlèvent 52 pour 100 des personnes de cette profession. (Ann. d'hyg., t. XXIII, p. 229.)
Turner-Thackrah, Lombard (de Genève), mais surtout Hannover, s'accordent pour regarder la phthisie comme faisant de grands ravages parmi les tailleurs. Ce dernier donne un chiffre de 48 décès par phthisie pulmonaire sur 100 décès. Dans aucune autre profession on ne rencontre une aussi forte proportion.
Chez les couturières, l'attitude professionnelle, pour être moins exagérée, n'en a pas moins de conséquences aussi fâcheuses sur la santé.
D'après Benoiston de Chàteauneuf, tandis que l'on rencontre 46 phthisiques sur 1000 ouvriers tailleurs malades de tout âge, ce chiffre s'élèverait à 55 chez les couturières, et à 86 chez les brodeuses. Suivant Trebuchet, à Paris et par an, sur 1000 personnes de la profession, il meurt de phthisie 7 tailleurs et 9 ouvrières en couture.
De même que chez les cordonniers, Hannover a relevé chez les tailleurs de Copenhague une proportion considérable de maladies mentales. Il en rapporterait la cause aux rêveries, aux idées religieuses auxquelles ils s'abandonnent pendant leur attitude assise et leur travail.
L'exercice professionnel des doigts prédispose singulièrement au spasme fonctionnel. Duchenne (de Boulogne), en effet, parle de phénomènes analogues à la crampe des écrivains.
Le maniement de l'aiguille donne lieu à des piqûres nombreuses plus ou moins profondes, fréquemment suivies de panaris.
Le travail à la lumière artificielle, l'application soutenue
des yeux, entraînent, à la longue, l'affaiblissement de la vue et l'altération dans les milieux de l'œil.
Sur un relevé de 952 cataractes, Desmarres a trouvé 103 ouvrières en couture; mais, malgré ce chiffre élevé, il le regarde comme proportionné au nombre d'individus exerçant la profession.
La voussure du dos et certaines difformités doivent être regardées comme des conséquences de l'attitude vicieuse professionnelle. La pression de tout le côté externe de la ■ jambe et du pied contre la table de travail amène le développement de bourses séreuses aux malléoles externes, à la tête du péroné et à la tète saillante du cinquième métatarsien. Il y a souvent un état rugueux et parfois calleux de la peau de la région sacro-ischiatique. La gêne que cette position, jointe à l'habitude de croiser les jambes, entraîne clans la circulation des membres inférieurs, finit par occasionner l'atrophie et la flaccidité des muscles de ces parties. Il en résulte un affaiblissement remarquable de la sensibilité de la peau dans les cuisses et les jambes, et une certaine difficulté dans la marche. Ramazzini avait déjà observé cette tendance à la claudication chez les tailleurs de son temps. — Les névralgies sciatique et lombaire sont des affections très-communes chez eux.
On a aussi signalé comme maladie professionnelle les tumeurs blanches des articulations du bassin. Tous les cas de sacro-coxalgie cités par Hahn ont été observés sur des tailleurs.
Chez les coupeurs, qui font usage de forts ciseaux pour tailler les habits, la pression des anneaux amène des- callosités et des ampoules aux phalanges de l'index et du pouce, et souvent aussi une semi-luxation du pouce droit en arrière.
Chez les ouvrières au crochet, Max. Vernois indique,
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comme signes professionnels : une usure de la peau à la pulpe de la dernière phalange de l'indicateur gauche; des durillons au pouce et à l'indicateur droits; une sensation d'engourdissement dans tous les doigts, et à la longue une diminution très-marquée de la sensibilité tactile.
On a remarqué, en outre, que les tailleurs et les couturières avaient, en général, de mauvaises dents, et on a été porté à en attribuer la cause à l'ébranlement et à l'usure que déterminerait, à la longue, la mauvaise habitude de couper le fil avec elles.
Il est des accidents que l'on a signalés pendant la confection de certaines e ffes colorées. Bien qu'il ne faille point les considérer c >mme des affections absolument professionnelles, il n n est pas moins intéressant de rapporter ici les observations qui ont été publiées à cet égard.
C'est ainsi que l'on a vu survenir des symptômes d'intoxication arsenicale (éruptions cutanées, gastralgie, toux spasmodique) chez des ouvrières occupées à confectionner des vêtements en tarlatane verte. Par le froissement répété, il se dégage, en effet, de ces gazes légères, préparées et teintes avec une solution gommeuse d'arsénite de cuivre, une poussière métallique qui se répand dans l'air, pénètre dans les poumons, s'attache aux doigts, h la membrane muqueuse du nez et de la bouche, et peut déterminer, par absorption, des accidents graves.
Il existe aussi des étoffes colorées par le vert d'aniline picrique et arsenical. Les ouvrières qui travaillent ces tissus éprouvent des démangeaisons et un léger eczéma aux mains, surtout aux doigts, et quelquefois la face se gonfle. En quelques jours, tout se passe avec desquamation de l'épiderme, lorsqu'on cesse cette couture, sans que l'état général en ait été troublé. Nous citerons encore
certaines étoffes de laine et mélangées, colorées par un autre vert arsenical (arséniate de chrome), qui produisent les mêmes accidents.
L'emploi de la soie dite chargée ou enrobée avec de l'acétate de plomb, qui augmente ainsi son poids, peut donner lieu à des accidents saturnins : on sait, en effet, que les couturières ont l'habitude de passer continuellement dans la bouche le fil dont elles se servent, pour en amincir l'extrémité qui doit entrer dans l'œil de l'aiguille. Elles cassent, la plupart du temps, le bout de ce fil avec leurs dents, et souvent en conservent machinalement les parties rompues dans la bouche. Or, quand c'est de la soie chargée qu'on fait usage, cette pratique peut occasionner des accidents saturnins tels que chaleur à la gorge, gingivite, affadissement, nausées, tiraillement d'estomac et coliques. C'est ce que l'on a observé dans quelques circonstances ; et Eulenberg, qui a fait l'analyse d'une soie noire ainsi chargée, a trouvé qu'il y avait 17gr,71 de plomb dans 100 grammes de soie.
0. Réveil cite un cas curieux d'intoxication saturnine chez un tailleur occupé, depuis plusieurs jours, à tailler des alpagas anglais. Ces étoffes, en effet, peuvent cDrttenir du sulfure de plomb ou du sulfure de cuivre : trempées d'abord clans un bain renfermant un sel de plomb ou de cuivre, on les baigne ensuite dans une solution d'hydrogène sulfuré. Ainsi préparées , elles sont plus lourdes et présentent plus de corps et de brillant; mais elles laissent se détacher, par le froissement, une poussière nocive.
Nous arrivons maintenant à la question tant controversée de l'influence des machines à coudre sur la santé des ouvrières.
Gardner, le premier, nous trace le tableau le plus superbe
des résultais observés. Selon lui, la couture par les machines est bien moins fatigante pour les yeux que la couture ordinaire à l'aiguille; l'emploi de ces machines à coudre exige un certain exercice et des mouvements professionnels on ne peut plus favorables à la santé. Mais Guibout et Vernois en France, Down en Angleterre, expriment bientôt l'opinion contraire.
L'attitude professionnelle, les mouvements particuliers nécessités par la mise en œuvre de la machine, la trépidation musculaire, le frottement des membres inférieurs l'un contre l'autre, l'excitation et l'irritation consécutives qui en résultent pour les parties génitales, sont incriminés tour h tour et à la fois.
On rencontrerait chez les ouvrières des dyspepsies, des douleurs épigastralgiques, des pertes blanches continuelles, un malaise général, de la débilité et de l'épuisement. On constaterait de la fatigue dans les jambes, des soubresauts et de la contracture musculaires, quelquefois, de la paralysie précédée de crampes, de l'irritation des gaines et des tendons des muscles fléchisseurs et extenseurs (Vernois).
