PRODUITS CHIMIQUES (OUVRIERS EMPLOYÉS A LA
farrication des). — Il n'est peut-être pas d'industrie où les ouvriers soient aussi exposés que dans la fabrication des produits chimiques à la fâcheuse influence du milieu
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professionnel. La manipulation de substances toxiques, la dissémination de poussières dans l'air ambiant, l'inspiration accidentelle ou prolongée de vapeurs délétères ou irritantes ; les explosions si fréquentes et si souvent imprévues de mélanges détonants et inflammables, les incendies qui peuvent en être la conséquence : telles sont les causes principales des accidents si nombreux et si variés que l'on rencontre chez cette catégorie d'ouvriers, aussi bien que des maladies qu'ils présentent.
Nous ne saurions cependant entrer dans les détails des différentes fabrications chimiques que l'on pourrait comprendre dans cet article, sans tomber dans des répétitions inutiles, la plupart d'entre elles entraînant des résultats pathologiques déjà décrits dans diverses professions industrielles.
Une simple énumération des opérations dangereuses, avec indication de la cause pathogéniqne, telle est la voie que nous devons suivre.
Parmi les vapeurs nuisibles dont on est le plus souvent à même de constater les effets sur les ouvriers employés dans les usines de produits chimiques, nous devons placer en première ligne les vapeurs nitreuses.
Les fabrications qui y donnent lieu sont les fabrications de l'acide sulfurique, de l'acide azotique, de l'azotate de cuivre, de l'arséniate de soude, des acides oxalique, arsénique, picrique, de la nitrobenzine, etc. L'action de ces vapeurs sur l'économie a été complètement étudiée au sujet de la préparation de ce dernier produit (voy. Ouvriers EMPLOYÉS A LA FARRICATION DES COULEURS D'ANILINE)
et de l'opération du dérochage ou ravivage des objets en cuivre. (Voy. Bijoutiers.) Nous n'avons donc pas à y revenir, et nous renvoyons à ces deux articles.
Après les vapeurs nitreuses viennent les vapeurs sulfu-
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relises. Leur action sur l'économie a été étudiée à propos du blanchiment des tissus. Nous ajouterons seulement ici que, parmi les vapeurs irritantes, il n'en est peut-être aucune qui ait plus de tendance à agir d'une façon lente sur les voies d'absorption. Aussi les ouvriers paraissent-ils acquérir à leur égard une assuétude qu'ils n'ont point pour les autres vapeurs. Le catarrhe emphysémateux des bronches, et surtout la pharyngite granuleuse, telles sont les deux affections que l'on est à peu près certain de rencontrer chez les ouvriers exposés à l'inhalation des vapeurs sulfureuses. Les diverses opérations chimiques qui y donnent lieu sont la préparation de l'acide sulfureux, la fabrication de l'acide sulfurique, le raffinage du soufre, le grillage des sulfures métalliques, l'affinage des métaux précieux, la distillation de la houille, etc.
Il est une fabrication, celle de l'acide sulfurique dans les chambres de plomb, qui expose à la fois aux vapeurs nitreuses et aux vapeurs sulfureuses. Nous en dirons quelques mots.
C'est surtout au moment de la mise en chômage et de la réparation des chambres que des accidents graves peuvent se présenter chez les ouvriers appelés à y pénétrer, et ces accidents ont quelquefois été suivis de mort d'homme. Dans les premiers moments, ce sont les émanations sulfureuses qui sont surtout à craindre; mais lorsque l'acide sulfureux a été condensé, qu'il ne reste plus au fond de la chambre qu'une bouillie humide, le moindre remuement des résidus donne lieu à un dégagement plus ou moins abondant de gaz hypoazotique. Il faudra donc aérer aussi largement que possible, condenser les gaz et faire écouler tout l'acide sulfurique contenu dans la chambre. Ce n'est que quinze jours après sa mise en chômage que l'air d'une chambre de plomb est complètement renouvelé et
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devenu respirable. Ce délai atteint, on pourra entrer dans la chambre pour la débarrasser du sulfate de plomb ; travail qui devra être exécuté par un ouvrier chaussé de sabots très-couverts.
