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CHAPITRE TROISIÈME

Mécanisme de la respiration. — Théorie de a voix de poitrine ; de la voix de tête. — Rôle du toyau vocal. — Etendue de la voix.

si.

Soufflet et porte-vent.

L^acte de la respiration se traduit par deux mouvements essentiels : Yinspira~ tion et Y expiration *.

* Nous examinerons dans un chapitre spécial les

Le poumon se dilate pendant l'inspiration ; il se rétrécit pendant l'expiration . Ces mouvements d'ingestion et d'éjection dépendent de l'élasticité même de l'organe et de la pression de l'air; mais ils sont favorisés par les forces musculaires disposées autour des voies aériennes.

Une des plus actives est représentée par le diaphragme musculeux sur lequel repose le poumon , et qui le sépare de la cavité abdominale. Pour le chanteur habile , ce muscle presse l'air contenu dans les poumons , comme le ferait une main intelligente , et en opère l'écoulement avec égalité et économie.

phénomènes chimiques de la respiration; nous n'avons égard; dans celui-ci , qu'aux mouvements qui se lient immédiatement à la production de la voix.

Les parois thoraciques, outre quelles président à la protection des organes , concourent encore au mouvement respiratoire.

Les côtes arquées symétriquement entre la colonne vertébrale et le sternum, mobiles dans leurs articulations avec ces deux os, agissent sur le poumon, par leur élévation et leur abaissement, à la manière d'W soufflet, suivant Tingénieuse comparaison de Mayow ; elles produisent, par leurs mouvements simultanés, une dilatation ou un resserrement de la cavité thoracique. Leur mobilité va en décroissant de bas en haut , de telle sorte que la onzième et la douzième jouissent des mouvements les plus étendus. Aussi, lorsque, pendant Pexercice du chant, on

dispose sur le pourtour inférieur de la poitrine des ceintures capables de limiter l'élévation des dernières côtes , on se prive de l'immense ressource fournie par l'amplitude des respirations. On est forcé, pour produire un même effet, de respirer plus souvent et plus péniblement , deux conditions qui amènent infailliblement une prompte fatigue et une exécution imparfaite.

C'est pendant l'élévation des côtes qu'il y a dilatation du thorax ; alors , en effet, les espaces intercostaux augmentent et déterminent l'amplitude du diamètre antéro-postérieur et du diamètre transverse. L'ampliation dans le sens vertical est opérée par la contraction du diaphragme.

Pendant rabaissement des côtes il y a au contraire resserrement du thorax. Mais ce dernier mouvement est beaucoup plus borné que le précédent.

Pendant l'inspiration , la langue et l'os hyoïde se portent en arrière , l'épiglotte se redresse derrière en avant , le larynx s'abaisse, les lèvres de la glotte se portent en dehors par l'écartement des cartilages aryténoïdes , la trachée est raccourcie et élargie. Pendant l'expiration, on observe l'inverse de tous ces mouvements,la langue et l'os hvoïde reviennent en avant , le larynx remonte , les lèvres de la glotte se rapprochent, et la trachée-artère se rétrécit et s'allonge.

Dans le phénomène de la production du son , l'air chassé du poumon agit par

des impulsions soutenues sur les lèvres de la glotte et les met en vibration.

I/intensité du son dépend de la force du souffle ; et lorsque sur un larynx de cadavre, tandis que la tension des cordes vocales reste la même , on augmente la force du souffle , le son monte de plusieurs tons. Muller a pu relever d^une quinte ; Ferrein , sans préciser l'intervalle, avait fait précédemment cette observation.

Pendant Texercice du chant, la poussée de Pair doit toujours être précédée d'une tension suffisante des cordes vocales et Ton ferait entendre des intervales faux si Ton cherchait à élever le son par la seule augmentation de la force du souffle.

La glotte, pendant la génération de la

série des sons vocaux , doit fonctionner indépendamment de la variation de la vitesse du courant d'air ; elle doit pouvoir produire des sons graves avec une forte poussée et des sons aigus avec une poussée faible.

La trachée est un véritable porte-vent.

Elle peut bien par la résistance de ses parois, par les vibrations mêmes du tissu élastique qui la compose en grande partie contribuer à augmenter l'intensité du son, mais elle n'est pour rien dans sa formation ou sa modification.

