‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 39 sur 98 · CHIFFONNIERS · texte numérisé non relu

CHIFFONNIERS

geurs dé rivière, des plaies des mains et des ulcères des membres inférieurs très-difficiles à guérir.

D'après Vernois, la pression continuelle sur les reins delà partie inférieure et toujours la plus pesante de la hotte, amènerait à la partie inférieure des lombes le développement de trois bourses séreuses avec épaississement de la peau, formant comme trois angles d'un triangle isocèle à sommet tourné en bas; l'inférieure correspond exactement à la partie supérieure de la crête sacrée; les deux supérieures sont situées à 2 centimètres environ au-dessous de l'épine iliaque postérieure et supérieure.

Hygiène. — Le triage des objets doit se faire, autant que possible, au grand air; chaque fois les chiffons seront lavés à l'eau chlorurée et les os placés dans des sacs. Les chiffonniers prendront l'habitude de changer de vêtements ; ils se laveront fréquemment le visage et les mains, et garderont le moins de temps possible auprès d'eux les objets ramassés en tas. Transon et Dublanc ont proposé l'établissement d'une sorte de halle aux chiffons où s'opéreraient l'emmagasinement et le triage. « Là, les entrepreneurs en

> chiffons trouveraient à louer des magasins bien aérés

> que la police surveillerait aisément; là surtout chaque

> famille de chiffonniers obtiendrait, à titre gratuit, la dis-

> position exclusive d'une petite cellule pour son travail. Le ^ ménage du chiffonnier, sa famille, serait donc, c'est là le

> point essentiel, séparée du tas d'ordure qui est l'objet de

> son industrie. Dès lors il ne lui serait plus, comme aujour- » d'hui, impossible de mettre en pratique, dans son inté-

» rieur, la plus simple mesure d'hygiène privée. » — Hors

des heures du travail, il aurait un vêtement décent; ses

enfants ne porteraient pas avec eux cette odeur « horrible

» qui les fait repousser des écoles; et lui-même, relevé à

» ses propres yeux, chercherait des moyens de distraction

> ailleurs qu'au cabaret. »

tti CHROMATEDRS (Ouvriers).

Parent-Duc H ATELET, Des ravageurs et des reg^ttiers, in Mémoire snr les débardeurs de la ville de Paris (Ann. d'hyg. publ., 1830, t. ill. — AnEL Transon et Dublanc, Observations sur quelques indus* tries, et en particulier sur le commerce des chiffons dans le 12« arrondissement do Paris (Ann. d'hyg. publ., 1854, t. I, p. 59). — Ad, Trebuchet, Des chiffonniers, in Rapport général sur les travaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine, depuis 1849 jusqu'à 1858, Paris, 18G1, p. 351.

CHRomiiiiBURS (ouvriers). — Les composés chromiques sont d'un emploi 1res -répandu dans l'industrie des toiles peintes et des impressions sur étoffes, principalement les chromâtes de potasse, qui servent comme rongeur dans la teinturerie. — On comprend dès lors combien leur fabrication est importante.

Les ouvriers qui préparent les sels de chrome éprouvent des accidents de diverse nature. C'est à Chevallier et Bécourt que nous devons les premières recherches sur cette question; mais la plupart des renseignements leur furent donnés par le directeur d'une fabrique du Havre, M. Clouet.

« L'attention se fixa d'abord sur une altération particulière de la cloison des fosses nasales, causée par la respiration des buées qui s'échappent des chaudières où Ton fabrique le bichromate de potasse. Ces buées, composées en grande partie de vapeurs et de poussières caustiques, déterminent une très-vive irritation des fosses nasales; les yeux se remplissent de larmes, et il se manifeste un éternument irrésistible et répété; l'ouvrier est forcé de se moucher, et chaque fois qu'il le fait, une portion de la cloison membraneuse du nez qui est détruite vient avec les matières qui sont recueillies par le mouchoir, de telle sorte qu'au bout de six à huit jours, après avoir éprouvé des picotements, du larmoiement, des éternuments, la cloison s'amin-

GHROMATEURS (Ouvriers). 223

cit, se perfore et se détache > (Bécourt et Chevallier). En même temps, on voit survenir aux mains, aux pieds, sur les parties latérales desorteilset desdoip^ts, là surtout où existent des excoriations, des plaies d'un caraclèrc tout particulier, des ulcères qui tendent à gagner en profondeur, s*accompagnant d'indurations passagères, et laissant après eux des cicatrices indélébiles. — La peau de divers endroits du corps, surtout des bras et des organes génitaux, de la partie interne des cuisses, est le siège d'éruptions eczémateuses ou pustulo-ulcéreuses.

Ces accidents se déclarent avec une très-grande rapidité. Les ouvriers ne sont pas occupés depuis quelques jours, qu'ils en ressentent déjà les premiers sévices, et telle est la puissance caustique des matières pulvérulentes et des vapeurs chromatées, que, scion Hillairet, les animaux qui vivent même en dehors des ateliers sont aussi atteints, et parfois à un très-haut degré.

