‹ Hygiène des professions et des industries, précédée d'une étude générale des moyens de prévenir et de combattre les effets nuisibles de tout travail professionnelChapitre 78 sur 98 · TAILLEURS DE PIERRES, CANTONNIERS, MARBRIERS · texte numérisé non relu

TAILLEURS DE PIERRES, CANTONNIERS, MARBRIERS

Les sous-sols et le travail à l'air .libre sont également mauvais (Peacock).

A la Ferté-sous-Jouarre, on a remplacé les anciens ateliers fermés par de vastes hangars grillés où les ouvriers travaillent à peu près au grand air. L'absorption des poussières est naturellement diminuée ; mais elle ne laisse pas de produire encore de funestes effets.

5° On empêchera l'inhalation des poussières en se couvrant la bouche et les narines avec un masque préservateur. Durwell a proposé le masque suivant. Il se compose de lunettes auxquelles est fixé un ressort d'horlogerie qui vient s'appliquer, de chaque côté, au-dessus des pommettes ; k ce ressort * est suspendu un morceau de mousseline formant un trapèze à base supérieure. Des quatre angles de .ce carré de linge partent quatre rubans; les deux supérieurs se rendent directement des commissures de la bouche derrière la tète, les deux inférieurs s'entre-croisent sous le menton, et sont, comme les précédents, liés derrière la tête. Ce masque une fois fixé, l'ouvrier peut à volonté se découvrir ou se voiler la bouche, en remontant le cadre sans dénouer les cordons. — Nous ne saurions trop en recommander l'usage.

A la Ferté-sous-Jouarre, où la population ouvrière, dit Freycinet, est décimée par les accidents qu'entraîne le piquage des meules, quelques ouvriers se servent de l'appareil Poirel dit absorbant hydraulique. Cet appareil se compose essentiellement d'un masque supportant un petit réservoir d'eau, à travers lequel se fait l'aspiration, et surmonté d'une soupape par laquelle se fait l'expiration. Les poussières les plus ténues sont absorbées par la mince nappe liquide que l'air est obligé de traverser ; l'eau est renouvelée toutes les deux heures en moyenne^ et on la voit alors fortement chargée de matières étrangères.

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6® On n'admettra dans la profession que des hommes vigoureux et ayant acquis leur développement. Tout soupçon d'affection tuberculeuse héréditaire sera une cause d'élimination.

7^ Une fois les accidents pulmonaires confirmés, on conseillera à l'ouvrier malade de changer de profession.

Wepfer, Obsen-ationes raed. pract. de affect., etc. observ. CIV, Sca^ phusii, 1727. — Allison, Edinburgh medico-chirurgical transactions, vol. II. — Leblanc, Mém. sur la form. et le durcissement du grès, avec la description de la maladie singulière qui atteint les ouvriers qui piquent ou taillent cette sorte de pierre (Précis d*opér. chirurg., 1. 1, Paris, 1775, in-S»), — Pbacock, Phthisie des tailleurs de pierres meulières françaises, extr. par Beaugrand in Ann. d'hyg. publ., 1860. — L. Beltz^ Recherches sur les causes de la mortalité des tailleui's de pierres et sur les moyens de les prévenir, thèse de Strasbourg, n'> 600, 1862. -j- Eulenbebg, Observations statistiques et prophylactiques sur les ouvriers exposés aux poussières siliceuses (Ann. d'hyg. publ., 1863). — Fetlz, Maladie des tailleurs de pierres, pathogénie et anatomie pathologique (Gaz. médic. de Strasbourg, 1865).

TÉLÉGRAPHE (EMPLOYÉS Du). — Ces emplpyés seraient sujets aux troublés fonctionnels de la vue. (Voy. Pathol. GÉNÉRALE, p. 23.) — « Il paraît avéré, dit Ernouf, que la contemplation assidue de la rotation de Taiguille des cadrans électriques produit un effet fâcheux sur les organes visuels d'un certain nombre d'employés. Après un service laborieux et surtout après un service de nuit, la rétine demeure fréquemment affectée d'une sorte de trouble de gémination qui, pendant un temps plus ou moins long, ne permet plus d'apercevoir les objets que doubles et comme dans un brouillard. y>

Ernouf, Troubles de la vision chez les employés de la télégraphia électrique (Monit. des sciences médicales, 1861).

TfSSERANBS. — Rien n'est sombre comme le tableau que la plupart des observateurs nous ont tracé de la santé des tisserands : « Pâles, étiolés, bouffis, languissants, dit Pâtissier, ils sont exposés à toutes les maladies qui ont leur siège dans les viscères du bas-ventre, telles que l'engorgement chronique du foie, de la rate, l'hydropisie ascite, les hémorrhoïdes, etc.. Ils sont, de plus, sujets à l'asthme, et se plaignent de palpitations et de maux de nerfs de toute espèce. » Villermé (1839) et Thouvenin (1846) s'expriment à peu près en ces termes, et Seemann (de Berlin), en 1863, ne fait que répéter ce qu'ont déj^dit ces observateurs.