Ce travail est pénible à cause des petites quantités d'acide hypoazotique qui peuvent encore se dégager, et il doit être fait par des hommes qui se relayent fréquemment.
Les vapeurs de chlore et d'acide chlorhydrique exercent sur les organes respiratoires une action rapide et énergique; elles déterminent un sentiment d'angoisse et de suffocation très-douloureux, avec toux sèche et incessante. Plus que toutes les autres elles prédisposent aux hémopt'ysies et à l'inflammation du tissu pulmonaire.
Néanmoins, l'habitude peut encore ici rendre plus supportable la respiration de ce gaz. Christison rapporte que dans une usine les ouvriers travaillaient impunément, dans une atmosphère imprégnée de chlore, tandis que les individus qui n'y pénétraient qu'accidentellement ne pouvaient y séjourner plus de quelques minutes. Ces ouvriers avaient presque constamment des aigreurs d'estomac, qu'ils combattaient en avalant de la craie; ils ne prenaient jamais d'embonpoint, et ceux qui étaient gras en entrant, maigrissaient rapidement.
Les principales opérations d'industrie chimique qui donnent lieu au dégagement des vapeurs précédentes sont la fabrication du chlore, de l'acide chlorhydrique, des chlorures alcalins, et celle de la soude artificielle.
Les ouvriers employés à la fabrication de la soude artificielle présentent, au plus haut degré, les signes de la chloro-anémie professionnelle. Il sont, en général pâles, amaigris, en proie à une anhélation marquée, à des gastralgies et à des dérangements fréquents de ventre. Mais ce qui les caractérise, c'est une altération particulière des
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■dents : celles-ci sont ramollies et comme translucides, par suite de la disparition des éléments calcaires sous l'influence corrosive de l'air acide qu'ils respirent. Le plus souvent, elles se cassent au niveau du collet, en laissant un diicot qui noircit peu à peu. Les marcs de soude laissent aussi dégager de l'hydrogène sulfuré, et celui-ci est quelquefois en quantité assez notable dans l'atmosphère des salles où l'on abandonne ces résidus, pour provoquer des accidents graves. Il faut lui attribuer en grande partie les ophthalmies rebelles que l'on rencontre chez quelques-uns de ces ouvriers.
Ceux qui préparent le brome et l'iode n'éprouvent, en .général, aucun accident particulier, si ce n'est parfois lorsqu'on retire du récipient l'iode sublimé. On constate alors du larmoiement, du coryza, de l'irritation des yeux et delà gorge. (A. Chevallier, in Ann. d'hyg* pubL, 184-2.)
Chez les ouvriers employés à triturer le soufre, Pécholier et Saint-Pierre ont signalé une rougeur érythémateuse et une sécheresse de la peau, dues à l'action topique de ce corps. Ils ont constaté au début, et chez presque tous, de l'irritation des yeux, une excitation générale, de l'insomnie, de l'anorexie et de la diarrhée qui s'expliquerait par les effets purgatifs du soufre. Chez quelques-uns, on rencontre des signes de bronchite chronique et d'emphysème pulmonaire. Toutefois, on n'a pas observé que l'absorption de la poussière de soufre hâtât le développement de la phthisie chez les ouvriers prédisposés. (Montpellier médical.)
D'une manière générale, les maladies de la peau sont extrêmement fréquentes chez les ouvriers des fabriques de produits chimiques. Les éruptions lichénoïdes doivent surtout être signalées. Dans quelques circonstances, la manipulation de substances «caustiques donne lieu à des brû-
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lures, à de petites ulcérations au bout des doigts, particulièrement sous le rebord des ongles (acide picrique, bichlorure de mercure, produits arsenicaux, etc.).
