‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 47 sur 98 · DENTELLIÈRES, BRODEUSES · texte numérisé non relu

DENTELLIÈRES, BRODEUSES

elles en sont pour ainsi dire imprégnées; penchées sur leur travail ^ elles aspirent la poussière toxique et l'absorbent. De là, chez presque toutes, des symptômes plus ou moins prononcés d'intoxication saturnine. (Voy. Plomb.)

Blanchet attribuerait encore à cette cause des afTeclions de la vue (amaurose saturnine) et de Touïe, qui surviennent chez quelques personnes employées au blanchiment des dentelles.

Ces divers accidents sont assez nombreux pour que, vers la fin de Tannée 1861, le gouvernement belge ait saisi le conseil supérieur d'hygiène publique de la question de savoir si l'usage de la céruse devait être absolument proscrit de cette branche d'industrie.

De nombreux procédés ont été essayés pour parer aux inconvénients observés. On a cherché à remplacer le carbonate de plomb par le sulfate, lequel, à cause de son insolubilité plus grande, expose moins au danger d'intoxication. Mais il a le défaut de jaunir et de ne pas adhérer, et, disons-le, il ne met pas à l'abri de l'empoisonnement professionnel. (Flandrin, Note à V Académie des sciences y 1856.)

Un excellent moyen de préservation consiste à faire exécuter le battage mécanique dans un appareil hermétique qui reçoit les fleurs à blanchir. Ce n'est pas une solution complète de la difficulté, puisque l'ouvrière reste exposée au contact du plomb avant et après le battage. — Le travail des appliqueuses et attacheuses, par exemple, conserve tous ses dangers. Néanmoins, il y a là un progrès notable qui sans doute se généralisera (Ch. de Frey« cinet). On conseillera en outre l'usage des moyens préservateurs individuels, tels que masques, gants, soins de propreté, etc. (Voy. Hygiène générale.)

THOUYEimi, De l'influence que Tindustrie exerce snr la lanté des popvlations dans les centres manufacturiers (Journal de méd. de Biirdeaux, avril et mai 1H46). — Blanghet, Note sur des aiTecticos «le la vue et de l'ouïe sun'enues chez des personnes employa an blanchiment des dentelles connues sous le nom d'applications de Bruxelles (Gompt. rendus de l'Acad. des sciences, 1847). — A. Chevallier, Sur l'emploi du carbonate de plomb dans l'oniplui ilit dentelles dites de Bruxelles, et sur les inconvénients de ce procéili' (Ann. d'iiyg. publ., 1847, t. XXXVII, p. lil).— V. Thiradlt, 5i)te sur le développement des affections saturnines chez les dessinaleiin en broderie sur étoffes et les ouvrières en dentelles (Ana. d'hif. pubL, 1856, t. VI, p. 55).

DOREURS. — Les divers procédés de dorure comprennent la dorure au mercure, la dorure au trempé, la dorure galvanique et la dorure à la feuille. On trouvera décriU aux articles bijoutiers et orfèvres les inconvénients inhérents à la dorure au trempé et à la dorure galvanique. C'est la profession de doreurs au mercure et celle de doreur sur bois que nous allons étudier ici.

On peut diviser en quatre parties les opérations de la dorure au mercure : 1° la préparation de Tamalgame d'or, 2"" la préparation des pièces et bronzes; 3° rapplicationde la dorure; 4° la mise en couleur ou brunissage.

La première et la troisième de ces opérations sont des plus dangereuses pour la santé de Touvrier. L*absorptioa par les voies pulmonaires des vapeurs mercurielles qui s'élèvent des bains de dissolution, ou qui proviennent de la volatilisation du mercure au moment de Tapplication do la dorure, et l'absorption cutanée du métal toxique à II suite du contact prolongé des mains de l'ouvrier avec l'amalgame d'or, déterminent chez lui lès accidents les plus graves, et exposent quelquefois sa vie.

Cotte influence fâcheuse se manifeste soit par un tremblomenl nerveux qui va jusqu'à l'empêcher de porteries

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aliments à sa bouche, soit par la perte de la mémoire, une difficulté extrême de s'exprimer, et la paralysie de la bngue.

Les ouvriers doreurs sont hâves, chétifs, en proie à une anhélation marquée. Ils ont les gencives irritées, tumé^ fiées, et les dents souvent déchaussées.

