‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 21 sur 98 · APPRÈTEURS D'ÉTOFFES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APPRÈTEURS D'ÉTOFFES EN GÉNÉRAL

C'est à cette influence particulière que les ouvriers font allusion quand ils disent que la benzine attaque les nerfs. »

Perrin donne comme explication que le contact prolongé de la benzine a pour conséquence immédiate d'enlever à ces parties (mains et bras), d'une manière incessante, une quantité relativement considérable de calorique normal. La benzine, en dissolvant encore les enduits gras et sébacés de la peau, développe dans cette partie de l'enveloppe cutanée une sensation pénible de sécheresse et de véritable crispation.

Dans le dégraissage de la laine, quand on emploie le sulfure de carbone, ce qui arrive le plus souvent aujourd'hui, les ouvriers se trouvent exposés à tous les accidents que nous décrirons chez les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc. (Voy. Caoutchouc.)

Tout récemment le docteur Dron (Lyon médical) a signalé des accidents graves qui résultent de l'emploi de l'alcool méthylique dans l'apprêt des étoffes de soie. Us consisteraient en une conjonctivite aiguë, un coryza intense et une céphalalgie très-vive, avec sensation de pesanteur, de striction dans la région crânienne. Chez quelquesuns, il se produirait des troubles de la digestion, anorexie, nausées, vomissements; chez d'autres, il surviendrait de véritables contractions tétaniques des doigts.

Hygiène. — Malgré la liste aussi variée des affections qui peuvent atteindre les apprêteurs d'étoffes et teinturiers, la profession, considérée dans son ensemble, est loin ' d'être aussi insalubre qu'on l'a cru longtemps. Ce ne sont là, en effet, que des inconvénients accidentels, que la mise en usage des plus simples mesures d'hygiène industrielle et privée permettra de combattre et de prévenir.

Les ateliers seront largement ventilés, et dallés de façon à permettre le facile écoulement des eaux. — Au-

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dessus des bains susceptibles de laisser dégager des vapeurs nuisibles, on installera des hottes dont le tuyau d'aspiration communiquera au besoin avec le carnau des flammes du foyer.

Au-devant des bobines on placera des gardes on bois qui tiendront les ouvriers à l'abri de la projection des gouttelettes liquides. — L'essorage se fera en plein air ou sous de vastes hangars. On fera usage de gants de taffetas pour la manipulation de liquides ou substances dangereuses. Contre l'humidité les ouvriers emploieront des vêtements de travail mis par-dessus des vêlements plus chauds et porteront des sabots. — Ils s'abstiendront de tout excès de boissons et prendront la précaution de ne garder sur eux aucun vêtement mouillé.

GrAce aux progrès de l'art de la teinturerie, à une sag réglementation du travail et aux mesures hygiéni(jues, nous sommes loin aujourd'hui du temps où Ton pouvait écrire cette lettre : « Je suis las de la vie, et je suis disj)osé, pour en finir avec elle, à me soumettre au régime imposé atix teinturiers des Gobelins. » (Turgan, Grandes Usines.)

ABSENic (ouvriers QUI TRAVAILLENT l'). — Los différentes opérations relatives à la préparation de l'arsenic et des acides arsenicaux comprennent l'extraction du minerai arsénifère, le broyage ou bocardage, le grillage et la sublimation de l'oxyde formé.

L'extraction des minerais arsénifères ne provo(iuent généralement aucun accident grave, si ce n'est certaines éruptions cutanées se manifestant plus particulièrement au tronc, au pli du coude, îiu cuir chevelu et dans Tintervalle des doigts. Ces éruptions sont, en général, papuleuses et disparaissent facilement au moyen de quelques précautions hygiéniques. Le broyage, et surtout Iç broyage

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à sec et à la main, entraîne, au contraire, des lésions de la peau plus profondes, telles qu'ulcérations, pustules, et quelquefois, à leur suite, des symptômes généraux d'intoxication. Le grillage et la sublimation de Tacide arsénieux exposent à l'absorption des vapeurs arsenicales et à Taction de poussières éminemment dangereuses. C'est aux Allemands que nous devons surtout des documents complets sur la pathologie et la prophylaxie de la fabrication de Tarsenic. L'empoisonnement aigu est fort rare; on Ta vu arriver seuleitient dans des cas oii la chaudière dans laquelle se sublime Tacide arsénieux vient à se trouer; Tacide arsénieux tombe alors dans le foyer, il se volatilise^ et les vapeurs se répandent dans Fatelier. Le plus souvent, l'individu empoisonné éprouve à la gorge, une sensation de chaleur acre, bientôt suivie de vomissements abondants et répétés, composés de résidus alimentaires et de matière blanchâtre. La soif est ardente, et les boissons renouvellent chaque fois le vomissement; il y a de la douleur épigastricjue s' exaspérant par la pression, de la tendance à la syncope, les traits sont altérés et le pouls est extrêmement petit.

