ORGANES DE X.A VOIX
Poumons. — Bronches. — Trachée artère. — Larynx. — Pharynx. — Ses dimensions variables. — Rapport de ces dimensions avec les timbre s.
L^appareil de la phonation se compose de trois parties parfaitement distinctes : un soufflet et son porte-vent, représentés par le poumon et la trachée-artère, une
anche membraneuse, la glotte ; enfin, un tuyau vocal constitué par le pharynx, la bouche et les anfractuosités nasales,
si.
Les poumons , au nombre de deux, remplissent presqu'entièrement la cavité thoracique dont la capacité est en rapport
* J'aurais voulu oviter de placer au commencement de ce livre une description anatomique, qui paraîtra sans doute bien aride aux personnes étrangères à la médecine ; mais j'ai dû me conformer au plan le plus rationnel. Trois planches intercallées dans le texte faciliteront, j'espère, la lecture de ce chapitre qui, d'ailleurs, doit servir à la parfaite intelligence des autres. Je prie donc le lecteur de ne point se rebuter, si toutefois il a intérêt à me suivre dans les recherches que je vais exposer.
avec leur volume. Ils ont une densilé faible, mais ils jouissent d'une grande force de cohésion, et ils ont, en outre, une extrême élasticité. Leur tissu est essentiellement spongieux ; si Ton fait des coupes dans un poumon desséché , on peut , avec un faible grossissement , y constater une disposition d'apparence celluleuse qui avait fait comparer , par Malpighi, le tissu du poumon à une ruche d'abeilles. On arrive aisément par la dis* section à isoler des petits groupes de cellules qu'on a appelés lobules du poumon. Ces lobules sont suspendus aux dernières ramifications des bronches, et le poumon n'est que le groupement d'une masse de lobules soutenus par ces ramifications qui viennent s'ouvrir au milieu d'eux et
les mettent en rapport avec l'air atmosphérique. Ces ramifications sont les divisions des canaux aérifères.
Les canaux aérifères se composent de la trachèe-artère , des bronches et de leurs divisions.
La trachée-artère est un tube de cent trente à cent cinquante millimètres de long et d'un diamètre de vingt à vingtcinq millimètres. Elle est verticalement placée en avant de la colonne vertébrale et s'étend depuis la cinquième vertèbre du cou (cervicale) , jusqu'à la troisième vertèbre du dos (dorsale). Au niveau de ce dernier point elle se bifurque ; les deux nouveaux conduits prennent le nom de bronches, et chacun d'eux, au moment de pénétrer dans le poumon, se divise en
deux nouveaux conduits qui se subdivieux-mêmes à leur tour. Toutes ces bronches vont en divergeant , de telle sorte
Fig. 1 *.
* Fig. 1. Voies aériennes: Harynx;— J trachée ; — b bronches ; — p poumon ; — d divisions dichotomiques des bronches 3 — r dernières ramifications bronchiques.
quelles atteignent tous les points de la substance du poumon.
Cette disposition ramifiée des bronches est particulière aux animaux supérieurs, elle favorise puissamment Tacte physiologique de la respiration. On ne commence à Tobserver que chez les oiseaux. Le poumon des reptiles est constitué par de simples dilatations de la trachée artère. Ainsi cette complication de Fappareil ne doit point embarrasser les personnes qui cherchent à se faire une idée de Faction du poumon dans le chant; quelles fassent abstraction de cette division dichotomique des bronches , et quelles se représentent le poumon comme formé d^une simple poche élastique à laquelle est adapté un porte-vent également élastique.
La trachée- artère est en effet formée de tissu fibreux, dans l'épaisseur duquel sont contenus des cerceaux cartilagineux très-rapprochés qui empêchent ses parois de s^affaisser pendant l'expiration et qui donnent par conséquent un libre accès à l'air. Sur la face postérieure du conduit les cerceaux sont interrompus , et on remarque un certain nombre de faisceaux longitudinaux d'une couleur jaune , jouissant d1une grande élasticité. La structure des bronches est la même que celle de la trachée artère ; mais dans les ramifications bronchiques les cerceaux cartilagineux sont complets ; ils ne sont point interrompus à la partie postérieure comme dans les bronches et la trachée artère.
La glotte, espèce (Tanche membraneuse contenue dans le larynx , est située à l'extrémité supérieure de la trachée artère.
Le larynx est un conduit essentiellement formé de cartilages mobiles articulés entre eux. Ceux qu'il importe d'étudier pour apprécier le mécanisme de la voix sont : le cricoïde, le thyroïde et les deux arytènoïdes.
