‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 59 sur 98 · HOMMES DE PEINE, TERRASSIERS, PORTEURS · texte numérisé non relu

HOMMES DE PEINE, TERRASSIERS, PORTEURS

généraux de terrassement, de démolition, de construction de chemins de fer, etc., ils vivent au jour le jour, sans aptitude professionnelle, ajoutant presque toujours aux fatigues d'un travail pénible l'absence de toute hygiène privée. — Mal vêtus, mal nourris, vivant dans des bouges infects où plusieurs couchent à la foi§, livrés à l'ivrognerie, ils payent un large tribut aux épidémies. Ils sont sujets aux rhumatismes et aux affections catarrhales des voies respiratoires et digeslives. (Lamotte, Mém. sur le service médico-chirurgical de la construction du chemin de fer de Lisieux à Honfleurj in-8°, 1863). — La pneumonie et la néphrite albumineuse seraient fréquentes chez eux (Shann). — Les affections chirurgicales sont nombreuses et trouvent leur cause dans les éboulements, les chutes, les éclats de pierre, le heurt et le choc d'instruments, etc.

Ce que nous venons de dire dos terrassiers peut s'appliquer, en grande partie, aux ouvriers employés à rexploitation des forêts. Nous retrouvons ici la môme influence fâcheuse des intempéries de l'atmosphère et d'une pitoyable hygiène privée. D'une autre part, le travail des bûcherons se rapproche sous bien des rapports de celui des charpentiers. (Voy. Charpentiers.) Rouget a insisté particulièrement sur les dangers de l'abattage des arbres, qui devient la cause de contusions graves, de fractures et parfois d'écrasement par suite de l'imprévoyance des ouvriers, ou de la difficulté de gagner en temps utile un refuge assuré. Combien de fois n'en a-t-on ^oint vu s'efforcer de devancer à la course l'arbre qui chancelle, au risque d'être atteints! Pendant le transport des bois abattus, c'est dans le chargement et déchargement des chariots qu'un accident arrive ; c'est aussi aux endroits où les routes de montagne décrivent des courbes à petil

rayon. A chaque instant, en effet, le conducteur, obligé alors de faire manœuvrer Farrière-train du chariot au moyen de la perche qui y est adaptée > est exposé à être écrasé. (Rouget, Note sur les ouvriers employés à Vexploitaiion des forêts de sapin, in Am. d'hyg.publ.y 1861.)

Maximi Vermois, De la main des ouvriers et des artisans au point de vue de rtiygiène et de la médecine légale (Annales d'hyg. publ.^

2« série, 1862, t. XVII).

■ORLOCiERis. — La plupart des causes de maladie que Von relève chez les bijoutiers et les orfèvres se rencontrent chez les horlogers. TeUes sont : la vie sédentaire^ Tatiitude courbée, Texercice professionnel des doigts , l'application soutenue des yeux à un travail minutieux. C'est pourquoi les troubles de la vue, le spasme des fléchisseurs des doigts, les afTcctions dyspeptiques et l'anémie se retrouvent au premier rang dans la pathologie professionnelle des horlogers. Mais il est une cause d'accidents qui agit plus particulièrement chez eux : c'est l'absorption des particules cuivreuses pendant les différentes opérations d'horlogerie. L'ouvrier qui polit les roues, celui qui finit les mouvements, celui qui repasse les pièces finep et les agences (repasseur, remonteur) ; celui encore qui tourne les plaques des cuvettes, des boîtes (arrondisseur, monteur de plaques), ou bien qui grave au burin des dessins ou des légendes (guillocheur-graveur), tous ma** nipulent sans cesse un métal dont les particules sont absorbées soit par les poumons, soit par les voies digestives. Perron, qui a publié un travail sur les maladies des hor^ logers de Besançon, décrit ainsi les symptômes de cette absorption : « Les horlogers ont le pouls fréquent, la peau chaude et la gorge sèche, et généralement sont très-