Muller pense que la trachée se comporte comme le ferait un tuyau en bois de même diamètre. Il a fait de nombreuses expériences pour connaître Faction réciproque du porte-vent et du tuyau sur les

anches membraneuses, mais il lui a été impossible (Tarriver «à rien, dit-il, qui a se rapprochât de la règle. »

En résumé , le poumon et la trachée portent sur les cordes vocales l'air qui doit exciter en elles des vibrations. Gomme l'intensité du son est en raison directe de Tétendue des vibrations, il en résulte que le son est doutant plus fort, que le poumon chasse l'air avec plus de violence.

Pour le volume et la modification des sons, cette partie de l'appareil est tout à fait impuissante. Nous admettons complètement que la force du souffle et la résistance du porte-vent favorisent la production des sons les plus élevés, mais les phénomènes essentiels se passent dans les lèvres de la glotte.

Anche.

Des expériences nombreuses, faites sur des animaux vivants et sur des larynx de cadavre , ont démontré d^une part que Fépiglotte, les ligaments supérieurs de la glotte, les ventricules de Morgagni et, en un mot , toutes les parties situés au devant des ligaments inférieurs de la glotte , ne sont nécessaires ni à la production des sons de poitrine, ni à la production des sons de fausset. On a constaté, d^autre part, qu^en livrant passage à Pair venant des poumons, par une ouverture pratiquée à la tranchée artère immédiatement au-dessous des ligaments

inférieurs, la voix est complètement abolie. Dès lors il est rigoureux d'admettre que les ligaments inférieurs eux-mêmes sont les organes essentiels de la voix. On peut encore le démontrer directement en paralysant les muscles qui ont pour action de tendre les replis inférieurs ou cordes vocales. Celles-ci , en effet , pour qu'elles soient capables de vibrer doivent avoir un certain degré de tension. Cette tension , ainsi que nous Pavons noté en décrivant Pappareil musculaire du larynx, est surtout opérée par les muscles cricothyroïdiens latéraux. Si Ton fait sur un animal vivant la section des filets du nerf laryngé supérieur qui vont animer ces muscles, les cordes se relâchent et la voix devient rauque ; si Ton remplace Faction

des crico-thyroïdiens en relevant avec une pince la partie antérieure du cricoïde vers le thyroïde, la voix se fait entendre de nouveau avec son caractère normal.

Cette dernière expérience , clairement pratiquée par M. Longet , établit d'une manière bien évidente que ce sont les replis inférieurs de la glotte qu'il faut regarder comme l'organe essentiel de la voix.

Pendant plus de deux mille ans on a complètement méconnu le véritable mécanisme de la voix , et il faut arriver jusqu'au commencement du dix-huitième siècle pour trouver des notions exactes sur cette question. Jusqu'à cette époque, Fappareil vocal fut considéré comme un instrument à vent du genre des flûtes;

l'ouverture de la glotte représentait Pernbouchure de ces instruments où la lumière des jeux à biseau de l'orgue, et la trachée représentait le tuyau. La modification des sons s'expliquait par les variations de longueur du tuyau , dues au changement de position du larynx , ou bien par les divers degrés de vitesse du courant, et les variations de l'ouverture de la glotte.

Au seizième siècle, Fabrice d'Aquapendente s'aperçut que , dans la flûte de Galien, Pair arrivait du tuyau à Pembouchure, et il montra qu'on devait considérer la cavité comprise entre la glotte et l'ouverture buccale comme le véritable tuyau.

Cette théorie , ainsi perfectionnée par

Fabrice d^Aquapendente, n'a cPautre mérite que devoir été soutenue par un savant de notre siècle. Toute Fautorité de Cuvier et toutes ses explications n\>nt pas suffi pour la rétablir. Sa complète réfutation va se trouver dans la suite de cet exposé physiologique.

