‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 36 sur 98 · CHARBONNIERS · texte numérisé non relu

CHARBONNIERS

Contre les vapeurs acides nous conseillerons Temploi d'un masque à double grillage métallique renfermant des morceaux de gaze imbibée d'une solution alcaline. L'u^ sage de vêtements de travail bien fermés au cou, aux poignets; les ablutions fréquentes des mains et du visage; la précaution de ne prendre aucun repas dans les ateliers, celle de s'enduire les mains avec un corps gras ou de la poudre de talc, etc. : telles sont encore les quelques mesures indispensables d'hygiène individuelle. On pourra aussi avoir recours, pour neutraliser les vapeurs nitreuses et mercurielles, au dégagement, dans les ateliers, de vapeurs ammoniacales. (Voy. Bijoutiers et Étameurs.)

Pappenheim , Ârchiv. der médicinal Gesetzgebun^ und offentUche Gesundheitspflege, Erlangen, Band II, el GraewelFs Notiz, 1858, Band II. — Chaumont , Thèse de Paris , 1860, no 194. — BIaxime Vernois, Traité pratique d'hygiène industrieUe, Paris, 1860, t. I, art. Chapeaux, p. 388, et Cuirs, p. 538. — A. Chevallier, De Tintoxicalion par remploi du nitrate acide de mercure chez les chape* liers (Ann. d'hyg. publ., Paris, 1861, t. XV, p. 205). — UzE, Jour^ nal de chimie médicale, 1862, t. VIII.

CHiàRBONNiERS. — <£ Ccux qui fout le charbon dans les forêts, dit Pâtissier, sont exposés aux intempéries des saisons ; et, comme ils se couchent souvent par terre, ils sont sujets aux catarrhes et aux douleurs rhumatismales. »

Telles sont, en effet, avec les affections gastro-intestinales, les maladies auxquelles sont particulièrement exposés ceux qui font le charbon de bois. La malpropreté jointe à l'action de la poussière de charbon el de la fumée occasionnent chez eux des éruptions cutanées et des in* flammations chroniques des paupières.

On a signalé l'héméralopie comme assez fréquente chez les charbonniers. Suivant Rouget, on l'observerait plus

souvent chez ceux qui habitent dans les sapinières, et plutôt en hiver qu'en été.

Quant à Faction des poussières sur les poumons mêmes, elle est pour ainsi dire nulle; en effet, ces ouvriers travaillant au grand air, les poussières étant promptemcnt dispersées dans l'atmosphère, ne pénètrent qu'en petite quantité dans les organes respiratoires, où elles sont arrê* tées par les produits de la sécrétion bronchique et rejetées avec les crachats qu'elles colorent en noir.

Hais il faut surtout tenir compte ici de la nature du charbon inhalé. Les particules du charbon de bois, en effet, sont firagiles et mousses, et ne pénètrent point dans le tissu pulmonaire. La bronchorrhée, telle est Tadeclion des voies respiratoires que l'on rencontre principalement chez les cliarbonniers.

Rouget (d*Arbois), Sur les ouvriers employés à Texploi talion de forêts de sapins (Rulletin de la Société des sciences et arts de Poligny, et Ann. d'hyg., 1861, t. XVI, p. 105).

CHAKPENTIBBS, CnARRONS, MENUISIERS , ÉBÉNISTES.

— S'il est une profession qui expose particuUèrement les ouvriers aux effets les plus variés comme aux inconvénients les plus graves de l'attitude et du mouvement professionnels dans le maniement des divers instruments et outils en usage, c'est celle qui embrasse à la fois les travaux de charpente et de menuiserie.

Nulle part nous ne trouvons un chiffre aussi considérable de plaies contuses et de contusions. Les panaris et les phlegmons de la main, le plus souvent consécutifs à la pénétration d'échardes ou petits éclats de bois dans les tissus, sont d'une fréquence extrême. La préhension et le maniement habituels du rabot, de la varlope, du bouvet,

20â CHARPENTIERS, CHARRONS, MENUISIERS, ÉBÉNISTES.

de la scie, de la tarière, etc., entraînent à leur suite des callosités, des ampoules, des durillons forcés, parfois la rétraction de l'aponévrose palmaire, surtout chez les ouvriers charpentiers perceurs; rinflaramation exsudativede la gaîne des extenseurs et des fléchisseurs, particulièrement chez les scieurs de long.

