‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 12 sur 98 · GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

GÉNÉRALES

I. — L'hygiène professionnelle est l'éducation de la santé publique. A l'époque où la noblesse du travail manuel restait méconnue au milieu même des classes laborieuses, l'influence propre de chaque profession disparaissait derrière celles de causes pathologiques agissant d'une manière générale sur Fensemble des travailleurs : c'est ainsi que la misère, l'immoralité, l'insouciance et l'abrulissement conduisaient fatalement l'ouvrier vers les maladies; et celles-ci, dans les symptômes communs qu'elles revêtaient sous l'action de causes aussi puissamment gênéralisatrices, perdaient en grande partie tout caractère essentiellement professionnel. Aussi, dans le premier ou« vrage qui ait paru sur la matière, celui de Ramazzini {Traité des maladies des arlisans, 1722), trouvons-nous, dans les professions les plus diverses, un ensemble exagéré et souvent répété des mêmes maladies. Les influences extrinsèques du climat et de l'habitation y tiennent un rang considérable et priment presque toujours les influences absolument professionnelles. Si l'on est porté ài accu^^t v:^V

LAJET. \

auteur de pessimisme, c'est qu'on voit aujourd'hui la profession bénéficiant des progrès de l'hygiène et de la morale publiques, débarrassée de toute influence fâcheuse et étrangère, et puisant en elle seule des causes plus saisissables et partant plus faciles à combattre, de maladies.

L'hygiène sociale a donc dû s'occuper en premier lieu des besoins de tous, de la vie en commun dans les villes, des influences du milieu, des habitudes et des mœurs sur les populations, et, tout en reconnaissant les avantages de la richesse et de l'éducation, arriver à étudier l'homme malade dans sa sphère professionnelle.

Toutefois, ce n'est point encore d'une façon immédiate que l'on a recherché l'influence spéciale de la profession sur la santé de l'ouvrier. Les médecins et les hygiénistes 6e sont préoccupés avant tout de la part 'd'action morbide qui revenait aux professions dans l'ensemble des causes générales de maladies. En d'autres termes, ils n'ont été amenés à pénétrer dans l'hygiène privée de chacune de ces professions qu'après l'avoir étudiée comme élément d'hygiène publique.

On comprend d'après cela combien un grand nombre d'auteurs qui ont entrepris d'écrire sur la pathologie professionnelle, aient pu se croire autorisés à rapporter à la seule influence de la profession, des maladies communes à toute une catégorie d'ouvriers. De nos jours encore, ne trouve-t-on point dans les travaux qui ont fait le plus progresser la question, cette cause inévitable de confusion? Les premiers comptes rendus de la Société d'hygiène du Nord, par exemple, qui sont des modèles du genre, ne tendent-ils pas à faire rentrer dans le bilan pathologique de la profession, des prédispositions constitutionnelles dues principalement au cliniat et au genre de vie privée? Mais, d'un autre côté, cette exagération a été utile, en

ce sens que Ton a été amené à opposer ainsi la constitution acquise de i*ouvrier à sa profession, et à déterminer d'une manière plus exacte Finfluence de cette dernière sur un organisme sain ou déjà malade, afin de pouvoir en empêcher ou en modérer les effets inévitables.

La question ainsi posée est complexe; mais elle conduit logiquement, tout en tenant compte de Faction plus générale des mœurs, de la constitution héréditaire ou acquise, et des habitudes domestiques, à s'occuper plus particulièrement du travail individuel, après avoir passé toutefois par Fétude du milieu professionnel tel que Font établi les progrès de Findustrie moderne.