Dans les usines bien tenues, l'empoisonnement chronique grave est également peu commun; mais on peut rencontrer chez les ouvriers tantôt de l'anorexie, quelquefois, des vomissements et de la diarrhée ; le plus souvent des irritations très-vives des yeux, des fosses nasales, et des bronches, avec enrouement et toux sèche ; il peut survenir des hémorrhagies nasales, de l'engorgement et des inflammations de l'arrière-gorge ; les narines présentent à leur pourtour de nombreuses excoriations croùteuses, et le séjour plus ou moins prolongé de la substance arsenicale, retenue par les poils du nez, peut finir par amener li perforation djB la cloison.

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A la longue, il se manifeste des douleurs pseudo-rhumatismales, des vertiges, et, par-dessus tout, de Taiïaiblissement, une paralysie incomplète du mouvement affectant de préférence les membres inférieurs, une coloration terreuse de la peau avec amaigrissement prononcé.

Cependant, c'est du côté de la peau que se montrent les lésions les plus communes et les plus rebelles. Elles consistent en éruptions de plusieurs sortes bien décrites par Imbert-Gourbeyre. Ces lésions sont, par ordre de fréquence : l^des ulcérations aux doigts et aux orteils; 2*" despustules qui se terminent par croûtes ou par ulcérations laissant après elles des cicatrices indélébiles. On les rencontre souvent aux bourses, à la verge, parties sur lesquelles les mains chargées de poussière arsenicales sont portées fréquemment. Ces ulcérations sont circulaires, taillées à pic, indurées, mais d'une induration qui n'a point la consistance élastique des indurations syphilitiques; leur fond grisâtre ne sécrrte qu'une petite quantité de liquide melliforme qui se dessèche facilement sous forme de croûtes jaunâtres. — On pourrait confondre ces lésions avec des ulcérations syphilitiques; mais leur siège, leur sécrétion, leur existence sur des ouvriers spéciaux doivent suffisamment attirer l'attention. 3° Vérythème, que Ton rencontre le plus habituellement au pli de l'aine, dans le creux de l'aisselle et autour des articulations du coude et du genou. 4"^ Des éruptions papuleuses et ortiées; leur lieu d'élection est au cou, au visage; elles débutent par groupes de papules rouges, grosses comme des têtes d'épingle, se confondant l^us tard en s'élargissant. Elles donnent lieu à des démangeaisonâ très-vives, et peuvent occasionner à leur tour des ulcérations très-douloureuses; mais, le plus souvent, au bout de six à huit jours de durée, elles disparaissent avec une desquamation légère. 5° Des éruptions vésiculeuses,

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qui peuvent être comparées à la gale et à reczéma. On a constaté aussi chez ces ouvriers, à une période plus avancée du mal, du gonflement de la face et des paupières, des ecchymoses et la gangrène du scrotum. — Comme on le voit, parmi ces lésions cutanées, les unes sont plus directement la conséquence de l'action locale et immédiate de l'arsenic sur les parties exposées; mais il en est qui sont le résultat d'une absorption préalable et de Télimination de la substance toxique par la peau. Quelques auteurs se sont même efforcés d'en établir les signes différentiels. Aux premiers se rattachent plus spécialement les pustules, les ulcérations, les vésico-pustules, etc. — Suivant Lolliot et Rathery, les secondes se bornent le plus ordinairement au prurit, à Térythèmc, à l'eczéma, rarement à des squames, et le plus souvent à des taches brunes ineffaçables, paraissant spéciales à l'arsenic, et qui ont été signalées pour la première fois par Devergie.

Hygiène et THÉRAPEtJTiQUE. — Les accidents locaux céderont, en général, à un traitement approprié tel que bains, lavages et topiques adoucissants. — Un traitement efficace consiste en lotions d'eau salée sur les parties malades, que l'on saupoudre immédiatement de calomel à la vapeur (Pietra-Santa).