Il existe, le plus souvent, un durillon épais et douloureux à la base de l'éminence thénar à la^ main droite, un peu au-dessus du pli d'opposition du pouce. Ce durillon se fendille et donne lieu à de vives douleurs (Maxime Vernois). Au bord externe de l'index existent quelquefois de petites ecchymoses et toujours des callosités, mais plus épaisses au niveau de l'articulation mélacarpo-phalangienne. Ces durillons sont quelquefois remplacés, surtout chez les jeunes ouvriers, par des tumeurs plus molles et rougeâtres (Tardieu). D'autres fois, il se développe sur le bord radial de la première phalange du môme doigt une bourse séreuse accidentelle. — Chez les scieurs de long, Maxime Vernois a signalé l'existence sur le vertex d'une bourse séreuse longue parfois de 6 à 7 centimètres et large de 5 à 6, et d'une autre bourse séreuse accidentelle sur l'épaule gauche ou droite, au niveau de Tarticulation acromio-claviculaire; elles reconnaissent pour cause la pression des poutres pesantes sur l'épaule et la nuque. Toutes ces bourses sont plus ou moins susceptibles de s'enflammer et de suppurer.

On en remarque souvent une autre sur le devant du sternum, chez les menuisiers, à l'endroit où l'extrémité du rabot vient appuyer sur la poitrine. — Chez quelques-uns on constate la contracture du médius et de l'index par suite de l'habitude qu'ont ces ouvriers de passer ces doigts dans l'anneau de la poignée qui surmonte la varlope. L'usage du tampon pour vernir peut devenir la cause

d'un spasme fonctionnel des doigts analogue à la crampe des écrivains. L'emploi de l'essence de térébenthine dans le vernissage peut donner lieu à quelques accidents tels que céphalalgie, troubles nerveux.

Le docteur Bergeret (de Saint-Étienne) a observé chez les ébénistes qui se servent de vernis où entre l'alcool méthylique, des contractions tétaniques des doigts, inconnues avant l'emploi de cet agent. Le polissage et le ponçage des bois peints expose à des accidents d'intoxication plombique produits par l'absorption de la poussière que soulève l'action de frotter les meubles avec le papier de verre. Les fabricants de vieux meubles, en effet, pour donner la teinte au bois, se servent d'enduits plombiqucs (contenant, en proportion moyenne, 45 pour 100 de piomb), et c'est à cet enduit, dont la poussière de bois est imprégnée, que sont dus les accidents qui se développent cheE les ouvriers polisseurs et ponceurs de meubles. — Il fiiudra appliquer ici les préceptes d'hygiène indiqués à l'article Plomb. (Du Mesnil).

Le maniement de la hache expose les charpentiers à des blessures plus ou moins profondes des membres inférieurs, au lumbago par rupture de fibres musculaires, à des douleurs contusives dans l'épaule et les poignets, à des efforts pulmonaires entraînant à leur suite de Tanhélation, de la congestion des poumons et parfois de crachements de sang.

Les hernies sont fréquentes chez les gros charpentiers, c Mais l'affection la plus commune, dit Koblank, c'est la dihtatioa variqueuse des veines aux membres inférieurs ; plus d'un tiers des menuisiers sont atteints de varices. Il n'est pas rare de voir, notamment dans la région du genou, des tumeurs du volume du poing et vers lesquelles serpentent des cordons variqueux gros comme le doigt. A

ces lésions se rattachent des varicocèles et des ulcères variqueux. Rien n'est plus fréquent que ces derniers : beaucoup d'ouvriers âgés de vingt ans à peine, et d'ailleurs très-bien portants et robustes, en sont atteints et présentent les fornïes les plus graves. ». — On ne peut s'empêcher de regarder cette opinion comme entachée d'exagération. Mes propres recherches m'ont fait reconnaître la fréquence relative du varicocèle chez les menuisiers ; mais les varices et surtout les ulcères variqueux des membres inférieurs sont bien loin d'être aussi communs.