Decaisne et Espagne reconnaissent qu'employées clans des limites raisonnables, les machines à coudre n'ont pas plus d'inconvénients pour la santé que le travail à l'aiguille.
Nous pensons nous-même que leur emploi n'a véritablement une influence fâcheuse pour la santé que chez les ouvrières de profession, spécialement chargées de ce travail dans les ateliers de confection d'habits. Mais alors, après une première période de fatigue et d'excitation, à laquelle succède comme une apparence d'assuétude, nous avons toujours observé de l'anémie, des troubles dyspeptiques et nerveux, un affaiblissement très-marqué de l'innervation
des membres inférieurs, et nous ne sommes pas éloigné de croire à une altération trophique de certains départements de la moelle épinière.
En général, les machines à pédales isochrones seront préférées à celles à pédales alternatives, et l'on conseillera trois ou quatre heures de travail par jour, tout au plus.
Tout récemment, l'Académie des sciences, reconnaissant elle-même les inconvénients sérieux des machines à coudre sur la santé d'un certain nombre d'ouvrières, décernait un prix de 2000 francs aux inventeurs d'une couseuse automatique dont le mouvement est indépendant des pieds de l'ouvrière.
11 est à désirer que l'emploi de cette machine se généralise de plus en plus.
Hahn, Ueber die Sacro- Coxalgie (AUgemeine médicinal. Central- Zeitung, Berlin, 1833; analysé par Chambeyrqn, Archives générales de médecine, avril 1834.). — Des propriétés nuisibles et toxiques des couleurs retirées du goudron, par Eulenberg et Vohl, à Coblentz (Compt. rend, in Ann. d'hyg., 1873, 2° série, t. XXXIX, p. 431;. — Chevallier, Note sur l'enrobage de la soie (Ann. d'hyg. publ., 1855). — Gardner, The Hygiène of the sawing machine (American médical Times, 1860;. Influence des machines à coudre, extrait in Ann. d'hyg. publ., 1861, 2e série, t. XVI, p. 437. — Max. Vernois, De la main des ouvriers (Annales d'hygiène publique, 1862, 2e série, t. XVIII, p. 137). — A. Espagne, Sur l'industrie des machines à coudre (Montpellier médical, 1869). — E. Decaisne, la Machine à coudre et la Santé des ouvrières, lu à l'Académie des sciences dans la séance du 16 mai 1870 (Ann. d'hyg. publique, 2e série, t. XXXIV, p. 105).
— Les maladies qui atteignent plus particulièrement les casseurs de cailloux, les marbriers, les tailleurs de pierres meulières, etc., sont de deux sortes : les unes, intrinsèques, dépendent de la nature même du travail profession-
nel; les autres, extrinsèques, sont la conséquence des intempéries de l'atmosphère.
Le travail des cantonniers, qui consiste à casser les cailloux destinés à former les chaussées, nécessite une position fatigante ; le tronc est fortement courbé en avant, les extrémités inférieures sont immobiles et les membres supérieurs seuls sont actifs pour soulever incessamment la masse de fer dont ils font usage. — Les tailleurs de pierres se servent du ciseau et du marteau. Debout auprès de la pierre, ou penchés sur elle pendant le travail, à l'exception des avant-bras, peu de muscles sont en mouvement, et l'ampliation de la poitrine ne peut point se faire convenablement. Il en est de même chez les scieurs de marbre et de pierres.
Ces attitudes vicieuses entraînent, à la longue, des courbures et des déviations du tronc. Elles gênent l'expansion respiratoire et provoquent des congestions pulmonaires qui prédisposent aux affections organiques du cœur. — Le mouvement professionnel imprime aux muscles du bras un développement considérable, mais occasionne souvent des douleurs dans les articulations de l'épaule et du poignet. — Les durillons forcés, la crépitation des tendons, les inflammations du derme de la main, sont peut-être plus fréquents ici que partout ailleurs.
La .pression des genoux contre la pierre qu'ils travaillent amène la formation de callosités épidermiques, et parfois une inflammation assez vive au-dessous de la peau de la région prérotulienne.
Les blépharites chroniques, les lésions traumatiques des yeux s'observent communément chez tous ces ouvriers. Tantôt ce sont des fragments de silex qui sautent avec une grande force sous la masse qui les brise, et qui, lorsqu'ils atteignent les yeux, y occasionnent presque toujours des-
blessures graves; tantôt" c'est une infinité de particules aiguës et tranchantes, accompagnées d'étincelles et de fragments d'acier, qui jaillissent à chaque coup de ciseau que donne le tailleur de pierres. Plaies et perforation de la cornée, opacité de cette membrane, et toutes les conséquences des inflammations profondes de l'œil, tels sont les résultats ordinaires de ces lésions traumatiques.
Mais les affections que l'on rencontre le plus communément chez eux, ce sont les inflammations chroniques des bronches et des poumons.
Wepfer, le premier, avait remarqué que les ouvriers de la carrière de grès de Waldshut, en Suisse, succombaient presque tous à la phthisie pulmonaire (1727).
Allison dit qu'il est rare que les tailleurs de grès des environs d'Edimbourg atteignent l'âge de cinquante ans, et qu'ils meurent presque tous de consomption. — Leblanc, observant dans les carrières de Saint-Rcch (1775), aux environs d'Étampes, donne le nom de maladie de Saint- Roch à l'affection des poumons qu'il a rencontrée chez le plus grand nombre. Comme on le voit, la maladie professionnelle des tailleurs de pierres est connue depuis longtemps. Celle-ci n'est autre qu'une inflammation chronique des poumons, précédée de catarrhe bronchique, et presque toujours suivie d'ulcérations parenchymateuses. Elle est due à la pénétration de particules siliceuses dans les voies respiratoires. Ces poussières, incomplètement évacuées par l'expectoration, se réunissent en petits amas qui obstruent les canalicules bronchiques et les vésicules pulmonaires. Il en résulte une gêne persistante de l'hématose entraînant, à sa suite un dépérissement lent et progressif.
Les tailleurs de pierres sont sujets aux troubles dyspeptiques, à l'essoufflement et aux palpitations de cœur. —
Leur constitution s'use vite, et c'est tout au plus, suivant le docteur Durwell, de Guebwiller (Alsace), s'ils fournissent une moyenne de quinze à seize ans de travail, plus une année d'incapacité de travail.
Suivant Beltz, qui a observé dans les carrières de grès vosgien, à Osenbach, le ternie moyen de l'existence des tailleurs de pierres serait de trente-huit à trente-neuf ans. D'après Eulenberg, sur 115 décès arrivés dans l'espace de quinze ans, 106 ont eu lieu par affection pulmonaire. Quant au rapport des décès par 100 vivants, la moyenne est, pour une période de sept années, de 6,47 par an.
Peacock, qui a observé en Angleterre, sur les tailleurs de pierres meulières, donne comme durée moyenne du travail ^e chiffre peu considérable de neuf années. « Et encore, ajoute-t-il, comme il leur arrive assez souvent de quitter leur état pendant un certain temps, cette durée moyenne de travail est peut-être au-dessus de la vérité ! »
On comprend que l'attitude penchée que prennent les ouvriers, en gênant l'expansion complète de la cage thoracique, vient favoriser encore les troubles congestifs des poumons. On a, en effet, signalé chez eux la fréquence des crachements de sang.
Tout en différenciant l'affection professionnelle de la phthisie tuberculeuse, les auteurs s'accordent pour regarder la profession comme éminemment favorable au développement des tubercules chez les ouvriers qui portent en eux le germe d'une prédisposition héréditaire. — Mais si la cause vraiment déterminante de l'ulcération parenchymateuse est l'inspiration des poussières siliceuses, les causes ordinaires de refroidissement auxquelles ils sont plus que tout autre exposés, occasionnent fréquemment chez tous ces artisans des catarrhes et des phlegmasies
broncho-pulmonaires. Elles sont communes surtout chez les cantonniers travaillant sur les routes, et chez les scieurs de marbre, que l'obligation de continuellement arroser les marbres qu'ils travaillent soumet à tous les inconvénients de l'humidité.
