‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 31 sur 98 · BRIQUETIERS, TUILIERS · texte numérisé non relu

BRIQUETIERS, TUILIERS

en tas en plein air; la cuisson au bois et à la tourbe se fait toujours dans des fours. — Cette opération expose à Faction de la fumée et du feu, delà une cause de conjonctivites et de blépharites chroniques.

Dans quelques endroits, on se sert de terre assez sèche pour pouvoir être réduite en poudre à la batte et que ron soumet à une Irès-forle pression dans des moules métalliques pour en faire des briques qui n'ont pas besoin d'être séchées. — Nous retrouvons chez ces ouvriers les accidents causés par l'action des poussières, tels qu'affections des yeux et irritation des voies respiratoires.

Dans le vernissage des tuiles et des carreaux, qui se fait en saupoudrant une des faces avec un mélange d'environ une partie de sulfure de plomb et une partie de sable broyé, les ouvriers sont encore exposés, surtout pendant le broyage et le tamisage de ces matières, non-seulement à l'action locale et mécanique des poussières, mais encore aux effets toxiques d'un sel de plomb absorbé. (Voy. Potiers et Émailleurs.)

Ramazzini nous fait des briquetiers de son temps le plus triste tableau et les regarde comme généralement disposés aux maladies aiguës, aux fièvres malignes et aux inflammations. D'autres auteurs regardent l'anémie et la diarrhée comme très-fréquentes chez eux (Halfort (de Berlin), Heise (de Ralhnew). D'après mes recherches, les affections gastro-intestinales seraient, en effet, assez communes chez les briquetiers et les tuiliers. Mais il faut tenir grand compte du milieu et du climat dans lequel on observe. Dans les briqueteries et les tuileries du midi delà France, les ouvriers m'ont paru, en général, robustes et bien portants.

Les maladies de peau sont assez communes chez eux, entre autres les éruptions lichénoïdes et l'acné sébacée.

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Il fout noter aussi les abcès tubériformes de l'aisselle chez les mouleurs, et les plaies ulcéreuses de la jambe chez les marcheurs.

TiJRifER Thackrah, The effects of Arts, Trades and Professions on Health and Longevity. London, 1832. — Halfort, Entstchung, Vcrlanf und Behandlung der Krankheiten dcr Kiinstler und Gewerbetreibenden, Berlin, 1845. — Heise (de Rathenow) , Maladies des oomers employés dans les briqueteries. Casper's Vierteljahrschrift fiir gerichUiche und offentliche Medicin, 1860, Band XVU, Hca. I, traduit et accompagné de quelques observations par Beaugrand Ann. d'hyg. publ., 1860, t. XIII, p. 349.

■■•IVZEURS. — On appelle bronzage Tart de donner à des objets de bois, de plâtre, etc., une surface telle qu'ils aient l'apparence du bronze. Pour cela, l'objet étant recouvert d'une couche de colle ou de vernis, on le saupoudre, à l'aide d'un petit sachet, avec la poudre à bronzer. On frotte ensuite la surface avec un linge humide. — On comprend que, d'après la composition de la poudre, il puisse en résulter tels ou tels accidents par suite de son absorption par les voies respiratoires. En général, c'est du cuivre en poudre obtenu par précipitation, de la limaille de laiton ou de l'or mussif, souvent mélangés avec une certaine proportion de cendres pulvérisées. — D'autres fois on argenté les figurines de plâtre en frottant avec un amalgame con\posé de parties égaJesde mercure, de bismuth et d'étain, et en recouvrant le lout d'une couche de vernis. — On rencontre chez tous ces ouvriers des troubles des voies digestives, principalement une inflammation chronique des gencives due, chez les uns, à l'action irritante des poussières; chez les autres, à l'absorption du mercure. — Un semblable travail expose, à la longue, à des coliques métalliques (voy. Cuivbe) et à l'asthme des mouleurs (voy. Mouleubs).

m BRONZEURS.

Le bronzage des métaux comprend le polissage ou décapage des objets à bronzer, et le bronzage proprement dit.