Parmi les diverses lésions de cause externe que présente généralement cette catégorie d'ouvriers, quelques-unes d'entre elles offrent par leur fréquence, leur siège et, pardessus tout, le mécanisme de leur production, un caractère de spécialité professionnelle qui mérite toute notre attention. Ce sont les plaies par herminette et les plaies produites par les scies mécaniques. •

A. Les plaies par herminette sont si fréquentes qu'il n'est pas un ouvrier charpentier qui n'en soit tôt ou tard atteint. L'herminette est une sorte de hache dont la lame horizontale et recourbée, au lieu d'être verticale ; le manche en est plus ou moins long. Pour s'en servir, l'ouvrier saisit d'une main l'extrémité du manche, de l'autre embrassant | sa partie moyenne, il relève et abaisse alternativement l'instrument qui vient frapper la pièce de bois sur le sol, . au-devant de ses jambes. Le plus souvent, l'ouvrier tient \ avec ses pieds la pièce de bois qu'il veut ainsi aplanir, et ^ c'est dans l'écartement de ses jambes que la lame de ^he^ minette vient agir. Que maintenant le tranchant de l'outil vienne à glisser sur la surface du bois, qu'il y rencontre une résistance qui le fasse dévier de sa direction, qu'un copeau resté adhérent empêche son action régulière, on

CHARPENTIERS, CHARRONS, MENUISIERS, ÉRÊNiSTES. 205

comprend comment il peut venir blesser soit je pied, soit la jambe de l'ouvrier. Quelquefois la pièce de bois est assez élevée pour que Therminette vienne frapper le tiers supérieur de la cuisse.

L'inspecteur général du service de santé de la marine, Jules Roux, a publié une étude intéressante sur les plaies par herminette chez les ouvriers charpentiers. Selon lui, elles occuperaient, par ordre de fréquence, d'abord la jambe, puis le pied et la cuisse ; elles se répartiraient ainsi : tiers inférieur de la jambe, face antérieure et face dorsale du pied, deux tiers supérieurs de la jambe, face externe de la jambe et du pied. Le membre gauche serait plus souvent atteint que le droit. J'ai constaté la vérité de cette dernière assertion ; mais, d'après mes recherches, la &ce dorsale antérieure du pied et la région malléolaire interne seraient les lieux d'élection de ces plaies.

On a prêté à ce genre de lésions professionnelles une importance que justifierait, jusqu'à un certain point, leur fréquence, mais que ne vient point confirmer la gravité des accidents consécutifs. C'est ainsi que l'on a regardé la lésion de l'artère tibiale postérieure, à son point de courbure en arrière de la malléole interne, comme une complication fréquente des plaies par herminette. Jules Roux a fait justice de cette exagération ; il n'a pu en recueillir que quelques cas, et lui-même ne l'a observée qu'une seule fois. L'artère est en effet protégée par la saillie de la malléole, sur laquelle Therminette vient frapper. A la partie dorsale du pied, il peut y avoir section des tendons extenseurs des orteils, et plus particulièrement de celui du gros orteil. Une disposition caractéristique de ces plaies, c'est la profondeur en cul-de-sac de l'un des angles, disposition qui dépend de l'action plus marquée de l'une des extrémités du tranchant, et qui devient ainsi la cause de

la rétention au fond de la plaie des liquides inflammatoires exsudés. Le plus souvent ces plaies se réunissent par première intention. Des points de suture et les irrigations froides en constituent le traitement le plus rationnel ; mais, sur la partie dorsale du pied, elles peuvent donner lieu à des inflammations très-vives, des angioleuciles et des phlegmons du pied et de la jambe. — L'attitude courbée qu'exige l'emploi de Therminette, de même que la manœuvre de la scie verticale, surtout chez les scieurs de long du haut, entraînent, à la longue, une voussure prononcée de la colonne vertébrale (Vernois).

B. L'emploi d^« scies mécaniques y généralement répandu aujourd'hui, donne lieu à des lésions graves des extrémités supérieures, la scie circulaire plus que les autres. Le premier espace interdigital parait être le lieu d'élection de ces blessures. D'une manière générale, les parties qui sont le plus souvent atteintes sont : les doigts, la paume de la main, la face dorsale de la main, la face postérieure et externe du bras. Le membre supérieur gauche est plus généralement blessé que le droit, ce qui s'explique par l'altitude que prend l'ouvrier, la main gauche étant celle qui se rapproche le plus de l'instrument vulnérant. Lorsque la scie est à dents très-fmçs et très.-aiguisée8, douée en même temps d'un mouvement très-rapide, la section qu'elle opère dans les tissus est aussi nette que celle qui est le résultat d'une amputation. Avec des dents très-longues et très-larges, et une vitesse de rotation ou de va-et-vient moins considérable, on observe les symptAmes des plaies contuses : lambeaux nombreux et déchiquetés, douleur peu en rapport avec la dilacération parfois trèsétendue des tissus, absence presque toujours d'hémorrhagic, ce qui s'explique par l'obturation immédiate de l'artère que la scie ne divise pas nettement. Quoique la

marche de ces plaies soit en général assez simple, Tinflammation profonde de la main peut en être la conséquence. — D'autres fois, il y a complication de fractures comminutives des métacarpiens, d'inflammation et de suppuration de gaînes tendineuses, de phlegmon étendu du bras, et le malade succombe à Tinfection purulente. Le meilleur traitement consistera dans l'emploi d'irriga* tiens froides et^continues.