Après les affections de poitrine viennent, par ordre de fréquence, les rhumatismes, les lésions organiques du cœur et les troubles gastro-intestinaux. — Le lumbago et la névralgie sciatique sont de toutes les affections rhumatismales celles que l'on rencontre le plus souvent.
Les lésions organiques du cœur sont peut-être plus fréquentes ici que partout ailleurs; elles accompagnent, le plus ordinairement, un état d'induration pulmonaire sur lequel Feltz (de Strasbourg) a particulièrement insisté.
Hygiène préservatrice. — Nous énumérerons rapidement les principes d'hygiène professionnelle.
1° Les ouvriers devront se prémunir soigneusement contre les causes ordinaires de refroidissement, en faisant usage de vêtements chauds et appropriés aux conditions de milieu.
2° On conseillera de travailler, autant que possible, dans la position verticale, et non penché sur la pierre, de manière à respirer le moins possible les poussières que fait jaillir le marteau.
3° Tous ces ouvriers feront usage de lunettes grillées (grillage à mailles serrées, autant que possible). Dans certaines circonstances , l'emploi d'une genouillère en cuir sera une excellente précaution.
4° Les tailleurs de pierres meulières et les scieurs de marbre ne travailleront point dans des espaces confinés; les ateliers devront être spacieux et bien ventilés, ouverts quand le temps est sec et chaux; fermés quand il est froid et humide.
Les sous-sols et le travail à l'air libre sont également mauvais (Peacock).
À la Ferté-sous-Jouarre, on a remplacé les anciens ateliers fermés par de vastes hangars grillés où les ouvriers travaillent à peu près au grand air. L'absorption des poussières est naturellement diminuée; mais elle ne laisse pas de produire encore de funestes effets.
5° On empêchera l'inhalation des poussières en se couvrant la bouche et les narines avec un masque préservateur. Durwell a proposé le masque suivant. Il se compose de lunettes auxquelles est fixé un ressort d'horlogerie qui vient s'appliquer, de chaque côté, au-dessus des pommettes ; à ce ressort est suspendu un morceau de mousseline formant un trapèze à base supérieure. Des quatre angles de ce carré de linge partent quatre rubans ; les deux supérieurs se rendent directement des commissures de la bouche derrière la tête, les deux inférieurs s'entre-croisent sous le menton, et sont, comme les précédents, liés derrière la tête. Ce masque une fois fixé, l'ouvrier peut à volonté se découvrir ou se voiler la bouche, en remontant le cadre sans dénouer les cordons. — Nous ne saurions trop en recommander l'usage.
A la Ferté-sous-Jouarre, où la population ouvrière, dit Freycinet, est décimée par les accidents qu'entraîne le piquage des meules, quelques ouvriers se servent de l'appareil Poirel dit absorbant hydraulique. Cet appareil se compose essentiellement d'un masque supportant un petit réservoir d'eau, à travers lequel se fait l'aspiration, et surmonté d'une soupape par laquelle se fait l'expiration. Les poussières les plus ténues sont absorbées par la mince nappe liquide que l'air est obligé de traverser; l'eau est renouvelée toutes les deux heures en moyenne, et on la voit alors fortement chargée de matières étrangères.
TÉLÉGRAPHE (Employés du). 515
6° On n'admettra dans la profession que des hommes vigoureux el ayant acquis leur développement. Tout soup- <;on d'affection tuberculeuse héréditaire sera une cause d'élimination.
7° Une fois les accidents pulmonaires confirmés, on conseillera à l'ouvrier malade de changer de profession.
Wepfer, Observationes med. pract. de affect., etc. observ. CIV, Scaphusii, 1727- — Allison, Edinburgh medico-chirurgical transactions, vol. II. — Leblanc, Mém. sur la form. et le durcissement du grès, avec la description de la maladie singulière qui atteint les ouvriers qui piquent ou taillent cette sorte de pierre (Précis d'opér. chirurg., 1. 1, Paris, 1775, in-8°). — Peacock, Phthisie des tailleurs de pierres meulières françaises, extr. par Beaugrand in Ann. d'hyg. publ., 1860. — L. Beltz, Recherches sur les causes de la mortalité des tailleurs de pierres et sur les moyens de les prévenir, thèse de Strasbourg, n° 600, 1862. — Eulenberg, Observations statistiques et prophylactiques sur les ouvriers exposés aux poussières siliceuses (Ann. d'hyg. publ., 1863). — Fetlz, Maladie des tailleurs de pierres, pathogénie et anatomie pathologique (Gaz. médic. de Strasbourg, 1865).
télégraphe (employés du). — Ces employés seraient sujets aux troubles fonctionnels de la vue. (Yoy. Pathol. générale, p. 23.) — (( Il paraît avéré, dit Ernouf, que la contemplation assidue de la rotation de l'aiguille des cadrans électriques produit un effet fâcheux sur les organes visuels d'un certain nombre d'employés. Après un service laborieux et surtout après un service de nuit, la rétine demeure fréquemment affectée d'une sorte de trouble de gémination qui, pendant un temps plus ou moins long, ne permet plus d'apercevoir les objets que doubles et comme dans un brouillard. »
Ernouf, Troubles de la vision chez les employés de la télégraphie électrique (Monit. des sciences médicales, 1861).
tisserands. — Rien n'est sombre comme le tableau que la plupart des observateurs nous ont tracé de la santé des tisserands : « Pâles, étiolés, bouffis, languissants, dit Pâtissier, ils sont exposés à toutes les maladies qui ont leur siège dans les viscères du bas-ventre, telles que l'engorgement chronique du foie, de la rate, l'hydropisie ascite, les hémorrhoïdes, etc.. Ils sont, de plus, sujets ta l'asthme, et se plaignent de palpitations et de maux de nerfs de toute espèce. » Yillermé (1839) et Thouvenin (1846) s'expriment à peu près en ces termes, et Seemann (de Berlin), en 1863, ne fait que répéter ce qu'ont déjà dit ces observateurs.
La vie sédentaire, l'attitude professionnelle, l'humidité qu'exigent l'encollage et la confection des toiles, les privations physiques de toute sorte : telles sont les causes qui agissent, de la façon la plus funeste, sur la santé des tisserands à bras.
Le tissage à bras, en effet, malgré les progrès du tissage mécanique, est encore, le plus souvent, employé pour les étoffes façonnées. Certaines étoffes unies même sont exclusivement tissées à la main: telles sont celles en laines cardées, en laines peignées, et la soierie en grande partie.
C'est principalement chez les tisseurs de soie que l'on retrouve aujourd'hui la plupart des affections signalées comme propres à la profession. Il y a peu de métiers dans lesquels les maladies chroniques soient aussi communes. — Assis sur un plan dur et incliné, le corps penché en avant et appuyé sur la poitrinière en bois sur laquelle passe l'étoffe tissée, les tisserands à bras font mouvoir alternativement avec les pieds les marches du métier, tandis qu'avec les mains ils lancent et relancent la navette contenant la trame. — Il n'est pas d'attitude professionnelle plus pénible et plus fâcheuse dans ses résultats.
La pression habituelle de la poitrinière contre l'estomac donne lieu à des crampes, à des gastralgies, à des troubles fonctionnels des voies digestives, à de la fatigue respiratoire que, suivant Villermé, viendraient encore exagérer les secousses imprimées au thorax par la percussion du battant sur cette même poitrinière.
La pression exagérée de celle-ci sur le devant du corps amène aussi, chez un grand nombre, la formation d'une bourse séreuse accidentelle au niveau de l'épine iliaque antéro-supérieure.