Le polissage, qui se fait au moyen des acides azotique, sulfurique, etc., expose à tous les inconvénients du dérochage (voy. Bijoutiers) et du décapage (voy. Zingueurs). — Dans les fabriques d'armes, celte opération prend le nom de damasquinage.

c Dans l'emploi des acides azotique, chlorhydrique, sulfurique ou de leur mélange, pour damasquiner les canons de fusil, les lames d'épée et divers autres instruments tranchants, il se dégage de l'acide nitreux ou du chlore, et la respiration de ces gaz détermine la production de certaines affections des voies aériennes, depuis le simple état catarrhal jusqu'à la pneumonie confirmée et Taltération progressive du tissu pulmonaire. — Les yeux en subissent aussi une influence qui se traduit par des maladies oculaires telles que conjonctivite chronique, ophthalmies rebelles, etc. Ces accidents sont d'autant plus marqués que les espaces où travaillent les ouvriers sont plus exactement clos. » (Jordan.)

Dans le bronzage ordinaire, on donne la teinte en faisant agir un sulfure pour produire une mince couche de sol* fure de cuivre auquel est due la coloration appelée bronze. Pour le bronzage noir, on emploie le sulfure d'arsenic (foie d'arsenic). — Pour le bronzage vert, on applique sur les pièces décapées, au moyen d'une brosse à chaud ou à froid, des mélanges dont la base est composée de sel ammoniac, mais dont la coloration verte est due soit à l'arsenic, soit au cuivre. Toutes ces opérations donnent lieu à un dégagement de vapeurs extrêmement nuisibles. Les ouvriers éprouvent presque tous des céphalalgies plus ou moins violentes dues à l'action du gaz sulfhydrique.

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Chez quelques-uns on trouve aux mains et aux doigts des lésions spéciales dues à l'action de l'arsenic. (Voy. Arsenic.)

Hygiène préservatrice. — Il faudra appliquer ici les principes d'hygiène générale contre l'absorption des gaz nuisibles, des poussières (hotte, masques, aération, etc.). (Voy. en outre l'hygiène des articles Bijoutiers, Émailleurs, Zingueurs, etc.)

, CRINIERS. — A leur arrivée dans les ateliers de préparation, les soies de porc ou de sanglier destinées à former des brosses sont lavées à grande eau, puis séchées à l'étuve ou à l'essoreuse ; vient ensuite le débonillage à chaud et à la vapeur, permettant le peignage à la main et un premier triage des soies que l'on soumet à un battage au tambour afîn de les débarrasser de toutes les matières étrangères qui sont restéesadhérentes. Elles sont ensuite blanchies au soufre et passent, en dernier lieu, à la teinture. •Dans les ateliers de préparation des soies, les ouvriers sont exposés à tous les inconvénients de l'humidité, aux émanations putrides et à l'action irritante de l'acide sulfureux sur les voies respiratoires. Leur pathologie professionnelle se rapproche en cela de celle des boyaudiers. Une fois les soies préparées, elles sont formées en carottes et envoyées dans les ateliers de brosserie.

Pour travailler les soies, l'ouvrier brossier les rassemble en faisceaux qu'il frotte vivement entre ses mains, puis procède à la confection des brosses. Une fois ces petits faisceaux mis en place, il les ébarbe avec des ciseaux suivant la longueur voulue. D'après Vernois, cet ébarbage avec de forts ciseaux à anneaux occasionne des durillons aux

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doigts et amène quelquefois de la contracture du médius et de Tannulaire.

D'autres fois, pour faciliter la prise des ciseaux sur les soies fines, on les saupoudre avec du plâtre.

