EMPLACEMENT, ORIENTATION, EXPOSITION
Il importe que les yeux ne soient pas plus troublés que les oreilles. Dans le cabinet de travail, la lumière ne doit pas pénétrer directement, violemment; elle ne doit entrer que sous forme de lumière diffuse, tamisée, adoucie. L'exposition défendra le cabinet de travail contre le grand éclat du jour, et Tinégalité de l'éclairage aux diverses heures. Le midi y serait intolérable. On ne pourrait lutter contre l'excès de lumière et de chaleur que par un autre excès : l'occlusion des baies d'aérage et d'éclairage, protégées déjà par des persiennes, volets, stores, rideaux. L'exposition ouest laisserait la pièce triste, obscure, froide, surtout aux heures les plus favorables au travail. C'est en effet la première partie de la journée qui convient le mieux pour le travail intellectuel : c'est l'heure où le travail est le plus facile : l'intelligence venant de retrouver dans un repos, dans un sommeil réparateur toute son énergie, et comme une nouvelle jeunesse de ses facultés. Exposé à l'est, le cabinet de travail recevra les rayons du soleil du matin, qui y apporteront la salubrité, et cette impression morale si favorable au travail de la pensée, à l'éclosion et à la justesse des idées. C'est bien à cette pièce que convient, en raison de sa destination, la formule que Vitruve appliquait aux chambres et aux bibliothèques : c Usus matutinum postulat lumen, »
Il y a des exceptions qui s'imposent. Ainsi, l'expé-
rience, d'accord avec la logique, a décidé que le: ..^' ateliers des peintres doivent regarder le nord
^^ Vitruve avait déjà recommandé pour les c pictorun
officincBy » cette orientation nécessaire, parce que dit-il, le jour, égal pendant toute sa durée, main tient toujours les couleurs des tableaux dans leui
même valeur et leur même qualité, c Uti colora I eorum in opère, propter constantiam hcminiSy im
'■t mutata permaneant qualitate. t
Nous compléterons ces données en parlant d( » l'éclairage de jour du cabinet de travail.
II. — Dimensions; cubage d'air du cabinet d( travail. — En raison des conditions où le cabine de travail se présente dans la plupart de nos habitations, on ne doit pas s'attendre à rencontrer um pièce de grandes dimensions. La mode, de plus ei plus accentuée, des appartements complets, tailUi dans un espace superficiel absolument insuffisan pour un logement des plus modestes, nous condamm à des pièces fort exiguës.
Dans un appartement de ce type, on devine ce qu est réservé pour le cabinet de travail.
Sans doute, ce cabinet n'est d'ordinaire habité qu( par une seule personne. Mais encore I A-t-on calcula que les fenêtres n'y seront pas souvent ouvertes; que la durée du travail pourra atteindre, dépasseï même le moment où l'air cesse d'être respirable ?
Dans une salle de réunion, même dans une classe.
'••rJ
MMEKSiOlS ET FORME. 4i
il est bon que les dime&sioiis de la pièce, qae le volume d'air qa^dle renfeniie, supposé par qoaid on y entre, soient aossi grands que possiUe, bien que la limite de la miatic» doire être finalement atteinte dans nn Vaa^ très coorty — qodqœs minotes, â la pièfe n'est pas roitilée.
Mais, dans une fMéce habitée par one seqle personne, comme le cabinet de Irarail, la capacité, le Tolome d'air initial ont infinim«it pins de valeur ; ks causes de viciation réduites k une sorte de minimum, agissant plus lentement, un cubage ccmsidéraUe assurera pour un temps plus long une provision, une réserve d'air pur, que les fissures des fenêtres, des portes, que le tirage de la cheminée concourront à entretenir, ou que Ton renouvellera totalement par l'ouverture, a des intervalles rai^rocbés, des fenêtres du cabinet.
Adm^tons que le eub^ d*air soit suffisant â la rigueur, pour que l'on ne sok pas réduit trop tôt â respirer, une seconde ou une troisième fois, le même air. Est-ee assez de prévoyance, si les dimensions trop étroites de la pièce ne permettent pas de se reposer, de temps à autre, du travail asâs par le travail exécuté en marchant ; si les yoix toujours fixés sur des objets trop rapprochés ne peuvent, en se portant i des distances un peu plus grandes, mettre au repos l'appareil d'acconunodation de l'œil, soumis chez rhomme de cabinet à une tension trop prolongée '
quasi permanente, tension dont on indiquera les dangers et les conséquences dans le chapitre iv de la II* partie?
Loin d'être exceptionnelles, ces conditions sont trop fréquemment celles que pi'ésente le cabinet de travail, dans le plus grand nombre des appartements.
C'est là, c'est dans ce local exigu, sans air, sans ^ étendue, sans perspective, que nos savants, nos écri-
vains, nos orateurs, préparent leurs travaux, leurs livres, leurs discours. Quel contraste entre ces étroits et misérables ateliers de la pensée, tels que les présente notre époque, et les milieux si différents où l'on travaillait autrefois, sous ces admirables portiques ouverts sur la campagne, les montagnes ou la mer : à Tuscuhim, 2iU Laurentum, etc., soit dans ces magnifiques asiles du travail intellectuel qu'avait construits le moyen âge, et dont on admire encore les restes si imposants !... Quels splendides ateliers d'étude, de méditation et de composition, que ces larges et longues galeries, ces cloîtres, ouverts latéralement, donnant sur d'amples jardins, sur un panorama splendide, — dans lesquels les moines se livraient au travail ou à l'enseignement ! Le site de ces vieilles abbayes, était presque toujours si parfaitement choisi ! Si le nombre des travailleurs de la pensée était moindre alors, dans quelles conditions exceptionnellement favorables on pouvait cultiver là les lettres et l'art de la parole publique, l'éloquence I