Mais lorsque des accidents généraux graves se manifestent, il ne faut pas hésiter à neutraliser immédiatement autant que possible le poison, et en débarrasser l'organisme par des vomitifs. Si l'acide arsénieux a été introduit dans l'estomac, les évacuants, les antidotes, la magnésie, mais surtout le peroxyde de fer hydraté, qu'on devra toujours avoir sous la main, seront administrés. Si l'absorption du poison s'est faite par un point quelconque de la surface cutanée, le contre-poison et les évacuants seront remplacés par des lavages très-minutieux.

Mais avant toute chose, il faudra mettre en pratique les moyens d'hygiène préservatrice ; c'est ainsi que les chambres destinées à la condensation des vapeurs arsenicales seront en nombre suffisant et bien closes. — On établira une ventilation énergique. Les ouvriers éviteront avec le plus grand soin l'inspiration de vapeurs arsenicales au moyen d'appareils spéciaux d'interception (masques respirateurs). Ils feront usage de vêtements d'atelier, exactetement fermés au col, aux manches, autour des malléoles. Ils laveront soigneusement et fréquemment les parties exposées, et devront prendre leurs repas en dehors des lieux où il pourrait y avoir une cause quelconque d'intoxication.

Dans la préparation en grand de l'acide arsénique, lorsque l'on chauffe ensemble de l'acide arsénieux avec de l'acide azotique, il se forme des vapeurs nitreuses très* abondantes. Les mêmes dégagements se produisent dans la préparation de l'arséniate de soude par la méthode ordinaire, c'est-à-dire en faisant fondre de l'acide arsénieux avec du nitrate de soude et de la soude caustique. — L'absorption de ces vapeurs provoque chez les ouvriers des accès d'étouffement avec toux opiniâtre et angoisse thoracique. On a vu survenir quelquefois des hémoplysies abondantes. (Voy. Aniline, p. 121 .) On préviendra ces accidents en mettant en usage tous les moyens d'hygiène industrielle indiqués dans I'Hygiène générale.

Imbert-Gourbetre, Histoire des éruptions arsenicales (Moniteur des hôpitaux, novembre 1857). — Brockmann, Des accidents causés par l'arsenic chez les ouvriers qui travaillent ce mêlai dans les mines du Harz. Extrait traduit par Beaugrand (Mon. des hôpit., 1858). — Beadgrand, article Arsenic (hygiène publique) (Dict. encycl. des sciences médic, t. YI). — Rathert, Note sur le diagnostic des éruptions arsenicales et des éruptions syphilitiques (Union médicale, février, 1874J.

t» AftHFICIEBS.

K — U o~e:>l personne qui n^ait entenda aiier de noml^reiuL cas d'explosâon et d'incendie arrivés daa> le> fabriquer d'artîfioes. — La manipulalion *des substances exptosibles, telle est, on le sait, la principale source des accidents auxquels sont soumis les artificiers. — Parmi les causes qui provoquent Finflammation de ces substances, il faut citer en premier lieu le firottement, le choc et le dégagement de chaleur produite par les réactions qui se développent inopinément au sein des mélanges explosibles. Tantôt c'est à Facidité des matières premières, du soufre, par exemple, dans la poudre ; tantôt à TafGnité pour l'eau (le certaines substances, entre autres du sulfate de cuivre anhydre, que Ton emploie dans un grand nombre de préparations, qu'il faut attribuer Tinflammation des mélanges pyrotechniques (Chevallier).

ftlais pour se rendre un compte exact des chances d'accidents contre lesquels les artificiers doivent se tenir en garde, il nous parait utile de passer en revue les -diverses matières explosibles. — Parmi celles-ci, les fulminates, et surtout le fulminate de mercure, doivent être signalés en première ligne. C'est que les fulminates sont des produits d'une instabilité telle qu'il suffit quelquefois du plus léger frottement pour en déterminer l'explosion. La préparation du fulminate de mercure est excessivement dangereuse à cause de la nature vénéneuse des produits qui se dégagent pendant le mélange des matières premières, tels que mercure, alcool, une espèce d'éther cyanhydrique dont la pr('»s(inr,c a été constatée dans les alcools qui proviennent de la fabrication des fulminates. — C'est pourquoi la matière cxplosiblc ne devra être préparée que dans des ballons à parois épaisses, dont les tubulures, garnies de joints herméti(iues, communiqueront avec des touries ou bonbonnes de condensation dont la dernière conduira vers la

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