INTRODUCTION
Lorsque le Christ vint répandre dans les âmes les trésors de sa céleste doctrine, le corps fut l'objet principal de ses miracles. Aussi devons-nous considérer l'harmonie des facultés , l'équilibre des
mouvements organiques, la santé , en un mot , comme le plus précieux des biens. Dans la grande famille humaine, chaque membre concourt , pour sa part , au bien-être général. La santé est le point culminant de toutes les tendances individuelles. Le médecin, par la nature de ses travaux , par l'étendue de ses connaissances, apporte le plus d'éléments à cette conservation des peuples ; aussi occupet-il une des premières places dans celte immense société. Etudiant les conditions générales au milieu desquelles les hommes sont placés , il formule des règles d'hygiène pour les masses ; examinant ensuite chaque personne , chaque état , chaque lieu , il protège l'individu contre les influences particulières qui peuvent
attenter à sa conservation. (Test lui qui fait le plus pour le maintien du bien-être; c'est lui , par conséquent , qui contribue le plus au progrès des nations et à la haute destinée des gouvernements.
Si, dans le traitement des maladies, il n'agit pas avec une rigueur mathématique, si la médecine n'est qu'un art, le médecin n'en reste pas moins le plus grand des artistes. Vous étudiez la forme de Raphaël , la couleur du Titien , de Rembrandt ; mais lui, c'est l'homme , c'est la vie , c'est la nature entière , dont il apprend à connaître les grandeurs.
A des époques d^ignorance, les fourberies du charlatanisme ont fait douter de l'importance delà médecine : mais l'avarice fait-elle douter de la générosité ? le
crime fait-il douter de la vertu? Non certes ! pas plus que le charlatan ne peut faire douter du médecin. On le juge, hélas ! comme le diplomate , à Pissue de l'événement. On proclame bien haut ses insuccès, et on attribue toutes les guérisons à la nature , à cette bonne nature qui nous donne la peste ou le choléra. Cependant Thygiène , cette partie de nos connaissances qui a pour but le maintien de la santé , a constamment résisté aux malveillances du vulgaire. Chacun a touché du doigt ses incontestables effets, et, à toutes les époques, elle a servi de base à Pinstitution des lois.
Les plus belles pages du livre de Moïse sont celles où il a exposé son système sanitaire : l'isolement et la séquestration
des lépreux , * les ablations répétées , la régularité du régime , la prohibition des alliances entre les proches, pour parer à la décadence des races , etc. , etc. , sont l'objet de ses méditations : l'institution mosaïque est remplie de lois qui assurent la salubrité publique et la conservation des individus.
Et dans cette mémorable histoire des Grecs et des Romains, que de faits remarquables sur l'hygiène publique! Mécène, le premier , fait construire un immense édifice où le peuple vient se baigner pour une obole ** ; un romain qui ne cultivait pas les lettres et qui ne savait pas nager
* Lévit. xii, 45 etseqq.
** Perse, satir. 9.
était un grand ignorant : Neque litteras didicit nec natare. La gymnastique faisait la préoccupation des médecins , des législateurs, des philosophes; c'est au gymnase qu'on affermissait la santé et qu'on faisait des hommes de vertu et de courage. Rome conquérante donna ses institutions à la Gaule , et le progrès des sciences les a si admirablement développées et perfectionnées, que, de nos jours, la science de la santé porte dans toutes les classes ses lumières et ses bienfaits ; et un seul fait , l'augmentation progressive de la moyenne de la vie humaine, atteste victorieusement son heureuse influence.
Pour atteindre un but aussi élevé, l'hygiéniste ne s'est pas seulement tenu dans
les généralités de Thygiène publique , il a étudié la diversité des tempéraments, des constitutions, des états, et il a individualisé ses principes. Or, parmi les conditions qui soumettent la santé à des influences particulières, les professions occupent une place des plus importantes.
Dans Y Hygiène du Chanteur, je me propose de tracer des règles spéciales.
Jusque ce jour cette profession a été confondue par les auteurs dans la grande section des professions libérales, et personne n^a signalé les circonstances toutes particulières qui peuvent exercer une influence sur la santé. Mon but est de faire cesser une aussi funeste confusion.