‹ Hygiène du cabinet de travailChapitre 26 sur 106 · LES ATELIEKS DE TRAVAIL AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LES ATELIEKS DE TRAVAIL AU MOYEN AGE

On peut encore apprécier aujourd'hui, en voyant les vieux monastères de l'Italie, ce que valaient ces asiles du travail, ce qu'étaient les ateliers des penseurs, des écrivains, des orateurs de ce temps. Fautil s'étonner si des savants de la Rome moderne aiment encore à passer quelques mois à l'Abbaye du Mont-Cassin, pour trouver, dans le silence de celte retraite qui domine une contrée admirable, dans le merveilleux spectacle d'une belle nature, et au milieu des richesses accumulées par des siècles de labeurs et de recherches, dans ces bibliothèques sans pareilles, l'inspiration, des ressources bien précieuses pour l'esprit, le calme nécessaire au travail, et cette santé qui double les forces de l'intelligence comme celles du corps*?

Il est bien permis de supposer que des milieux si

1. Le cIo!tre, ou lieu spécialement consacré à la lecture et à rétude, était une partie si importante des monastères, que ces noms sont restés synonymes. Gomme les Romains travaillaient, enseignaient dans leur atrium, les moines travaillèrent et enseignèrent dans leurs cloitres, imitation de Vatrium romain : cloîtres ouverts, dans les pays du Midi, cloîtres pourvus de fenêtres dans les pays du Nord. C'est là que les moines lisaient et étudiaient.' Quant aux copistes, depuis les manœuvres jusqu'aux savants et aux artistes, depuis les scribes jusqu'aux correcteurs et aux enlumineurs, etc., il leur avait été réservé des ateliers de travail spéciaux, dont nous dirons un mot au chapitre v.

C'était là aussi, dans un côté du cloître, garni de bancs, que les enfants confiés aux monastères apprenaient leurs leçons sous la direction de deux maîtres. Un petit meuble {armariolum) servait à recevoir les livres de lecture des Frères, les cahiers et les notes que les enfants tenaient ou écrivaient sous la dictée des maîtres.

U LE CABINET DE TRAVAIL SCIENTinQUEMENT ÉTUDIÉ.

parfaits n'étaient pas sans réagir sur les productions de la pensée. Mais, ce qui ne saurait être discuté, c'est que la santé devait être bien favorablement influencée par une hygiène intellectuelle, si profondément différente de celle à laquelle nous soumet la vie renfermée dans le cabinet de travail de la maison moderne.

III. — Importance de la forme de cette pièce. Le cabinet d'un de nos savants. Le cabinet de Thiers. — La forme du cabinet de travail n'est pas sans importance. Sans doute, cette condition ne remédiera pas à un cubage insuffisant. Mais il y a telle forme qui condamne le travailleur à la position assise, ou debout sans mouvements; telle autre qui lui laisse le choix de se reposer du travail assis, ou debout (devant la table Tronchin, par exemple), par une petite promenade permettant méditation, lecture, lecture à haute voix, récitation, — conditions qui rompent la monotonie du travail assis, et diminuent les effets fâcheux pour la santé d'une même attitude trop longtemps conservée. Dose minime, mais encore bien utile, d'exercice physique, introduite dans la vie de cabinel, atténuation de la sédentaritéy qui dépendent de la forme du cabinet de travail. Une pièce plus longue que large favorisera cette petite gymnastique. Nous ne pouvons, en écrivant ces lignes, ne pas songer au cabinet d'un des savants et des penseurs les plus éminents de notre époque : la forme de cette pièce,

Causes spécules k ticuiios he l aol 4»

dont la loi^ear dépasse trois oa quatre fois la largeur, pem^ ces allées et venues, cet exercice a rintérieur, qui variait le travail, sans TinteiTompre, et rendent tant de services aux hcHumes surmenés par le travail inlellectuel et les fatigues de la vie sédentaire.

De ce cabinet si simple, mais si bien disposé, où le savant vit au milieu des trésors de Fesprit humain, maître au milieu des maîtres, je rapprodierais volontiers le cabinet de Thiers, une belle et vaste pièce, plus loi^e que lai^e, éclairée comme la préeé^ dente, d*un seul côté, ou le penseur pouvait donner à son corps un exercice salutaire, en même temps que globes, cartes, livres, trésors artistiques sans nombre ouvraient à la pensée un champ sans limites, un horizon intellectuel sans bornes.

IV. — Causes spéciales de viciai ion de Pair dans le cabinet de travail : durée du séjour; manie de tout clore; produits de Féclairage, du chauffage: la futnée de tabac. — Moyens pratiques d'aéralioHy de ventilation. — Si les causes de viciation de Pair dans le cabinet de travail sont les mêmes que celles qui amènent ce résultat dans toute pièce habitée, il y a ici quelque chose de spécial : c'est la durée, la ({uasi permanence des influences. Comme ailleurs, les gaz de la respiration, les produits gazeux de l'éclairage, parfois ceux du chauffage, répandus dans la pièce, la soustraction d'oxj^ène parla respiration

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46 LE CABINET DE TRAVAIL SCIEnTlPlQUEHEHT {.rVBlt.

ût les appareils de combusLion, sont les priacipaux agents de la vicialion de l'air dans le cabinet de travail; mais le danger esL ici plus grand, parce que l'on reisle plus longtemps enfermé dans celle pièce, parce qu'on y veille plus lard, et qu'aucun renouvellement d'air, aucun changement de local ne viennent interrompre la raarclie de l'appauvrissement de l'atmosplière en oxygène, sa viciation par les gaz de la respiration et de la combustion, et suspendre les effets de cet air conliné sur l'organisme.

Il n'y a pas de cubage d'air suflisiint, il n'y a pas de dimensions assez grandes pour permettre d'éviter que ces résultats ne se produisent du moment que les causes agissent avec cette durée, cette permanence. Cubage considérable, grandes dimensions de la pièce ne font que retarder le moment où t'air, ainsi conliné, atteint le degré d'appauvrissement ou d'infection qui le rend dangereux ou absolument irrespirable, et oii il devient indispensable de le remplacer par de l'air pur.

Vivre une grande partie de la journée dans une atmosphère raréfiée quant à ses principes vivifiants, viciée par les produits de la respiration et de l'exhalation cutanée, au milieu de ces miasmes absorbés et exhalés tour à tour par les murs, les papiers, les rideaux, etc. ; passer ses soirées, souvent une grande partie de ses nuits dans ce milieu, devenu à chaque Ueure plus inipui, n'est-ce pas s'exposer â porter

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