La vie sédentaire, l'attitude professionnelle, l'humidité qu'exigent l'encollage et la confection des toiles, les privations physiques de toute sorte : telles sont les causes qui agissent, de la façon la plus funeste, sur la santé des tisserands à bras.

Le tissage à bras, en effet, malgré les progrès du tissage mécanique, est encore, le plus souvent, employé pour les étoffes façonnées. Certaines étoffes unies même sont exclusivement tissées à la main: telles sont celles en laines cardées, en laines peignées, et la soierie en grande partie.

C'est principalement chez les tisseurs de soie que l'on retrouve aujourd'hui la plupart des affections signalées comme propres à la profession. Il y a peu de métiers dans lesquels les maladies chroniques soient aussi communes. — Assis sur un plan dur et incliné, le corps penché en avant et appuyé sur la poitrinière en bois sur laquelle passe l'étoffe tissée, Jes tisserands à bras font mouvoir alternativement avec les pieds les marches du métier, tandis qu'avec les mains ils lancent et relancent la navette contenant la trame. — Il n'est pas d'attitude professionnelle plus pénible et plus fâcheuse dans ses résultats.

La[ pression habituelle de la poitrinière contre Testomac donne lieu à des crampes, à des gastralgies, à des troubles fonctionnels des voies digestives, à de la fatigue respiratoire que, suivant Villerràé, viendraient encore exagérer les secousses imprimées au thorax par la percussion du battant sur cette même poitrinière.

La pression exagérée de celle-ci sur le devant du corps amène aussi, chez un graf d nombre, la formation d'une bourse séreuse accidentelle au niveau de Tépine iliaque antéro-supérieure.

Le mouvement répété des membres inférieurs provoquerait, selon Vernois, de la fatigue et des crampes musculaires dans les jambes ; et la pression des pieds sur les marches du métier amènerait, à la longue, une subluxation des orteils, par suite de leur extension exagérée et continue. Ce mouvement, analogue à celui que demande la mise en œuvre des machines à coudre, avait déjà été accusé par Montaigne d'exciter singulièrement les parties génitales.

C'est surtout pour la confection des draps que les mouvements des bras exigent des efforts prolongés, et que les percussions du battant exposent à plus de fatigue à cause de son poids considérable. Chez les ouvriers qui tissent les draps, en effet, on trouve un certain nombre d'affections organiques du cœur que l'on doit attribuer en partie à cette cause, en partie aussi aux rhumatismes qui sont très-fréquents chez tous les tisserands, et que provoque généralement l'extrême humidité des ateliers ou des chambres.

Oïl a vu, dans la confection de certains tissus, des tapis par exemple, les mouvements complexes des doigts donner lieu à des convulsions et des crampes involontaires, véritable spasme fonctionnel des muscles fléchisseurs.

L'application continuelle de la vue, qu'exige la confection du tissu, détermine, à la longue, des congestion», choroidiennes, et à la suite ou primitivement, des amblyopies. (Yoy. Asthénopie prafessionnelky p. 24.)

L'invention du. métier Jacquart, en améliorant l'hygiène privée de l'ouvrier tisseur, ne l'a point mis à l'abri des inconvénients du mouvement professionneL Les allées et venues de la navette, les percussions du balancier qui bat la trame, sont plus fréquentes encore qu'avec l'ancien métier.

Dalmanesche a signalé chez les tisserands à la Jacquart des accidents d'intoxication saturnine causés par la perpétuelle dissémination, dans l'atmosphère de l'atelier, d'une infînité de particules plombiques dues au frottement' continuel des poids en plomb suspendus à chaque maillon. — Plus les ateliers renferment d'ouvriers, plus les accidents sont fréquents, surtout si les ateliers sont peu spacieux et humides. C'est là une cause de maladie qu'il a suffi de signaler pour la faire disparaître en remplaçant le plomb par un autre métal.

L'observation qui suit fera connaître la forme que peut revêtir la maladie. Chez un jeune tisserand de vingt ans, le docteur Pouillet fut appelé, tout récemment encore, à constater les symptômes suivants : la face, est blême, la langue blanchâtre, le bord des gencives bleuâtre, l'haleine saburrale, l'inappétence complète, la soif vive ; depuis quatre jours, plus de selles ; des vomissements ont lieu pendant la nuit avec des efforts effrayants; douleurs hypogastriques insupportables, douleurs à l'épigastre et du côté des lombes, la pression du ventre les exaspère ; la miction des urines s'opère sans souffrance.

En examinant la chambre de travail, Pouillet constata sur le sol, au-dessous des plombs du métier y Texistence

d'une poussière brune impalpable, produite par le fret-tement continu de ces plombs. — Le tra;itement consista en laxatifs, en purgatifs drastiques et en bains sulfureux. L'ouvrier guérit, mais changea de travail. (Journ, de pharmacie et de chimie y 4® série, t. XI, 1870.)

Suivant Seemann , aux inconvénients inhérents à la profession s'ajoutent certaines habitudes vicieuses dont ces ouvriers ne peuvent se défaire, comme, par exemple, de sucer les fils. Lorsque la bobine est épuisée, il y a accumulation de filaments dans le creux de la navette, et quand l'ouvrier place une nouvelle bobine, il attire le fil, en l'aspirant avec sa bouche, à travers l'ouverture latérale de la navette, et aspire en même temps les petits filaments.