Il est une affection spéciale qui a été l'objet de nombreuses observations; c'est celle que présentent les ouvriers employés aux diverses préparations du sulfate de quinine. Cette maladie professionnelle consiste en une éruption cutanée généralisée sur tout le corps, accompagnée de fièvre, et quelquefois assez douloureuse et tenace pour faire renoncer à la profession. Cette maladie n'atteint pas seulement ceux qui travaillent le sulfate de quinine, mais même les personnes qui se trouvent exposées par hasard aux émanations des fabriques de sulfate. C'est là un exanthème fébrile, qu'il ne faut pas confondre avec la maladie cutanée que l'on observe chez les broyeurs de quinquina,, et qui résulte de l'introduction sous la peau de petites aiguilles végétales qui viennent irriter la couche sous-épidermique. Pour prévenir cette affection, on recommandera les lavages, et on fera prendre des bains fréquents aux ouvriers, particulièrement à ceux qui s'occupent de transvaser les liqueurs; car c'est à ce moment que les vapeurs engendrent le plus d'accidents. Quant à la centralisation du sulfate de quinine, qui est une des particularités les plus dangereuses de la fabrication, on l'effectuera dans des vases clos, munis d'un tube de dégagement par où les émanations nuisibles seront entraînées au dehors. On veillera au régime de l'ouvrier. Mais dès que le moindre symptôme trahit l'approche du mal, il ne faut pas hésiter à éloigner l'ouvrier des lieux soumis à l'influence de la quinine. Un congé de quelques jours arrête souvent des phénomènes qu'un traitement médical n'eût pu combattre. (Ch. de Freycinet, Assainissement industriel, p. 127.)
Hygiène préservatrice. — Nous ne pourrions que ré-
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péter, au point de vue de l'assainissement de la profession, tout ce que nous avons dit dans I'Hygiène générale. Nous résumerons cependant en quelques préceptes les principales mesures de préservation.
1° On apportera le plus grand soin à la construction des fourneaux, des étuves, des cheminées et des locaux affectés aux dégagements nuisibles.
2° Les vapeurs seront condensées dans des appareils spéciaux, ou envoyées dans des foyers incandescents.
3° On retiendra les vapeurs acides en faisant absorber ces gaz dans des eaux alcalines.
4° Toute cuve d'évaporation fonctionnera dans un local distinct, et doit être placée. sous une hotte pourvue d'une bonne cheminée d'aspiration.
5° Dans toute distillation on doit veiller à ce que les joints des cornues soient hermétiquement fermés et bien mastiqués.
6° Pour prévenir toute chance d'incendie, on dirigera dans des tuyaux, débouchant au-dessus des toits, les flammes des becs de gaz destinés à éclairer la salle.
7° Les fours à calciner les mélanges seront à parois épaisses et bien mastiqués.
8° On adoptera la méthode par la voie humide, dans le broyage des matières premières.
9° On fera usage de tamis fermés et d'appareils clos,. Hfcns lesquels agiront des ventilateurs.
10° Dans la manipulation des substances toxiques, on se servira d'une guérite hermétiquement close, pourvue de regards vitrés et de vasistas à hauteur de poitrine.
1 1° La plus grande prudence, enfin, et les soins les plus minutieux de propreté seront recommandés aux ouvriers.
Braconnot et Simonin, Note sur les émanations des fabriques de pro-
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duits chimiques (Journ. de chimie médicale, 1848). — Bussy, Note sur l'influence des fabriques de produits chimiques sur l'hygiène publique (Journ. de pharmac. et de chimie, mars 1858). — Vernois, Traité d'hygiène industrielle, Paris, 1860, article Produits chimiques. — A. Chevallier, Note sur les ouvriers qui travaillent aux préparations de sulfate de quinine (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1858). — Ch. de Freycinet, Traité d'assainissement industriel, Paris, 1870, p. 127. — Boutron, Instruction concernant les précautions à prendre lorsqu'on doit faire des réparations aux chambres de plomb dans les fabriques d'acide sulfurique (Journ. de pharm. et de chimie, 1871).