altérés. Bon nombre d'entre eux se plaignent de douleurs à répigastre, aux reins, à la tète ; beaucoup sont sujets aux indigestions, aux entérites, à la diarrhée; quelques-uns seulement ressentent des picotements.et de la constriction au pharynx. C'est là un véritable empoisonnement professionnel amenant à la 'longue une détérioration de l'organisme, sous l'influence de laquelle, l'irritation produite, à chaque instant, sur les poumons par les particules métalliques dégénère en phthisie. Perron établit, d'après ses relevés de statistique, que pendant qu'à Besançon la moyenne est de 14 décès de phthisie pour 100 décès; pour les horlogers, cette moyenne est de 64 décès de phthisie pour i 00 décès. — Déjà Lombard (de Genève), observant dans un milieu favorable, avait noté cette fréquence de la phthisie chez les horlogers, principalement chez les faiseurs d'aiguillés de montre, où la proportion des décès de phthisie est représentée par le chiffre élevé de 55 décès sur 100 décès, et chez les polisseurs de ressorts par celui de 35 sur 100. On retrouve ici l'influence funeste sur les poumons de l'absorption des molécules d'émeri, d'acier et de silice. — Plusieurs auteurs ont combattu les opinions de Perron, mais aucun n'a essayé de nier la vérité de l'énorme proportion de phthisiques qu'il donne poUr les horlogers de Besançon. C'est ainsi que, suivant Druhen, la plupart des maladies observées chez ces artisans seraient dues à l'inconduite et à la débauche. Muston accuse surtout l'encombrement et la vie sédentaire.

Nous persistons à croire, malgré ces auteurs et malgré Lebon, qui, examinant la question de l'intoxication par la poussière de cuivre chez les horlogers, s'est efforcé de réfuter les conclusions du mémoire de Perron : que les accidents d'intoxication cuprique sont fréquents chez cette

catégone d'ouvriers, et que le point de départ des dégénérescences caséeuses des poumons qui constituent, en grande partie, la phthisie professionnelle des horlogers, trouve sasource dans rirritation mécanique des poussières agissant, d'une façon continue, sur les voies respiratoires. Voici, d'après Lombard (de Genève), les chiffres établissant la durée de la vie moyenne chez les diverses catégories d'ouvriers employa aux ouvragés d'horlogerie: Il faut les regarder comme singulièrement entachés d'optimisme. Guillocheurs, 58 ans; faiseurs de verges de montre, 56; horlogers, 55 ; faiseurs de ressorts, 54 ; faiseurs de cadrans, 53; monteurs de boîtes de montres, 52; emboîteurs de montres, 42. Toutefois la moyenne générale de la profession donne le chiffre de 52 ans, inférieure à la moyenne établie par l'ensemble des professions, qui est de 55 ans.

Hygiène. — On pratiquera la ventilation générale des ateliers et une ventilation spéciale des établis, surtout dans le polissage des aiguilles et des ressorts de montre. (Voy. Aiguiseurs.) On prescrira l'usage d'un masque préservateur des poussières. Les horlogers feront des ablutions fréquentes de la bouche, et se brosseront les dents avec une poudre dentifrice , afin d'en détacher l'enduit vert dont elles sont souvent recouvertes. (Voy. CuiVRE.)Les accidents gastriques seront combattus par l'usage des boissons calmantes et du lait. Une alimentation réparatrice dans le cas de tendance à l'anémie professionnelle ; des promenades fortifiantes, un exercice bien entendu toutes les fois que cela sera possible ; la privation de tout excès alqoolique et de débauche : tels sont les moyens de prévenir et de combattre les tendances morbides d'une profession sédentaire par excellence.

Druhen, Comptes rendus de TAcadémie des sciences» heUes-lettrei el

arts de Besançon, 1859. — MUSTON (de Beaucourt), in Société d'émulation de Montbéliard, 1859. — Perron, Des maladies des horlogers produites par le cuivre et l'absorption des molécules cuivreuses (Bulletin de la Société médic. de Besançon, 4860, n« 10, et Annales d'hygiène publique, ^ série, t. XYI, p.. 70). — Lebqn, Phtjiiftie et Horlogerie, in-8o, Besançon, 1862.