Le mouvement répété des membres inférieurs provoquerait, selon Vernois, de la fatigue et des crampes musculaires dans les jambes; et la pression des pieds sur les marches du métier amènerait, à la longue, une subluxation des orteils, par suite de leur extension exagérée et continue. Ce mouvement, analogue à celui que demande la mise en œuvre des machines à coudre, avait déjà été accusé par Montaigne d'exciter singulièrement les parties génitales.
C'est surtout pour la confection des draps que les mouvements des bras exigent des efforts prolongés, et que les percussions du battant exposent à plus de fatigue à cause de son poids considérable. Chez les ouvriers qui tissent les draps, en effet, on trouve un certain nombre d'affections organiques du cœur que l'on doit attribuer en partie à cette cause, en partie aussi aux rhumatismes qui sont très-fréquents chez tous les tisserands, et que provoque généralement l'extrême humidité des ateliers ou des chambres.
On a vu, dans la confection de certains tissus, des tapis par exemple, les mouvements complexes des doigts donner lieu à des convulsions et des crampes involontaires, véritable spasme fonctionnel des muscles fléchisseurs.
L'application continuelle de la vue, qu'exige la confection du tissu, détermine, à la longue, des congestions choroïdiennes, et à la suite ou primitivement, des amblyopies. (Voy. Asthênopie professionnelle, p. 24.)
L'invention du métier Jacquart, en améliorant l'hygiène privée de l'ouvrier tisseur, ne l'a point mis à l'abri des inconvénients du mouvement professionnel. Les allées et venues de la navette, les percussions du balancier qui bat la trame, sont plus fréquentes encore qu'avec l'ancien métier.
Dalmanesche a signalé chez les tisserands à la Jacquart des accidents d'intoxication saturnine causés par la perpétuelle dissémination, dans l'atmosphère de l'atelier,, d'une infinité de particules plombiques dues au frottement continuel des poids en plomb suspendus à chaque maillon. — Plus les ateliers renferment d'ouvriers, plus les accidents sont fréquents, surtout si les ateliers sont peu spacieux et humides. C'est là une cause de maladie qu'il a suffi de signaler pour la faire disparaître en remplaçant le plomb par un autre métal.
L'observation qui suit fera connaître la forme que peut revêtir la maladie. Chez un jeune tisserand de vingt ans, le docteur Pouillet fut appelé, tout récemment encore, à constater les symptômes suivants : la face est blême, la langue blanchâtre, le bord des gencives bleuâtre, l'haleine saburrale, l'inappétence complète, la soif vive ; depuis quatre jours, plus de selles ; des vomissements ont lieu pendant la nuit avec des efforts effrayants ; douleurs hypogastriques insupportables, douleurs à l'épigastre et du côté des lombes, la pression du ventre les exaspère ; la miction des urines s'opère sans souffrance.
En examinant la chambre de travail, Pouillet constata sur le sol, au-dessous des plombs du métier, l'existence
d'une poussière brune impalpable, produite par le frottement continu de ces plombs. — Le traitement consista en laxatifs, en purgatifs drastiques et en bains sulfureux. L'ouvrier guérit, mais changea de travail. (Journ. de pharmacie et de chimie, 4e série, t. XI, 1870.)
Suivant Seemann , aux inconvénients inhérents à la profession s'ajoutent certaines habitudes vicieuses dont ces ouvriers ne peuvent se défaire, comme, par exemple, de sucer les fils. Lorsque la bobine est épuisée, il y a accumulation de filaments dans le creux de la navette, et quand l'ouvrier place une nouvelle bobine, il attire le fil, en l'aspirant avec sa bouche, à travers l'ouverture latérale de la navette, et aspire en même temps les petits filaments.
Jusqu'à quel point de semblables habitudes peuventelles porter atteinte à la santé ? et nous faut-il les regarder comme la cause des inflammations gingivo-buccales que l'on rencontre communément chez ces ouvriers ?
D'après Chatin, une affection commune chez les tisseurs de soie, à Lyon, c'est la phthisie pulmonaire. Fonteret a relevé à. l'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, 2024 décès de 1862 à 1866; sur ces 2024 décès il y a 771 décès par phthisie, plus d'un tiers; et sur cette mortalité de 771 phthisiques on compte 164 tisseuses et 139 tisseurs, près de la moitié. En outre, chez les ouvriers tisseurs, la mortalité la plus forte est de vingt à vingt-cinq ans; et chez les ouvrières tisseuses, on compte à peu près un quart des décès de quinze à vingt ans.
La phthisie est donc une maladie professionnelle chez cette catégorie d'ouvriers, et reconnaît, suivant cet observateur, les causes suivantes : 1° immobilité relative du corps pendant le travail, jointe à la position inclinée en avant; 2° la vie sédentaire; 3° la longueur exceptionnelle de la journée de travail; 4° la viciation habituelle des ate-
liers; 5° une alimentation insuffisamment réparatrice.
Cette seule énumération des causes pathogéniques nous renseigne sur les caractères de cette phthisie. C'est à la tuberculose que nous avons affaire ici; et, comme nous l'avons déjà dit dans la Pathologie générale, p. 21 et 49, elle dépend beaucoup plus de la misérable hygiène privée des ouvriers que de la nature même du travail professionnel.
Hygiène préservatrice. — On comprend, d'après cela, combien la salubrité du logement et de l'atelier, l'exercice salutaire au grand air, une alimentation réglée et substantielle, de meilleures conditions d'existence, en un mot, peuvent influer sur le bilan pathologique de l'ouvrier tisseur. Les ouvriers, avec un peu d'attention, éviteront la plupart des attitudes vicieuses, entre autres la pression de l'épigastre contre la poitrinière ; ils se trouveront bien, clans le travail à bras, de faire usage d'un plastron préservateur, et d'alterner le mouvement professionnel d'un membre à l'autre. Enfin, clans les grands ateliers communs, où le tissage se fait, à la mécanique, on mettra en usage tous les procédés industriels d'assainissement et de préservation déjà décrits par nous. (Yoy. Hygiène générale.)
Yillermé, De la santé des tisserands, in Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (Ann. d'hyg. publ., 1839). — Dalmanesche, Observations sur les causes de la colique de plomb chez les tisserands (Ann. d'hyg. publ., 18-11). — Thouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations, chap. VI, Du tissage (Ann. d'hyg. publ., 1816). — Fonteret, De la phthisie pulmonaire chez les ouvriers tisseurs de soie (Lyon médical, 1870).
to^seeiers. — On pourrait, sous bien des rapports, confondre la pathologie professionnelle des tonneliers avec celle des charpentiers et des charrons. Mais, bien que présentant une apparence robuste, les tonneliers, en gêné-
rai, vieillissent vile, et les statistiques ont montré que la durée de la vie chez eux est au-dessous de la moyenne (Hannover). C'est que, par-dessus tout, et en dehors de toute influence de milieu, ces ouvriers sont essentiellement des hommes de peine. Le travail qu'ils accomplissent est des plus fatigants. Toute la journée debout, ils transportent souvent de grosses pièces d'un point à un autre, et les efforts auxquels ils se livrent deviennent une cause fréquente de hernies.
Pâtissier dit qu'en remuant les tonneaux ils peuvent se faire des blessures graves et se rompre les fibres des muscles des bras et des lombes.
L'habitude qu'ont les ouvriers d'appuyer contre leur poitrine les pièces façonnées avec l'outil appelé plane ou fer recourbé, provoque une fatigue très-grande des voies respiratoires et des douleurs gastralgiques persistantes. Les plaies aux doigts et à la main, les panaris et les phlegmons palmaires sont très-fréquents chez eux. Il est une affection, signe d'identité professionnelle, due aux frottements réitérés des genoux sur les tonneaux et barils, soit au moment de leur confection, soit lorsqu'on les roule devant soi; c'est le développement et l'irritation de la bourse séreuse prérotulienne , laquelle devient le siège d'un épanchement séreux sanguin et quelquefois purulent (hygroma du genou).