Le cricoïde représente un anneau complet, il est horizontalement placé audessus de la trachée artère et forme la base du larynx. Sa moitié postérieure , beaucoup plus haute que l'antérieure, pré-
senlc de chaque côté deux facettes arli-
* Fig. 2. Vue postérieure et oblique des cartilages du larynx; — aa cartilages aryténoïdes;
culaires ; Tune , située sur le bord supérieur, correspond à Péchancrure de la base des aryténoïdes ; une seconde , placée sur la face latérale, sVticule avec la corne inférieure du thyroïde.
Les aryténoïdes sont placés à la partie postérieure du larynx. Ils ont une forme prismatique et triangulaire. Leur base S^articule avec le cricoïde et se termine par deux apophyses; la postérieure ou externe donne attache aux muscles crico-* aryténoïdiens latéraux et postérieurs ; et c'est à Papophyse antérieure ou interne que s^attache la corde vocale inférieure.
1 — bb les cornes supérieures ; — c corne droite inférieure ; — d surface postérieure du cartilage cricoïde ; — e trou pour le passage du nerf laringé supérieur ; — ii bord supérieur du thyroïde ; — t trachée ; — h tubercule droit inférieur.
— Ul —
Le thyroïde est le plus grand des cartilages du larynx. Il est formé par deux lames quadrilataires réunies à angle aigu sur la ligne médiane. Ces lames sont séparées en arrière par la saillie de Tare postérieur du cricoïde.
L'angle de réunion fait saillie en avant, et postérieurement on trouve un angle rentrant correspondant dans lequel s^attachent les cordes vocales inférieures.
Les bords postérieurs des deux lames se terminent en haut et en bas par deux prolongements appelés cornes. Les cornes inférieures présentent en dedans une facette arrondie qui s1articule avec une facette analogue du cricoïde.
Ces divers cartilages sont unis entre eux par des ligaments fibreux et membra-
neux. Ainsi, le cricoïde et le thyroïde sont unis en avant par la membrane cricothyroïdienne. Entre le thyroïde et les aryténoïdes, on trouve de chaque côté le
ligament thyro-aryténoïdien. L'anche elle-
* Fig. 3. Larynx vu de profil : — h os hyoïde ; — I corps de l'os hyoïde qui donne attache à la base de la langue ; — l cartilage thyroïde ; — a saillie formée en avant par le cartilage thyroïde , et connue sous le nom vulgaire depomme d'Adam ; c cartilage cricoïde ; — tr trachée-artère ; — o paroi postérieure du larynx en rapport avec l'œsophage.
même est constituée par deux ligaments d'une extrême élasticité et dont nous avons donné les points d'attache en parlant de l'angle rentrant du thyroïde et de l'apophyse interne des aryténoïdes. L'ensemble de ces parties donne au larynx la forme d'un cône creux et tronqué dont la base est tournée en haut et le sommet en bas. Il s'ouvre en haut dans le pharynx. Une languette cartilagineuse, Yépiglotte, s'abaisse sur son ouverture , comme une espèce de soupape, pendant la déglutition des aliments. Si on l'examine intérieurement , on aperçoit vers le milieu une fente triangulaire oblongue d'avant en arrière, comprise entre deux replis membraneux , tendus horizontalement entre l'angle rentrant du thyroïde et IV
pophyse interne des aryténoïdes. Ces
replis sont les cordes vocales inférieures ou lèvres de la glotte; ils constituent l'organe essentiel de la production de la voix. On les a appelés cordes inférieures par opposition à deux autres replis beau-
* Fig. 4. Coupe verticale du larynx : h os hyoïde ; — i cartilage thyroïde ; — ce cartilage cricoïde; — ar cartilage arythenoïde; — v ventricule de la glotte formé par l'espace que laissent entre elles les cordes vocales et les ligaments supérieurs de la glotte ; — e épiglotte ; — tr trachée.
coup moins marqués , placés parallèlement au-dessus, et qu'on a appelés
cordes supérieures ; mais ils ne concourent en aucune manière à la génération
* Fig. 5. Larynx vu de face : le contour de la paroi intérieure est indiqué par les lignes ponctuées a a, bb-, — le ligaments inférieurs de la glotte ou cordes vocales; — Is ligaments supérieurs; — v ventricule; — c cartilage cricoïde; — t cartilage thyroïde ; — h os hyoïde ; — tr trachée-artère.