Si Ton ouvre le premier mémoire que Dodart a écrit sur la théorie de la voix , mémoire que si peu de personnes paraissent avoir compris , on y trouve les premières idées sur le véritable mode d'action de la glotte, « On ne peut comparer la cause qui met en branle les lèvres de la glotte, dit cet auteur, qu'à celle qui fait résonner cette espèce ^instrument (si toutefois on le peut ainsi nommer), qui résulte de Teffet d\m vent impétueux

donnant dans le papier entrouvert qui joint un châssis mal collé avec la baye d^une fenêtre. » (Mém. de VAcad. des Sciences y ann. 1700, p. 258.) Dans cette comparaison frappante, il est impossible de méconnaître ridée fondamentale de Tanche membraneuse; mais Dodart devient encore plus explicite : « Il ne peut y avoir de vibration dans la glotte, ajoute-t-il, que celles des lèvres. Ces vibrations seront Gansées par le frôlement de Pair qui s^échappe avec violence d^entre ces deux lèvres, et ces vibrations doivent être diversifiées par les différents degrés d^approche ou d^éloignement mutuel de ces lèvres diversement bandées et contrebandées pour cet effet. )> Il n^y a quVine objection à faire à cette explica-

tion , c'est qu'on a fait jouer un rôle aux différents degrés de rapprochement ou d'éloignement des lèvres dans la modification des sons , tandis qu^ls n'ont véritablement aucune importance.

A part cette erreur, tout est vrai et démontré dans la théorie de Dodart ; il a établi en outre que le tuyau vocal ne prend aucune part à la production de la voix. « La glotte seule, dit-il , fait la voix ei tous les tons. »

Il était indispensable de citer textuellement un auteur dont le nom, dans tous nos ouvrages de physiologie postérieurs aux siens , est placé à côté d1une erreur, et auquel on n^a point tenu compte

devoir posé les premiers et véritables

fondements de la théorie de la voix \ C'est devant cette même Académie qui avait discuté les Mémoires de Dodart que Ferrein vint, quarante ans plus tard, développer une nouvelle théorie de la voix. En réalité , après les passages que nous avons cités , rien n'est nouveau dans la théorie de Ferrein. Seulement, il a eu Timmense avantage de démontrer expérimentalement tout ce que Dodart avait en quelque sorte deviné , et il a en même temps corrigé les erreurs de ce dernier.

Dodart avait cru qu'il était impossible de faire parler un larynx de cadavre ; Ferrein, plus heureux que lui, rapprocha

* M. Gavaret, dans une leçon orale sur l'acoustique professée à la Faculté de médecine, a fait de ce mémoire une juste analyse.

sur le larynx d'un chien les lèvres de la glotte , et , en soufflant fortement par la trachée, il obtint une voix éclatante. Dans son enthousiasme scientifique , il déclare qu'il trouva cette voix plus agréable que les concerts les plus touchants*. Ayant détruit tout ce qui pouvait l'empêcher d'observer les cordes vocales, il les examine au grand jour, l'œil armé d'une loupe, et il découvre des vibrations totales des rubans tendineux ; vibrations qui s'éteignaient si on venait à presser la corde avec le doigt. S'il fixait la corde dans un point correspondant à la moitié, au tiers, il obtenait l'octave, la quinte. Enfin, il constata qu'à égalité de tension la différence dans l'ouverture de la glotte ne

*Mém. dePAcad. des sciences, A 1741.

modifiait pas le ton ; mais il observa que cette différence avait une influence notable sur l'éclat de la voix ; celui-ci augmentait par le rapprochement des lèvres, et il diminuait par leur écartement. Ferrem, séduit par les expériences dans lesquelles les lèvres de la glotte se comportaient comme des cordes, s^empressa de les considérer comme telles, et il les compara aux cordes isochrones du clavecin. Mais , sous beaucoup de rapports , la comparaison est insoutenable ; une forte percussion, par exemple, baisse le son d'une corde, tandis qu'il élève celui d'une languette membraneuse.

Après des faits aussi clairement établis, il semble qu'il n'était plus possible de s'égarer dans les recherches à faire pour

compléter la théorie de la voix. Néanmoins bien des physiologistes , après Dodart et Ferrein, se sont engagés dans une fausse route. Cuvier, pour expliquer la modification des tons , après avoir invoqué, comme les anciens, les variations de longueur du tuyau, comme Dodart, les différents degrés d'approche ou d'éîoignement des lèvres de la glotte, attribue en outre cette modification aux variations de l'ouverture buccale; M. Dutrocher, après avoir donné la véritable théorie du cor, croit voir dans le muscle thyro-aryténoïdien l'analogue du muscle orbiculaire des lèvres, et il s'empresse de comparer à cet instrument l'organe vocal ; MM, Biot et Magendie partant de ce principe , qu'il doit y avoir accord entre

Tanche et le tuyau , établissent que le tuyau vocal se coordonne dans sa longueur et son calibre au ton produit par Tanche. Dodart et Ferrein avaient cependant bien insisté sur Tindépendance parfaite de la glotte.