L'humidité des tonnelleries, où l'on met à tremper les diverses pièces de bois qui entrent dans la composition des barils et des tonneaux, devient la cause de bronchites et de diarrhée catarrhales. Les douleurs rhumatismales, la névralgie sciatique surtout, sont ici très-fréquentes.
Suivant quelques auteurs, les tonneliers seraient aussi sujets à la fièvre intermittente. S'il faut en croire Martineau, qui a singulièrement incriminé les tonnelleries de
Saint-Pierre (Martinique), celles-ci deviendraient de véritables foyers miasmatiques et fébrigènes, par suite de la putréfaction des feuillants (feuilles de bois et douves) dans les bassins. Cette opinion a été combattue par Lota. Mais sans doute qu'il faut tenir compte avant tout du climat et des conditions telluriques de la localité.
Lota, Les tonnelleries de Saint-Pierre sont-elles nuisibles à la santé publique? (Ann. d'hyg.', 1869, t. XXIII). — Martineau, Des tonnelleries de Saint-Pierre comme foyers miasmatiques (Ann. d'hyg. publ., 1870). — A. Layet, Hygiène et Pathologie des tonneliers l'Arch. méd. nav., t. XX, 1873).
vanxieks. — Cadet-Gassicourt a dit des vanniers : « Les émanations de l'osier mouillé que respirent sans cesse les vanniers les incommodent quelquefois; ils sont atteints de rhumatismes aigus et chroniques et, dans un âge avancé, d'affections pulmonaires. »
Les vanniers sont sujets, en effet, à toutes les affections qu'entraînent, à la longue, la position assise et le mouvement professionnel limité aux membres supérieurs; les lumbagos, les troubles digestifs et respiratoires s'observent fréquemment chez eux. D'après Lombard (de Genève), un neuvième des vanniers succomberaient à la phthisie pulmonaire.
Leur genre de travail les expose particulièrement aux panaris et aux abcès phlegmoneux de la main et de l'avant-bras.
J'ai rencontré chez eux une gingivite chronique accompagnée le plus souvent de poussées dlierpes labialis, que j'attribue à la mauvaise habitude de tenir serrées entre les. lèvres les baguettes d'osier dont ils doivent se servir, et d'en mâcher parfois l'extrémité.
VERRIERS, TAILLEURS DE CRISTAL, POLISSEURS DE GLACES. 523 VERRIERS, TAILLEURS DE CRISTAL, POLISSEURS DE
glaces. — Nous trouvons dans les diverses opérations que comprend l'art de la verrerie trois causes principales de maladies : le dégagement de poussières siliceuses et minérales ; le rayonnement d'une chaleur ardente ; la manipulation de substances toxiques.
Le broyage et le blutage des matières premières qui doivent être employées sèches et très -divisées (silice, pierre calcaire, sel de potasse, sulfate de soude, charbon, débris de verre ou grésil, etc.) ; la pulvérisation et le tamisage de l'émeri destiné au polissage des glaces ; le travail mécanique des glaces (savonnage et polissage) ; la taille des verres et des cristaux; la composition des mélanges, qui se fait à la batte ou à la pelle, sont des opérations qui exposent par-dessus tout à l'absorption des poussières et à toutes ses conséquences.
Le travail des fours, la fonte, l'affinage et surtout l'écrémage des matières, le soufflage du verre, la coulée des glaces, mettent les ouvriers en présence d'un feu ardent dont le rayonnement provoque des sueurs abondantes et continues : « Tout ce que les ouvriers verriers ont à souffrir de leur métier, avait dit Ramazzini, vient du feu violent qu'ils emploient. » « Desséchés par l'ardeur du feu, ajoute Pâtissier, les verriers sont faibles, maigres et toujours dans un état comme fébrile. »
Le mélange de l'acide arsénieux en poudre à la composition, pour en faciliter la fonte ; la préparation du minium qui entre clans la composition du cristal (sable très-fin 300 parties, minium 200 p., potasse 100 p., et grésil ou débris de cristal 300 à 500); le broyage et la pulvérisation des débris de cristal, la taille des cristaux; la fabrication des strass et des pierres fausses (strass coloré) ; celle des émaux, celle du verre mousseline, sont autant d'opérations
dangereuses qui peuvent occasionner, chez les uns, des symptômes d'intoxication saturnine, et chez les autres, des accidents arsenicaux.
Le mouvement professionnel vient, à son tour, s'ajouter à toutes ces causes morbides par les efforts et la fatigue qu'il imprime à l'organisme.
Il est un genre de travail sur lequel nous devons d'abord insister; c'est le soufflage du verre ; les ouvriers nombreux qui travaillent le verre ne le font point isolément; ils sont réunis par série de trois, et chacun des trois collaborateurs souffle alternativement, avec la plus grande force, dans un long tube de fer ayant la forme d'une queue de billard, et cela très-rapidement, sans intervalle et sans la moindre perte de temps. Ce tube en fer, appelé canne, présente quelquefois, à son embouchure, des rugosités qui peuvent déchirer les lèvres des souffleurs, d'autant mieux que dans la manœuvre ils sont obligés de faire exécuter à la canne, en soufflant, un mouvement de rotation rapide, lequel ne peut s'opérer impunément que chez les ouvriers dont les lèvres sont, à la longue, durcies et faites au métier.
Cette manœuvre développe, en effet, une irritation chronique avec turgescence du derme muqueux et gerçures fréquentes aux commissures. « Ceux qui soufflent dans les tubes, dit encore Pâtissier, ont ordinairement, à la suite d'un travail assidu, les joues pendantes et plissées. »
Il est un accident des plus fâcheux qui a attiré particulièrement l'attention des hygiénistes; c'est la transmission de la syphilis entre les ouvriers souffleurs de verre. On comprend facilement, d'après ce que nous avons dit, comment, cette transmission peut s'opérer par l'intermédiaire de la canne dans laquelle on souffle alternativement. Diday, entre autres, a insisté, à plusieurs reprises, sur cette singulière et triste cause d'infection syphilitique. C'est ordinai-
rement des plaques muqueuses et des chancres pustuleux que Ton rencontre dans ces cas.
Le soufflage expose en outre à la congestion et surtout à l'emphysème pulmonaire. Ce dernier trouve sa cause dans les efforts répétés d'expiration qui chassent l'air des poumons vers ses parties superficielles et libres, et vient distendre ainsi les vésicules des bords antérieurs et du sommet.
Les affections organiques du cœur sont loin d'être rares chez les verriers. Elles reconnaissent pour cause ces troubles respiratoires, et les rhumatismes, conséquence des refroidissements auxquels ils sont particulièrement exposés. La néphrite albumineuse serait tout aussi fréquente chez les verriers que chez les forgerons.
Nous retrouvons ici, principalement chez les polisseurs de glaces et les tailleurs de cristal, le catarrhe bronchique et la phthisie professionnelle. — On procède au polissage avec une autre glace plus petite servant de molette, et du sable quartzeux grenu, puis avec du sable très-fin; la glace est alors dégrossie. On donne ensuite le douci avec de l'émeri de plus en plus fin; c'est ce qu'on appelle le savonnage. — Cette opération a surtout pour objet d'enlever les piqûres, les aspérités qu'a laissées le sable. C'est un travail long et pénible, et qui ne peut être fait qu'à la main : une ouvrière ne fait par journée de onze heures que 1 mètre à lm,50 de glace de chaque côté. Le polissage parfait vient ensuite et s'opère au moyen de colcothar aussi ténu que possible et de brosses garnies de feutre. Ce dernier travail se fait à l'aide de machines dans les grands établissements. — Les polisseurs de glaces peuvent être assimilés à bon droit aux aiguiseurs pour leur prédisposition aux maladies de poitrine.