Un excellent moyen de présentation consiste à placer des gardes en acier à proximité de la scie circulaire, ou mieux horizontalement au-dessus, de telle sorte que la main de Touvrier entraînée en avant puisse y trouver un point d'appui. Pour éviter que les pieds ne glissent sur le sol et ne soit la cause d'un mouvement imprudent, on rendra le plancher rugueux en y clouant des traverses de bois. Mais la garantie la plus sûre sera toujours dans une attention soutenue que l'habitude de ce genre de travail ne doit jamais faire perdre.

Une cause fréquente de maladies des yeux (conjonctivites oculaires et palpébrales, blépharites ciliaires chroniques, etc.), c'est la projection de la sciure de bois dans les yeux des ouvriers employés à la scierie. Dans les chantiers oA l'on découpe les bois avec précision, l'ouvrier chargé d'éclairer le trait de scie en soufflant sur la pièce est principalement affecté à la longue. L'usage de lunettes devra être recommandé en pareilles circonstances. A Brest, les scies circulaires, qui par leur rotation rapide dégagent beaucoup de poussières, sont renfermées dans des guérites ouvertes à l'avant. On y fait pénétrer les pièces de bois enveloppées en arrière par une boîte, en sorte que la sciure ne peut s'échapper au dehors. Enfin un chalumeau mécanique placé auprès de chaque scie remplace avantageusement les lèvres ou le tuyau avec lequel l'ouvrier

était obligé de souffler pour nettoyer la surface de la pièce.

Dans les ateliers de poulierie, de charronnage, d'ébénisterie, le travail des tours donne lieu à des déformations nombreuses et persistantes : l'habitude de faire aller la meule avec le pied droit amène la saillie de la hanche gauche sur laquelle appuie le poids du corps, et un abaissement de répaule du même côté. Chez tous ces ouvriers tourneurs en bois, la main gauche présente des callosités et des durillons au niveau des plis de flexion métacarpephalangiens. Quelquefois il y a de la contracture des doigts plus ou moins prononcée. — On rencontre encore chez eux la déformation professionnelle du thorax que nous avons décrite chez les tourneurs sur métaux. (Voy. Ajusteurs, p. 103.) Ces effets de l'attitude et du mouvement professionnels agissent de la façon la plus défavorable sur les fonctions pulmonaires. La poussière de bois est généralement trop grossière pour que son action puisse être invoquée ici. Elle serait principalement nuisible chez les scieurs de long, pour l'ouvrier d'en bas.

Parmi les affections internes, les maladies de poitrine occupent en effet le premier rang. Selon Majer, 44 pour 100 des décès présentés par les menuisiers seraient fournis par elles. Hannover a trouvé chez les charpentiers et ébénistes de Copenhague 40,5 décès de phthisie pulmonaire sur 100 décès ; et un chiffre de 8,2 phthisiques sur 100 malades traités dans les hôpitaux. Les ébénistes fournissent à eux seuls trois fois plus de décès par phthisie que les charpentiers, et [les charrons près de deux fois plus ; ce qui s'explique par la funeste influence du travail des tours.

Dans nos propres recherches nous avons trouvé sur 100 ouvriers charpentiers traités dans le service médical, 38 affections de poitrine (catarrhe bronchique^ pneu-

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monie, congestion pulmonaire) et 15 phthisies pulmonaires. Viennent ensuite les embarras gastriques et fièvres muqueuses, puis les affections. rhumatismales.

Quant à Tâge moyen des décès, il varie sans doute suivant le milieu et les circonstances. C'est ainsi que Lombard, à Genève, et Neufville, à Francfort, donnent un chiffre plus élevé que la moyenne générale des décès, tandis que Hannover, à Copenhague, indique Tâge de trente-trois ans, et que nous-mème avons remarqué que les charpentiers des arsenaux maritimes vieillissent plus vite et sont usés avant rage.