Ils présentent sur les mains et les avant-bras des éruptions vésicule- ulcéreuses, et souvent aussi des bulles de rupia. — On rencontre chez eux des ulcères atoniques que le contact des acides qu'ils emploient dans la préparation des bronzes vient irriter et rendre très-douloureux. Pour appliquer l'amalgame sur les pièces, on est obligé de les imprégner préalablement d'une dissolution de nitrate acide de mercure. — On obtient ce dernier en faisant chauffer un mélange d'acide nitrique et de mercure. — Celte opération, ainsi que le dérochage et le décapage des bronzes par l'acide nitrique, donne lieu à un dégagement d'abondantes vapeurs nitreuses qui exposent, à leur tour, les ouvriers à des accidents spéciaux, d'irritation pulmonaire. (Voy. Bijoutiers.)

Suivant Benoiston de Châteauneuf, les doreurs présenteraient une proportion de 8 phthisiques sur 100 malades, ce qui constitue un des rapports les plus élevés de sa statistique. Le mercure aurait donc une action funeste sur la poitrine. Lombard (de Genève) professe une opinion contraire. Ce qu'il faut reconnaître, c'est que la désorganisation pulmonaire ne peut qu'être éminemment favorisée par l'établissement de la cachexie mercurielle.

Les doreurs au mercure comme les doreurs sur bois sont de plus sujets à tous les inconvénients du brunissage (développement de durillons, callosités et bourse séreuse à la main et à l'avant-bras). (Voy. Brunisseurs.)

Les doreurs sur bois se servent de l'or en feuille; mais

les préparations préalables à rapplicatiou de ces feuilles, qui consistent à donner ce qu'on appelle des couches d'impression au vernis, amènent quelquefois des accidents d'intoxication saturnine. Ce vernis est en effet composé de blanc de céreuse et de litharge détrempés dans l'essence de térébenthine.

Cet empoisonnement se manifeste en général par une diminution de l'appétit, des douleurs gastralgiques plus ou moins vives et de la tendance à la constipation. (Voy, Plomb.)

• Hygiène préservatrice. — Pour prévenir l'absorption cutanée du poison, les ouvriers feront usage d'un vêtement de travail spécial, en toile cirée, qui sera passé à l'eau immédiatement après la préparation de l'amalgame ou du vernis au plomb; ils se muniront de gants de peau, de vessie ou de taffetas. Ils se livreront à des ablutions fréquentes, et se plongeront aussi souvent que possible dans un grand bain. On ne devra prendre aucun repas dans les ateliers, et sans s'être préalablement lavé les mains et la bouche.

On condensera les vapeurs mercurielles en construisant avec le plus grand soin des fourneaux d'après le principe de celui de d'Arcet (lanterne de d'Arcet). Cette industrie ne s'exerce guère plus aujourd'hui que dans de très-petits ateliers ou chez des ouvriers en chambre. Le procédé d'hygiène industrielle mis en usage consiste à abriter les forges à vaporiser le mercure sous une hotte vitrée surmontée d'une bonne cheminée de dégagement. L'ouvrier travaille en passant les bras sous les bords de la vitrine qui descend jusque vers le milieu de sa poitrine. — Mais il est un procédé de dorure qui tend à supprimer tout danger inhérentau mercure ; c'est celui de Henri Dufresne, cité parCh. deFreycinet : «On plonge successivement les-

pièces dans un bain de sel de mercure basique, on les revêt d'une première couche de mercure au moyen de la pile ; on les porte ensuite dans un bain très-riche pour les dorer ou les argenter; après quoi elles sont plongées de nouveau dans le premier bain où elles se couvrent d'une nouvelle couche de mercure. — Il ne reste plus qu'à faire évaporer le mercure, ce qui a lieu à un feu de forge, sous un châssis complètement fermé, et Ton retire les pièces parfaitement dorées ou argentées, sans qu'il soit nécessaire de recourir à une seule friction ou à un seul brossage. Les ouvriers sont ainsi soustraits à tout contact dangereux, et peuvent même se tenir hors du local pendant que révaporation s'effectue.

On pratiquera en outre dans la chambre de travail une ventilation très-énergique. De cette manière, le résultat de l'opération sera obtenu sans courir risque de grands dangers.