Mais s'il est un travail dangereux par suite de l'absorption des poussières nuisibles à laquelle il expose, c'est
la taille des verres et des cristaux. — La simple exposition de ce genre de travail en fera comprendre tous les inconvénients :
On se sert, pour la taille, de meules verticales en fer, en pierre ou en bois, mues, le plus souvent encore, avec le pied de l'ouvrier. La pièce est dégrossie avec du sable sur la meule ou roue en fer qui reçoit d'un vase supérieur un tout petit filet d'eau. Elle est ensuite doucie sur une meule en grès, puis sur une meule en bois, d'abord avec les boues de sable ayant déjà servi, ensuite avec de l'émeri de plus en plus fin. Enfin, on la polit avec une roue en bois et de la potée d'étain ; on termine le travail sur une roue en liège ou garnie de laine et avec du colcothar (peroxyde de fer) très-finement pulvérisé.
Les tailleurs de cristal vivent dans un milieu humide et vicié. Putégnat a constaté chez eux l'extrême fréquence de la phthisie : 40 sur 1000 ouvriers ; tandis que la moyenne serait de 5 sur 1000. — Il a, en outre, observé que les productions caséeuses se montrent surtout dans le poumon droit, probablement parce que la bronche droite permettrait plus facilement l'accès des poussières irritantes. Mais l'affection dominante, suivant cet auteur, est. une gingivite particulière, avec exhalation d'une odeur qui empoisonne les ateliers, gingivite dont le premier résultat est la perte des dents. Cette affection, que nous avons déjà rencontrée chez les émailleurs, ne reconnaît pas d'autre cause que l'action irritante de la poussière de cristal sur les gencives et au pourtour des dents. Une salive acide s'écoule en abondance; elle altère l'émail des dents, qui se carient et se cassent, laissant un chicot permanent. Mais, à son tour, ce liquide acide, rencontrant les particules de cristal, change le sel insoluble de plomb qui entre dans sa composition en sel soluble, et l'entraîne dans les voies d'absorption.
De là des accidents saturnins : dyspepsie, gastro-entéralgie, coliques et constipation, troubles généraux de la nutrition et des sens, chez les tailleurs de cristal.
Garrod a constaté chez les verriers et les polisseurs de glaces anglais la fréquence de la goutte. Elle ne serait qu'une conséquence de l'intoxication saturnine à laquelle ils sont sujets. (Voy. Plomb.)
La blépharite, les inflammations conjonctivales et une certaine prédisposition à la rétinite, suivant Desmarres, se rencontreraient fréquemment chez les ouvriers verriers.
La radiation extrêmement vive de la chaleur, les transpirations abondantes, et l'irritation causée par le dépôt, sur la peau, de matières pulvérulentes, provoquent chez eux des congestions cutanées, des érythèmes, des abcès, des uroncles, des éruptions lichénoïdes et eczémateuses.
Quelques accidents cutanés, tels que vésico-pustules et exulcérations aux mains, au cou et au front, que l'on rencontre quelquefois, reconnaissent pour cause l'action de l'arsenic que l'on emploie, le plus souvent, dans l'affinage du verre. C'est "surtout pendant le nettoyage et la démolition des fours que les ouvriers y sont le plus exposés. Par la chaleur, en effet, une partie de l'arsenic employé est volatilisée ; l'autre forme de l'arséniate de soude. Le docteur Baedeker a constaté dans le verre, la suie, qui se trouvent déposés sur les parois des cheminées et des fours, dans la poussière de l'usine, dans le fiel de verre recueilli à la surface du mélange en fusion, la présence de l'arséniate de soude et de l'acide arsénieux.
L'âge moyen des décès serait de trente ans, d'après les relevés de Shann.
Il est une opération sur laquelle nous insisterons parce qu'elle a été l'objet d'études et de rapports spéciaux. C'est la fabrication du verre mousseline.
Le verre mousseline n'est que du verre ordinaire, de deuxième ou troisième qualité, orné de dessins variés se détachant sur un fond qui est tantôt mat, tantôt transparent, et imitant la mousseline brodée. On produit ces dessins avec un émail qui renferme une proportion considérable de plomb, et qui, par conséquent, est plus fusible que le verre. (Voy. Émailleurs.) — Deux procédés sont employés. Dans le premier, l'émail forme avec de la gomme un liquide épais que l'on étend sur les lames de verre. Lorsque l'enduit est sec, l'ouvrier recouvre la lame de verre d'une feuille découpée àl'emporte-pièce; puis, avec une brosse très-rude, il frotte, de manière à enlever l'émail qui correspond aux découpures. — Dans cette opération, l'émail détaché par les frottements de la brosse se répand en poussière très-fine au-dessus de la table, et l'ouvrier doit en absorber une quantité plus ou moins considérable, suivant les précautions qu'il a prises.
Dans le second procédé, l'émail est appliqué sur le verre à l'état pulvérulent; les feuilles de verre étant préalablement enduites d'une substance visqueuse afin que la poudre puisse s'y attacher. Cette poudre est mise en mouvement au moyen d'une manivelle à ailes ou mieux d'un soufflet, dans un appareil désigné sous le nom de tambour, caisse, chambre ou machine. On recouvre les feuilles de verre préparées d'un châssis garni de tulle ou de mousseline, on les introduit dans l'appareil, et la poudre d'émail, en tombant peu à peu sur le châssis, traverse les parties du tissu qui ne sont pas ornées de dessin, pour venir se fixer sur la feuille de verre.
C'est dans la mise en mouvement de la poudre d'émail que l'ouvrier en absorbe une quantité plus ou moins grande. Cette absorption donne lieu à des accidents saturnins parfois très-prononcés.
11 résulte, en effet, des observations recueillies par les auteurs, que chez tous les ouvriers malades qui font le sujet de ces observations , l'appétit a diminué après quelques mois de travail; quelques-uns ont eu des vomissements et delà diarrhée; tous ont éprouvé des douleurs gastralgiques plus ou moins vives, avec constipation opiniâtre. En général, on a constaté le liséré bleuâtre des gencives, la teinte jaune de la peau et des conjonctives, et une anémie profonde.
Dumesnil a publié une observation très-intéressante d'un homme qui, après avoir travaillé dix-huit mois à la fabrication du verre mousseline, a eu une paralysie des extenseurs des deux mains, et une atrophie complète des masses musculaires de la région postérieure de l'avanlbras. Les muscles de la main étaient également atrophiés. Le malade avait eu des étourdissements et des troubles sensibles du côté de la vue.
On a observé chez d'autres malades des douleurs dans les articulations, la perte de la vue, des vertiges avec affaissement hémiplégique, notamment des membres supérieurs (Poggiale).
Une industrie qui présente avec la fabrication du verre mousseline la plus grande analogie, et qui expose aux mêmes accidents : c'est la vitrification des étiquettes en émail pour vases destinés aux chimistes et aux pharmaciens. C'est à Beaugrand que l'on doit les premières recherches à ce sujet.
Hygiène préservatrice. — Pendant le travail des fours, les ouvriers se serviront avec avantage de vêtements légers mais bien exactement fermés, et ne s'exposeront point aux courants d'air, le corps étant en sueur.
L'usage d'une ceinture de flanelle, garantissant le ventre et les lombes, pourra être conseillé.
LAYET. 30
Pour éviter les "inconvénients du soufflage de verre, Chassagny a proposé l'usage d'un embout qui se placerait naturellement entre la canne à souffler et la bouche de l'ouvrier, et qui serait personnel à celui-ci. Dans aucun cas on ne devra admettre à travailler avec les autres tout ouvrier reconnu atteint d'accidents syphilitiques.
Des appareils de ventilation spéciale s'adaptant aux meules et aux polissoirs, et semblables à ceux que nous avons décrits à l'article Aiguiseurs, mettront les tailleurs de cristal à l'abri de toute absorption dangereuse des poussières. On pratiquera surtout le mouillage des meules à tailler les cristaux; cette précaution est, du reste, commandée par l'intérêt même du travail. Car si l'intervention de l'eau cessait un instant, le cristal s'échaufferait et la pièce se briserait.