Ces diverses opérations donnent lieu à la production d'une quantité considérable de poussières et de débris très-déliés de soies qui se mêlent à Tair que respire Touvrier, s'attachent à la peau du visage, au pourtour des paupières, s'introduisent dans les cheveux et la barbe, et pénètrent dans les fosses nasales. Ces poussières, ainsi composées de débris d'épithélium, de sang desséché, de boue, de plaire, parfois de chaux, déterminent des irritations vives des bronches, du pharynx, des fosses nasales et des bords libres des paupières en même temps que des éruptions cutanées. Tardieu a signalé, en outre, l'emploi d'un apprêt plombique qui servirait à la préparation des soies de porc et qui détermine des accidents saturnins (mélange de litharge et de chaux).

Parmi toutes les affections auxquelles les brossiers sont prédisposés, il en est une qui, en raison de sa fréquence, a attiré plus particulièrement l'attention des hygiénistes : c'est la phthisie pulmonaire. Ludw. Hirt (de Breslau) donne le chiffre très-élevé de 49 phthisiques sur 100 brossiers malades. L'absorption des poussières par les voies respiratoires ne doit pas être regardée comme la cause unique de la maladie ; l'attitude des ouvriers, les habitudes d'une vie sédentaire, l'absence d'une hygiène privée convenable et, suivant Vernois, les refroidissements brusques auxquels ils s'exposent en dirigeant sur leur table de travail des courants de ventilation, sont tout autant de causes prédisposantes.

L'usage de vêtements appropriés, l'emploi d'un masque à grillage métallique, les soins de propreté générale et

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locale, une ventilation bien entendue seront d'excellents moyens de préservation. Le meilleur, toutefois, consistera à éloigner de la profession tout ceux qui ont de la prédisposition à la phthisie.

Nous retrouvons chez les criniers, qui apprêtent le crin, qui le battent, le lavent et le peignent, tous les inconvénients signalés dans la préparation des soies (poussières et buées incommodes qui se dégagent des chaudières). — Ibrelisle, qui a observé, dans les maisons de détention, chez ceux qui manipulent le crin, a constaté la fréquence des éruptions furonculeuses et des anthrax. L'habitude d'enrouler le crin autour de la main droite déterminerait, suivant Tardieu, chez les peigneurs de crin, un gonflement et une rougeur assez vive, limitée à la face dorsale de la main, au niveau du quatrième et du cinquième métacarpien. Mais le déballage et le battage surtout des crins de mauvaise qualité, provenant d'animaux morts de maladies contagieuses, doivent être particulièrement redoutés, parce qu'ils exposent à la pustule maligne. Dans le rapport du conseil de salubrité publique en 1847, il est même parlé d'un cas de morve contractée en pareilles circonstances. On comprend quelles précautions il faudra prendre dans la manipulation des ballots de crin, qui ne seront ouverts qu'au grand air, et combien les ouvriers ne deyront négliger aucun soin de propreté générale et individuelle.

IiREUSLE, Sar les accidents qui peuvent résulter de la manipulation des crins (Compte rendu des travaux de la Société de médecine de Metz, 1844, in-8o, p. 48, reproduit in Ann. d'hyg. publ., 1845, t. XXXIII). — Max. Vernois, Note sur la préparation des soies de porc et de sanglier, et sur les ateliers de brosserie (Ann. d'hyg. publ., 1861, t. XVI, p. 289). — Ludw. Hirt, Die Krankhciten der Arbeiter, Breslau und Leipzig 1873, analysé par Schwartz, in Ann. d'byg. puU., 1874.

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CALFiàTS. — Les ouvriers calfats travaillent à bord des bâtiments en voie de construction ou de réparation, dans les cales de construction ou les bassins de radou* bage; ils se tiennent le plus souvent sur des échafaudages le long des flancs du navire. De là des occasions nombreuses d'accidents tels que chute de Téchafaudage, chute et choc d'un instrument (maillet, ciseau) sur la tète des calfats placés au-dessous. Aussi le chiffre des lésions trath matiques est-il assez élevé chez cette catégorie d'ouvriers. Vers les parties inférieures du bâtiment, le calfat est souvent obligé de prendre, dans son travail, une attitude vicieuse qui occasionne une fatigue très-grande de la poi-. trine et de l'estomac. Le calfatage des ponts force l'ouvrier à travailler assis, le corps continuellement penché en avant pour atteindre les interstices des bordages qu'il doit remplir d'étoupe; et cette position caractéristique finit par entraîner, à la longue, un lumbago persistant par suite du tiraillement des fibres musculaires; des dyspepsies fréquentes et des congestions pulmonaires. — Le travail sur les rats expose à tous les inconvénients de l'humidité. •— On comprend combien, dans toutes ces circonstances, les intempéries de l'atmosphère peuvent agir défavorablement sur la santé des calfats. Les bronchites, les diarrhées, les courbatures et les rhumatismes sont en effet les maladies dont ils sont le plus souvent atteints.