IL — !Nous reconnaissons donc une hygiène publique et une hygiène professionnelle. — A cette dernière correspond en effet une pathologie spéciale traitant de Fin- Quence immédiate sur la santé de Fouvrier de la nature des matériaux employés et du genre de manuel opératoire. Mais Findustrie moderne a créé et développé Fatelier, centre commun où fonctionnent à la fois les rouages divers du mécanisme professionnel. C*est donc là un milieu artificiel qui viendra imprimer à son tour une certaine uniformité d'action sur Fensemble des manifestations morbides. Dans un grand atelier de chaudronnerie, par exemple, le tôlier, le riveur, le forgeron, Fajusteur subissent la même atmosphère viciée et les mômes intempéries ; mais le mouvement professionnelles prédisposera plus ou moins à en ressentir la fâcheuse influence. — L'hygiène de Fatelier a donc dû considérer la profession à un point de vue de collectivité industrielle, et son étude a dû former une transition toute naturelle entre les considérations générales sur les professions qui tiennent à Fbygiène publique, et celles qui n'ont pour unique objectif que l'individualité ouvrière.

Il résulte de ce que nous venons de dire que la pathologie essentielle d'une profession doit comprendre 1** les maladies qui sont la conséquence du travail professionnel, et 2^ celles qui dépendent du milieu dans lequel ce travail s'exerce.

III. Travail professionnel — Nous trouvons d'abord dans le travail professionnel deux éléments importants : le mouvement et Vattitude.

Par mouvement professionnel il faut entendre d'une manière générale toute activité fonctionnelle des organes de locomotion ou des sens mise à contribution par la profession elle-même : la main et le bras qui agissent, l'œil qui dirige, le cerveau qui pense, sont doués de mouvement. — Le mouvement professionnel a cela de particulier qu'il rompt presque toujours l'harmonie des forces organiques par le développement exagéré qu'il imprime à la partie du corps qui agit. — Il attire et détourne à son profit une grande part de l'activité générale qui revient à la communauté organique. De là, suivant les circonstances, son retentissement plus ou moins prononcé sur les fonctions primordiales d'assimilation et de respiration.

Le mouvement est complété par l'attitude. L'attitude est passive ou active; dans le dernier cas, elle est le plus souvent compensatrice. Supposons, en eifet, deux membres inférieurs qu'une position vicieuse rend inégaux en longueur et en force; le bassin va s'incliner obliquement du côté du membre le moins élevé. Par contre^e rachis s'infléchira du côté du second pour maintenir l'équilibre du tronc; il en résulte un excès de pression sur le côté correspondant des vertèbres et des disques intervertébraux, qui peut s'aff'aisser partiellement par cette action continue de la pesanteur; d'où une déformation permanente de la tige vertébrale si cette attitude se prolonge, et, ajoutons-le,

si c'est dans la période de développement du squelette, c'est-à-dire dans 1 enfance.

La pesanteur, en effet, telle est la force constante que le mouvement professionnel combat ou favorise ; Tenfance, telle est la période de la vie où attitude et mouvement professionnels peuvent entraver de la façon la plus fâcheuse l'accroissement normal des parties du corps.

* Dans la station verticale, la pression à laquelle l'appareil de sustentation du corps est soumis tend incessamment à augmenter les courbures, les inclinaisons des os ; à déprimer les substances flexibles placées dans leurs intervalles; à écraser les substances articulaires elles-mêmes, à vaincre la résistance des ligaments et des muscles distendus. C'est surtout par l'extrême variété des mouvements et des attitudes, par l'équilibration des forces physiologiques, par le déplacement continuel du centre de jcravité, que l'enfance et la jeunesse échappent aux déformations du squelette provoquées par l'effet de la pesanteur. » (Bouvier.)

Il n'est pas difficile de comprendre maintenant combien les jeunes ouvriers que les exigences de leur profession retiennent pendant toute une journée dans une attitude invariable, toujours fatigante, doivent en éprouver de tristes effets. Chez l'enfant, en effet, tout agit dans le sens de l*attitude vicieuse, qu'elle soit passive ou active : malléabilité de la charpente osseuse et mouvement d'accroissement du corps qui va, si Ton n'y prend garde, maintenir et consolider pour ainsi dire les parties déviées dans leur direction anormale. La déformation des genoux, la déviation des jambes, l'aplatissement des pieds, telles sont, avec les divçrses courbures vertébrales, les affections que l'on rencontre communément.

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