Un habile physicien, enlevé depuis peu données à la science , a cherché à prouver que le corps sonore était Tair des ventricules. Savart a comparé le petit appareil formé par les replis inférieurs , les replis supérieurs et les ventricules, à Tappeau des oiseleurs , avec lequel on produit différents tons en modifiant la vitesse du courant d'air. Évidemment cette modification de la vitesse du courant nVboutit pour le larynx qu'à un changement dans Tintcnsité du son. Il faut considérer

les ventricules comme un appareil de perfectionnement; les ruminants en sont dépourvus ; les oiseaux , les reptiles n'ont ni ventricules, ni épiglotte ; mais ils ont l'organe essentiel à la génération du son, c'est-à-dire deux languettes membraneuses susceptibles de tensions et de vibrations variées. Si on examine les animaux qui se rapprochent le plus de l'homme, on leur trouve des ventricules, et chez certains singes, par exemple, ce ne sont plus de simples dépressions, mais des sacs énormes en communication avec le larynx. Chez ceux de l'ancien continent on trouve un grand sac membraneux ; l'orang-outang en a deux, et chez quelques singes de l'Amérique le sac membraneux est remplacé par une cavité

osseuse jointe au larynx par un conduit ; toutes ces dispositions ne servent qu^à augmenter Pintensité du son et ne jouent aucun rôle dans sa génération. Savart a été séduit par une analogie de forme, mais sa comparaison n^est pas plus heureuse que celle des anciens. En thèse générale , les considérations tirées de la forme doivent être de très-médiocre importance en physiologie. Si on étudie la structure intime du larynx , on ne tarde pas à reconnaître que tout y a été disposé pour la tension , à des degrés très-nombreux , des replis inférieurs de la glotte , et que ceux-ci forment un appareil élastique susceptible de vibrations variées.

Savart lui-même convenait qu'on obtenait des sons en soufflant par la trachée alors

même qu^on avait détruit tout le tuyau vocal jusqu'aux ligaments inférieurs. Il est vrai qu'il soutenait que ces sons ne ressemblaient point à la voix humaine ; mais cette restriction notait qu'une question de timbre, et la suppression entière du tuyau vocal pouvait rendre compte de la différence du son.

Un des plus savants physiologistes de notre époque, Muller, a fait sur les languettes membraneuses et sur le larynx, des expériences très-nombreuses et trèsvariées. Elles confirment les prévisions de Dodart et les résultats de Ferrein. Il a démontré que tout se passe dans les replis inférieurs, et il a constaté qu'avec une ampleur égale de la glotte, on pouvait produire des sons dans rétendue de

deux octaves, par une simple modification de la tension des cordes vocales.

Il résulte du travail de ce savant, que l'organe vocal de l'homme est une anche à deux lèvres membraneuses. Mais une anche d'une perfection telle que nul instrument de musique ne lui est complètement comparable. Elle peut donner tous les sons de l'échelle musicale avec un seul tuyau.

Cet organe , à la fois si simple et si parfait, peut engendrer deux registres de sons. On les a appelés sons de poitrine et sons de fausset.

La difficulté que le chanteur éprouve pour passer de l'un à l'autre registre, la sensation distincte du passage, pour toute oreille qui sait écouter, la différence com-

plète dans la nature du son, tout fait penser qu'ils émanent d'un mécanisme différent.

Ce que nous avons dit sur la production de la voix s'applique au registre de poitrine; quant à la théorie du registre de fausset, elle a provoqué bien des opinions dont la vérité n'a pas encore été suffisamment démontrée.

La dernière théorie, longuement développée , par MM. Diday et Petrequin, dans la Gazette médicale (t. xii), paraît avoir entraîné plusieurs physiologistes; cependant il est aisé de s'apercevoir qu'elle repose sur des bases fictives. En voici l'exposé : « Pour donner les sons de fausset, la glotte se place dans un état tel que les cordes vocales ne puissent plus vibrer à la manière d'une anche.

