CORDONNIERS. M
deuxième et la troisième phalange de l'index est coupé par le fil et présente une crevasse profonde dont les bords sont durs et calleux (Tardieii). — On a indiqué comme habituelle chez les cordonniers la luxation en arrière du pouce gauche (Vernois). — On a noté enfin la présence de bourses séreuses accidentelles sur les ischions, et sur la cuisse à la région sus-rotulienne; les premières développées par la pression continue du siège sur l'escabeau, la seconde par la pression du tire-pied et les coups répétés du marteau.
Il est une autre conséquence fâcheuse de Tatlitude et du mouvement professionnels, qui consiste en une prédisposition marquée aux affections des poumons et du cœur. StoU {Médecine pratiqtis) signale les hémorrhagies pulmonaires comme se rencontrant fréquemment chez les cordonniers. — Suivant Maycr, 49 pour 100 meurent de maladie de poitrine. — Benoiston de Chàteauneuf a relevé 55 phthisiques sur 1000 malades. — Nous trouvons dans les recherches statistiques de Trebuchet que 1000 ouvriers cordonniers fournissent par an un chiffre de 7 décès par phthisie, et d'après Hannover, plus d'uii tiers des décès seraient dus à cette affection chez les cordonniers de Copenhague.
La voussure du dos et certaines déformations de la poitrine, que provoque à la longue une telle attitude professionnelle, doivent être regardées comme éminemment favorables* au développement des affections précédentes. — Romazzini parle du plaisant spectacle de bossus, courbés et boiteux que donnait, de son temps, la procession de la corporation des cordonniers. Il est plus que probable qu'un grand nombre n'embrassait la profession qu'à cause de la préexistence chez eux de pareilles difformités. — Mais il est un enfoncement du thorax produit par la près-
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sion de la forme sur la poitrine que l'on rencontre communément. C'est au niveau de l'articulation chondrosternale des sixième, septième et huitième côtes, immédiatement au-dessus de l'appendice xyphoïde, que le sternum offre un creux profond, replier, circulaire, très-nettement circonscrit, et qui a été considéré par Tardieu comme un signe -d'identité certain et constant de la profession.
Ces différentes causes, attitude vicieuse, pression de la forme sur le sternum, action continuelle et efforts des membres supérieurs, se joignent à leurs résultats morbides plus ou moins immédiats , tels qu'efforts respiratoires et troubles pulmonaires, troubles dans la circulation abdominale, déformation ou dépression thoracique, pour donner naissance aux affections organiques du cœur. Il est intéressant en effet de remarquer combien ces affections sont fréquentes chez cette catégorie d'ouvriers (Shann). On ne peut accuser ici les rhumatismes articulaires aigus, car ils sont très-rares. Les douleurs musculaires, le lumbago et la névralgie sciatique sont les seules manifestations rhumatismales que l'on rencontre chez eux. — Tous les auteurs s'accordent pour regarder la profession comme une de celles où la durée de la vie est la moins longue.
Cadet de Gassicourt dit que les cordonniers meurent avant 45 ans , et qu'un vieux cordonnier est une chose rare. Neufville, qui a observé à Francfort, donne comme âge moyen 47 ans ; Shann, en Angleterre, 39 ans, Hannover; à Copenhague, a trouvé que parmi les artisans, les cordonniers étaient ceux qui fournissaient le plus de malades, et que l'âge moyen des décès, en pareilles circonstances, était de 35 ans.
«'.OUYRKIKS. iii»
Benoiston De Chateauneuf, De riullucncr di; cerlaines profi-ssious sur le dé?cJoppcnient de la plitliisie pulmonaire (Auu. d'Iiy^;. pulil., 1831, t. VI, p. 5). — A. Tardieu, Mùmoire sur les modifications qîie détermine dans certaines parties du corps l'exon-ire dos diverses professions pour servir à l'histoire médico-léjîale «le l'identité (Ann. d'hvg. pubN et de méd. lég., 1841), t. XLII et XLllI). — Hannover, Die Krankheiten der Handwerker, in Reila^e /ur dcnlsche Klinik, 1861, no« 5, G, 7, traduit sous le titre Mala«lies dos artisans «l'après les relevés des hôpitaux civils à Copenliajçue (Ann. d'hyjç. pnl»l., 186î2, t. XVII). — Max. Vermois, la Main des ouvriers, Paris, iS&i, — Mayer, Uber den Kinfluss des Standes und Benifes auf die Lebensdauer (Arztliches Inteliigenz HIatt, Miinchen se.|>lendier 1863 et Canstatt's Jahresbericht iiber die Fortschritle in der gosanimtenMedicin. Wurzburg 1864-, Band VU, analysé ]»ar Beau^çrand (Ann. d'hyg:., Paris, 18C5, t. XXIII, p. ^0).
coiriRBUBS. — a État salubre, travail lugubre )), tel est le dicton populaire qui semble vouloir caractériser la profession de couvreur. Mais si la seconde proposition n'est que trop rigoureusement exacte, il n'en est plus de même de la salubrité de la profession. Suivant Pâtissier, les couvreurs sont sujets aux maladies inflammatoires, aux insolations, aux hémorrhagies, aux étourdissemenls, à Tophthalmie et à Tapoplexie. L'exposition aux intempéries de Tatmosphère et des saisons serait ici la principale cause de maladies.