L'emploi d'un masque préservateur sera conseillé pendant le savonnage et le polissage des glaces. Dans la grande fabrique de verre de MM. Chance à Spon-Lane, près Birmingham, les ouvriers occupés au broyage des matières premières, à la pulvérisation de l'émeri et surtout à la composition des mélanges, se servent régulièrement d'un respirateur dit de Leffrey, qui est un masque en toile métallique à mailles très-serrées, qu'on peut encore recouvrir d'une légère gaze. Cet appareil, ainsi que l'expérience l'a démontré, n'est nullement incommode; il empêche le passage des particules suspendues dans l'air et protège contre un air vif et âpre, puisque l'air expiré, en traversant la trame du respirateur, lui donne une chaleur que celui-ci rend à l'air qui doit être respiré. (Ch.de Freycinet, Traité d'assainissement industriel,]). 48.)
Les plus grandes précautions seront prises pendant le nettoyage et la démolition des fours. La pratique des ablutions fréquentes, des lotions avec une eaualcalinisée, sera
l'objet de l'exigence des patrons, dans les ateliers où Ton taille le cristal et dans les fabriques de verre mousseline. Les ouvriers devront se laver avec soin les mains, la bouche et les fosses nasales, avant les repas et après avoir quitté le travail. Des vêtements de travail spéciaux seront pris et déposés dans un vestiaire. On interdira surtout d'apporter des aliments dans les ateliers etd'y prendre lesrepas.
L'application de la poudre d'émail sur les feuilles de verre se fera dans une caisse close; elles y seront introduites par le moyen de tiroirs, et la poussière ne sera mise en mouvement dans l'appareil qu'après leur introduction. On ne devra ouvrir les tiroirs et la porte de la caisse qu'avec les plus grandes précautions, et les plaques ne seront retirées que lorsque toute la poussière sera déposée.
Enfin, pendant le brossage à l'air libre des verres et des châssis, on fera bien de conseiller l'emploi du masque de Paris. (Yoy. Émailleurs.)
D'une manière générale, l'anémie professionnelle s'affirme à la longue chez tous les ouvriers que nous venons de passer en revue ; elle est tantôt causée par les déperditions nombreuses qu'éprouve l'organisme devant les fours, tantôt elle est le résultat des troubles directs ou médiats de l'hématose pulmonaire ; d'autres fois elle est consécutive à une intoxication lente. — Un régime et une alimentation des plus toniques, des intervalles de repos prolongé devront donc être prescrits et ménagés aux ouvriers verriers. Dans tous les cas, la cessation momentanée ou définitive de tout travail nuisible sera conseillée à la moindre apparition de symptômes morbides sérieux. (Voy. Plomb.)
Putégnat, Quelques mots sur les maladies des verriers et des tailleurs de cristal (Journal de la Société des sciences médic. et naturelles
de Bruxelles (Bulletin de l'Académie de médecine, 1859). — Didav, Transmission de la syphilis chez les ouvriers souffleurs de verre (Gaz. médic. de Lyon, 1852). — Viennois, Syphilis contractée par les ouvriers verriers dans l'exercice de leur profession. Prophylaxie (Congrès médico-chirurgical de Rouen, Paris, 1863). — Du Mesnil, Étude sur l'hygiène des ouvriers employés à la fabrication du verre mousseline, thèse inaugurale, 1865. — Gallard, De la fabrication du verre mousseline (Ann. d'hyg. publ., t. XXV, 2e série, 1866). — Lasnier, Rapport général sur les travaux du conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, depuis 1862 jusqu'en 1866, Paris, 1870.
vidangeurs. — Il y a une quarantaine d'années seulement, la profession de vidangeur pouvait justifier, jusqu'à un certain point, l'opinion pessimiste des auteurs sur son extrême insalubrité et sur les occasions de périls auxquels les ouvriers sont particulièrement exposés. Mais la transformation complète qui s'est opérée depuis lors dans le service des vidanges a fait disparaître en grande partie les causes principales d'inconvénients et de maladies.
La substitution des fosses mobiles aux fosses fixes, la méthode de canalisation souterraine et l'application d'appareils diviseurs ont singulièrement assaini cette profession, tant au point de vue de l'hygiène publique que de l'hygiène professionnelle.
Cependant, dans bien des endroits encore, et, disons-le, surtout en France, l'existence de fosses couvertes constitue un véritable danger pour les ouvriers appelés à les vider et à les réparer.
Des accidents graves d'asphyxie ou d'empoisonnement par les gaz délétères peuvent survenir dans de pareilles circonstances, et parfois avec une rapidité telle que tout secours devient inutile.
Les matières fécales en putréfaction dans une fosse donnent naissance à trois gaz principaux dont l'absorption
est toujours plus ou moins funeste à l'organisme. Ce sont les gaz hydrogène sulfuré, sulfhydrate d'ammoniaque et azote. Les deux premiers sont délétères, le dernier est seulement impropre à la respiration.
Il s'y mêle, en outre, divers produits organiques à l'état <f émanation s gazeuses.
C'est principalement sous la croûte qui recouvre les matières, et dans les angles de la fosse, que ces gaz sont accumulés. Aussi est-ce, le plus souvent, au moment où les vidangeurs entament, cette croûte que les accidents ont lieu par suite du dégagement abondant de ces gaz. Un malaise général, de la céphalalgie, des vertiges, une faiblesse extrême portée quelquefois jusqu'à la syncope : tels sont les symptômes qui se manifestent lorsque l'air est vicié par la présence de l'azote ou de l'acide carbonique et par une faible quantité de gaz délétère.
Mais il arrive quelquefois que l'ouvrier tombe frappé de perte de connaissance; il y a de l'immobilité et de la roideur générale, remarquable surtout dans les muscles du thorax (grands pectoraux et grands dentelés) ; la respiration, sans être entièrement suspendue, est extrêmement rare, irrégulière et incomplète ; les pulsations artérielles sont à peine sensibles ; le visage et les mains sont pâles, livides et froids. — D'autres fois, il y a de la vultuosité de la face, de l'écume à la bouche et des agitations convulsives. Presque toujours, en revenant à eux, les hommes déclarent avoir éprouvé comme un poids très-fort qui comprime Fépigastre et serre fortement la tête. De là le nom de plomb donné par les ouvriers à ces accidents.
Une fosse vidée peut asphyxier les ouvriers qui y descendent, avec la même rapidité qu'une fosse pleine. Il s'opère alors un dégagement de gaz délétères des murs qui ont été imprégnés de matières fécales; et ce n'est guère
qu'après douze ou quinze jours que la fosse a été vidée,. que l'on peut impunément y descendre pour faire les réparations que la construction exige. Labarraque a cité le cas d'un ouvrier qui avait été asphyxié en remuant les plâtras provenant de la démolition d'une fosse d'aisances. Voici un exemple plus frappant, emprunté au Bulletin de thérapeutique, 1870.
L'observation en a été publiée par le docteur Lancereaux, et l'extrême intérêt qu'elle comporte, au point de vue des symptômes observés et du traitement employé, nous engage à la reproduire en entier :
« Le 11 juillet 1865, plusieurs ouvriers étaient occupés à travailler à une fosse', lorque l'un d'eux, venant à ouvrir une fissure, donna lieu à un échappement de gaz qui le renversa immédiatement. Ses camarades, placés à la partie supérieure de la fosse, l'entendant tomber, descendent pour le relever; mais, arrivés à un certain niveau, ilssont asphyxiés et tombent eux-mêmes dans la fosse. Arrivent deux pompiers qui parviennent à retirer, non sans peine, ces trois hommes. Les deux hommes qui étaient allés porter secours sont retirés mourants et succombent peu de temps après.
