TAILLEURS DE PIERRES, CANTONNIERS, MARBRIERS
— Les maladies qui atteignent plus particulièrement les casseurs de cailloux, les marbriers, les tailleurs de pierres meulières, etc., sont de deux sortes : les unes, intrinsèques, dépendent de la nature même du travail profession-
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nel; les autres, extrinsèques, sont la conséquence des iotempéries de Tatmosphère.
Le travail des cantonniers, qui consiste à casser les cailloux destinés à former les chaussées, nécessite une position fatigante ; le tronc est fortement courbé en avant, les extrémités inférieures sont immobiles et les membres supérieurs seuls sont actifs pour soulever incessamment la masse de fer dont ils font usage. -^Les tailleurs de pierres se servent du ciseau et du marteau. Debout auprès de la pierre, ou penchés sur elle pendant le travail, à Texception des avant-bras, peu de muscles sont en mouvement, et Tampliation de la poitrine ne peut point se faire convenablement. Il en est de môme chez les scieurs de marbre et de pierres.
Ces attitudes vicieuses entraînent, à la longue, descoarbures et des déviations du tronc. Elles gênent Texpansioa respiratoire et provoquent des congestions pulmonaires qui pi:édisposent aux affections organiques du cœur. — Le mouvement professionnel imprime aux muscles du bras un développement considérable, mais occasionne souveol des douleurs dans les articulations de l'épaule et du poignet. — Les durillons forcés, la crépitation- des tendons, les inflammations du derme de la main, sont peut-être plus fréquents ici que partout ailleurs.
La pression des genoux contre la pierre qu'ils travaillent amène la formation de callosités épidermiques, et parfois une inflammation assez vive au-dessous de la peau de la région prérotulienne.
Les blépharites chroniques, les lésions traumatiques des yeux s'observent communément chez tous ces ouvriers. Tantôt ce sont des fragments de silex qui sautent avec une grande force sous la masse qui les brise, et qui, lorsqu'il^ atteignent les yeux, y occasionnent presque toujours des
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blessures graves; tantôt c'est une infinité de particules aiguës et tranchantes, accompagnées d'étincelles et de fragments d'acier, qui jaillissent à chaque coup de ciseau que donne le tailleur de pierres. Plaies et perforation de la cornée, opacité de cette membrane, et toutes les conséqueiices des inflammations profondes de Tœil, tels sont les résultats ordinaires de ces lésions traumatiques.
Mais les affections que Ton rencontre le plus communément chez eux, ce sont les inflammations chroniques des bronches et des poumons.
Wepfer, le premier, avait remarqué que les 'ouvriers de la carrière de grès de Waldshut, en Suisse, succombàienl presque tous à la phthisie pulmonaire (1727).
Allison dit qu'il est rare que les tailleurs de grès des environs d'Edimbourg atteignent l'âge de cinquante ans, et. qu'ils meurent presque tous de consomption. — ^Leblanc, observant dans les carrières de Saint-Roch (1775), aux environs d'Étampes, donne le nom de maladie de Saint- Roch à l'affection des poumons qu'il a rencontrée chez le plus grand nombre. Comme on le voit, la maladie professionnelle des tailleurs de pierres est connue depuis longtemps. Celle-ci n'est autre qu'une inflammation chronique des poumons, précédée de catarrhe bronchique, et presque toujours suivie d'ulcérations parenchymateuses. Elle est due à la pénétration de particules siliceuses dans les voies respiratoires. Ces poussières, incomplètement évacuées par l'expectoration, se réunissent en petits amas qui obstruent les cânalicules bronchiques et les vésicules pulmonaires. Il en résulte une gêne persistante da l'hématose entraînant, à sa suite un dépérissement lent et progressif.
Les tailleurs de pierres sont sujets aux troubles dyspeptiques, à l'essoufflement et aux palpitations de cœur. —
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Leur constitution s'use vite, et c'est tout au plus, suivant le docteur Durwell, de Guebwiller (Alsace), s'ils fournissent une moyenne de quinze à seize ans de travail, plus une année d'incapacité de travail.
Suivant Beltz, qui a observé dans les carrières de grès vosgien, à Osenbacii, le terme moyen de l'existence des tailleurs de pierres serait de trente-huit à trente-neuf ans. D'après Eulenberg, sur 115 décès arrivés dans l'espace de quinze ans, 106 ont eu lieu par affection pulmonaire. Quant au rapport des décès par 100 vfvants, la moyenne est, pour une période de sept années, de 6,47 par an.'
Peacock, qui a observé en Angleterre, sur les tailleurs de
[lierres meulières, donne comme durée moyenne du travail e chiffre peu considérable de neuf années. « Et encore, ajoute-t-il, comme il leur arrive assez souvent de quitter leur état pendant un certain temps, cette durée moyenne de travail est peut-être au-dessus de la vérité !»
On comprend que l'attitude penchée qu^prennent les ouvriers, en gênant l'expansion compléter de la cage thoracique, vient favoriser encore les troubles congestifs des poumons. On a, en effet, signalé chez eux la fréquence des crachements de sang.
Tout en différenciant l'affection professionnelle de la phthisie tuberculeuse, les auteurs s'accordent pour regarder la profession comme éminemment favorable au développement des tubercules chez les ouvriers qui portent en eux le germe d'une prédisposition héréditaire. — Mais si la cause vraiment déterminante de l'ulcération parenchymateuse est l'inspiration des poussières siliceuses, les causes ordinaires de refroidissement auxquelles ils sont plus que tout autre exposés, occasionnent fréquemment chez tous ces artisans des catarrhes et des phlegmasies