■•viLLECRis. — Nous diviserons la pathologie professionnelle des bouilleurs en deux parties ; la première comprendra toutes les maladies qui sont le résultat de causes générales agissant d'une manière continue sur l'organisme; dans la seconde nous traiterons spécialement des divers accidents qui surviennent dans les houillères.

I. Le milieu et le travail professionnel, tels sont les deux éléments primordiaux de l'étiologie générale.

A. Action du milieu professionnel. — La nécessité de passer une grande partie de sa vie dans les profondeurs de la terre place le houilleur dans des conditions tellement différentes du milieu normal , que tout son oi^anisme en subit des modifications essentielles qui, malgré l'assuétude, dégénèrent forcément en prédispositions morr bides. C'est ainsi que l'une des plus importantes fonctions de l'économie, la respiration, se fait dans une atmosphère plus ou moins impropre à l'entretien de la vie. L'absence prolongée de la lumière solaire, les variations de* la température ambiante, l'extrême humidité des galeries, l'altération, dans sa composition, de l'air respirable : telles sont les causes générales qui agissent d'une manière continue sur la santé des bouilleurs. L'âge trop peu avancé auquel ils commencent en général leurs travaux les rend éminemment propres à subir une telle influence. En Angleterre, sur mille bouilleurs, 39 pour 100 commencent à travailler entre dix et îreize ans; et 49 pour 100 avant quatorze ans (Peacock). « La plupart des enfants employés au

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travail des mines de houille dans l'est de TÉcosse, dit Scott- Alison, sont maigres, décharnés, et décèlent, par la contraction de leurs traits ainsi que par la couleur blafarde et jaunâtre de leur teint, la détérioration précoce de leur santé. On observe chez eux une disposition fâcheuse à contracter les maladies, et une grande imperfection dans le développement du corps. >

L'anémie, telle est l'affection qui domine, en effet, toute la pathologie du bouilleur ; elle est comme une porte ouverte à toutes les maladies, elle en ïarme le fond, et vient les compliquer toufes.

L'air des houillères est profondément vicié par divers agents dont les uns proviennent de la mine elle-même; les autres naissent de l'acte respiratoire du travailleur. L'oxygène subit une diminution par la raréfaction de l'air résultant de la chaleur, par la combustion des matériaux de la mine, et surtout par la combustion respiratoire^ l'acide carbonique augmente au contraire notablement. On trouve dans cette atmosphère les traces d'hydrogène carboné, d'oxyde de carbone, d'hydrogène sulfuré, et une quantité considérable d'azote. Or, sans atteindre des proportions dangereuses et pouvant amener l'asphyxie, il faut reconnaître, avec le conseil de salubrité de Liège, que l'acide carbonique peut, dans les proportions de 1 pour 100, déterminer sur la santé une aclion lentement nuisible; et malgré l'acclimatement, malgré l'accommodation de l'organisme, il en résulte une diminution de l'activité ou du nombre des globules du sang, et la sécrétion du sucre hépatique s'amoindrit (Cl. Bernard), ce qui semble encore nuire à l'intégrité de ces globules (Lehmann).

Or c'est dans cette destruction ou dans cette formation en moindre quantité des globules sanguins qu'il faut chercher la cause de l'anémie des mineurs en général, et s'il

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se manifeste une difficulté de respirer, elle est due à ce que les globules qui sont chargés de porter l'oxygène aux tissus ont diminué de nombre. (Germain Sée, Maladie des mineurs d'Anzin, in Isçons sur les anémies.)

On peut donc considérer les bouilleurs comme en proie à une asphyxie lente; mais il est des circonstances où l'asphyxie menace rapidement les ouvriers : c'est lorsque, par une mauvaise disposition des galeries, des gaz irrespirables se sont accumulés au fond, et surtout lorsqu'on vient à pénétrer dans celles qui ont été abandonnées depuis longtemps.

Un des symptômes fréquents de l'anémie des bouilleurs et de l'inspiration d'un air vicié par l'oxyde de carbone et l'acide carbonique, c'est l'affection que Kuborn a décrite sous le nom de vertige nerveux essentiel.

