‹ Hygiène du cabinet de travailChapitre 58 sur 106 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

NÉCESSITÉ d'un PLAN DE TRAVAIL.

I. Indications pour régler la vie dans le cabinet de travail. — II. Prétention du génie, du talent, d*étre affranchis de la loi commune. — III. Gomment on travaillait chez Voltaire. •— IV. Le règlement de Littré. — Y. La méthode de travail de Thiers, de Dufaure, de Scribe.

1. — Indications pour régler la vie dans le cabinet de travail. — Plus une manière de vivre est factice, en contradiction avec les conditions de la vie naturelle, normale, plus il est nécessaire d'y introduire, dans la limite du possible, un plan, un règlement qui, mécaniquement et sans qu'il soit besoin de faire intervenir à chaque instant la réflexion, l'observation occupées ailleurs, impose la mesure qui manque, la méthode qui fait défaut : ce que l'on attendrait en vain de la lutte quotidienne avec les exigences professionnelles. A cette condition seule, a santé sera compatible avec les longs efforts, avec l'assiduité, l'application soutenue, la tension d'esprit qu'exigent les œuvres sérieuses de la pensée, avec le labeur patient qui enfante les grands travaux littéraires et scientifiques, ou avec cette fiévreuse et trop indocile

LE TALENT, LE GÉNIE N'ÉCHAPPENT PAS A lA RÈGLE. itX

ardeur qui prépare, dans les arts, les lettres ou les sciences, les productions du génie.

IL — Prétention du génie j du talefity à s'affranchir de la loi œmmune. — Le talent, le génie, dira-t-on, sont en dehors des lois communes ; jamais ils ne consentiront à se laisser astreindre à une règle applicable tout au plus aux aptitudes moyennes.

En dehors des lois communes ! Passe encore pour les lois humaines et les conventions sociales qui fièrent parfois des exceptions en faveur du génie ; Jpnais quant aux lois physiques, aux lois hygiéniques, ^ elles ne traitent pas le génie autrement qu'elles ne traitent le commun des hommes. Ce serait déjà beaucoup, si Ton pouvait espérer voir les aptitudes moyennes, c'est-à-dire la très grande majorité des hommes livrés au travail intellectuel, accepter une règle, et la concession serait en vérité assez large pour nous satisfaire. Mais faut-il désespérer de voir le talent et le génie se soumettre à des habitudes d'ordre et de mesure, quand ou peut constater si souvent qu'ils excellent à s'en imposer de tout autres, habitudes contraires aux convenances, à la santé, voire même au bon sens, et s'en font un singulier honneur! On compromettrait moins une dignité si susceptible, en faisant au bon sens et à l'hygiène quelques sacrifices raisonnables.

Le désordre dans les habitudes du travail ne fait pas plus l'homme de talent ou de génie, que le dé*

m NËCËSSITË D'UN PLAN DE TIIAVAIL.

sordre de la toilette, l'incurie, la malpropreté, et tant d'autres excenlricilês, jadis bieu portées, ne signalent l'auleur de mérite ou l'artiste éminent, Dûjà, dan» les lettres ou dans les arts, le vrai mérite dédaigne ces siagularilés de Vhabilus etférieur; et ils deviennent chaque jour plus rares les poètes dont Horace pouvait dire :

... ■ Bonn pars non un^ue* poaere curat; don bnrbani ; secrelii petit loca, balnea vltat Nanciscetur enim prctïum namciique poctic Si IribuE Anlicjris capul însanabilc nuoiigua Tonsori Licinu ci

Ce que l'on fait pour la lenuo extérieure, pourquoi ne le l'erait-on pas pour la santé? Jo crois le génie non moins capable que le vulgaire de s'appliquer une réforme aussi spirituelle qu'utile. Si, par hasard, je me trompais, eh bien! il faudrait encore donner des conseils à ceux qui ne les dédaignent pas, et que l'on avoue être le nombre ; il n'est jamais entré dans la pensée de ceux qui proposent des réformes ou donnent de:^ avis, de ne rencontrer que des oreillei favorables ou des esprits dociles.

Mais aux contempteurs de toute règle, aux esprits qui veulent rester indépendants de toute direction méthodique, à ceux qui craindraient de déroger, d'abaisser leur talent ou leur dignité en acceptant l'idée d'un règlement pour leur journée de travail, il est boa de rappeler, à titre de précédents, non sans

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