II résulterait toutefois des observations de Descamps que sans les terribles accidents auxquels ces artisans sont exposés, ils donneraient peu de prise aux maladies; ce qui parait justifier l'adage précédent. Nos propres recherches nous ont permis de contrôler les opinions de ces auteurs. Nous avons reconnu chez les couvreurs la fréquence des congestions pulmonaires et des troubles nerveux. La première de ces affections peut être attribuée à la position que l'ouvrier est obligé de garder sur les plans inclinés qui forment la toiture, et aux courants d'air
vif auxquels ils sont particulièrement exposés. Le vertige nerveux, qui n'épargne pas même les anciens couvreurs, (inirait par amener chez quelques-uns une véritable faiblesse paralytique qui se manifesterait surtout au moment de Tascension des échelles. On m'en a cité plusieurs qui avaient été obligés de quitter la profession parce qu'arrivés à une certaine hauteur, ils étaient pris de tremblement et de faiblesse involontaires, suptout dans les membres inférieurs. Ces symptômes, qui ne doivent pas être rapportésà la crainte, se présentent ordinairement chez des ouvriers rompus au métier, et qui plus d'une fois s'étaient rendus maîtres de leurs étourdissements. — La position accroupie sur les toits me paraît avoir une sérieuse influence sur le développement de cette affection ; après un travail prolongé en effet dans cette attitude, les ouvriers éprouvent une certaine insensibilité des jambes qui se dissipe plus ou moins vite. Vernois parle d'un arrêt de développement avec flaccidité dans les muscles des mollets, chez les couvreurs, ce qui se rapprocherait assez de ce que nous avons nous -même observé.
L'habitude de se tenir sur les genoux pendant le travail provoque aussi la formation d'une bourse séreuse accidentelle au-devant de la rotule. Cette bourse séreuse est susceptible de s'enflammer par le frottement et de donner naissance à des hygrojnas et des abcès du genou.
Mais rien ne frappe plus l'esprit que la fréquence et la gravité des accidents qui surviennent chez lés couvreurs. C'est le plus souvent des chutes d'une hauteur considérable, par suite d'éboulement, de rupture d'échafaudage et d'échelle. Lombard (de Genève) constate que c'est dans la profession de couvreur qu'il y a, toute proportion gardée, le plus de morts accidentelles : 27 pour 100. Descamps, qui a dépouillé les registres d'une
société de secours mutuels des couvreurs de Paris, mentionne, de 1822 à 1834, 56 accidents et 34 décès, parmi lesquels 16 ou près de la moitié sont le résultat de chutes. Dans ce dernier nombre, la mort a eu lieu quelquefois immédiatement. Ambroise Tardieu, dans un récent travail, a tracé le tableau des lésions que Ton rencontre le plus souvent dans ces cas-là.
« Lorsque la mort est la suite immédiate, elle est presque toujours produite par la fracture du crâne ou par la commotion cérébrale que peut amener la chute d'un lieu élevé. Mais même sans avoir de résultats aussi funestes, c'est le plus ordinairement à la tête que se montrent les blessures déterminées par cette cause, plaies contuses à larges lambeaux, toujours accompagnées d'un certain degré de commotion. Il s'ensuit en général des accidents plus ou moins graves ou prolongés. Les blessés restent alors dans un état de faiblesse et de langueur qui peut durer plusieurs mois, et auquel se joint l'affaiblissement de la mémoire et des facultés. Il en est de même lorsque la moelle épinière a été intéressée soit directement dans une chute sur le dos, par la contusion du rachis, ou à plus forte raison par une fracture de la colonne vertébrale, soit indirectement et par contre-coup. La paraplégie est donc une suite habituelle et prévue de ces sortes d'accidents. D'autres blessures variées peuvent résulter de ces chutes; les fractures peuvent porter isolément ou simultanément sur les côtes, sur la clavicule, sur les os des membres supérieurs et inférieurs; elles sont quelquefois simples, mais plus souvent compliquées de plaies contuses ; des contusions plus ou moins profondes peuvent attemdre en même temps plusieurs endroits du corps. Il faut signaler particulièrement les contusions des grandes articulations, (les genoux, de l'épaule, qui sont suivies d'arthrites sou-
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vent assez graves et toujours très-lentes à guérir, et enfin la rupture des ligaments soit du genou, soit de Tarticulation tibio-tarsienne dans les chutes sur les pieds. » (Tardieu.)
Lombard (de Genève), De Tinfluencc des professions sur la durée t!e la vie (Ann. dMiyg. publ., 1835, t. XIV, p. 88). — Descamps, Sur les couvreurs et sur une société de secours mutuels quMJs foraient dans la ville de Paris (Ann. d'hyg. publ., 1834-). — Max Yernois, De la main des ouvriers et des artisans (Ann. d'hygiène, 1862, t. XVll). — A. Tardieu, Accidents résultant d'une chute d'un lieu élevé; étude médico-légale (Ann. d'hyg. publ., t. XXXVI, 2« série, 1871).
CUISINIERS, PATISSIERS. — Les cuisiniers et les pâtissiers, qui passent leur vie autour des fourneaux, dans une chambre souvent petite et mal aérée, sont exposés à tous les inconvénients de la chaleur rayonnante.
Les transpirations abondantes, inspiration d'un air chaud et souvent vicié par les gaz qui se dégagent des charbons ardents, développent chez eux un état d'anémie des plus manifestes, et qui caractérise la pâleur ordinaire du teint, une grande mollesse et flaccidité des tissus, et parfois de la bouffissure du visage et de l'œdème périmalléolaire.
« Les cuisiniers, dit Chevallier, sont surtout exposés, pendant Tété, à des céphalalgies presque habituelles, à des vertiges, à des congestions dangereuses; plusieurs succombent à des attaques d'apoplexie, d'autres à de véritables asphyxies. »
Parmi les affections fréquentes, il faut noter les maladies de l'estomac ftt de l'intestin, ainsi que les éruptions cutanées. Les premières sont dues, le plus souvent, aux transpirations abondantes et à l'abus 'des boissons froides et acidulés; — les secondes reconnaissent pour cause