raffinfxrs. — Les ouvriers qui travaillent dans les raffineries de sucre sont soumis à deux causes principales de maladies qui sont : 1° la haute température des ateliers, 2° et la présence, dans l'atmosphère professionnelle, de gaz et d'émanations nuisibles produits par la décomposition spontanée des matières employées dans la fabrication. Les refroidissements auxquels ils sont exposés les disposent aux affections catarrhales des bronches et de l'estomac. Il règne dans les salles de travail une odeur fade et pénétrante provenant des matières organiques dont le sol est imprégné. La chaleur humide qui pénètre les ouvriers raffmeurs entretient chez eux une tendance à la débilitation et au lymphatisme. La fièvre typhoïde est fréquente chez eux. Le cachet de leur constitution est une apparence anémique due à une sorte d'empoisonnement chronique du sang, entretenu par la respiration continue d'un air vicié dans lequel on trouve des traces d'hydrogène carboné, d'acide carbonique et d'hydrogène sulfuré.
Les ouvriers chargés de la cuite du jus et sirop de betteraves sont atteints fréquemment de troubles dyspeptiques et de flux de ventre. Outre les gaz provenant de la fermentation des matières azotées, ils respirent encore l'ammoniaque qui se dégage en grande quantité pendant les pre-
miers temps de l'évaporàtion du jus, et qui provoque chez eux une irritation des voies bronchiques et de rarri èregorge.
Les éruptions eczémateuses et furonculeuses sont trèscommunes chez les raffineurs. Elles sont dues au dépôt, sur la peau, de particules de sucre ou de mélasse, répandues en grande abondance dans l'atmosphère des salles de cristallisation, ou bien encore au mauvais état des voies digestives.
Hygiène préservatrice. — Les mesures d'hygiène préservatrice consisteront surtout dans le maintien de la plus grande propreté des salles de travail; dans la condensation des vapeurs d'ammoniaque, que l'on pourra ainsi recueillir et exploiter; dans le nettoyage et l'assèchement des parquets.
Les ouvriers éviteront les brusques transitions de température; ils se garderont de tout excès en tout genre, se livreront aux soins les plus minutieux de leur personne ; en dehors des heures de travail, ils prendront un exercice salutaire au grand air. Un régime tonique et l'usage du vin seraient indispensables ici; malheureusement, cette industrie s'exerce principalement dans le nord delà France, où l'abus de la bière et de l'alcool vient encore favoriser l'apparition des affections gastro-intestinales auxquelles ils ne sont déjà que trop disposés.
repasseuses. — S'il est une profession qui, embrassée de bonne heure, expose les jeunes filles à l'anémie et à la chlorose, c'est bien celle de repasseuse. Le défaut d'exercice nécessaire, l'attitude fatigante qu'elles conservent pendant de longues heures, mais bien plus encore la respiration d'un air vicié par les vapeurs du charbon : telles sont les causes des maladies et des accidents qui se
présentent chez les femmes cfui repassent le linge.
« Presque toutes les jeunes filles que je connais, et qui sont repasseuses, ditGuépin (de Nantes), sont chlorotiques; presque toutes souffrent de la vue; elles ont au fond de l'œil une congestion choroïdienne et une hypérémie de la papille du nerf optique. Elles ne peuvent lire quelque temps sans grande fatigue. Il en est un grand nombre, surtout dans les villes, chez lesquelles la chlorose est accompagnée de pertes blanches. Plusieurs fois des lingères m'ont consulté pour des pertes de connaissance arrivées sous l'influence de la combustion du charbon des fers à repasser. » Guépin cite, en outre, un cas de cécité, résultat d'une congestion bulbaire. Chez presque toutes celles qui s'évanouissent il a remarqué une faiblesse visuelle plus grande, et de la faiblesse dans l'exécution des mouvements locomoteurs.
La diminution de l'activité ou du nombre des globules du sang, tel est le résultat plus ou moins éloigné de la respiration d'un air insuffisamment oxygéné ; mais certains accidents sont, par le fait même de la rapidité et de la gravité de leur apparition, les symptômes d'un véritable empoisonnement. Or l'agent toxique n'est point, ici, l'acide carbonique, qui n'a pas d'action chimique sur le sang, mais bien l'oxyde de carbone.