Son contour représente alors l'embouchure (Tune flûte; et, comme dans les instruments de ce genre, ce n'est plus par les vibrations de l'ouverture, mais par celles de l'air lui-même que le son est produit. »

Nous voilà revenus à la flûte des anciens, ou à la théorie proposée par Liscovins, pour le registre de poitrine- Voici ce que l'on trouve dans les articles de MM. Diday etPetrequin, pour prouver que la glotte se place dans un état tel que les cordes vocales ne puissent plus vibrer à la manière d^une anche.

L'expression consacrée de sons flûtes , pour désigner le registre de fausset, ne paraît pas sans valeur à ces deux physiologistes. Nous ne pouvons pas nous contenter de mots, et si quelques personnes

ont eu assez peu de délicatesse dans Toreille pour trouver une ressemblance entre les sons d'une flûte et ceux de la voix de fausset, nous ne pouvons pas accepter cette fausse analogie comme la preuve d^un mécanisme semblable.

J'en appelle aux personnes accessibles au charme de la voix, et je leur demande s'il est in différent pour elles d'entendre une mélodie jouée sur la flûte ou chantée par mademoiselle Grisi, par exemple, qui n'emploie pas un seul son du registre de poitrine?

Pour que la glotte s'accommode de manière à produire des sons par le mécanisme des flûtes, il faut, diaprés MM. Diday et Petrequin , qu'elle réunisse des conditions particulières, qui ne se rencontrent pas dans le larynx des hasses-tail-

lesf et après avoir prouvé ce fait à leur manière, ils décident que les basses-tailles n^ont pas de voix de fausset. Qu'on me donne cinquante basses-tailles, je réponds de leur faire crier en chœur, et en voix de fausset, que MM. Diday et Petrequin se sont trompés.

Si le jour où ces deux physiologistes ont imaginé leur théorie, ils avaient entendu chanté par Lablache et Tamburini le duo de il Matrimonio segreto, ils eussent assisté à un assaut de joints fîorgue en voix de fausset, qu'ils auraient sans doute moins applaudi que les dilettanti de la salle Ventadour. Dans une scène de la Prova d }un opéra séria , Lablache , imitant un soprano , chante une cavatine entière en voix de fausset. Géraldi

dont la voix de poitrine est franchement celle d^une basse-taille, a un registre de fausset très-étendu. Il est peu de ténors qui, sous ce rapport, puissent rivaliser avec lui. M. Levasseur, de TAcadémie royale, peut très-bien chanter en voix de fausset; mais comme il représente presque toujours des personnages dont les passions sont complètement éloignées de celles que peut traduire la voix de fausset , on Tentend rarement chanter dans ce registre. Il serait ridicule de faire exécuter des fioritures en voix de fausset à Taustère Marcel ou à Tinfernal Bertram.

Si , diaprés MM. Diday et Petrequin, le larynx des basses-tailles ne peut s^accommoder de manière à produire des sons flûtes, et si néanmoins il est parfaitement

démontré qu'elles peuvent chanter en voix de fausset , il est de la dernière évidence que les explications de ces deux physiologistes sont imaginaires. Quant à l'expérience qu'ils ont faite sur une anche de basson, elle ne prouve rien pour ce qui se passe dans la glotte.

Comment admettre qu'un appareil dans lequel tout est disposé pour la vibration variée de deux membranes essentiellement élastiques, pourra s'accommoder de manière à ne plus subir les lois de sa propre organisation? Cette opinion me paraît aussi paradoxale que celle qui aurait pour but de soutenir qu'une flûte, par exemple, peut s'accommoder de manière à produire des sons comme le ferait une anche.

Les ligaments inférieurs de la glotte

ayant une certaine largeur, il est rationnel d'admettre qu'ils sont susceptibles de plusieurs modes de vibrations. Partant de cette considération, et s'appuyant sur un grand nombre d'expériences , Mulîer a soutenu, comme Lehfeldt, que les liga ments entiers vibrent pour la voix de poitrine , et leurs bords seulement pour la voix de fausset. La formation d'un nœud de vibration dans les ligaments ne doit pas plus étonner que la formation des concamérations dans les tuyaux à bouche. G. Weber compare les sons de fausset avec les sons flûtes des cordes ^ et il pens e qu'ils sont dusàce que les cordes vocales vibrent avec des nœuds. Faut-il admettre la division longitudinale de Lehfeldt et de Muller, ouïes divisions transversales de Weber ?..