J'ai emprunté ces trois vues du larynx et leurs descriptions à l'ouvrage de zoologie de M. Miine Edwards.
du son. De chaque côté , entre les replis supérieurs et inférieurs, existent des dépressions appelées ventricules.
Les dimensions de la glotte sont en rapport avec les divers genres de voix. Elles varient suivant Page et le sexe, et c'est à Page de puberté que le développement du larynx sWectue complètement*. Chez un homme adulte, la glotte est de vingt à vingt-cinq millimètres, tandis que celle de la femme en a seize environ.
Lorsque par Topération délia castratura on entrave le mouvement organique
* Le larynx qui avait acquis tout son développement à l'âge de puberté , revient sur lui-même lorsque les fonctions génitales s'éteignent. Le larynx du vieillard est plus petit que celui de l'adulte ; sa voix ressemble à celle de l'enfant.
qui, à Fépoque de la puberté, s^opère sous la dépendance des organes génitaux, la glotte conserve les dimensions qu'elle avait pendant Penfance.
Il faut considérer dans la glotte une partie antérieure , formée par les cordes vocales : c'est la glotte proprement dite ; et une partie postérieure , formée par la face interne et Papophyse interne de la base des aryténoïdes : c'est la glotte interaryténoïdienne *,
* Les expériences de M. Longet motivent complètement cette division. Les apophyses internes des aryténoïdes étant très-peu développées chez les jeunes individus, il en résulte que leur glotte interarytenoïdienne est beaucoup plus petite que la glotte intermusculaire ; aussi lorsqu'on vient à faire chez les jeunes chiens la section des nerfs laryngés inférieurs , les lèvres de la glotte relâchées ne livrent plus passage à l'air, et comme la
Le mouvement des cartilages du larynx s'opère par l'action de neuf muscles :
quatre paires, le crico-thyroïdien, le crico-aryténoïdien postérieur, le cricoaryténoïdien latéral, et le thyro-aryténoïdien ; un seul impair, le muscle aryténoïdien.
Le crico -thyroïdien s'insère, d'une part, à la face antérieure du cricoïde ; d'autre part , au bord inférieur du thyroïde ; il rapproche ces deux cartilages Tun de l'autre par la partie antérieure. Dans ce mouvement, le thyroïde s'éloigne des ary-
glotte înterarytenoïdienne est très-petite, ils sont proniptement asphyxiés. Chez les chiens adultes, au contraire, comme l'ouverture postérieure de la glotte est suffisante pour la respiration , la section de ces nerfs détermine seulement l'aphonie.
(Gaz. méd. 1841)
— U9 — ténoïdes, et les cordes vocales sont tendues *•
Le crico-arylénoïdien postérieur va de la partie latérale du cricoïde à l'apophyse postérieure delà base de Faryténoïde. Ses contractions tendent à porter ce dernier cartilage en dehors, et par conséquent à dilater la glotte.
Le crico-aryténoïdien latéral va des parties latérales du bord supérieur du cricoïde à l'apophyse postérieure de l'aryténoïde ; il agit de manière à rapprocher les apophyses internes des cartilages ary~
* M. Longet, en coupant sur des chiens les petits rameaux nerveux qui vont animer ces muscles, déterminait constamment une raucité de la voix qu'il faisait disparaître en rapprochant avec une pince le cricoïde du thyroïde et remplaçant d cette manière l'action des crico-thyroïdiens.
ténoïdes * , c'est-à-dire à resserrer les lèvres de la glotte ou les cordes vocales.
Le thyro-aryténoïdien naît du tiers inférieur de Pangle rentrant du thyroïde, et se termine à Papophyse interne de Paryténoïde. Son faisceau le plus épais est logé dans Pépaisseur même de la corde vocale.
Le muscle arvténoïdien s^étend de Pun
à Pautre des cartilages aryténoïdes. Il prend ses points d^attache à la partie postérieure et externe de ces deux cartilages. Son action tend à les rapprocher, et par conséquent à opérer la constriction de la glotte.
Diaprés cette rapide description des
* M. Longet s'est assuré, en irritant le filet nerveux destiné à ce muscle , qu'il était constricteur de la glotte.
parties principales du larynx , il est aisé de reconnaître que tout, dans cet organe, a été admirablement disposé pour donner à la tension des cordes vocales et à Touverture de la glotte des degrés très-variés. Le larynx exécute en outre des mouvements de totalité. Suspendu à l'os hyoïde, il s^élève ou s'abaisse avec lui. Il peut aussi se mouvoir immédiatement par Faction des muscles thyro-hyoïdien, sternothyroïdien, etc.
