LE CHARBON
Le charbon ou anthrax malin , dit Bouillet, est une tumeur dure et circonscrite, extrêmement douloureuse, avec tension et chaleur brûlante dans le tissu cellulaire sous-cutané, et tougeur livide de la peau, au centre de laquelle il s'élève bientôt une ou plusieurs petites ampoules, dites phlyctènes, qui crèvent et se convertissent bientôt en Tffte escarre ou croûte noirâtre gangreneuse, d*où le nom de charbon. Il peut se développer dans les diverses parties du corps et chez tous les individus ; cependant on Tobserve plus fréquemment vers les lèvres et les joues, spécialement chez les enfants. Le mal s'étend rapidement et amène une mort prompte, si Ton ne se hâte d'en arrêter le progrès. Le charbon est plus souvent contracté par contagion : aussi l'observe-t-on particulièrement sur les individus qui ont touché sans précaution des animaux atteints de maladies charbonneuses, chez les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les laveurs de laines, etc., etc. Le charbon peut résulter aussi d'une alimentation malsaine ou insuffisante, de l'habitation dans les lieux humides, bas, mal aérés. — Dès que le caractère de la tumeur est reconnu, il faut s'empresser d'y porter remède.
Le charbon est assez commun chez les animaux domestiques, et il présente chez eux le même caractère
que chez l'homme; il est le plus souvent épizootique (1). ,
Comme il est important que chacun connaisse bien le vrai caractère de la maladie du charbon, toujours extrêmement dangereuse, nous complétons le rapide exposé que nous venons d'en produire par des notes généralement empruntées au Traité de Médecine domestique, de Buchan.
Causes du charbon. !
Le charbon ou anthrax malin est une maladie ex- ^ trêmement grave, éminemment contagieuse et transmissible des animaux à l'homme; chose remarquable! le sang d'un animal affecté de charbon peut communiquer à l'homme la pustule maligne et vice versa. On voit cependant le charbon se développer quelquefois spontanément .^ans qu'il sait possible de pouvoir en assigner la cause ; Hoëffer dit que le charbon est le résultat d'une altération primitive du sang.
On remarque que le charbon se manifeste particulièrement pendant les chaleurs de Tété, qu'il attaque de préférence ceux qui se livrent aux travaux de la campagne, sans distinction d'âge, de sexe ni de condition. Les pâtres, les bouchers, corroyeurs,mégissiers, et les diverses personnes qui, par état, touchent des animaux atteints d'affections charbonneuses, et les chasseurs dans les champs y sont plus exposés que les autres, et il suffit du contact le plus léger, le plus insignifiant, pour faire développer ce mal redoutable.
(1) Dict, des ScienceSy lettres et arts, art. Charbon.
On le voit souvent se transmettre par la simple piqûre d'une mouche infectée de virus charbonneux.
Oh range aussi, dit Hoëffer, parmi les causes du charbon l'exposition à un soleil ardent, l'usage d'aliments mauvais ou insuffisants et d'eaux malsaines, le voisinage d'eau croupissante, de marais mal desséchés. Enfin on regarde encore l'emploi alimentaire de la chair des animaux morts du charbon comme donnant infailliblement naissance à cette maladie.
Symptômes précurseurs ilu charbon.
Le charbon s'annonce par un sentiment de démangeaison et de cuisson, ou par un picotement brûlant et semblable à l'impression que produirait sur la peau la piqûre d'une mouche ou (f une étincelle de feu. Bientôt il s'élève une ou plusieurs petites vésicules ou des phlyctènes qui soulèvent Yépiderme; elles sont pleines d'une sérosité plus ou moins teinte.
A ces premiers symptômes succède une tumeur qui, chez les personnes sanguines et robustes, est plus ou moins inflammatoire dans les parties environnantes, mais qui n'est œdémateuse que chez les sujets délicats et faibles.
Aussi le charbon est-il remarquable par un caractère qui lui est particulier, c'est d'être composé d'une double tumeur.
L'une occupant le centre, comme un noyau, est d'une couleur jaune, livide ou noirâtre, souvent environnée d'un cercle rouge, ou brun, ou livide, qui en borne l'étendue. Cette tumeur, qui est la vraie, la principale, est rénitente, dure et insensible : on peut l'appeler essentielle. L'autre qu'on peut nommer sj/mp-
iômatique, est ou inflammatoire ou œdémateuse ; elle éïitoure la première et devient souvent énorme par son étendue.
Ces mêmes symptômes sont ainsi décrits par Hoëffer : L'anthrax malin s annonce par une douleur aiguë dans le point sur lequel il va se développer. En examinant la partie, on ne voit, au premier coup d*œi], qu'un tubercule à large base, recouvert par une peau rouge, tendue et luisante ; mais le toucher fait bientôt découvrir une tumeur très-profonde et très-dure : la peau qui la recouvre est d'un rouge vif vers là circonférence, d'un rouge livide plus foncé dans le centre. Ce. centre surmonté d'une ou plusieurs vésicules remplies d' une sérosité roussâtre, qui détermine sur les points de la peau avec lesquels elle est en contact, une chaleur et une démangeaison considérables, ne tarde pas à se convertir en une escarre noire, tantôt sèche et dure comme celle que produit l'application du cautère ' actuel, tantôt molle et semblable à celle qui résulterait d'une application de potasse caustique. La base de cette tumeur est toujours entouréi^d'un cercle enflammé, luisant et d'un engorgemeftt pâteux, commet emphysémateux.
A ces symptômes locaux se joignent des symptômes généraux^ qui annoncent un trouble général et profond de toute l'éc^g^omie. Le malade se plaint de soulèvements de cœur, d'anxiétés , d'oppression de poitrine, de douleurs vagues et universelles. Les fonctions se dérangent, l'appétit se perd, le sommeil est interrompu et le courage s'amollit. Ces symptômes changent tout à coup de nature : le sentiment s'éclipse, l'espril s abatr, le malade tombe dans la langueur ; il devient indifférent, hébété, tremblant, stupéfait et meurt dans le temp^ qu'on s'y attend le moins.
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