C'est à la présence de ce gaz que sont dus le malaise général, les douleurs de tête persistantes que ressentent les repasseuses, quand l'aération de la chambre est insuffisante.
Leblanc a démontré que deux à trois millièmes d'oxyde de carbone dans l'air suffisent pour tuer un chien; il ne faut qu'un millième pour asphyxier un oiseau. Les expériences de Claude Bernard ont prouvé aussi que les globules sanguins se combinent avec ce gaz, et dès lors
deviennent inaccessibles à l'oxygène. L'animal meurt faute d'oxygénation des globules sanguins. Lors même qu'il est reporté dans l'air pur, si l'action est trop avancée, la mort survient peu à peu, et, dans tous les cas, le rétablissement est long, parce que le retour des globules à l'état normal, ou le remplacement par de nouveaux, est lent. Ce que nous venons de dire nous fait comprendre comment Guépin a pu observer que chez des repasseuses obligées de quitter la profession il faut en général au moins une année pour restaurer, en pareil cas, la santé.
Le laisser aller des mœurs vient souvent s'ajouter aux causes précitées de maladies pour agir sur la santé générale ; la phthisie est très-fréquente chez les repasseuses et les lingères.
Suivant Tardieu, l'habitude de presser avec les doigts sur les robes et sur les chemises amène parfois une cambrure remarquable des trois derniers doigts de la main droite, et une facilité très-grande de renversement des doigts de la main gauche sur le dos de la main. Vernois cite particulièrement la luxation habituelle en arrière du pouce gauche.
Les brûlures au premier et au deuxième degré, auxquelles sont particulièrement exposés les doigts et la main, sont, le plus souvent, le résultat de l'imprudence ou de la maladresse de l'ouvrière.
Hygiène. — La plupart des accidents arrivent souvent par l'emploi des fers à repasser, dans l'intérieur desquels on met le charbon. Ce sont ceux dont on se sert généralement en Bretagne, et qui ont donné lieu aux observations de Guépin (de Nantes). Les plaques que l'on met à chauffer sur un fourneau placé sous une cheminée ne sont point dangereuses à manier. Le plus souvent, malheureusement, les fers sont exposés au contact du feu nu, soit dans un
fourneau fixé ou mobile très-imparfait, soit simplement dans un réchaud ouvert, alimenté par de la braise ou du charbon, et qui répand dans l'atelier des émanations insalubres et nuisibles. Si le local est peu spacieux, Pâtissier a conseillé de repasser près d'une fenêtre ouverte; outre les inconvénients et souvent l'impossibilité d'une telle mesure, elle est loin d'offrir un bénéfice réel. ((J'en ai vu, dit Guépin, qui se plaignaient, et qui cependant travaillaient dans un courant d'air. En prenant leur place, j'ai remarqué que le courant d'air était brisé par le corps de l'ouvrière, et que les produits de la combustion lui montaient à la figure. »
Chevallier a conseillé l'emploi des appareils portatifs de Chambon-Lacroisade, alimentés par le coke, et dont la fumée est conduite au dehors de l'atelier par un tuyau spécial.
A. Chevallier, Des professions dans lesquelles il y a danger d'asphyxie (Ann. d'hyg. publ., 1864, p. 74, 2me série, t. XXII).
savonniers. — On retrouve chez les savonniers cette apparence d'anémie et ces divers troubles des sens que nous avons déjà signalés dans les industries qui soumettent les ouvriers aux émanations organiques et aux buées provenant de la fonte de matières animales. L'extrême humidité du milieu professionnel, jointe à l'élévation de température; les exhalaisons fétides et malsaines provenant des résidus qui imprègnent constamment le sol des ateliers; le contact permanent avec des substances et vapeurs alcalines : telles sont les causes intrinsèques des maladies que présentent les ouvriers savonniers.