Quoi qu'il en soit, ce n^est qifà un phénomène de cette nature qu'on peut rapporter la formation du registre le fausset. Lorsque, sur une même note, on passe successivement de la voix de poitrine au fausset, on a comme le sentiment d'un changement de position dans le bord des lèvres de la glotte ; on dirait qu'elles s'abaissent pendant le fausset, et qu'elles se relèvent pour le son de poitrine. On comprend que la plus légère modification suffit pour qu'il se forme un nœud de vibration; il est d'ailleurs une expérience qui peut confirmer cette assertion. Nous savons que, dans le phénomène naturel de la production des sons vocaux, c'est l'air chassé par le poumon du dedans au dehors qui ébranle les replis inférieurs de

la glotte et les fait vibrer; mais on peut également, par une inspiration vive et avec une tension suffisante des lèvres de la glotte, produire des sons dans une trèsgrande étendue, tandis que les cordes sont ainsi ébranlées par un courant dirigé de dehors en dedans \ La production de cette voix inspiratoire nécessite de grands efforts , et il doit y avoir pendant celte inspiration, en quelque sorte convulsive, entraînement des bords des lèvres vers le poumon; et ce qu^il y a de remarquable, c'est qu'on produit beaucoup plus facilement des sons de fausset que des sons de poitrine ; on atteint même dans le registre de fausset des

* Dans le braire del'âne on entend successivement des sons graves et puissants formés pendant l'expiration et des sons aigus formés pendant l'inspiration.

— 92 — ■ notes qu'il serait impossible de donner avec la voix expiratoire ou naturelle.

Si Ton s'exerce à donner une même note en voix de fausset avec la voix expiratoire et avec la voix inspiratoire , on n'a le sentiment d^aucune espèce de mouvement dans la glotte *.

L^étude de la voix inspiratoire fournit une réfutation bien claire de tout ce qu'on a dit de l'influence du porte-vent et des différentes parties du tuyau sur la production des sons ou sur la modification des tons.

Pour terminer ce résumé physiologique sur la glotte , je mentionnerai seulement la voix de contre-basse , dont M. Garcia

* cette expérience demande beaucoup d'exercice et je ne îa conseille point aux chanteurs parce qu'elle est extrêmement fatigante.

a parlé dans son Mémoire sur la physiologie de la voix *. Elle comprend les sons les plus graves de la contre-basse, et peut s'étendre depuis le mi h jusque la quinte inférieure.

Tuyau vocal.

Le son, une fois engendré, traverse un tuyau vocal d'We mobilité extrême; aussi peut-il y recevoir des modifications trèsnombreuses dans son volume et dans son caractère.

On sait avec quelle facilité certaines

personnes varient le timbre de leur voix,

(Test de la forme , des dimensions , de

Tétat particulier des différentes parties du

tuyau que dépend le timbre spécial à

* Gazette musicale, 4e année, n° 21.

chaque individu : le plus léger changement , la plus petite altération le modifient. L'inflammation de la membrane muqueuse de ce tuyau, le développement des amygdales, rembarras des fosses nasales , l'avulsion des dents , une affection du voile du palais, changent immédiatement son caractère naturel. Chez les individus dont le tuyau vocal a une grande souplesse , il y a une aptitude merveilleuse à l'imitation d'une infinité de sons.

Il est des vices démission de la voix qui tiennent à des causes très-légères.

Un professeur de chant habile aura toujours les moyens de les corriger.

Les nuances variées que peut affecter la voix chez un même individu se rattachent à deux types principaux, le timbre

clair et le timbre sombre. En parlant de la structure du tuyau oral et de ses dimensions, nous avons signalé la cause essentielle de la production des timbres. Le son est d'autant plus clair que le tuyau est plus raccourci; il est d'autant plus sombre que celui-ci est plus allongé.

Chanter en timbre sombre , c'est fixer le larynx aussi bas que possible , de manière à conservera tous les sons un tuyau de la plus grande dimension possible :

dans ces conditions , on donne à toutes les notes un grand volume , et l'accent dramatique y gagnera considérablement.

Nous nous expliquerons, dans le chapitre du mécanisme , sur le choix du timbre et sur les questions d'hygiène qu'y s'y rattachent.

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