Jusqu'à quel point de semblables habitudes peuventelles porter atteinte à la santé? et nous faut-il les regarder comme la cause des inflammations gingivo-buccales que l'on rencontre communément chez ces ouvriers ?

D'après Chatin, une affection commune chez les tisseurs de soie, à Lyon, c'est la phthisie pulmonaire. Fonteret a relevé à l'hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, 2024 décès de 1862 à 1866; sur ces 2024 décès il y a 771 décès par phthisie, plus d'un tiers; et sur cette mortalité de 771 phthisiques on compte 164 tisseuses et 139 tisseurs, près de la moitié. En outre, chez les ouvriers tisseurs, la mortalité la plus forte est de vingt à vingt-cinq ans; et chez les ouvrières tisseuses, on compte à peu près un quart des décès de quinze à vingt ans.

La phthisie est donc une maladie professionnelle chez cette catégorie d'ouvriers, et reconnaît, suivant cet observateur, les causes suivantes : 1 "* immobilité relative du corps pendant (e travail, jointe à la position inclinée en avant; 2° la vie sédentaire; 3° la longueur exceptionnelle de la journée de travail; 4° la vicialion habituelle des ate*

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liers; 5*" une alimentation insuffisamment réparatrice.

Cette seule énumération des causes pathogéniques nous renseigne sur les caractères de cette phthisie. C'est à la tuberculose que nous avons affaire ici; et, comme nous Tavons déjà dit dans la Pathologie générale, p. 21 et 40, elle dépend beaucoup plus de la misérable hygiène privée des ouvriers que de la nature même du travail professionnel

Hygiène préservatrice. — On comprend, d'après cela, combien la salubrité du logement et de l'atelier, l'exercice salutaire au grand air, une alimentation réglée et substantielle, de meilleures conditions d'existence, en un mot, peuvent influer sur le bilan pathologique de l'ouvrier tis* seur. Les ouvriers, avec un peu d'attention, éviteront la plupart des attitudes vicieuses, entre autres la pression de l'épigastre contre la poitrinièrè ; ils se trouveront bien, dans le travail à bras, de faire usage d'un plastron préservateur, et d'alterner le mouvement professionnel d'un membre à l'autre. Enfm, dans les grands ateliers communs, où le .tissage se fait à la mécanique, on mettra en usage tous les procédés industriels d'assainissement et de préservation déjà décrits par nous. (Voy. Hygiène générale.)

ViLLERMÉ, De la santé des tisserands, in Tableau de l'état physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (Ann. d'Iiyg. publ., 1839). — Dalmanesche, Observations sur les causes de la colique de plomb chex les tisserands (Ann. d'hyg. publ., 18ii). — Tiiouvenin, De l'influence que l'industrie exerce sur la santé des populations, chap. vi. Du tissage (Ann. d'hyg. publ., 1846). — Fonteret, De la phthisie pulmonaire chez les ouvriers tisseurs de soie (Lyon médical, 1870).

TO^iVELiERS. — On pourrait, sous bien des rapports, confondre la pathologie professionnelle des tonneliers avec celle des charpentiers et des charrons. Mais, bien que présentant une apparence robuste, les tonneliers, en gêné-

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ra], vieillissent vite, et les statistiques ont montré que la durée de la vie chez eux est au-dessous de la moyenne (Hannover). C'est que, par-dessus tout, et en dehors de toute influence de milieu, ces ouvriers sont essentiellement des hommes de peine. Le travail qu'ils accomplissent est des plus fatigants. Toute la journée debout, ils transportent souvent de grosses pièces d'un point à un autre, et les efforts auxquels ils se livrent deviennent une cause fréquente de hernies.

Pâtissier dit qu'en remuant les tonneaux ils peuvent se faire des blessures graves et se rompre les fibres des muscles des bras et des lombes.

L'habitude qu'ont les ouvriers d'appuyer contre leur poitrine les pièces façonnées avec l'outil appelé plane ou fer recourbé, provoque une fatigue très-grande des voies respiratoires et des douleurs gastralgiques persistantes. Les plaies aux doigts et à la main, les panaris et les phlegmons palmaires sont très-fréquents chez eux. Il est une affection, signe d'identité professionnelle, due aux frottements réitérés des genoux sur les tonneaux et barils, soit au moment dé leur confection, soit lorsqu'on les roule devant soi; c'est le développement et l'irritation de la bourse séreuse prérotulienne , laquelle devient le siège d'un épanchement séreux sanguin et quelquefois purulent (hygroma du genou).

L'humidité des tonnelleries, où l'on met à tremper les diverses pièces de bois qui entrent dans la composition des barils et des tonneaux, devient la cause de bronchiteset de diarrhée catarrhales. Les douleurs rhumatismales, la névralgie sciatique surtout, sont ici très-fréquentes.

Suivant quelques auteurs, les tonneliers seraient aussi sujets à la fièvre intermittente. S'il faut en croire Martineau, qui a singulièrement incriminé les tonnelleries de

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