W. Neufville, Lebensdaucr und Todesursachen 22 vcrschicdcner Stande and Gewerbe. Mit 23 statist. Tabellen, Frankfurt a M. 1855. — Marc Borchard, Hygiène des professions. Maladies des menuisiers et des ébénistes, d*après le docteur Koblank, de Berlin, 1859, in-8o. — Max. Vernois, la Main des ouvriers, Paris, 1862. — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Beilage zur deutsche Klinik, 1861, no« 5, 6, 7, traduit sous le titre Maladies des artisans d'après les relevés des hôpitaux civils de Copenhague (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVII). — Majer, Uber den Einfluss des Standes und Berufes auf die Lebensdauer (Arztliclies Intelligenz-Blatt^Miinchen september 1863 et Canstatt's Jahrcsbericht iiber die Fort- Schritte in der gesammten Medicin, Wurzburg, 1864, Band VII, analysé par Beaugrand, in Annal, d'hyg., Paris, 1865, t. XXIII, p. 229. — Rit, Quelques considérations sur les plaies produites par les scies circulaires mues par la vapeur, thèse de MoiitpeUier, 1870. — A. Latet, Hygiène et pathologie professionnelle des ouvriers employés à Tarsenal maritime de Toulon, article Constructions navales, in Archiv. de médecine navale, 1873, t. XX. — 0. Du Mesnil, Des accidents saturnins observés chez les ouvriers employés à la fabrication des meubles de laque (Ann. d'hyg. publique, 1874, t. XU, p. 335).

CMAODBOimiERS , TOLIERS- RiYEURS. — La chaudronnerie peut se définir : l'art d'employer le marteau pour utiliser la ductilité et la malléabilité des métaux, et

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donner aux plaques métalliques les diverses formes qu'elles doivent avoir dans la confection des chaudrons^ des poêles, des chaudières, des caisses à eau, etc.

Les effets de l'attitude et du mouvement professionnels, et certains accidents qui dépendent de la nature même da métal employé, forment ici toute la pathologie professionnelle.

Suivant Chevallier, l'habitude de travailler assis, l'objet placé entre les jambes, entraîne à prendre des positions vicieuses amenant à leur suite certaines difformités, entre autres la voussure du haut du corps, et la déviation des genoux en dedans chez les batteurs de chaudrons.

Chez les riveurSy dont le travail consiste à réunir ensemble, au moyen de rivets, les diverses parties des chaudières, des caisses, etc., que façonne la grande chaudronnerie, l'obligation de travailler parfois dans une attitude des plus pénibles entraîne, avec le temps, une déformation caractéristique du tronc; c'est ainsi que, dans l'intérieur d'une chaudière, au-dessous des flancs d'un chaland ou d'une embarcation en fer, on les voit travailler le corps renversé en arrière, et presque étendus sur le dos.

A la longue, l'épaule correspondante à la main qui tient le marteau est abaissée tout en étant portée en arrière et plus développée, tandis que le côté opposé est porté en avant par un mouvement latéral de torsion, en même temps que l'on remarque un léger degré d'ensellure.

Les conséquences générales de semblables attitudes sont une grande fatigue de la poitrine, parfois dès hémoplysies. Les palpitations et l'hypertrophie simple du cœur sont plus fréquentes dans les ateliers de grosse chaudronnerie que partout ailleurs.

On retrouve chez tous ces ouvriers, et au plus haut degré, les accidents consécutifs au martelage : ampoules, du-

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rillons forcés, phle^^nous de la main, rétraction des tendons fléchisseurs, notamment de l'annulaire et du petit doi^. Suivant Chevallier, crépitation douloureuse des tendons extenseurs, mais surtout rétraction palmaire et contracture consécutive. (Yoy. Cloutiers.)

Les ouvriers qui travaillent les feuilles de tôle, ceux employés dans nos arsenaux maritimes aux bâtiments en fer, et particulièrement les riveurs, sont exposés à des lénous traumatiques des yeux par les éclats du métal qu'ils travaillent; de là des kératites graves, des perforations de la cornée, des inflammations violentes de Tœil entraînant la fonte purulente de l'organe. Ce funeste résultat est malheureusement assez commun.

On ne saurait donc trop recommander Tusage de lunet* tes grillées préservatrices.