Ce même observateur a signalé des ulcères de la gorge pouvant simuler des accidents syphilitiques. Il parle en outre de bronchite et d'attaques de suffocation, de céphalalgie et d'amaigrissement, tous symptômes pouvant se manifester chez les ouvriers par l'action continue de la substance toxique.

Clouet, dans sa lettre à Chevallier, puis Delpech, nous ont fait connaître que les ouvriers qui ont subi l'ulcération et la perforation de la cloison nasale ne ressentent plus, en général, que des symptômes très-légers de coryza; qu'ils conservent, le plus souvent, leurs facultés olfactives; etenfm que ceux qui, avant d'entrer dans la fabrique, ont l'habitude de priser du tabac, sont ordinairement à l'abri de cet acci. (lent. Ce fait toutefois souffre des exceptions.

Il nous reste maintenant à indiquer dans quelles circonstances et à quel moment de la fabrication ces altérations

2îi4 CHROMATEURS (Ouvriers).

ont le plus de chance de se produire. D'après Delpech et Hillairet, le mélange du fer chromé avec les corps qui doivent le transformer eu chromale de potasse (nitrate, carbonate, sulfate de potasse) s'opère sans accident d'aucune espèce.

Au moment du défournement de la combinaison ainsi obtenue on calcine, et quand on la refroidit en l'éteignant avec de l'eau froide, les vapeurs qui s'élèvent entraînent avec elles des parcelles pulvérulentes de chromate jaune neutre; d'autre part, le transport de la calcine vers les cuves où elle doit être lessivée donne lieu à des poussières abondantes. Dans ces cas-là, les altérations nasales sont constantes et sans aucune exception. — Les lésions cutanées le spnt moins, en raison de l'état de siccité de la matière; mais, si le moindre fragment s'introduit dans une ftcorchure des mains ou des pieds, les ulcérations spéciales se manifestent aussitôt. Elles deviennent très-fréquenles chez les ouvriers employés aux cuves de lessivage. — Telle est la part d'action qui revient au chromate jaune ou neutre de potasse.

L'action du bichromate commence dans les chaudières au moment où l'acide sulfurique qui doit transformer le chromate neutre vient d'y être versé. — Ici, la question de la présence de l'acide chromique libre dans les vapeurs qui s'élèvent peut être posée ; d'où l'on peut conclure à une action du bichromate de potasse en vapeur, en solution, en cristaux ou en poussière, avec réserve toutefois de l'action possible d'une certaine quantité d'acide chromique (Hillairet).

Hygiène préservatrice. — On mettra surtout ici en vigueur tous les procédés et moyens de préservation industrielle et individuelle que nous avons déjà décrits (hottes, cheminées de dégagement, cages vitrées et appareils clos,

CORDONNIEKS. il",

ventilation générale^ masques préservateurs, vêtements appropriés, lavages et ablutions fréquents, etc. (Voy. Hygiène GÉNÉRALE, p. 60.)

BÉcouRT et Chevallier , Mémoire sur les accidents qui atteiffnent les ouvriers qui travaillent le bichromate de potasse (Ann. d'Iiv}?. publ., 1863). — Delpech, De la ftibrication des chromâtes et de son influence sur la santé des ouvriers (Bulletin de l'Acad. de médecine, t. XXIX, p. 289, novembre 1863).— Hillairet , Maladies des omTiers chromateurs, mém. lu à TAcadém. de méd., in Bulletin de l'Académie de médecine, janvier 1864. — Delpech et Hillairet, Mémoire sur les accidents auxquels sont soumis les ouvriers employés à la fabrication deschromates, in Ann. d'hvfçiènepubl., t. XXXÏ,

COBDONIVIERS. — De toutes les causes de maladies qui viennent atteindre les cordonniers dans leur existence sédentaire, aucune ne se fait sentir d'une manière plus funeste que l'attitude vicieuse qu'exige leur profession. Assis, du matin au soir, sur un escabeau, le corps courbé en deux, ils pratiquent dans le cuir, et de la façon la plus pénible, des coutures forcées. Le mouvement professionnel se passe tout entier dans les membres supérieurs et les lombes, tandis que la moitié inférieure du corps reste dans la plus complète immobilité. Leur vie dans des échoppes malsaines, dans des rez-de-chaussée bas et humides; la privation souvent de tout exercice salutaire au dehors, des digestions rendues pénibles par Tattitude professionnelle, entraînent chez eux un état marqué de mauvaise nutrition et d'anémie générale.

En effet, cette attitude à laquelle ils sont condamnés comprime les viscères abdominaux, mais surtout l'estomac et le foie. Il y a réplétion sanguine du système veineux et abdominal, et par suite troubles dans les sécrétions des

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