Les angines, les névralgies sciatiques sont fréquentes chez eux ; mais ce que l'on remarque surtout, ce sont les embarras gastriques et les fièvres muqueuses et bilieuses.

Le travail professionnel du calfat s'accompUt en tenant, de la main gauche, une mèche d'étoupe et un ciseau plat avec la lame duquel il doit guider cette étoupe dans les interstices des bordages, et de l'autre main il frappe avec un maillet sur la tête du ciseau. L'habitude de ce travail

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donne lieu à un développement de signes professionnels rpii peuvent se résumer ainsi : A la main gauche, durillon à la partie latérale interne du pouce ; ampoule ou durillon au niveau du bord antéro-interne de la troisième phalange de l'index ; contracture de Tannulaire et surtout du petit doigt ; traces fréquentes d'ecchymose sous-unguéale an petit doigt. A la main droite, bourrelet induré au niveau des plis métacarpo-phalangiens, plaque d'induration au niveau de la partie supérieure du pli de séparation des deux éminences thénar et hypothénar, laxité des ligaments articulaires du poignet, souvent bruit de crépitation tendineuse.

Les panaris et les abcès m'ont paru très-fréquents, et les varices sont une affection commune chez ces ouvriers.

Il est un accident des plus graves qui arrive quelquefois : c'est la perte de l'œil par suite de lésions traumatiques. Ces blessures sont causées par des éclats de la tête du patara, grand ciseau à tête forte et plate que les calfats introduisent entre les bordages à grands coups de masse en fer, afin d'élargir et créer, pour ainsi dire, des interstices convenables qu'ils remplissent ensuite avec de l'étoupe.

Les calfats, qui redoutent beaucoup cet accident, cherchent à le prévenir en entourant d'étoape la tête du patara. On devra conseiller ici l'usage de lunettes préservatrices en grillage métallique.

A. Latet, Hygiène et pathologie professionnelle des calfats (Arch. de méd. navale, 1873, t. XX).

GAOUT€HOCC (OUVRIERS EMPLOYÉS À LA VULCÀNLSA-

TiON du). — Dans les fabriques dé caoutchouc soufflé, on distend, au moyen de soufflets ou de machines spéciales,

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des vessies de caoutchouc préalablement trempées dans un mélange vulcanisant. Ce mélange est le plus généralement formé de quatre-vingt-dix-neuf parties de sulfure de carbone et d*une partie de chlorure de soufre. Le sulfure de carbone ramollit le caoutchouc de façon à lui permettre de céder à l'insufflation, le chlorure de soufre lui communique les propriétés qui résultent de ce que Ton a appelé la vulcanisation, c'est-à-dire le rend plus souple, moins adhérent et en même temps plus imperméable. Celte industrie se pratique tantôt dans un hangar, au milieu d'une cour et d'un jardin ; d'autres fois, et le plus souvent, c'est dans des ateliers mal aérés, dans des chambres situées à un étage élevé de certains quartiers de Paris, que des ouvriers réunis en petit nombre exercent cette profession.