Le tuyau vocal est formé, comme nous Pavons dit, par le pharynx, la bouche et les anfractuosités nasales.
Le pharynx ou arrière-bouche est une
cavité dont les parois sont essentiellement musculeuses. Il peut présenter dans
ses dimensions des différences très-considérables. Voici comment s^exprime à cet é^ard M. Cruveilhier*.
<( La longueur du pharynx est de quatre pouces à quatre pouces et demi; mais cette longueur peut être portée jusque cinq pouces et demi et même six pouces et demi , par Peffet de la distension , et réduite à deux pouces et demi par l'effet du plus grand raccourcissement possible, et ce raccourcissement est mesuré par le contact de la base de la langue et du voile du palais devenu horizontal ; d^où il résulte que le pharynx peut présenter dans
* Traité fîAnat. t. ni. p. 250. 2e édit.
sa longueur une différence de quatre pouces environ ; résultat aussi prodigieux qu'inattendu. »
Ces différences de longueur, comme on Ta pensé pendant longtemps et comme M. Cruveilhierle pense encore, ne jouent aucun rôle dans la formation des différents tons de la voix 5 elles servent, seulement, aux principales modifications des timbres. En étudiant les deux types principaux, le timbre clair et le timbre sombre , il est facile de constater que , pendant la production de ce dernier , le larynx, fixé aussi bas que possible, maintient le pharynx dans son plus grand état d^allongement ; dès lors la voix se couvre, mais prend un volume extraordinaire ; pour le timbre clair, au contraire, le la-
rynx vient s'ouvrir presque à Fisthme du gosier, et le pharynx étant aussi raccourci que possible, la voix a peu de volume, mais elle devient éclatante et même criarde. Les degrés intermédiaires à ces deux points correspondent aux différentes modifications du timbre ; celui-ci est d'autant plus clair et maigre, que le pharynx est plus raccourci. Il est d'autant plus sombre et volumineux, que le pharynx est plus allongé. La bouche, placée audevant du pharynx, est formée de parties extrêmement mobiles. Sa capacité présente tous les degrés intermédiaires entre rocclusion complète, opérée par le rapprochement des mâchoires, et l'élat d'ouverture extrême résultant de leur com* plet écartement.
C'est la partie du tuyau vocal destinée à l'articulation. On doit, à cause de cela, lui conserver une indépendance parfaite pendant la production des sons. Beaucoup de chanteurs assujettissent rémission de leur voix à un degré déterminé de l'ouverture buccale. En général, ils ont une mauvaise prononciation. Nous avons déjà établi qu'il faut seulement chercher dans les divers degrés d'amplitude du pharynx les conditions essentielles du timbre.
Sur les limites de ces deux parties du tuyau se trouve l'isthme du gosier. Il est circonscrit, en haut et sur les côtés, par le voile du palais et ses piliers; en bas, par la base de la langue.
La bouche étant convenablement ouverte devant une glace , on peut facile-
ment apercevoir la face buccale de ce voile, qui forme entre la bouche et le pharynx une cloison incomplète. Sur la ligne médiane, on voit une petite languette, la luette; de la base de celle-ci partent, à droite et à gauche, deux replis disposés en arcade : on les a nommés piliers du voile du palais. Ils circonscrivent de chaque côté une petite cavité qui sert à loger la glande amygdale.
Certains physiologistes ont voulu faire jouer au voile du palais un rôle important dans la production de la voix, et particulièrement dans la voix de tête. Des expériences nombreuses ont démontré que ces parties n'étaient d'aucune nécessité %
* J'ai pu observer tout récemment encore à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur Blan-
Les fosses nasales forment dans l'épaisseur de la face, au-dessous de la base du crâne , deux grandes cavités séparées par une mince cloison. Leurs ouvertures postérieures, larges et évasées, s^ouvrent dans le pharynx et viennent augmenter les dimensions du tuyau vocal.
Lorsqu'on dirige habilement le son vers ces cavités, il s'y opère un retentissement capable de donner à la voix une grande intensité \
din , un homme chez lequel un cancer de l'amygdale droite avait détruit le voile du palais; il produisait des sons de tête avec une extrême facilité.
* MM. Barroilhet et Massol, de l'Académie royale, employent souvent ce moyen pour augmenter la puissance de leur voix.