Dans la plupart des galeries, l'humidité est considérable; l'air se trouve presque toujours rapproché du point de saturation; souvent l'eau dégoutte constamment des parois, et les ouvriers travaillent dans l'eau. Celle humidité est d'autant plus défavorable que la température est toujours élevée.

L'exagération des combustions organiques trouve en effet dans la transpiration cutanée et pulmonaire une voie d'élimination des résidus comburés; mais, plus l'air ambiant est voisin de son point de saturation, plus cette transpiration éprouve de la difficulté à se produire, d'où une accumulation des produits d'excrétion dans l'organisme, sous l'influence d'un travail professionnel des plus pénibles. Les ouvriers ressentent alors une fatigue extrême; ils sont sujets à des douleurs et à des congestions des lombes et des membres.

La température varie dans les galeries suivant leur profondeur, leurs dimensions, leur direction ; de là des alternatives de chaud et de froid qui occasionnent chez les houii-

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leurs de fréquentes affections catarrhales et rhumatismales.

Le catarrhe chronique des bronches est, en effet, avec l'anémie, là maladie que l'on rencontre le plus communément chez ces ouvriers, et il n'est pas, suivant Boëns Boisseau, d'affection présentant à un plus haut degré le cachet professionnel. On peut lui reconnaître deux périodes : la première est caractérisée par de la toux, principalement le soir, un essoufflement rapide, des douleurs vives dans la poitrine, un accès d'asthme, surtout l'hiver. Le malade expectore abondamment des crachats noirâtres ; on constate des râles secs répandus dans les deux poumons, avec râles humides en arrière et en bas. Dans la seconde période, l'oppression est continuelle, la toux opiniâtre, les accès d'étouffement très-fréquents, l'expectoration toujours noire, la poitrine est souvent déformée ; la face est pâle et anxieuse, la démarche lente et affaissée. Les lésions anatomiques sont celles du catarrhe et de l'emphysème avec une coloration noire de tout le tissu pulmonaire, coloration très-intense due, le plus souvent, à un dépôt de molécules de charbon.

Tel est le tableau ordinaire de la maladie désignée par les médecins anglais sous les noms de crachement noir, anthracose (Stratton), pneumo-mélanose (Brokmann), etc.

C'est cet état d'infiltration noire des poumons, sans traces de pus ni d'ulcération parenchymateuse, qui a pu faire croire à quelques auteurs, Virchow entre autres, reprenant du reste en cela les opinions de Barruel et de Breschet, que l'on avait affaire à un dépôt de granulations jpigmentaires et non de matières charbonneuses. Mais au microscope de Virchow on peut opposer les observations microscopiques de Monneret, Cruveilhier, Ghevreul,Henri Leconte el Barlh, qui ont parfaitement reconnu le charbon inhalé.

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Suivant Brockmana et Natalis Guillot, ces dépôts ne seraient autre chose que du charbon, qui est formé de toutes pièces dans les poumons, pendant la durée de la vie. Cette opinion a pour elle ce fait déjà signalé, que l'oxygène de l'air respiré par les ouvriers dans les houillères est en quantité insuQisante pour brûler tout le carbone de l'organisme. — En admettant, avec Kuborn, que l'emphysème peut être le résultat des troubles généraux de l'hématose, et si nous rapprochons de cette manière de voir ce fait d'observation que la nature des gaz inévitablement res* pires dans les houillères peut donner naissance à un asthme spasmodique, et que celui-ci, lors des brusques changements dans la température des gaz respires, est accompagné d'une abondante sécrétion de mucus qui détermine l'emphysème (Wilson), on comprendra pourquoi, après avoir «xagéré l'action des particules charbonneuses absorbées, jusqu'au point d'en avoir fait une cause inévitable de phthisie, on a de la tendance aujourd'hui à les regarder, les uns, comme une simple complication d'affections pulmonaires préexistantes : bronchite, emphysème ; les autres, comme complètement inoffensives; d'autres, avec Vernois, comme pouvant avoir au contraire une action neutralisante des mauvaises conditions où vivent les charbonniers..

