L'ATELIER DES PROFESSIONS INTELLECTUELLES
jourd'hui au traité des « Maladies des artisans * » si l'on voulait compléter le tableau et le martyrologe de l'industrie moderne.
L'hygiène des proressions intellectuelles a aussi ses horizons nouveaux. Qui a quelque peu étudié ce sujet, ne pourrait plus se contenter aujourd'hui, comme au temps où Réveillé-Parise écrivait, en un style si attrayant, ses conseils sur YHygiène des hommes livrés aux travaux de V esprit, de dicter quelques préceptes à l'adresse des grands poètes, à l'usage de l'aristocratie du génie, des maîtres de la science, des lettres ou des arts ^
Sciences et lettres se sont démocratisées. Les professions intellectuelles se sont multipliées. Voilà le fait indéniable. Et Thygiéniste, qui le constate, doit désormais ftiire, dans sesétudes et ses préoccupations, une part plus grande à ces professions intellectuelles plus nombreuses, plus variées, et plus recherchées que jamais.
IV. — Milieux où travaillent l'auteur, le savant, Vhommedes professions libérales, V artiste,,., l'employé. Idée du nombre des employés en France. — Une étude où Ton voudrait comprendre tous les milieux qui reçoivent les hommes appartenant aux
1. Ramazzini, Maladies des artisanSj édition Pâtissier, Paris, 18:22.
2. Une nouvelle édition de cet ouvrage, mis au courant des progrès de la science, vient d*ôtre publiée par le D' Carrière, Paris, 1881, 1 vol. in-18 jéius.
oc TRAVAILLENT AUTEURS, SAVANTS, ARTISTES? -ta
différentes catégories des professions intellectuelles, et destinés à en subir les conditions plus ou moins antihygiéniques, devrait commencer par l'école pour finir au cabinet du savant, sans négliger aucune étape intermédiaire.
Ainsi, elle ne saurait oublier les innombrables bureaux qu'habite une population chaque jour croissante d'employés, dans ces administrations publiques et privées si multipliées dans notre pays : ministères, sociétés, compagnies financières, industrielles, maisons de commerce, etc.
Il y a là, avec toutes les distinctions, toutes les nuances que comporte le sujet, une variété infinie d'ateliers affectés aux professions intellectuelles, et une armée d'employés de toutes catégories et de tous grades, qui passent leurs journées dans ces milieux si divers. Si la dose du travail y est bien variable, et assez rarement excessive S on retrouve là, dans la grande majorité des cas, les conditions du travail
1. Il De peut 8'a^r là que d'une moyeDoe. A ne prendre que les hommes de bureau, que les personnes employées dans les grandes administrations, des distinctions s'imposent : on ne peut comparer, au point de Tue de Thygiène, le simple employé, sans responsabilité, entrant, sortant, pouvant prendre ses repas à heure fixe, et quelques hauts fonctionnaires et chefs de senrice, chargés d'une très lourde responsabilité, astreints à un travail très fatigant, condamnés, par les nécessités du service, à des heures irrégulières, à retarder indéfiniment leurs repas, et ne pouvant compter sur aucun repos. Quelle compensation aux conditions matérielles plus favorables que peut présenter leur cabinet de travail !
24 l'âtëlier des professions intellectuelles.
en commun, qui se rapprochent de celles de Tétude ou de la classe au lycée : encombrement, cubage d'air insuffisant, éclairage quelconque, tel qu'en a décidé le hasard, air vicié, elc...
Comme le labeur scientifique ou littéraire, le labeur bureaucratique a donc ses esclaves; il a aussi ses victimes.
La question ne manque pas d'intérêt dans un pays comme la France, où les employés de bureau forment un contingent si considérable*.
Pour les chefs ou employés supérieurs, le bureau.
1. 11 est impossible, on le comprend, dMndiquer, même par à peu près, le chiffre des employés de bureau, dans notre pays. Ceux de TÊtat. à eux seuls, constituent une innombrable population dont la statistique exigerait un travail gigantesque.
On ne peut songer à obtenir ou à relever le chiffre des employés de bureau des administrations particulières.
Quant aux administrations publiques, nous n*en interrogerons qu'une seule, celle des chemins de fer.
Sur un chiffre de 183,000, représentant l'effectif du personnel des employés do chemins de fer en France, à la fin de 1878, le personnel assis, le personnel de bureau, figure :
Dans l'administration centrale, pour 2,094
— le service central 4,520
— le service des gares (receveurs, fac-
teurs enregistrants, coihptabics) . . 20,475
— la traction et le matériel 4,495
— le service de la voie 3,622
Total 35,206
Par là, il est facile d'imaginer à quel chiffre on arriverait, si on pouvait établir partout une statistique, fut- elle moins rigoureusc- •^ent exacte.
LE NOMBRE DES EMPLOYÉS EN FRANGE. tS
c'est le cabinet de travail) ne différant pas beaucoup de celui dont nous indiquerons les conditions de salubrité.
Il y a loin de l'auteur qui compose; du savant qui cherche, calcule, combine ; du poète, de Tarliste qui crée ; de l'avocat qui prépare ses causes ; du médecin physiologiste qui épie dans ses expériences les mystères de la vie ; ou du clinicien qui cherche à formuler les lois des phénomènes observés au lit des malades; du professeur qui veut porter dans l'esprit de ses auditeurs, de ses élèves la lumière sur les questions les plus ardues; de l'orateur politique qui met en œuvre toutes les énergies et toutes les ressources de son esprit, pour affronter les luttes de la tribune; il y a loin, dis-je, du travail do ces fiers athlètes à celui du chef de bureau et, à plus forte raison, du copiste, du commis d'écritures, dont la main trace des mots, aligne ou étage des chiffres.
Il ne s'agit nullement ici de mcllre sur le môme plan des travaux, des besognes que sépare un abîme.
Je traite ailleurs cet autre côté du sujet; j'établis des catégories nécessaires parmi ces travaux si divers, en recherchant la part d'influence que l'on peut raisonnablement et scientifiquement attribuer à chacun d'eux sur la santé.
Si une distance énorme sépare, même au point de vue de l'hygiène, la vie de l'homme des professions dites libérales de la vie de l'employé, quelles dis-