DU MÊME AUTEUR
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L’Hygiène pour tous. — 3* édition, cartonné. 5 fr.
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AVANT-PROPOS
Je désigne sous le nom de « Sédentaires » tous les « affranchis » du travail manuel : cette condition crée entre eux une ressemblance physiologique, une parenté fonctionnelle, peut-on dire, qui les rend tributaires, à quelques variations près, des mêmes moyens hygiéniques.
Nombre de personnes se figurent que les déplacements qu'elles sont obligées de faire, partie à pied et partie en voiture, soit avant, soit pendant et soit après leur travail, suffisent à l'entretien de leur santé ; et ce n'est pas sans quelque surprise qu'elles se verront rangées, au point de vue qui m'occupe, à côté des gens de bureau. Cependant, si lamarche est le mouvement le plus naturel de notre espèce et son exercice fondamental, elle a l' inconvénient de laisser dans une inactivité presque complète les muscles des bras et ceux.des deux tiers supérieurs du tronc ; poussée à l'excès, elle userait le corps sans lui donner la vigueur que lui procure, si invariablement, le travail manuel.
On croit aussi et plus fréquemment encore, qu'il n'y a qu'une manière de bien se porter : « pour être solide comme les ouvriers, il faut travailler comme eux ». Cette fausse conception pousse des individus habituellement
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sédentaires à se livrer à des travaux de jardinage ou à d'autres exercices soutenus, qui n'ont d'autre résultat que d'aggraver ce qu'un repos prolongé avait commencé. Il ressort pourtant de l' observation la plus simple que le manuel et fimmanuel n'ont pas et ne sauraient avoir la même organisation. Si la plupart des hommes de bureau sont incapables d'être des terrassiers, la plupart des terrassiers sont tout aussi incapables d'être des hommes de bureau : parmi les ouvriers les plus résistants qu'il m'a été donné d'étudier, il n'en est pas un qui aurait pu supporter la vie agitée et les longues veilles de certains commerçants, de certains artistes ou de certains hommes d'Etat.
Et d'abord, l'ouvrier manuel doit s'imposer un labeur digestif dont l'homme de bureau n'a nul besoin. Quelles que soient ses réserves, en effet, et quelle que soit son énergie nerveuse, il ne saurait suffire à un travail mécanique considérable sans faire appel à la fourniture luxuriante qui suit inévitablement toute digestion normale. Ainsi que je l'ai exposé dans V Hygiène pour Tous, l'ouvrier des grands travaux vit sur le précédent repas ou les précédents repas ; et la preuve c'est que la moindre abstinence le met dans l' impossibilité de continuer son travail ; peut-être même qu'il est alors plus faible qu'un sédentaire placé dans des conditions identiques : c'est ce qui faisait dire à Laënnec qu' après deux jours de jeûne, il était plus fort qu'un Fort des Halles. L'homme de bureau, au contraire, peut vivre de si peu, qu'il en arrive parfois à se contenter d'une ration d’entretien qui n'est, au fond, qu'une ration de misère.
Les digestions copieuses ne vont pas sans une production abondante de poisons ; et ceux-ci viennent se joindre, chez l'ouvrier , aux poisons non moins redoutables qui résul-
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tent de V activité musculaire. Ainsi, V imminence d’intoxication qui nous guette tous, suivant la conception très belle de Bouchard, est autrement grande chez le travailleur manuel que chez V homme de bureau, et la jonction antitoxique, que j’ appellerai plus simplement le dépoisonnement, doit y être incomparablement plus puissante.
Elle doit en différer aussi par la qualité, dans une certaine mesure.: les résidus de la nutrition s’éliminent surtout par le rein, les résidus du travail musculaire , à la fois par le rein et par la peau : certains d’entre eux, très probablement ceux qui résultent de la destruction des graisses souscutanées et inter-musculaires, semblent même ne pouvoir sortir que par là. Si l’on tient compte, en outre, de la nécessité pour l’ouvrier manuel d’expulser les plasmas inutiles, en même temps que la chaleur en excès, on comprendra. V importance exceptionnelle que prennent chez lui les deux grandes sécrétions cutanées : sudorale et sébacée. Récemment, le physiologiste américain Atwater a donné de ce fait une démonstration saisissante : un homme qui travaille se défend contre réchauffement en éliminant par la peau, non seulement l’excédent d’eau qu’il consomme, mais encore celle qui, à l’état de repos, passerait par le rein (in Ci au lier).
L’homme de bureau, au contraire, ne sue que par excès de température extérieure, et le liquide qu’il expulse alors est presque uniquement de l’eau. A d’autres moments, il compte principalement sur V émonclion rénale ; et comme certains principes de dénutrition et certaines toxines ne peuvent suivre une voie semblable, celte fausse sécurité le conduit sûrement à V empoisonnement. Celui-ci, peu manifeste tant que l’organisme est dans sa pleine force, devient au con-
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traire très évident au premier déclin, lorsque l'émonction fléchit et que la nutrition se trouble ; c'est alors, entre le travailleur mulassier et l'intellectuel un saisissant contraste, qui ne fait que grandir avec l'âge : l’un s’épuise de plus en plus et l’autre s’empoisonne.
Le remède à l' épuisement est tout indiqué, théoriquement : c'est la réduction du travail mécanique, particulièrement en son facteur vitesse, le plus exigeant des deux. Pratiquement, les ouvriers ne sont pas près d'obtenir celte transformation : il est d' observation vulgaire, en effet, que les travaux manuels deviennent de plus en plus durs en France. Il y a un demi-siècle à peine, nous étions obligés de recourir aux ouvriers anglais pour creuser rapidement les premières tranchées de chemin de fer et faire marcher nos premières forges ; nous avons aujourd'hui des équipes de terrassiers auvergnats et bretons hors comparaison, et des forgerons qui valent bien ceux des autres pays.
Le remède à l' empoisonnement ou, si l'on veut, d'une manière plus générale, aux troubles de la nutrition, est au contraire entre les mains des intéressés : à moins d'une grosse tare originelle ou de graves accidents, quand ils voudront ils seront beaux, quand ils voudront ils seront forts, quand ils voudront ils seront sains. Une certaine culture intellectuelle, très favorable, quoi qu'on en ait dit, à l' épanouissement des beautés du sang, et l' affranchissement de tout travail pénible leur permettront même de reculer, au delà des limites ordinaires, les premières atteintes de la vieillesse aussi bien que le terme de la vie.
Je me propose de leur indiquer ici les moyens d'y arriver. Les différences individuelles sont trop grandes pour que f' aie jamais songé à fixer /’ Hygiène personnelle, et j'ai
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voulu seulement fournir les renseignements propres à l'établir. S'il est vrai que tout homme, parvenu à la maturité, doive avoir assez de connaissances et se connaître assez luiméme pour être son propre hygiéniste, cette faculté doit se rencontrer surtout chez les ouvriers de la pensée, auxquels ce livre s'adresse.
Mon exposition sera simple. Dans l'hygiène sans conditions, j'irai du grand milieu au petit, et de celui-ci à l'individu ; j'étudierai donc successivement : l'habitation, la literie, l'habillement, l'alimentation et l'exercice. Dans l'hygiène conditionnelle, je m'occuperai seulement du milieu, de la saison et de l'âge.
Avril 1905.
TABLE ANALYTIQUE