Déjà Fodéré avait remarqué « que ces ouvriers ont le teint blême et sont fort sujets aux engorgements des vis-
cères du bas-ventre, aux infiltrations et à d'autres maladies de faiblesse... »
Il est des opérations qui sont particulièrement incommodes, entre autres la fonte à nu de certaines graisses, comme celle des intestins, et la fabrication des savons destinés au foulage des draps (suif d'os, cretons de suif). Quelques-uns de ces ouvriers présentent un état prononcé d'anhélation souvent accompagné d'accès d'oppression, véritables symptômes de l'asthme essentiel. Le catarrhe bronchique et les phlegmasies pulmonaires sont relativement rares chez eux; les affections dominantes sont les troubles dyspeptiques de l'estomac et de l'intestin.
Il est une cause de maladie qu'il nous faut signaler à coté des prédispositions morbides que soulève l'action du milieu professionnel; c'est le travail excessif auquel les savonniers sont le plus souvent, soumis.
Ramazzini en fait la cause principale de toutes les affections qui viennent les atteindre. Shann attribue aux mouvements continuels des bras, que nécessitent les diverses opérations professionnelles et surtout la liquidation ou madrage, la fréquence des maladies de cœur qu'il a relevée chez les savonniers anglais. On ne saurait, en effet, accuser ici l'influence du rhumatisme articulaire aigu, affection très-rare chez tous ces ouvriers. La lixiviation de la soude, qui consiste en une série de lessives que l'on opère à main d'homme au moyen de seaux, provoque, à la longue, une altération marquée de la couche épidermique de la peau, et probablement aussi des couches superficielles du derme ; car on rencontre très-souvent de l'engourdissement des mains, de l'insensibilité au tact, et de la roideur des articulations des doigts, accompagnée, chez quelques-uns, de douleur et d'empâtement.
Il est une sorte d'accident auquel les ouvriers savon-
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niers étaient autrefois très-exposés; c'est la chute clans la chaudière, au moment du madrage du savon, alors que l'ouvrier se tient sur les bords de la cuve, le redable à la main, pour désagréger les masses savonneuses et favoriser la séparation de cette partie du savon appelée « gras ».
C'est pour empêcher les ouvriers de tomber dans la chaudière que d'Arcet a proposé et fait adopter un appareil de soutien, composé d'une sangle et d'une corde de suspension fixée à une barre de fer solide, appareil auquel s'attache et se retient l'ouvrier chargé de l'opération.
L'hygiène industrielle comprendra l'aération, le dallage des salles de travail, la condensation parfaite des vapeurs et des buées, etc. Les ouvriers feront usage de vêtements de travail et de sabots. Ils éviteront avec soin toute transition brusque du froid au chaud. Ils suivront un régime réparateur, ne se livreront à aucun excès de boissons, et feront, les jours de repos, un exercice salutaire au grand air. (Voy. Hygiène générale et Produits chimiques, etc.)
soie (ouvriers qui travaillent la). — L'industrie de la soie comprend, d'un côté, le débourrage et le tirage des cocons; et de l'autre, le moulinage, auquel se rapportent les différentes opérations de dévidage, de doublage et de torsion qu'on fait subir à la soie grége pour la transformer en fils propres à être décreusés et employés au tissage.
Pour arriver à saisir le fil continu, que l'on nomme bout ou fil grége, il faut enlever la bourre ou frison qui garnit la surface des cocons, et qui provient du canevas grossier que l'insecte commence à établir autour de lui
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pour se procurer des points d'appui et des parois convenables. Cette bourre, mise de côté, est destinée à être battue et cardée pour en obtenir Ja liloselle.
Le cardage des frisons de la soie est, de l'avis de tous les observateurs, une opération des pins nuisibles pour la santé. « Cette opération, dit Thouvenin, pratiquée ordinairement dans des galeries souterraines, éclairées d'un seul côté par des fenêtres exactement fermées, et n'ayant d'autre ouverture que la porte, donne lieu à un dégagement de poussières malsaines et abondantes, et qui, disposent les ouvriers à des catarrhes, à des ophthalmies chroniques, à l'hémoptysie, à la phthisie... Il est impossible de méconnaître, dans le développement de ces affections, le résultat d'un principe mqrbifique et délétère... » Suivant Boileau (de Caslelnau), on reconnaît le cardeur de frisons à son teint pâle, étiolé, blafard, plutôt bouffi que gras, à ses yeux rouges et à une petite toux presque continuelle.