Les plaies contuses aux doigts et à la main sont excessivement fréquentes chez cette catégorie d'ouvriers. Elles présentent presque toujours un état de dilacération et de màchure des tissus qui les rend si difGciles à guérir, et expose i des suppurations étendues de la main et même de l'avant-bras et du bras.

n est des accidents, avons-nous dit, qui dépendent de la nature même du métal employé. C'e^t ainsi que les chaudronniers en cuivre sont exposés à l'action nocive des vapeurs cupriques qui se dégagent pendant la soudure des objets.

Le nettoyage et la réparation des vieux cuivres (casseroles, chaudrons, etc.) sont particulièrement dangereux quand on opère en frappant avec un marteau afm de détacher la couche de sel de cuivre plus ou moins épaisse qui les recouvre. Il se dégage une poussière toxique qui, absorbée, agit à la fois sur les poumons et sur les voies digestives.

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Lorsqu'on procède par flambage ou par l'action du feu, comme dans le brasage des vieux tuyaux, les ouvriers sont exposés à une fumée chargée de poussières acres, d'oxyde et de carbonate de cuivre. — Il peut en résulter des effets dyspnéiques très-prononcés, tels qu'oppression, nausées, angoisse thoracique, etc., et tous les symptômes de l'empoisonnement professionnel que nous trouverons décrits à l'article Cuivre.

En dehors de ces maladies intrinsèques, les ouvriers chaudronniers présentent encore assez fréquemment des panaris, des iuroncles, des éruptions cutanées diverses, et une certaine dureté de l'ouïe pouvant aller, dans les grmids ateliers de chaudronnerie, par suite de la succession répétée des coups de marteau sur des feuilles de tôle, jusqu'à la surdité complète. D'autrefois, il y a des perversions du sens de l'ouie assez curieuses à noter : ainsi, par exemple, quelques ouvriers ont perdu la faculté d'entendre les sons élevés ; chez d'autres, c'est la perte subite de la perception des sons graves que l'on observe. Chez un vieux contre-maître d'atelier j'ai rencontré cette singulière observation, qu'on ne parvenait à se faire entendre de lui qu'au milieu du plus fort tapage. Dans toute autre circonstance, il se plaignait de bourdonnements continuels d'oreille. Ce sont là sans doute des symptômes morbides dus à des lésions matérielles des extrémités du nerf acoustique par ébranlement des membranes auditives. Pour éviter cet ébranlement, on fera bien de faire usage de coton dans les oreilles, en se gardant toutefois de trop le tasser.

Voir Hygiène préservatrice des ouvriers qui travaillent le cuivre. — A. Layet, Hygiène et pathologie des ouvriers de l'arsenal maritime' de Toulon, article Atelier de la grosse chaudronnerie (Arch. de méd. nav., 1873, t. XX, p. 29).

CHEMINS DE FER (Employés des). <213

GHEimiVS DE FEB (EMPLOYÉS DES). — NoUS trOUVOnS

parmi les employés des chemins de fer : les agents et ouvriers des gares, les chefs de train et conducteurs, les mécaniciens et chauffeurs, et les ouvriers employés au matériel de la traction, dans lesquels nous rencontrons à peu près toutes les professions. Mais c'est seulement des agents et employés sur la voie que nous devons nous occuper ici. Leur pathologie professionnelle nous offre à considérer les maladies auxquelles le genre de vie et de travail de ces divers agents les expose plus particulièrement, et les nombreuses afTections chirurgicales qui sont la suite des accidents si communs sur les chemins de fer.

On comprend combien ici les vicissitudes atmosphériques, la fatigue, l'exposition, les efforts professionnels doivent peser dans la balance étiologique. C'est ainsi que. les maladies des organes respiratoires et digestifs, le lumbago et les rhumatismes, les varices et les hernies, s'observent particulièrement chez les agents et les ouvriers des gares (Devilliers); les maladies des yeux, chez les conducteurs et les chefs de train; le varicocèle, les abcès, les ophthalmies, les névralgies sciatiques, chez les mécaniciens et chauffeurs.

Existe-t-il quelque maladie spéciale à la profession? On peut tout d'abord reconnaître un certain caractère de spécialité professionnelle au varicocèle, qui, par sa très-grande fréquence, mérite une mention particulière. Il est provo- • que par les secousses que la trépidation imprime aux éléments du cordon chez les mécaniciens et chauffeurs, obligés de se tenir debout. Il n'en est pas un qui ne reconnaisse bientôt la nécessité de porter un suspensoir. — Duchesne a décrit un ensemble de symptômes particuliers dont il a voulu faire une maladie professionnelle spéciale. — Mais la plupart des auteurs se sont élevés contre

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lui et ont traité sa description de purement imaginaire.

