CHAPELIERS
Vient ensuite Varçonnage. Les poils placés en tas sur une claie d'osier sont traversés par la corde de Tarçon (arc) qui) mise en vibration, les agite et les mélange intimement. Cette manœuvre est celle que redoutent le plus les ouvriers. Plus que la précédente elle expose à la formation d'un nuage de poils et de poussières imprégnés de sel mercuriel et d'acide arsénieux qui agissent sur les yeux, les orifices des muqueuses et des bronches, en même temps que le mercure absorbé peut produire une véritable intoxication. Cette intoxication se manifeste par des symptômes bien connus : figure pâle, teint plombé, peau sèche, amaigrissement, soif vive, anorexie, troubles divers du côté de l'appareil digestif, sui*tout de la constipation, et enfin tremblement caractéristique. Lizé (du kans) a constaté chez des familles d'ouvriers employés au secrétage la fâcheuse influence du mercure transmise par le père ou la mère au produit de la conception. Avortement, accouchement prématuré, enfants mort-nés et enfants morts en bas âge : tels sont les faits signalés par cet auteur.
Une fois les poils arçonnés, on procède au feutrage, et on porte ensuite les pièces ainsi obtenues à la foule. La foule est un atelier où sont huit â dix ouvriers inclinés, rangés autour d'une chaudière remplie d'eau acidulée avec l'acide sulfurique ou du tartre (lie devin) et élevée à la température de 80"* centigrades. Elle donne lieu à beaucoup de buée acide. On y plonge les pièces de feutre, et chaque ouvrier les presse sur son banc comme une blanchisseuse presse son linge sur sa planche.
Ainsi donc, dans toute cette série d'opérations, il se présente, pour les ouvriers, trois causes principales de maladies et d'accidents : 1^ action des poussières; 2^ action des vapeurs acides; 3"* action des substances toxiques employées : mercure, arsenic.
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Les poussières et les vapeurs acides, en pénétrant dans les voies respiratoires, provoquent de l'irritation des bronches (voy. Dérochage ou Bijoutiers), et le catarrhe bronchique qui en résulte à la longue s'accompagne, le plus souvent, d'accès d'asthme et d'emphysème des poumons. — La phthisie serait assez fréquente chez ces oavricrs : Benoiston de Châteauneuf donne le chiffre de 50 décès de phthisie sur 1000 malades, et Trébuchât a trouvé à Paris 1 décès par phthisie sur 3 décès. Les ophthalmiei et stomatites sont des affections que l'on rencontre souvent En général, c'est à la stomatite et à la gingivite mercih rielles que l'on a affaire ici; mais, chez les fouleurs, l'inflammation des gencives reconnaît pour cause l'action des vapeurs chaudes et acides qui s'élèvent du bain. Cette inflammation est presque toujours accompagnée de l'allé» ration ou de la chute des dents. Les mains et les avantbras sont le siège de lésions diverses; c*est tantôt ane inflammation sus-dermique avec usure prononcée de Tépiderme, gerçures et crevasses au niveau des plis articulaires comme on les remarque chez les fouleurs ; d'autres fois on a affaire à des vésico-pustules et des exulcératioos que l'on doit attribuer à l'action des particules d'arsenic qui atteignent plus spécialement les ouvriers arçonnears.
Le docteur Dron (Lyon médical^ 1864) a signalé, lont récemment, des accidents assez graves résultant de l'emploi de l'alcool méthylique dans l'apprêt des chapeaux de feutre. Ils consistent 1° en une action directe sur les muqueuses, caractérisée par une conjonctivite aiguë avec lt^ moiement et photophobic, un coryza intense avec douleur sus-orbitaire ; parfois il y a de l'anorexie, des nausées et des vomissements. Il y a en outre une action sur le système nerveux qui se révèle par une céphalalgie trèsvive, des étourdissements avec sensation de pesanteur,