C'est à Delpech, médecin des hôpitaux de Paris, que l'on doit l'étude la plqs complète sur les accidents qu'éprouvent les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc. Constamment dans une atmosphère fortement pénétrée de l'odeur de sulfure de carbone sensiblement mêlée à celle si caractéristique du chlorure de soufre, les ouvriers absorbent, avec l'air qu'ils respirent, une certaine proportion de vapeurs toxiques. — C'est dans ces conditions que se manifestent les accidents que nous allons décrire. Les premiers symptômes de l'empoisonnement professionnel sont quelquefois rapides, d'autres fois ils n'apparaissent qu'après des semaines, des mois de travail. Ce sont d'abord des maux de tête violents, accompagnés de battements douloureux aux tempes ; des douleurs contusives dans les membres, les articulations ; et quelquefois la douleur prend, dans les membres inférieurs surtout, la forme de crampes et d'élancements d'une excessive acuité. Puis surviennent des éblouissements, des vertiges ; Fou-

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▼rier atteint éprouve le besoin de se mettre à la fenêtre pour respirer l'air extérieur. Il se manifeste des perversions de î'oule, du goût; le palais ressent constamment la fétidité du sulfure de carbone. Il y a du dégoût pour les aliments, parfois des nausées et des vomissements. Dans ces circonstances, un grand nombre d'ouvriers recherchent un soutien dans l'abus des liqueurs fortes. De là une véritable complication de symptômes d'intoxication alcoorlique chez ceux dont les habitudes d'ivrognerie sont invétérées. Dans cette première période de la maladie, l'oi^anisme est en proie à une irritabilité générale. En même temps qu'il y a un peu d'oppression, une toux sèche, la circulation est activée et donne lieu à des palpitations, à une transpiration abondante. Les ouvriers sont excitables, bruyants; beaucoup ressentent une suractivité des fonctions génésiques. Chez les femmes, il y a exagération des règles et des ménorrhagies.

A ces accidents succèdent l'abattement, la tristesse, le découragement. A Texcitation des mouvements succède une faiblesse musculaire qui se montre aux bras, puis aux membres inférieurs, et peut aller jusqu'à la paralysie. Les ouvriers se traînent lentement, se reposant presque à chaque pas ; ils ont la démarche chancelante et comme avinée ; leurs muscles affaiblis sont souvent le siège de palpitations fibrillaires; la vue est troublée, les mains sont souvent engourdies; à l'excitation a succédé de la torpeur génésique.

Georges Bergeron et Pellegrino Levi ont signalé dans ce cas-là une insensibilité telle de la cornée, qu'on peut promener à sa surface une barbe de plume sans que l'œil vienne à se fermer {Comptes rendus de la Société de 6tolojfie, 1865.) — Ainsi épuisés, pâles, cachectiques, c'est à peine si dans les derniers temps ces malheureux ouït.

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vriers mangent juste assez pour ne pas mourir de faim; et ce n'est qu'avec les plus grandes difficultés qu'ils par< viennent à se remettre du trouble profond que plusieun années de travail au milieu des buées de sulfure de carbone ont amené dans leur constitution.

C'est, en effet, d'après les expériences de Delpech sur les animaux, aux vapeurs de sulfure de carbone qu'il faut attribuer les accidents professionnels; l'influence du chlorure de soufre, dans l'état actuel, devant être regardée comme à peu près nulle, ou du moins très-secondaire.

On retrouve, du reste, cette influence funeste du sulfure de carbone dans la plupart des opérations industrielles où on l'emploie, principalement dans l'épuisement des tourteaux d'olive ou de colza, le dégraissage des laines, la fabrication des étoffes imperméables, la sulfo-carburation des blés dans les magasins et greniers pour les préserver des charançons, la fabrication en grand du sulfure de carbone, etc.