» Quant à l'autre, celui qui travaillait dans la fosse, il peut encore être transporté à l'hôpital; mais il arrive à l'Hôtel- Dieu dans un état pour ainsi dire désespéré. Admis dans le service du professeur Grisolle, il a la face bleue, violacée, les joues et les membres glacés; il est sans connaissance et anesthésïè à un tel point que l'ammoniaque reste tout d'abord sans action sur ses fosses nasales. Il jette des cris incessants; ses membres supérieurs, roides, contractures, ont de la tendance à se porter en avant et à se croiser sur sa poitrine ; ses membres inférieurs sont au contraire plutôt en résolution; son pouls est petit, sans
fréquence. Du vin et du café lui sont administrés pour combattre cet état ; des sinapismes sont appliqués sur le tronc et les membres, mais ces moyens restent sans résultat: l'existence de ce malade paraissait toujours menacée, lorsque, vers dix heures et demie, le docteur Lancereaux pensa à lui faire respirer de Y oxygène... Le malade, ayant respiré ce gaz pendant quelques minutes, se trouva immédiatement soulagé; on vit les spasmes thoraciques disparaître, la teinte violacée diminuer et la connaissance revenir ; puis, en même temps, les membres se réchauffèrent peu à peu et la température reprit son état normal. Yers deux heures de raprès-midi, la chaleur était plutôt élevée ; il survint quelques crachements de sang qui furent combattus à l'aide de ventouses sèches sur la poitrine. On prescrivit en outre 20 centigrammes d'émétique qui furent suivis d'abondantes garde-robes. Le soir, le malade était fatigué, courbaturé, mais dans un état qui offrait les meilleures espérances. Le lendemain, il existe 120 pulsations sans chaleur vive à la peau; les paupières sont fermées; il y a une double conjonctivite. (Voy. plus bas, Mitte.) — À part cette affection et un léger abattement, le malade se trouve bien. Le 13, la conjonctivite persiste, le pouls est moins fréquent, la respiration presque normale. Le 14, 80 pulsations; toutes les fonctions s'accomplissent régulièrement. Le 17, la sortie est accordée; l'appétit est encore un peu faible, et le malade éprouve, dans la marche, des palpitations et de l'essoufflement. Néanmoins il est considéré comme définitivement guéri. »
Suivant Chevallier, ces exhalaisons des fosses d'aisances seraient plus actives en été et en automne qu'en hiver et au printemps.
Parmi les gaz qui se dégagent ainsi des fosses d'aisances, il en est qui sont inflammables et exposent les vidangeurs
à des brûlures souvent étendues. Ces explosions ne sont pas aussi rares qu'on le croit communément; elles se produisent, à peu près exclusivement, dans les fosses couvertes, et sont surtout à redouter au moment du soulèvement de la pierre d'extraction. Lorsque en effet la fosse est pleine et sans tuyau d'évent, les gaz accumulés peuvent prendre feu au contact d'un corps enflammé tel que lampe, allumettes, etc. (Perrin).
Il est une affection professionnelle que l'on rencontre fréquemment chez les vidangeurs, mais qui n'a point le degré de gravité que l'on a dit; c'est la mille.
On donne indifféremment le nom de mitte aux vapeurs ammoniacales qui s'échappent des fosses d'aisances et à certains accidents que ces vapeurs produisent sur les ouvriers occupés à vider ces fosses. Ces accidents consistent dans des picotements suivis de cuisson des yeux qui deviennent rapidement rouges, enflammés au point d'obliger les ouvriers à cesser leur travail et à se tenir loin de la lumière pendant un ou plusieurs jours, les yeux couverts de compresses imbibées d'eau froide. Une cécité momentanée peut être la suite de la mitte; mais, communément, elle ne dure que quelques jours, souvent même que quelques heures.
Les vidangeurs distinguent plusieurs espèces de mitte : la mitte humide, la mitte grasse, sèche, la mitte grasse tardive; mais ce ne sont là que des degrés plus ou moins tranchés de l'ophthalmie professionnelle.
Il est curieux de placer en regard des maladies que nous venons de décrire, cette opinion de quelques auteurs (Bricheteau, Chevallier), que la profession de vidangeur, loin d'être insalubre, préserverait d'un grand nombre d'affections, entre autres des maladies de peau; et que les vidangeurs seraient moins exposés, que la plupart des
autres ouvriers à contracter les maladies épidémiques.
Cette observation avait déjà été faite par Parent-Duchâtelet, au sujet des ouvriers travaillant à la poudrette de Montfaucon. Il est pourtant un genre d'affections assez fréquemment observées chez les vidangeurs ; ce sont les fièvres bilieuses et les flux de ventre.
Hygiène préservatrice. — Les ouvriers prendront les précautions les plus minutieuses, au moment de l'ouverture des fosses. Ils n'y pénétreront qu'après s'être assurés que tout gaz délétère a disparu et que la désinfection en est complète. On arrive à ce résultat de deux manières, par les procédés chimiques et ^ar les procédés mécaniques.
Les procédés chimiques de désinfection sont à peu près les mêmes partout : on projette dans la fosse, quelque temps avant le curage, une certaine quantité de substances réagissantes ou absorbantes ; mieux vaut un mélange des deux; et l'on brasse pour arrivera une destruction plus ou moins complète des émanations excrémentitielles. Ce brassage doit être pratiqué de la façon la plus sérieuse, et trois ou quatre jours sont nécessaires pour que la réaction soit complète. Malheureusement, cela n'a pas toujours lieu, et les menaces d'accidents sont loin d'être conjurées quand les ouvriers opèrent le curage des fosses.
Quant à la nature des substances, elle varie à l'infini. Les deux plus usuelles sont le sulfate de fer et le charbon. On emploie aussi des sels de zinc, de plomb, de manganèse; des acides, des cendres, delà chaux, des chlorures, du tan, de la tourbe, etc.
Un des agents chimiques qui, dans ces derniers temps, a fixé le plus l'attention, est le phosphate acide double de magnésie et de fer, de MM. Blanchard et Château. Le rôle de ce réactif est double comme sa composition : le phosphate de magnésie fixe l'ammoniaque à l'état de phosphate
ammoniaco-magnésien, et le phosphate de fer est destine à compléter la désinfection en précipitant le soufre à l'état de sulfure de fer.
Quand on veut désinfecter au moment de la vidange, on verse le réactif peu à peu et par intervalles, à une dose variable, suivant le degré de dilution des matières. Malheureusement, la désinfection la mieux conduite laisse toujours subsister des dangers pour les ouvriers, à cause des gaz qui sont retenus par les parois et qui se répandent dans la fosse, quand celle-ci est Aidée.
On devra donc conseiller, dans ces cas-là, l'emploi de l'appareil Galibert (voy. Egoutiers), surtout quand il s'agira d'aller retirer de la fosse des ouvriers subitement asphyxiés.
La vidange par les procédés mécaniques se pratique avec des appareils à pompe plus ou moins perfectionnés ; mais les ouvriers sont presque toujours obligés d'entrer dans les fosses pour enlever les parties consistantes.
Parmi les procédés mécaniques de vidange, il est un système dit hydrobarométrique, dont le principe consiste à faire le vide par avance dans des tonnes qu'on amène à proximité de la fosse, et aussitôt la communication établie avec celle-ci, les matières se précipitent dans les tonnes, sous l'influence de la pression atmosphérique.
La supériorité de ce procédé, qui a d'abord fonctionné à Nîmes, à Bordeaux, et dont l'application s'est généralisée depuis dans un grand nombre de villes, est aujourd'hui définitivement reconnue. On comprend combien il est préservatif de tout danger pour les ouvriers.
Le traitement des maladies auxquelles les vidangeurs sont exposés consistera, pour l'ophthalmie professionnelle, en lotions astringentes et toniques, collyre au sulfate de zinc et au sulfate de cuivre. Des évacuants, puis des toniques seront administrés dans les cas de fièvre bilieuse et