Pour neutraliser les vapeurs acides répandues dans l'atelier de préparation des pièces, on pourra donner lieu, ainsi que nous l'avons vu à l'article bijoutiers, à un dégagement de vapeurs ammoniacales. — Chose remarquable, ces dernières vapeurs seraient aussi neutralisantes des émanations mercurielles. (Voy. Mercure, Étameurs de GLACES.) — Enfin les ouvriers feront bien d'employer une éponge imbibée d'une légère solution alcaline, avec laquelle ils se garantiront la bouche et les narines.

Lorsque les accidents mercuriels se seront manifestés, il faut commencer par soustraire l'ouvrier à tout travail nuisible. Le fond du traitement consistera d'abord en bains de vapeurs, bains tièdes, boissons diaphorétiques, chlorate de potasse et opium à l'intérieur; puis en toniques et reconstituants. Sanderet(de Bes2iïïçon){Lettre à Chevallier, in. Ann. d'hyg. publ, 1847, t. XXXVIII, p. 457)

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indique un singulier mode de guérison employé à Neufchàtcl : on place les ouvriers dans une façon de four chauffe, et l'on obtient ainsi des sueurs tellement abondantes qu'au bout de quelque temps les malades n'ont plos qu'à rétablir, par un régime alimentaire substantiel, leurs forces épuisées.

ttiOVWtEM». — La viciation de l'atmosphère des égouts par les gaz délétères qui se dégagent de la masse des matières qui y séjournent, telle est la cause principale des accidents et des maladies qui surviennent chez les ouvriers appelés à pénétrer dans ces galeries souterraines.

Un travail des plus dangereux, c'est le curage des vieux égouts. Parent-Duchâtelet nous a laissé, dans un rapport sur le curage de l'égout Amelot, rapport considéré à bon droit comme un modèle du genre, la description de toutes les maladies observées, et l'énumération minutieuse des précautions à prendre pour en préserver les ouvriers.

L'action des gaz délétères et irritants sur les voies respiratoires, la diminution notable de l'oxygène dans l'air respiré, donnent lieu à de véritables symptômes d'asphyxie; mais l'absorption de certains de ces gaz agit, à la fois, sur les globules sanguins et les centres nerveux, et provoque des accidents rapides d'intoxication mortelle (méphitisme des égouts).

Les émanations gazeuses des égouts ont été soumises aux analyses chimiques les plus variées; on y a trouvé le gaz hydrogène sulfuré, le sulfhydrate d'ammoniaque, l'acide carbonique, l'acide nilreux, parfois de l'hydrogène phosphore et divers produits organiques. — Herbert-Backer, par la comparaison des phénomènes morbides dus à l'exposition prolongée de l'air émanant des égouts et de ceux obtenus avec les différents gaz qui le composent

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chimiquement, est arrivé à cetle conclusion, que ces symptômes sont dus principalement à l'hydrogène sulfuré contenu dans les eaux de Tégout. — En voici un exemple frappant que nous trouvons relaté dans le Journal des Débats du 15 juin 1865: € Quatre égoutiers, parmi lesquels se trouvaient un piqueur et un chef d'équipe, étaient descendus dans Tégout de la rue Marthe à Clichy, situé en face du couvent des sœurs de la Charité. Parvenus près de la grille par laquelle arrivent les eaux et les détritus des cuisines, de la buanderie, de la vacherie et de la porcherie du couvent, ils se mirent à tirer le rabot pour amener les matières sous la trappe afin de les extraire. En ce moment s'élevèrent des miasmes tellement infects que les deux égoutiers qui se trouvaient en avant tombèrent sans connaissance. Le piqueur et le chef d'équipe les amenèrent sous le regard voisin et jetèrent des cris de détresse; un instant après, ils étaient eux-mêmes suffoqués... Lintensité du gaz hydrosuif uré était si forte ^ que les pièces émargent contenues dans leurs porte-monnaie étaient devenues complètement noires. »

L'observation a démontré que dans les vieux égouts, le dégagement de gaz délétères est surtout abondant aux endroits nouvellement déblayés. Cela provient de l'absorption des émanations gazeuses par les pierres poreuses qui ont servi à la construction de l'égout.

Ces gaz, contenus par la pression de la vase et des matières, sortent des pores de la pierre, dès que ces matières sont enlevées, et se répandent dans l'égout, de sorte que jusqu'à épuisement de ces gaz, dix à douze jours environ, les parties curées sont les plus dangereuses à traverser.

Dans certains cas, les gaz développés dans les égouts ]>résentent d'autant plus de danger pour les ouvriers, que les fabriques y déchargent habituellement leurs résidus,

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