Ce qu'il faut conclure de tout cela, c'est que la maladie dite asthme ou emphysème des bouilleurs n'est point une; mais que, le plus souvent, la cause déterminante est l'irritation incessante des bronches par le charbon provenant des matériaux de la mine et de la fumée des lampes.

Le catarrhe bronchique et l'anthracose sont suivis pres^ que infailliblement d'un emphysème supplémentaire qui fmit par déterminer une oblitération des capillaires, et plus tard une dilatation hypertropliique du cœur (Riembaud).

Dans quelques circonstances et suivant les prédisposi-

lions individuelles, les poussières non expectorées s'accumulent dans les voies aériennes, forment de petits amas globuleux qui deviennent autant de foyers d'irritation parenchymateuse, se ramollissent et se séparent; il y succède des cavités plus ou moins considérables, qui peuvent se réunir, et former des cavernes anfractueuses. Les symptômes de la maladie sont bien alors ceux de la consomption pulmonaire, et le nom de phthisis melanica (Gih^ son), black phlhisis, phthisic noire des Anglais, lui convient parfaitement.

La cause qui semble le plus favoriser une si funeste évolution du mal, c'est In nature du charbon absorbé. Le charbon sec, en effet, dont les grains pulvérulents agissent comme les poussières siliceuses, doit être surtout meriminé ; les houilles humides et grasses n'entraînent peint de semblables accidents.

D'une manière générale, il a été constaté que sur 100 houilleurs succombant à une mbrt naturelle, 53 étaient emportés par des maladies des organes de la respiration, et 47 spécialement par l'affection désignée sous le nom d'asthme professionnel.

Parmi les autres maladies, l'angine gutturale, la fièvre continue, la diarrhée et la dysenterie ont été signalées par Deroarquette comme fréquentes chez les houilleurs de Courrière-Billy et Hénin-Liétard ; la fièvre intermittente a été observée par Schirmer chez les houilleurs du Grunbcrg.

Mais, après Tanémie, le catarrhe chronique des bronches, l'emphysème et le rhumatisme, viennent par ordre d'iin* portance, selon Kuborn, les affections organiques du cœur.' GeHes-ci reconnaissent pour causes toutes les maladies précitées : 1^ troubles chimiques^erhématose dans Fané* mie; 2® obstacle à la circulation pulmonaire dans les affections des voies respiratoires; 3"^ inflammation colnci-

dan te des séreuses cardiaques dans le rhumalisme. — Il faut adjoindre à cette étiologie les diverses difformités et les efforts musculaires violents, conséquences de Tattitude et du mouvement professionnels dont nous allons étudier les funestes effets sur l'organisme.

B. Influence du travail professionnel (altitudes et movr vement). — Celte cause particulière d'affections chez les bouilleurs n'avait point échappé aux premiers observateurs. Nicolas Skragge, dans sa thèse inaugurale (1777, Upsal), s'exprime ainsi : « Ceux qui tirent le charbon de .terre de la mine deviennent tout contrefaits à cause de la posture qu'ils sont obligés de prendre dans leur travail. » — Un grand nombre de ces ouvriers deviennent boiteux ; ce résultat déplorable du travail des mines est surtout commun en Angleterre, dans les districts où le mode d'exploitation est le moins favorable à la santé, particulièrement dans le Derbyshire, le Yorkshire, le Lancastre et l'Ecosse. Orî l'observe eiicore, quoique moins souvent, dans le Staffordshire. Dans le Derbyshire, les enfants qui ont été occupés de bonne heure dans les houillères ont presque tous les jambes arquées (J. M. Fellows).