— Nous pensons qu'on est allé trop loin, et que le seul tort de Duchesne, qu'on ne saurait en pareille circonstance accuser d'invention, est d'avoir voulu trop généraliser et rendre commune une affection qui existe réellement chez quelques-uns. Nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici les conclusions de cet auteur :

« En général, après une ou deux années de service sur les locomotives, les mécaniciens, les chauffeurs, choisit d'ailleurs parmi les plus robustes des ateliers, deviennent plus forts; ils résistent mieux aux vicissitudes atmosphériques et jouissent d'une excellente santé. Beaucoup d'entre eux, surtout parmi les mécaniciens, prennent un embonpoint considérable. » — Tous les médecins de chemin de fer sont unanimes pour admettre cette première conclusion. — Il n'en est plus de même de la suivante : € En général, mécaniciens et chauffeurs sont fatigués après dix ans, souffrants après quinze ans, et peu capables après vingt ans de faire un ser^'ice actif sur les machines. Cette mauvaise influence du service sur les locomotives se traduit par une diminution notable de la vue, par la perte plus ou moins complète de l'ouie, par des douleurs rhumatismales surtout à droite, et enfin par des douleurs sourdes, continues, persistantes, accompagnées d'un senti' ment de faiblesse et d'engourdissement; elles rendent la marche et la station debout très-pénibles, et finissent quelquefois par empêcher tout service sur les locomotives.

— Ces douleurs se font sentir dans la continuité des os et dans les articulations des membres inférieurs seulement, à droite et à gauche indistinctement. — Elles dépendent probablement d'une affection de la moelle épinière, qui a pour cause la station debout prolongée et la trépidation incessante des locomotives, d

GBEIIIN8 DE FER (Employés des). 215

ingestion palmonaire est fréquente chez les emlont nous parlons. Suivant de Martinet, elle serait, (rtaines circonstances, le résultat d'une véritable e de la respiration, occasionnée par l'action vive et l'an violent courant d'air froid qui, sous l'influence tesse du train, vient les frapper au visage. t rapporter à cette même cause les troubles plus is prononcés de la vue qui surviennent par suite )ression anomale que subissent, dans ce cas, les « du nerf trijumeau qui se distribuent à la face, st transmise par action réflexe à la membrane sent rœil. — Les autres maladies des yeux sont des tintes, des inflammations des paupières et des brû- « Les bruits de la machine et les déchirements du laissent par entraîner, chez les conducteurs de les mécaniciens, une dureté très-marquée de l'ouïe ; avoir de fâcheuses conséquences pour la responde leur service (E. Ducliesne). Abordons maintetude des accidents de chemin de fer.

3 manière générale, on peut diviser ces accidents lents de manœuvre et en accidents de marche, remiers arrivent pendant la manœuvre ou le travail ^ent plus particulièrement les hommes d'équipe, [doyés des gares et les aiguilleurs. — Le docteur c (de Dunkerque) a principalement insisté sur les ioas produites par les engrenages de la grue dont înt souvent les chargeurs. — Les chauffeurs et les ôens sont exposés à leur tour, soit par le mauvais ne machine, soit par toute autre circonstance fordes fuites de vapeur qui leur font des brûlures » et singulièrement dangereuses (brûlures du phaa larynx), lecidents de marche atteignent plus spécialement

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les employés des compagnies que leur service attache aux trains en marche : les mécaniciens, les chauffeurs, les graisseurs, les conducteurs de trains, d'une part; et de l'autre les ouvriers qui travaillent aux terrassements, à la pose ou à la réparation des rails; les aiguilleurs, les cantonniers qui séjournent sur la voie, etc.

Les chiffres suivants rendront un compte exact de la fréquence, du nombre et de la nature des accidents auxquels les agents des compagnies de chemins de fer sont exposés. — De 1835 à 1854, sur un total général de 1700 personnes atteintes, tuées ou blessées dans les gares, aux stations, sur la ligne, on trouve un nombre] d'agents des compagnies tués ou blessés dans les proportions de 62 p. 100. — La liste qui suit énumère les causes des accidents, et suffit pour permettre de se faire une idée de leur fréquence.

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