L'attitude constamment assise, l'exercice forcé et continuel des extrémités supérieures, l'influence d'une atmosphère humide et chaude, chargée de poussières et d'émanations animales : telles sont en effet les causes pathogéniques agissant à la fois, et d'une façon aussi funeste, sur la santé des cardeurs de frisons de soie.
C'est encore à de semblables causes qu'il faut attribuer le déplorable état de santé que présentent, en général, les dévideuses de cocons et tous les ouvriers employés au moulinage de la soie.
Les diverses opérations que comprend le moulinage exigent plus ou moins, en effet, un degré prononcé d'humidité; elles se font, en général, dans des sous-sols, et l'on comprend combien une telle disposition doit être fâcheuse au développement physique des jeunes ouvrières que l'on emploie en grand nombre dans les fabriques de
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soie. — L'influence de l'attitude et du mouvement professionnels est ici des plus prononcées.
L'attitude inclinée du côté droit (côté de la bassine) que prennent les dévideuses de cocons, pendant tout le tirage, a pour effet, surtout quand elles commencent jeunes, de donner lieu à des obliquités du bassin (Gubian) et à des difformités de la taille (Melchiori). — Ce dernier auteur a fait remarquer, en outre, que cette attitude pouvait avoir de funestes conséquences chez les ouvrières enceintes. Il a observé chez elles des hypérémies passives de l'utérus, se traduisant par une menstruation trop abondante ou trop rapprochée (deux ou trois (bis par mois), par des métrorrhagies, des avortements à toutes les époques de la grossesse ou des accouchements prématurés.
Chez les tourneuses qui font marcher à bras les dévidoirs, on a noté des incurvations plus ou moins prononcées de la colonne vertébrale; les bras sont excessivement développés, tandis que les jambes sont atrophiées et comme cagneuses.
Nul doute que de semblables résultats pathologiques n'aient une bonne part d'influence dans le développement de la phthisie, affection si fréquente chez les ouvrières en soie (Chatin). — Chez les dévideuses, la plus forte proportion de décès par phthisie serait de 15 à 25 ans (Fonteret).
La chloro-anémie, les troubles dyspeptiques de l'estomac et de l'intestin, la diarrhée, les ophthalmies glandulociliaires, l'angine granuleuse et certaines éruptions cutanées lichénoïdesetfuronculeuses : telles sont les affections morbides que, par ordre de fréquence, on rencontre le plus souvent chez les ouvriers et ouvrières employés au dévidage et au mouiinage de la soie.
Mais il est une opération qui donne lieu à des accidents
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d'un caractère particulièrement professionnel; c'est le travail dit des bassines. — Les cocons, une fois débarrassés de leur bourre, sont immergés dans des bassines remplies d'eau chauffée autant que possible soit à la vapeur, soit à feu nu. On les bat alors avec de petits balais doublés en racines de chiendent, de manière à accrocher le fil grége que l'on saisit ensuite, et le tirage du cocon commence. Assises devant la bassine, dans une attitude inclinée presque constante, dont nous avons déjà constaté les tristes effets sur l'organisme, les femmes employées au tirage des cocons ont exposées, en outre, à tous les inconvénients de la chaleur humide et à des émanations organiques plus ou moins putrides.
Nul doute que la misère et le genre de vie privée ne viennent favoriser ici le développement des maladies graves que l'on a l'occasion de constater chez elles, et qui revêtent presque toujours un caractère adynamique. Mais nous sommes bien loin du temps où Vincens et Baumes, dans leur topographie de Nîmes, nous les représentaient comme atteintes presque toutes de fièvres putrides, de bouffissure, de crachements de sang, etc.