Dans l'ouest du Yorkshire, les ouvriers qui ont atteint l'âge de quarante-cinq à cinquante ans s'en retournent de de leurs travaux comme s'ils étaient perclus : leur marche est roide ou boiteuse. Là où le peu d'élévation des galeries souterraines oblige les ouvriers à se tenir baissés, on observe chez eux de fréquentes courbures de l'échiae, et les enfants ont souvent ce qu'on appelle des poitrines de poulet (chickes-breasted), (J. C. Symous, in First Reporl of the commission for inquiring into the Employment o( children and young persons in Mines and ManufadorieSj presented to bolh bouses of parliament by command of hcr Majesty, 1842.)

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Boëns Boisseau a fait les mêmes remarques chez les bouilleurs de Belgique. Il signale principalement la cambrure des jambes, la pointe des pieds en dedans et les mollets en dehors; et la déformation du bassin, avec courbure exagérée des vertèbres lombaires, et projection de l'angle sacro-vertébral vers le pubis. De pareilles difformités reconnaissent pour causes prédisposantes la constitution chétive des jeunes ouvriers, et le maintien plus ou moins prolongé d'une même attitude, souvent fort pénible,, pendant le travail. Chez les femmes employées aux houillères, Scott-Alison a particulièrement insisté sur Tinfluencc fôcheuse de ces déformations sur la grossesse et Taccouchement.

La tâche du hiercheur, qui consiste à tirer ou à pousser des chariots remplis de houille, souvent en rampant à quatre pattes, dans des galeries basses et étroites, e$t des plus préjudiciables à la santé. Il n'y a pas de maladie, suivant Wilson, qui alïecte aussi souvent les bouilleurs que les douleurs dans la région lombaire. 11 les regarde comme une variété de lumbago causé par l'attitude forcée, et de grands tiraillements dans les muscles de la partie affectée.

Les ouvriers employés à la taille présentent, le plus souvent, une induration de l'épiderme qui recouvre et avoisine le genou et le coude, puis parfois, et par suite d'une pression trop prolongée, une inflammation phlegmoneusc sous-cutanée. Fréquemment cette inflammation se développe dans une bourse séreuse accidentelle dont ia formation a^ été provoquée par le frottement de ces parties sur le sol.

Les entorses des articulations tibio-tarsiennes et radiocarpiennes sont souvent le point de déi)art d'hydarthrose, d'arthrite ou de tumeur blanche (Demarquelte). La coxiilgie'a été signalée comme fréquente chez les ouvriers delà

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veine, les chargeurs de taille qui extraient le charbon, et les hiercheurs qui font circuler les wagons. Chez ces der* niers, d'après les remarques de J. C. Symous, le sommet de la tête est souvent dépouillé de cheveux. « La peau en est épaissie, enflammée, dit cet auteur, et présente toute Tapparence de la teigne, par suite de la pression ou du frottement qu'ils éprouvent en poussant les wagons et les traîneaux, et cela malgré l'espèce de coussinet dont ils font généralement usage pour se préserver le haut de la tête. » IL Accidents. — Les houilleurs sont exposés à des accidents nombreux et variés, dont les causes sont, par ordre de fréquence, les éboulements, les explosions des gaz carbonés, les chutes dans les puits, la rupture des chaînes, câbles ou échelles, la rencontre de cuffats, les cages ou bennes portées aux poulies, une fausse manœuvre au départ ou i l'arrivée des cages, l'action des gaz délétères, les coups de mine, les coups d'eau ou inondations, l'explosion de chaudières, etc. Le tableau suivant nous fera connaître la nature des accidents survenus dans l'exploitation des mines de houille de la Grande-Bretagne, pendant les années 1861-6^-GG, le nombre de morts causées par ces accidents, et le rapport de gravité de chacun d'eux, c'est-à-dire la proportion de décès par accident. Ce tableau a été composé avec les documents publiés dans les Annales des mines (Notice relative aux accidents survenus dans les mines de houille de la Grande-Bretagne en 1862, par Gallon, ingénieur en chef,.profess. à Técole des mines (An. des mines, tome VI, 18G4); et statistique des accidents dans les mines de houille du Royaume-Uni en 1866 (Ann. des mines, 1868)» Les chiffres des accidents de même nature arrivés pendant ces trois années ont été additionnés par nous, et le nombre des morts comparé au nombre des accidei^ts*

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