Hygiène. — L'hygiène préservatrice consistera surtout ici à mettre les ouvriers à l'abri des vapeurs dangereuses en les isolant de leur travail au moyen d'appareils clos communiquant soit avec un canal de ventilation, soit avec une hotte de dégagement. C'est ainsi qu'un ouvrier intelligent de Belleville, nommé Descamps, qui avait eu beaucoup à souffrir de son industrie qu'il pratiquait en chambre avec deux ou trois camarades, avait installé un appareil protecteur consistant en une cage vitrée enveloppant la table de travail. La cloison du côté des ouvriers était pourvue d'orifices pour le passage des mains. Celles-ci étaient garnies de manchons amples, souples et imperméables, terminés par des bracelets de caoutchouc serrés aux poignets. Cet appareil n'est pas facilement accepté par les ouvriers imprévoyants, qui lui ont donné par dérision

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le nom de lanterne magique. L'aération du milieu professionnel sera mise en œuvre de la façon la plus complète. Le même ouvrier ne sera que peu de temps au trempage des objets dans le sulfure. Il fera usage de vêtements spéciaux de travail; se livrera à tous les soins d'une propreté rigoureuse; fera souvent de l'exercice au grand air ; combattra les premiers symptômes du mal par une alimentation suffisamment réparatrice, et évitera, par-dessus tout, les excès de boissons. — Selon Delpech, le phosphore administré à l'intérieur (pilules de O'^OOi de phosphore, deux àtrois par jour) a paru exercer, dans la curation des accidents arrivés à la période de dépression, une favorable influence.

A. Delpech, Mémoire sur les accidents que développe chez les ouvriers en caoutchouc Tinhalation du sulfure de carhone en vapeur ; travail présenté à TAcadémie de médecine, Paris, 1856, in-8o. Voy. aussi Bulletin de l'Acad. de méd., t. XXI, p. 350. Industrie du caoutchouc soufflé, recherches sur Fintoxication spéciale que détermine le sulfure de carbone (Ann. d'hyg. publ., 1863, et tirage à part, in-8o, p. 123, J.-B. Baillièrc).

CANnassiEBS. — On désigne sous ce nom, en Provence, les ouvriers qui se servent de roseaux pour cannes, pour fabriquer des claies et pour tresser des lambris destinés i revêtir les plafonds. Ce travail expose, par-dessus tout, aux coupures, aux gerçures des doigts et de la main, et, par suite, aux panaris.

Us présentent souvent à la paume de la main une irritation du derme accompagnée de vives démangeaisons et d'une éruption vésiculeuse.

Dans certaines circonstances, le dépouillement des roseaux donne lien à des accidents particuliers. Lorsque ces roseaux ont été entassés dans des endroits humides

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et mal ventilés, ils entrent en fermentation, et leurs feuilles se recouvrent d'une légère couche de moisissure qui se dégage en poussière et dont l'action sur la peau donne naissance à un exanthème spécial : il se manifeste une rougeur prurigineuse avec gonflement aux ailes du nez, aux paupières, au cou, au scrotum ; Tépiderme se fendille, ou bien il s'élève des vésico-pustules; mais c'est surtout aux bourses que l'affection se montre avec le plus d'intensité : la peau de cette partie est rouge, dépouillée d'épiderme et baignée d'une exsudation séro-purulente. Une croûte brune et sèche couvre les exulcérations au bout de quelques jours, et vers le deuxième septénaire elle se détache, laissant la peau recouverte d'un nouvel épiderme.

Cette inflammation des parties' génitales a été signalée par tous les observateurs, chez les individus des deux sexes et même chez les animaux (Trinquier).

Très-souvent les moisissures agissent en même temps sur les muqueuses extéro-intérieures, de là des coryzas intenses avec enchifrènement et épistaxis, des pharyngites et des balano-posthites (Maurin).

Si la poussière a pénétré plus profondément, il se manifeste une toux opiniâtre, de la dyspnée, des coliques et parfois des accidents de gastro-entérite portés au point de simuler un empoisonnement (Michel).

Les recherches auxquelles je me suis livré dans le Var m'ont permis de constater la plupart de ces symptômes chez ceux qui travaillent les cannes, mais ils m'ont para toujours être le résultat d'une simple irritation locale provoquée par le dépôt prolongé de la moisissure des roseaux sur les parties du corps non préservées par les vêtements. S'il y a jamais eu réaction fébrile, elle doit être attribuée à l'intensité des phénomènes locaux et non à un résultat d'absorption réelle; et selon moi, l'irritation des

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