On observe en général, chez ces ouvrières, surtout au début, que l'extrémité des doigts, plongée incessamment dans la bassine, blanchit, se gonfle, se ramollit sous l'influence de la chaleur humide ; l'épiderme des dernières phalanges se soulève, des phlyctènes se manifestent, quelques fissures ou crevasses apparaissent. Le degré le plus grave de cette lésion est marqué par la formation de petits abcès circonscrits sur les côtés des ongles ou au bout des doigts.
Mais il est une maladie spéciale, bien décrite pour la première fois par Potton, consistant en une éruption vésiculo-pustuleuse sur les doigts, le dos et la paume de la
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main, et connue sous le nom de mal de vers ou de bassine. Potion lui reconnaît trois périodes ou mieux trois degrés différents. Nous en empruntons la description à cet auteur. Premier degré : teinte érythémateuse plus marquée entre les doigts; tuméfaction, douleur cuisante, chaleur acre, exagérée; marbrures, plaques brunâtres à la peau, soulèvement de Tépiderme; vésicules miliaires, quelquefois véritables bulles avec sérosité claire, s'épaississant, se troublant, puis devenant visqueuse; tous les mouvements sont devenus pénibles.
Les ouvriers continuant leur travail, les vésicules se crèvent, et un soulagement momentané, d'autres fois permanent, en résulte. Les symptômes s'amendent, l'inflammation et la douleur disparaissent. Durée, sept à huit jours.
Deuxième degré : période pustuleuse. Les vésicules se changent en pustules, ou bien de véritables pustules se mon trent primitivement. Elles peuvent s'étendre sur tous les doigts; mais c'est surtout entre le médius, l'indicateur et le pouce de la main droite qu'elles sont disséminées. Elles se répandent aussi sur le dos et dans l'intérieur de la main. Tout exercice de cet organe occasionne des souffrances aiguës; il est impossible de plier complètement les doigts. Au bout de cinq à six jours, les pustules arrivent à terme. Dès ce moment, toutes les souffrances cessent; l'évacuation du pus et la dessiccation commencent. Mais, le plus souvent, par l'imprudence et l'insouciance des dévideuses, la maladie n'est point guérie ordinairement; il surgit, d'autres boutons supplémentaires qui prolongent la durée de tous les accidents. Durée, quinze à dix-sept jours.
Mais, chez quelques-uns, le mal de vers prend un caractère très-fàcheux. L'apparition des pustules s'accom-
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pagne d'inflammations plus profondes ; le tissa sous-cutané est envahi; gonflement énorme et déformation des doigts, de la main; tuméfaction œdémateuse jusqu'au bras; engorgement et endolorissement des lymphatiques et des ganglions; apparition de petits phlegmons circonscrits situés ordinairement sous les pustules; symptômes généraux : frissons, céphalalgie, insomnie, dégoût, nausées, vomissements, etc.
Malgré un tel développement de symptômes, la maladie se termine heureusement. Dès que le pus est évacué, du huitième au dixième jour, un bien-être immédiat se produit; la phlogose se dissipe avec promptitude comme dans le deuxième degré, et après dix-huit ou vingt jours au maximum, laguérison est parfaite; il ne reste, pour toutes traces, qu'un peu de rougeur et quelques légères cicatrices.
Melchiori, de son côté, qui a observé en Italie, a trouvé les proportions suivantes dans la manifestation des symptômes : inflammation superficielle avec ou sans sécrétion séreuse, 80 fois sur 100; excoriations, même proportion; pustules et grosses bulles, 5 pour 100; abcès sous-cutanés, 8 pour 100 ; inflammation et abcès profonds, 1 pour 100 et peut-être moins. 20 fois sur 100 on constate une congestion irritative et permanente du derme, un état subinflammatoire indolent, n'incommodant les femmes que par un certain degré de chaleur qui s'élève un peu pendant le travail.
Un fait digne de remarque, c'est que les ouvrières subissent pour ainsi dire une sorte de vaccination, et qu'après avoir une fois été atteintes d'accidents graves, elles ont chance de ne plus présenter que les formes légères du mal.
Selon Potton, c'est dans le contact avec le corps de l'animal, dans les émanations qui s'en exhalent par suite
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